Saint Goar

Prêtre et Ermite

Fête : 6 juillet 6ᵉ siècle • saint

Résumé

Prêtre originaire d'Aquitaine au VIe siècle, Goar se retira comme ermite sur les bords du Rhin près de Trèves. Calomnié pour son hospitalité généreuse, il prouva son innocence par des miracles éclatants, notamment en faisant parler un nouveau-né. Il refusa l'épiscopat par humilité, préférant finir ses jours dans la prière et la pénitence.

Biographie

SAINT GOAR, PRÊTRE ET ERMITE,

AU TERRITOIRE DE TRÈVES

Goar enfant nous prêche l'innocence et la fuite du monde ; Goar calomnié nous est un beau modèle de résignation et de générosité envers les ennemis ; Goar refusant l'évêché de Trèves fait pour notre instruction le panégyrique de l'honorité et du détachement des grandeurs terrestres.

M. l'abbé Martin, *Sermons sur saint Goar*.

Ce saint prêtre, dont la vie est si édifiante et contient des instructions si salutaires pour toutes sortes de personnes, était de l'Aquitaine, et fils de Georges et de Valérie, personnes nobles et d'un sang fort illustre. Il naquit au temps de Childebert Ier, fils du grand Clovis. Ses premières années ne furent pas seulement innocentes et exemptes des fautes ordinaires à la jeunesse, mais aussi remplies de bonnes œuvres et de grands témoignages de la sainteté où il devait arriver un jour. Il recevait même dès lors des grâces extraordinaires du ciel, et faisait des actions miraculeuses pour la consolation et le soulagement du prochain. Il se mortifiait par des jeûnes fréquents et de longues veilles. La plus chère occupation de son cœur était la prière ; celle de son esprit, la méditation des vérités saintes. Le désir ardent qu'il avait de plaire à Dieu en toutes choses, le rendait exact à observer tous ses commandements, et parfaitement soumis à ses ordres : ce qui le faisait avancer continuellement dans la pratique de toutes les vertus chrétiennes. Une vie si pure et si sainte fut bientôt un sujet d'admiration pour tout son voisinage : ce qui fit qu'il prit la liberté d'instruire les ignorants, d'exhorter les pécheurs à faire pénitence et d'animer les gens de bien à pratiquer les plus excellentes vertus du christianisme. Son exemple aidant sa parole,

il fit de grands fruits parmi le peuple. Ceux qui avaient servi le démon commencèrent à servir fidèlement Jésus-Christ ; ceux qui avaient aimé le monde et ses vanités commencèrent à marcher dans les voies de la justice et à suivre les règles de l'Évangile, et ceux qui avaient vécu dans la tiédeur et l'indévotion commencèrent à s'adonner avec ferveur aux exercices de la vie intérieure et spirituelle.

Ces heureux progrès ayant acquis beaucoup de réputation à saint Goar, son évêque crut qu'il procurerait un grand avantage à l'Église s'il le faisait entrer dans l'ordre ecclésiastique. Il l'ordonna prêtre et lui commit l'office de la prédication évangélique. Cet honneur fut un nouvel aiguillon à son zèle. Il monta en chaire et fit une guerre publique aux vices et aux dérèglements qui régnaient de son temps. Il combattit le luxe, la discorde, la vengeance, l'homicide, l'inceste, la simonie et d'autres monstruosités semblables qui défiguraient alors toute la face du christianisme ; et ses travaux eurent tant de succès, qu'il se fit, par leur moyen, un changement considérable dans les mœurs des fidèles. Cependant l'amour de Dieu et le mépris de toutes les choses de la terre s'augmentaient toujours dans son cœur, devenu tout céleste ; il ne soupirait plus qu'après les biens de l'éternité : il prit donc la résolution de quitter ses parents, ses amis, son pays et tout ce qu'il possédait, et de se retirer en un lieu inconnu, où, étranger à l'égard du monde, il fût le véritable citoyen du ciel (549). Le lieu de sa retraite fut sur les bords du Rhin, à quelques lieues de Trèves, près d'un petit ruisseau appelé Wochaire. L'évêque de Trèves, que l'histoire de sa vie appelle Félix, et qui était plutôt saint Fibice, dont il est fait mention au 3 novembre, lui ayant permis de s'y établir, il y fit bâtir un ermitage et une petite église, qu'il enrichit de plusieurs reliques très-précieuses, qu'il avait apportées de son pays.

