Saint Gorry (Godric)
Colporteur et Ermite
Résumé
Ancien colporteur anglais, Godric se convertit à la vie religieuse après un voyage à Lindisfarne. Après de nombreux pèlerinages en Terre Sainte et en Europe, il vécut soixante-trois ans en ermite à Finchal. Réputé pour sa sainteté, il vivait en harmonie avec les animaux de la forêt et mourut en 1170.
Biographie
SAINT GORRY OU GODRIC,
COLPORTEUR ET ERMITE EN ANGLETERRE
L'or véritable, c'est Jésus-Christ et sa grâce... Les vrais sages et les meilleurs spéculateurs, ce sont les Saints.
A. Stola.
Que de gens dont l'argent est l'unique Dieu. Voyez ce pauvre juif qui, un bâton noueux à la main, parcourt en un jour tous les villages d'un canton, pour vendre une vache ou une pièce de terre : que de peines, que de paroles, que de courses, que de ruses, souvent inutiles, et il recommence le lendemain ! — Trop souvent pour le marchand, qu'il soit juif ou chrétien, un gain de quelques francs a plus de valeur que le paradis et que le salut éternel de son âme !
Voici pourtant un marchand ambulant qui devint un Saint. Godric, né à Walpole, dans le comté de Norfolk, était d'une famille pauvre et obscure. Dans sa jeunesse, il parcourut les villages en qualité de colporteur, afin de se procurer de quoi vivre. Le gain qu'il fit augmenta peu à peu sa petite fortune. À la fin, il se vit en état de fréquenter les villes et les foires, il s'embarqua même plusieurs fois pour aller trafiquer en Écosse.
Dans un de ses voyages, il prit terre à Lindisfarne. La vie édifiante des moines qui habitaient cette île le toucha vivement ; il fut surtout très-frappé de ce qu'on lui rapporta des actions merveilleuses de saint Cuthbert. S'étant mis à genoux, il demanda à Dieu, avec beaucoup de larmes, la grâce d'imiter la ferveur de ce grand Saint, et résolut dès lors de se détacher entièrement des choses de la terre. Il embrassa donc un nouveau genre de vie, et le commença par faire un pèlerinage à Jérusalem. En revenant de la Palestine, il prit sa route par Compostelle, où la dévotion attirait aussi quantité de pèlerins.
De retour dans sa patrie, il se fit intendant d'un seigneur fort riche. Les domestiques de la maison s'abandonnant à plusieurs désordres, et commettant même des injustices criantes, il avertit son maître de tout ce qui se passait. Comme ses plaintes ne produisaient aucun effet, il forma la résolution de quitter sa place, pour ne pas participer aux fautes d'autrui.
Après deux pèlerinages, l'un en France et l'autre à Rome, il alla dans le nord de l'Angleterre, afin de mieux exécuter le dessein qu'il avait formé de se consacrer sans réserve au service de Dieu. Il se joignit à un saint homme nommé Godwin, qui avait passé un temps considérable dans le monastère de Durham, et qui était singulièrement versé dans la connaissance des voies intérieures de la perfection. Ils vécurent tous deux en anachorètes dans un désert situé au nord de Carlisle. Ils se servaient mutuellement, et louaient Dieu ensemble pendant les jours et les nuits. Deux ans après, Godwin fut appelé dans le ciel pour y recevoir la récompense de ses vertus.
Godric, ayant perdu son compagnon, fit un second pèlerinage à Jérusalem.
SAINT GORRY OU GODRIC, COLPORTEUR ET ERMITE EN ANGLETERRE.
À son retour, il passa quelque temps dans la solitude de Strenshale ; il visita ensuite la chasse de saint Cuthbert à Durham, et se retira dans le désert de Finchal ou Finkley. Il choisit saint Jean-Baptiste et saint Cuthbert pour ses patrons et ses modèles. Il se bâtit une petite hutte avec des branches d'arbres, au pied d'un chêne ; pour nourriture il avait des racines, les fruits des arbres forestiers et du miel sauvage. Seul au milieu d'une vaste forêt, il souffrait souvent de la faim et de la soif ; il passa les jours et les nuits dans les veilles, le jeûne et les prières, jusqu'à la fin de sa vie. Il ne s'épouvantait ni des animaux sauvages, ni des reptiles et des insectes nuisibles, ni des voleurs et des assassins, ni des esprits infernaux qui rôdent dans les ténèbres, ni de l'aspect sauvage de cette solitude inculte, parce que l'amour parfait étouffait en lui la crainte.