Sa retraite en cette solitude fut une source de grâces et de bénédictions pour tout le pays ; car, après s'être longtemps exercé dans les veilles, les jeûnes, les prières et les autres pratiques de la piété et de la mortification chrétiennes, qui le rendirent digne de l'esprit apostolique, il se mit à parcourir tous les lieux d'alentour, d'où l'idolâtrie et le culte des faux dieux n'avaient pu encore être entièrement bannis, et il y prêcha avec tant de succès l'unité de Dieu et les mystères de Jésus-Christ, que plusieurs païens ouvrirent les yeux à la vérité de l'Évangile, et, délaissant leurs erreurs, embrassèrent le Christianisme. Sa prédication était soutenue par des miracles : il y eut des malades qu'il guérit par l'invocation du nom du Sauveur, et on vit des personnes, qui avaient perdu l'usage de leurs membres, le recouvrer heureusement par sa prière et par le signe de la croix qu'il faisait sur les parties blessées.

Il s'était fait à lui-même une loi inviolable de dire tous les jours la messe, pour le bien commun de l'Église, et de réciter aussi le Psautier tout entier : ce qu'il faisait avec une révérence et une attention merveilleuses. Après s'être acquitté de ces devoirs, il s'appliquait à l'instruction et au soulagement des pauvres et des pèlerins, dont il y avait toujours bon nombre à son ermitage. Il leur donnait une grande horreur du vice, les animait à la vertu, les avertissait de prévenir cette heure redoutable où il ne sera plus temps de faire pénitence, et qui sera la décision de l'éternité bienheureuse ou malheureuse ; mais parce qu'il savait, par expérience, que le moyen de gagner les pauvres à Dieu était d'exercer à leur égard la charité corporelle, il les recevait avec joie, les logeait commodément, et leur donnait aussi à dîner et à souper avec toute l'abondance que sa pauvreté lui pouvait permettre. En effet, il n'y a point de Saint qui ait eu plus de zèle pour l'hospitalité que saint Goar ; bien que toutes ses autres vertus fussent très éminentes, c'est néanmoins principalement en celle-là qu'il a excellé et qu'il s'est distingué des autres Saints. Lorsque les pèlerins qui avaient couché chez lui, voulaient continuer leur voyage, souvent, après la messe et la récitation de ses prières, il ordonnait à son disciple de dresser la table, pour leur donner à manger : c'était là une occasion favorable de les entretenir des choses célestes, et de les confirmer dans la foi et dans la piété ; se faisant tout à tous, selon la pratique de l'apôtre saint Paul, il se mettait à table avec eux, gardait toutes les règles de la plus sévère sobriété et ne mangeait que ce qui était nécessaire pour se conserver la vie ; il leur administrait en même temps l'aliment délicieux de la parole de Dieu.

Une conduite si charitable, et dont tout le pays recevait de si grands secours, déplut néanmoins à quelques envieux, surtout à Albiwin et à Adalwin, officiers ou domestiques de l'évêque de Trèves, nommé Rustique. Ils vinrent à l'ermitage de saint Goar, sous prétexte d'y lever un tribut pour l'entretien des luminaires de l'église de Saint-Pierre ; et, ayant vu le nombre des pèlerins qui y étaient, et comment, après la récitation des divins offices et la célébration du redoutable mystère de la messe, il se mit à dîner avec eux, ils en firent un jugement téméraire, et résolurent de le dénoncer à l'évêque. Ils retournèrent à Trèves dans ce dessein ; ils racontèrent à Rustique que Goar ne suivait point la coutume des saints ermites qui ne prenaient un peu de nourriture qu'à midi ou même à l'heure de Vêpres, mais qu'il mangeait bien plus matin et prenait part à de véritables festins. Sans doute il prêchait avec succès ; mais il était probable qu'il ne le faisait que pour mieux cacher son intempérance et son libertinage ; il ne fallait nullement souffrir ce dérèglement dans le diocèse, surtout de la part d'un étranger. Ils étaient d'avis qu'il fallait le juger, le punir. L'évêque de Trèves ajoutant foi à ces calomnies, chargea les calomniateurs mêmes de lui amener le prétendu coupable.

Quand ils se présentèrent à la demeure du Saint pour lui enjoindre de les suivre, Goar les reçut avec sa bienveillance ordinaire. Il leur offrit l'hospitalité pour la nuit, qu'il passa selon sa coutume à prier ; car il ne dormait presque point : et, dès le point du jour, il commença son office du chant des Psaumes et des cantiques à la louange de Dieu tout-puissant, et célébra l'adorable mystère de la messe avec tout le calme et la dévotion d'un homme parfaitement uni à Jésus-Christ. Après son action de grâces, il invita de nouveau ses hôtes à prendre un petit repas avec lui avant de se mettre en chemin. Ils refusèrent et lui dirent injurieusement que c'était à tort qu'il portait le nom d'ermite et de solitaire, puisque contre la règle des moines, il ne faisait point difficulté de manger de si bonne heure, et de les inviter à faire de même. Le Saint ne se rebuta point de ce reproche, mais, après leur avoir remontré que les règles monastiques n'étaient pas contraires à celles de l'hospitalité, il fit entrer un pèlerin, le fit mettre à sa table et déjeuna avec lui. Ses calomniateurs voulant partir, il leur donna des vivres pour le chemin, bien qu'ils fussent à cheval ; pour lui, il les suivit tranquillement à pied, l'esprit élevé en Dieu et le cœur disposé à tous les ordres de la divine Providence.

Notre-Seigneur commença bientôt à faire paraître qu'il était le protecteur de l'innocence de son Serviteur ; car, à peine ses envieux eurent-ils fait une ou deux lieues qu'ils furent saisis d'une faim, d'une soif et d'une lassitude si étrange, qu'ils croyaient être à deux doigts de la mort. S'étant

communiqué leur mal l'un à l'autre, ils cherchèrent un ruisseau qu'ils savaient être proche, afin d'y étancher leur soif ; mais ils ne le trouvèrent plus. Ils eurent recours aux vivres que le Saint leur avait donnés, afin d'apaiser leur faim ; mais ils avaient disparu. Ils voulurent piquer leurs chevaux pour arriver promptement à Trèves ; mais leur lassitude les mit hors d'état d'avancer, et fit même que l'un d'eux tomba demi-mort par terre. Tout ce qu'ils purent faire dans cette extrémité fut d'attendre le Saint qui venait après eux, et d'implorer humblement son assistance, quoiqu'ils s'en fussent rendus indignes par leur malice. Goar, qui avait appris de l'Évangile à aimer ses ennemis et à faire du bien à ceux dont il recevait du mal, après leur avoir remontré fort doucement que cette incommodité leur était arrivée pour leur donner plus d'estime de la charité, leur rendit miraculeusement les forces qu'ils avaient perdues ; convaincus alors de la sainteté du serviteur de Dieu, ils se présentèrent devant l'évêque de Trèves, non plus comme les adversaires et les dénonciateurs de Goar, mais plutôt comme ses panégyristes et les admirateurs de sa vertu.