Au bout de quelques années, sa retraite fut découverte par des chasseurs, et le bruit de la sainteté de sa vie se répandit au loin ; alors une foule de gens allèrent s'édifier auprès de lui. Les pèlerins apportaient avec eux des provisions de bouche, dont ils ne manquaient pas d'offrir une partie au saint ermite. Godric acceptait, mais non pour lui : il en distribuait une partie aux pauvres, et le reste il le mettait en réserve pour les besoins futurs des pèlerins indigents. Les dimanches et jours de fête, ainsi que trois autres jours par semaine, il n'acceptait aucune visite pour n'être pas troublé dans ses exercices de piété. Dieu témoigna par des miracles combien ce genre de vie lui était agréable. Sa cabane se trouvait non loin d'une rivière qui un jour déborda tellement, que toute la contrée avoisinante fut inondée, y compris l'ermitage. Les gens du voisinage étant accourus, et n'apercevant plus ni Godric ni sa hutte, le pleurèrent comme mort. Or, les eaux s'étant retirées, et les bons villageois s'étant rapprochés de la cellule de l'ermite, y trouvèrent Godric priant tranquillement : il n'était pas noyé ni même mouillé. Comme on lui demandait avec surprise pourquoi il ne s'était pas sauvé dès le commencement de l'inondation, il répondit qu'il ne savait pas de quoi l'on voulait parler. — C'est ainsi que Dieu, pendant que son fidèle serviteur oubliait tout pour lui, ne l'oubliait pas lui-même, pour le sauver par un prodige au moment du danger. On raconte encore d'autres miracles opérés par Godric, notamment des prédictions et des guérisons surnaturelles.
Chaque saint peut être considéré comme un second Adam, régénéré par la grâce et réintégré dans les droits et privilèges dont jouissait l'homme primitif avant le péché. Mais chez quelques Saints, ces privilèges, comme par exemple celui de commander aux animaux sauvages, ont été plus remarquables que chez d'autres. Un jour il y avait grande chasse aux environs de l'ermitage de Godric. Alors, il arriva qu'un cerf magnifique fut poursuivi par des parents de l'évêque Ramnulf ; le pauvre animal se présenta, haletant, devant la cellule de Godric, en ayant l'air d'y chercher un refuge. Godric, en sortant de sa retraite, l'aperçut, tout tremblant de frayeur et semblant implorer son secours. Godric, en effet, le prit avec lui dans sa cellule, et le noble animal se coucha à ses pieds. Mais bientôt arrivèrent les chasseurs, réclamant leur proie. Godric alla au-devant d'eux. Ils lui demandèrent où était le cerf. Il répondit : Dieu le sait. Les chasseurs, reconnaissant sous les haillons d'un pauvre ermite un ange et un saint, s'en retournèrent avec leurs chiens, sans inquiéter davantage ni Godric, ni le cerf qui, pour se remettre de ses frayeurs, passa la nuit chez l'ermite ; le lendemain matin, il reprit joyeusement sa course dans les bois, et plusieurs fois chaque année il revint exprimer au bon Godric sa reconnaissance par ses caresses. Godric était devenu comme le protecteur naturel des bêtes de la forêt poursuivies par les chasseurs : les lièvres, les chevreuils, etc., en cas de danger, cherchaient auprès de lui un refuge assuré. Pendant les froids de l'hiver, les oiseaux venaient se réchauffer dans son sein : l'on eût dit qu'ils voyaient en lui un fils de leur Créateur miséricordieux !
21 MAI.
À l'âge de soixante-trois ans, Godric tomba malade : il fut atteint d'un gonflement général du corps, et le mal empirant toujours, on vit des vers sortir de dessous sa chair. Il fut soigné par deux moines d'un couvent voisin. Un jour qu'il parut être à l'extrémité, il se mit tout à coup à chanter des cantiques avec un visage rayonnant de joie. Quelque temps après, on lui demanda la cause de cette joie inaccoutumée. Godric répondit : « J'ai vu une clarté céleste remplir ma cellule, venant de l'Orient, et ma poitrine était remplie d'une suave odeur : c'est pourquoi je n'ai pu m'empêcher de chanter avec joie. Il me semblait que je venais d'arriver aux portes de la Jérusalem céleste, et que j'entendais déjà les cantiques des anges qui, ainsi que les bienheureux, chantaient en chœur : Kyrie eleison ! Christe eleison ! et je leur répondais : Kyrie eleison !... » Godric mourut, ainsi qu'il l'avait prédit, dans l'octave de l'Ascension de l'année 1170, après avoir passé soixante-trois ans dans son désert. C'est ainsi que l'ancien marchand trouva dans le champ de ce monde un trésor, et dans la mer de ce monde une perle précieuse, qui ne pourront jamais plus lui être enlevés.
Son corps fut enterré dans l'oratoire de Saint-Jean-Baptiste, et honoré de plusieurs miracles. Richard, frère de Hugues Pidfey, évêque de Durham, fit bâtir une chapelle sous son invocation.
Le pèlerin-ermite, saint Godric, est souvent peint entouré de serpents, parce que les animaux dangereux l'approchaient sans lui faire de mal.
Alban Butler, A. Stola, etc.
Événements marquants
- Marchand ambulant et colporteur dans sa jeunesse
- Conversion à Lindisfarne après avoir entendu parler de saint Cuthbert
- Pèlerinages à Jérusalem, Compostelle, Rome et en France
- Vie d'anachorète avec Godwin dans le désert de Carlisle
- Retraite finale de 63 ans dans le désert de Finchal (Finkley)
Miracles
- Protection divine lors d'une inondation majeure de sa hutte
- Protection d'un cerf poursuivi par des chasseurs
- Don de prophétie et guérisons surnaturelles
- Vision de la clarté céleste et chants angéliques avant sa mort
Citations
Dieu le sait.