Rustique, loin de croire au miracle que ses deux prêtres lui racontaient, les accusa de s'être laissé tromper par quelque prestige, et, persévérant dans ses mauvaises dispositions contre l'ermite, il ordonna qu'à son arrivée on le fît entrer dans la chambre de son conseil, où la plus grande partie de son clergé était assemblée. La première chose que Goar fit à son entrée dans Trèves, fut d'aller à l'église pour y adorer la souveraine majesté de Dieu et lui recommander sa personne et celle de son disciple, qui était avec lui. Ensuite, il se rendit au palais épiscopal et dans la chambre de son prélat avec une gravité et une modestie angéliques. S'étant dépouillé de son manteau, il le suspendit à un rayon de soleil qu'il prit pour une barre ou une corde. L'évêque, bien loin d'être touché de ce prodige, s'en servit, au contraire, comme d'une preuve que le Saint était magicien, et le lui reprocha comme un effet de son orgueil et de sa communication avec le démon ; il lui dit ensuite qu'il ne pouvait pas être bon prêtre ni bon solitaire, puisque, loin de s'exercer comme les anciens ermites, dans les jeûnes, l'abstinence et les autres mortifications du corps, il prenait un chemin tout opposé, et mangeait dès le matin avec des pèlerins. Le Saint fut un peu surpris du miracle qu'on lui reprochait et dont il ne s'était pas aperçu ; il en fit des excuses à son prélat, et lui dit « qu'il prenait Dieu à témoin, lui qui connaît les choses les plus cachées, et à qui les plus secrètes intentions du cœur sont manifestes, qu'il n'avait jamais eu de commerce avec le démon, et que, s'il avait fait quelques actions surnaturelles, c'était par la seule vertu divine qu'il les avait faites. Pour la gourmandise qu'on lui reprochait, il ne s'en sentait nullement coupable. S'il avait quelquefois avancé le repas du matin en des jours où le jeûne n'était pas commandé, il l'avait fait par charité envers ses hôtes, et non par intempérance. Au reste, c'était une grande erreur de mettre toute la perfection dans le jeûne et l'abstinence, puisque les plus grands Saints ont toujours reconnu que la charité était préférable ».

Pendant qu'il se défendait avec sa douceur et son calme ordinaires, un clerc de l'évêque apporta un enfant qu'on avait trouvé dans la cathédrale ; car il y avait un bassin de marbre destiné à recevoir les enfants que leurs mères voulaient exposer, et on les apportait à l'évêque qui se chargeait de les faire élever. Alors, ce prélat, que Dieu voulait humilier et corriger, se tournant vers ses ecclésiastiques, leur dit : « Nous verrons bien maintenant si les œuvres de Goar sont de Dieu ou du démon : qu'il fasse parler cet enfant, et qu'il lui fasse déclarer qui est son père et qui est sa mère, et nous croirons que les miracles qu'il a opérés jusqu'à présent sont des effets de la puissance divine ; mais, s'il ne le peut pas faire, nous aurons une marque évidente qu'il n'a rien fait que par la magie et par le commerce avec l'esprit infernal ». Le Saint frémit à cette proposition ; il remonta à Rustique « qu'on ne devait point exiger de lui une si grande merveille ; il n'était qu'un misérable pécheur, à qui il n'appartenait pas d'entreprendre une chose si extraordinaire ; d'ailleurs, elle était inutile et ne pouvait servir qu'à découvrir la honte et l'infamie de ceux qui avaient mis cet enfant au monde ; la charité lui avait fait faire quelques miracles par la volonté de Dieu ; mais la même charité l'empêchait de faire celui-là ». Rustique se moqua de ces raisons, et, se persuadant qu'en ordonnant au Saint une chose qu'il ne pouvait exécuter, il le couvrirait de confusion, il lui commanda, s'il ne voulait passer pour un imposteur et un magicien, de faire parler l'enfant sur-le-champ. Goar, en cette extrémité, leva les yeux au ciel, et, Dieu lui ayant fait connaître en ce moment que ce n'était que par une secrète conduite de sa providence que son évêque l'obligeait à cette action, il demanda au clerc qui portait l'enfant combien il y avait de temps qu'il était né ; le clerc lui répondit qu'il y avait trois jours. Alors, adressant la parole à l'enfant même, il lui dit : « Je t'adjure, petit enfant, au nom de la très-sainte Trinité qui t'a créé, que tu nous déclares sur-le-champ, distinctement et par leur nom, le père et la mère qui t'ont mis au monde ». À peine eut-il achevé ces mots, que la langue de cette petite créature fut déliée ; il étendit sa main vers l'évêque, et, le montrant du doigt, il dit : « Voilà mon père, l'évêque Rustique, et ma mère s'appelle Flavie ». O terrible coup de la justice divine ! Rustique veut perdre Goar en lui imputant un crime dont il est innocent, et Dieu le confond lui-même en faisant connaître le crime dont il était coupable, et qu'il croyait n'être connu sur la terre que de sa complice. La honte et la confusion lui couvrent aussitôt le visage, et, ne pouvant nier un désordre dont le ciel même rendait un si évident témoignage, il se jette aux pieds du serviteur de Dieu, reconnaît son innocence et sa vertu, et avouant, au contraire, sa propre iniquité, il le prie de lui servir d'intercesseur auprès de Notre-Seigneur pour en obtenir miséricorde.

Notre Saint fut extrêmement surpris d'avoir été l'occasion de la publication du crime de son évêque ; il en pleura amèrement, il en gémit du plus profond de son cœur ; et, adressant la parole à ce prélat, il lui dit : « Il eût été bien plus à propos que vous eussiez lavé cette offense par une confession et une pénitence secrète qui n'eût pas déshonoré l'ordre ecclésiastique : mais, puisque Dieu a permis que votre crime ait été découvert, le conseil que je vous puis donner est d'entrer dans les sentiments d'une véritable contrition ; il n'y a point de péché qui ne soit rémissible, et il ne faut jamais désespérer de la miséricorde de notre Dieu, qui surpasse infiniment la grandeur de notre malice ; mais il la faut mériter par une douleur sincère et par une sainte sévérité contre soi-même. C'est par ce moyen que votre crime, tout énorme et tout scandaleux qu'il est, sera remis. Pour moi », ajouta-t-il, « je m'offre à faire sept ans de pénitence pour vous, bien que je ne doute pas qu'il n'y ait beaucoup de personnes plus parfaites et plus agréables à Dieu que je ne le suis, qui emploieront volontiers leurs larmes avec les austérités d'une vie pénitente et mortifiée, pour vous réconcilier avec le ciel ». Ces paroles charmèrent tous les ecclésiastiques de l'assemblée : l'évêque en fut en même temps confus et consolé ; et il en profita si bien, qu'après avoir passé plusieurs années dans les rigueurs de la pénitence canonique, il reprit glorieusement les fonctions de sa charge, et est devenu un grand Saint que l'on honore en cette qualité au diocèse de Trèves.

Cependant le bruit de ce grand événement s'étant répandu de tous côtés, Sigebert Ier, fils de Clotaire Ier, et roi d'Austrasie, en fut informé. Pour en être plus certain, il voulut l'apprendre de la bouche même de saint Goar, et envoya vers lui des députés qui le lui amenèrent. Lorsqu'il fut en sa présence, il le pria de lui raconter tout ce qui s'était passé entre lui et l'évêque de Trèves ; mais le Saint, dont la modestie était incomparable, et qui n'avait garde de rien dire qui fût à sa louange et au déshonneur de son prochain, ne répondit rien et garda un religieux silence. Le roi s'en indigna et lui commanda, par toute l'autorité que lui donnait sa puissance royale, de lui découvrir ce qu'il lui demandait. Goar, forcé par ce commandement, pria Sa Majesté de lui dire ce qu'elle savait déjà de cette affaire et ce que d'autres lui en avaient appris. Le roi le lui ayant expliqué, Goar lui répondit qu'il était obligé de lui obéir ; mais qu'il ne pouvait pas lui rien dire davantage que ce qu'il venait de lui rapporter. Une réponse si humble et si judicieuse remplit ce prince d'étonnement ; toute la cour en admira aussi la sagesse et la discrétion, et chacun s'écria que Goar était digne de l'épiscopat, et qu'il fallait le mettre en la place de Rustique. Le serviteur de Dieu fut le seul qui s'y opposa : il représentait que, l'homme étant fragile, il ne fallait pas déposséder cet évêque de son siège, pour une première faute dont il était disposé à faire pénitence ; que, pour lui, il n'était nullement propre à une si grande dignité ; que Dieu l'appelait à la solitude, et non aux emplois de la charge pastorale, et qu'il mourrait plutôt que de souffrir qu'on procédât à sa consécration.

Comme ces sentiments ne faisaient qu'augmenter l'inclination du roi et des grands à le faire évêque, il demanda vingt jours de délai pour se retirer dans sa cellule, et y consulter l'oracle du Saint-Esprit. Ayant obtenu ce délai, il s'en retourna dans son cher ermitage, dont la seule obéissance l'avait arraché, et s'étant prosterné contre terre, le visage baigné de larmes, il pria instamment Notre-Seigneur de lui envoyer une maladie qui le rendît incapable de subir la charge de l'épiscopat. Sa prière fut exaucée : car en même temps il fut saisi d'une fièvre violente et d'une langueur qui dura sept ans, sans qu'il pût sortir de la chambre où il était : ce qui fit qu'on ne le pressa plus de consentir à sa nomination. Durant une si longue infirmité, cet homme tout céleste n'avait point d'autre occupation que les prières et les larmes : il gémissait assidûment pour lui-même, se reconnaissant très-grand pécheur, et il gémissait pour son évêque, se souvenant de l'offre qu'il lui avait faite, de faire pour lui sept ans de pénitence ; il gémissait pour l'Église, afin d'attirer sur elle les bénédictions du ciel et de la rendre victorieuse de tous ses adversaires. Après ces sept ans qui lui acquirent des trésors infinis de mérites, le roi, croyant qu'il se portait mieux, renouvela ses instances pour lui faire accepter l'évêché qu'il avait offert, et dont Rustique, qui s'était enfermé dans l'église de Sainte-Marie-aux-Martyrs, n'avait pas encore repris les fonctions : mais le Saint lui fit réponse que le temps de sa mort était venu, et que toute la grâce qu'il pouvait lui demander était qu'il lui envoyât les prêtres Agrippin et Eusèbe, pour l'assister à cette dernière heure. Le roi ne manqua pas de satisfaire à son désir. Ainsi ce bienheureux solitaire, après avoir participé à tous les Sacrements de l'Église, et s'être dignement préparé à ce grand passage par tous les actes que la piété chrétienne peut inspirer, mourut paisiblement dans son ermitage, le 6 juillet 575.

On représente saint Goar : 1° suspendant son manteau à un rayon de soleil ; 2° accompagné de trois biches qui accourent à sa voix. Comme il se rendait près de l'évêque de Trèves, trois hommes qui l'épiaient, surpris par la faim et la soif, lui demandèrent quelque secours. Le Saint ermite appela trois biches qui passaient dans la forêt, se mit à les traire et les congédia ; 3° foulant un dragon sous ses pieds, pour symboliser les âmes qu'il arracha au paganisme, ou encore le démon de la calomnie dont il sut triompher avec l'arme de la patience et celle des miracles ; 4° couronné d'un petit baldaquin, comme fondateur de chapelle, ou, d'après une interprétation plus moderne, pour indiquer tout simplement qu'il est admis dans les tabernacles éternels, c'est-à-dire au ciel ; 5° faisant parler un enfant nouveau-né, en présence de ses calomniateurs ; 6° ayant près de lui un vase d'usage domestique, soit pour rappeler qu'il procura miraculeusement du lait à ses calomniateurs saisis par la soif, soit encore parce qu'il est honoré dans le pays de Trèves, comme patron des Potiers, on ne sait trop pourquoi ; 7° ayant à ses côtés, sur la pierre tombale, des anges qui tiennent un petit modèle de porte fortifiée flanquée de tours, pour rappeler qu'il est fondateur et le patron de la ville qui porte son nom, Saint-Goar, près Coblentz.

## CULTE ET RELIQUES.

Son corps fut enterré dans la petite église qu'il avait bâtie, par les prêtres Agrippin et Eusèbe, qui étaient venus le visiter ; mais le roi Pépin le Bref, père de Charlemagne, en ayant fait depuis bâtir au même lieu une plus ample et plus magnifique, à la mémoire de ce saint confesseur, on y transféra cette auguste dépouille avec beaucoup d'honneur. Les miracles qui se firent en ce nouveau lieu furent nombreux ; il a souvent paru par des châtiments terribles combien le mépris du culte de saint Goar était désagréable à Dieu. Ceux qui ont violé l'immunité de son église ont été ou saisis du démon, ou frappés de mort subite, ou affligés de longues maladies qui ont épuisé leurs forces et leurs biens ; c'était une chose ordinaire que ceux qui passaient devant ce temple, à pied, ou à cheval, ou en bateau, sans lui aller rendre leurs devoirs, en recevaient promptement la punition. On dit même que l'empereur Charlemagne, prince si religieux, ayant négligé de le faire, parce que le voyage qu'il faisait sur le Rhin était fort pressé, son vaisseau fut aussitôt agité d'une si grande tempête, et environné d'un brouillard si épais, qu'il erra tout le reste du jour sur l'eau, et ne put arriver au lieu qu'il avait marqué, mais seulement à un petit village, où lui et ses gens souffrirent de grandes incommodités. Dès le lendemain, il envoya à l'église de Saint-Goar vingt livres d'argent, avec deux tapis de soie, pour expier sa faute. Deux de ses enfants, au contraire, qui se détournèrent du chemin pour y aller, y reçurent tant de bénédictions, que, étant en discorde depuis longtemps, ils s'y réconcilièrent parfaitement ; et l'impératrice Fastraie, son épouse, y étant allée une autre fois, y fut délivrée d'une douleur de dent qui la tourmentait cruellement ; ce qui fit que ce prince donna à la maison de saint Goar la terre et seigneurie de Nasson, qui lui a longtemps appartenu.

Il nous reste à ajouter que le roi Pépin, ayant fondé la célèbre abbaye de Pruym, voulut que l'abbé de ce monastère fût supérieur perpétuel de la maison de Saint-Goar ; ce qui fut ratifié et confirmé par un arrêt solennel du même empereur Charlemagne, nonobstant les oppositions de l'évêque de Trèves. La collégiale et la ville de Saint-Goar s'élevèrent à l'endroit où se trouvait jadis sa cellule (entre Coblentz et Mayence). Cette collégiale fut abolie au temps de la Réforme, lorsque le pays tomba au pouvoir du landgrave de Hesse, et le corps même de saint Goar, qui avait auparavant reposé dans la crypte de l'église actuellement luthérienne, fut perdu. L'église de Saint-Castor, à Coblentz, possède seule encore quelques reliques du Saint.

*Acta Sanctorum*. — Cf. *Vies des Saints du Limousin*, par l'abbé Labiche de Reignefort.

6 JUILLET.

Événements marquants

  • Naissance en Aquitaine sous Childebert Ier
  • Ordination sacerdotale et prédication contre les vices
  • Retraite sur les bords du Rhin près de Trèves (549)
  • Établissement d'un ermitage et d'une église au ruisseau Wochaire
  • Accusation de gourmandise par les officiers de l'évêque Rustique
  • Miracle du manteau suspendu à un rayon de soleil
  • Miracle de l'enfant de trois jours désignant son père
  • Refus de l'évêché de Trèves proposé par le roi Sigebert Ier
  • Sept ans de maladie et de pénitence pour l'évêque Rustique

Miracles

  • Suspension d'un manteau sur un rayon de soleil
  • Parole rendue à un enfant de trois jours pour désigner ses parents
  • Traite de trois biches sauvages pour nourrir des voyageurs
  • Restauration des forces de ses calomniateurs affamés
  • Guérisons de malades par le signe de la croix

Citations

Il n'y a point de péché qui ne soit rémissible, et il ne faut jamais désespérer de la miséricorde de notre Dieu.

— Paroles de Saint Goar à l'évêque Rustique