Saint Millefort d'Écosse
Évêque et Martyr
Résumé
Évêque écossais du XIIe siècle, Millefort s'exila en Picardie pour fuir la persécution d'un prince local. Il fut assassiné à la Bouvaque, près d'Abbeville, par des serfs payés par ses ennemis. Son culte, très vivant dans le Nord de la France, est particulièrement associé à la guérison des maladies infantiles.
Biographie
SAINT MILLEFORT D'ÉCOSSE, ÉVÊQUE,
MARTYR À LA BOUVAQUE, PRÈS D'ABBEVILLE (XIIe siècle).
Les légendes de saint Millefort offrent de nombreuses variantes et se contredisent sur divers points. Voici la version qui nous paraît la plus digne de foi :
Saint Millefort, originaire d'Écosse, naquit vers le commencement du XIIe siècle. Quand il eut embrassé l'état ecclésiastique, il fut choisi par son évêque, qui était primat d'Écosse, pour remplir dans son église les fonctions de diacre. Les vertus de Millefort attirèrent sur lui l'attention et il fut élevé à la dignité épiscopale. Son zèle pour faire observer la discipline et pour défendre les droits de son église le fit persécuter par le prince qui gouvernait alors l'Écosse : ce fut pour s'y soustraire que Millefort se réfugia en France. Accueilli dans une seigneurie voisine d'Abbeville, il put continuer à exercer son zèle et alla prêcher sur divers points de la Picardie et de la Normandie, ce qui pourrait expliquer le culte spécial qui lui est rendu dans quelques paroisses de ces deux provinces. Ses ennemis d'outre-mer, étant parvenus à connaître sa résidence, gagnèrent à prix d'argent quelques serfs de la Bouvaque qui tranchèrent la tête au saint évêque.
Il eut renom d'un culte spécial à la Bouvaque, à La Neuville-sous-Corbie, à Camps-en-Amiénois, à Forestmontiers, à Saint-Aubin-Rivière, et dans quelques paroisses des diocèses de Beauvais, Rouen et Versailles. On l'invoque surtout pour la guérison des enfants. La chapelle de la Bouvaque jouit d'une grande réputation : on y vient de plusieurs départements voisins pour la guérison des enfants épileptiques ou rachitiques. Le moyen thérapeutique employé dans ces cures, outre les vœux et les prières, est l'application à nu des enfants sur une pierre froide.
La maladrerie qui existait jadis à La Neuville-sous-Corbie, paraît avoir eu pour patron saint Millefort, dont le culte remonterait dans cette paroisse à une haute antiquité. C'est dans les ruines de cette maladrerie qu'on a trouvé la statue de saint Millefort qu'on vénère aujourd'hui dans l'église paroissiale. Le Saint est représenté vêtu d'une riche dalmatique, la tête nue, les yeux levés au ciel, la main droite sur la poitrine, un livre sous le bras gauche et une palme à la main. Au pied de la statue, un homme et une femme lui présentent chacun un enfant qu'ils recommandent à sa sollicitude. Un vitrail moderne de La Neuville a reproduit à peu près la même donnée.
On se rend à La Neuville de dix à douze lieues de loin pour invoquer saint Millefort en faveur des enfants qui sont malades ou qui tardent à marcher. On attribue à son intercession plusieurs guérisons miraculeuses. Sa fête, qui se faisait autrefois le 6 septembre, se célèbre aujourd'hui le deuxième dimanche du même mois.
LE BIENHEUREUX RAYNIER OU REGNIER. 209
Près de Camps-en-Amiénois, sur la route nationale de Paris à Calais, il y avait jadis une chapelle de l'Ecce Homo, qui fut dévastée en 1793. Un pieux ermite, surnommé le Petit Chapelain, obtint l'autorisation de réparer l'oratoire abandonné. Il en changea bientôt la destination, afin de favoriser la dévotion traditionnelle des habitants pour saint Millefort, qu'ils allaient invoquer à la Bouvaque. Une statue de ce Saint fut placée à côté de l'ancienne statue de Notre-Dame des Sept Douleurs, et la chapelle fut désignée sous le nom de Saint-Millefort. C'est un pèlerinage très-fréquenté pour les maladies des enfants, comme le témoignent les nombreux ex-voto qui tapissent les murailles de ce sanctuaire. Chaque année, le cinquième dimanche après Pâques, une procession solennelle, où huit cultivateurs portent la statue de saint Millefort, se rend de l'église de Camps à la chapelle située à environ cent mètres.
Vers 1850, on bâtit à Saint-Aubin-Rivière une chapelle qui fut dédiée à saint Millefort. Elle fut érigée par les parents d'un enfant qui avait été guéri dans un pèlerinage à la Bouvaque. Le pèlerinage de Saint-Aubin-Rivière se fait le cinquième dimanche après la Pentecôte, et nuit parfois, par sa coïncidence, à celui de Saint-Germain-sur-Bresle.
Sur le chemin de Soreng à Bazinval, dans le canton de Blangy (Seine-Inférieure), on trouve une chapelle dédiée à saint Millefort. La tradition du pays de Bray est que Millefort était domestique, qu'il vint servir à Soreng et que la jalousie des autres serviteurs fut cause de son martyre. On voit que c'est à peu près la légende picarde, mais avec une autre attribution de lieu. On va en pèlerinage à Soreng le mardi de la Pentecôte, pour les langueurs des enfants.
A Bouillant, canton de Crépy (Oise), on vénère dans l'église une statuette où se trouve l'inscription suivante : Saint Guinefort, martyr, qui guérisse des langueurs, pries pour nous. Les individus atteints de fièvres invétérées emploient des linges frottés sur la statue.
Saint Guinefort était jadis en grande vénération à Piscop, dans l'arrondissement de Pontoise : c'était le patron de la chapelle seigneuriale, construite en 1211 par Pierre de Piscop. Cette chapelle a été détruite en 1839 ; mais l'église paroissiale construite en 1840 a été dédiée sous le double vocable de Notre-Dame et de Saint-Guinefort.
Tiré de l'Hagiographie du diocèse d'Amiens, par M. l'abbé Corblot.
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## LE B. RAYNIER OU REGNIER DE BORGO-SAN-SEPOLCRO,
## DE L'ORDRE DES CAPUCINS (1589).
Le bienheureux Raynier naquit vers 1510, à Borgo-San-Sepolcro (Toscane), de parents pauvres et vertueux. Sa mère lui fit donner au baptême le nom de Saint, et veilla sur son enfance d'une façon toute spéciale. L'enfant, répondant à ses soins, avança rapidement dans l'amour de Dieu. Il faisait ses délices de la prière, et, tout jeune encore, il se rendait chaque nuit au couvent des Capucins du Mont-Cassal et se tenait à genoux devant les portes de l'église pendant que les religieux récitaient Matines. Le désir des vertus les plus sublimes du christianisme dévorait son âme ; il avait surtout une grande estime pour la pureté et désirait garder la virginité toute sa vie. Pour obéir à ses parents, il entra malgré cela dans les liens du mariage ; mais Dieu le mit à même de satisfaire son cœur en lui enlevant son épouse au bout de quelques jours. Pour mener une vie plus parfaite, le Saint entra dans l'Ordre des Capucins où il reçut le nom de Raynier sous lequel il est connu.
Le démon, jaloux de ses progrès dans la piété, lui suscita de rudes tentations ; mais Raynier, aidé de la grâce de Dieu, sortit victorieux du combat et s'affermit de plus en plus dans les voies de la perfection. Les deux vertus qui se faisaient surtout remarquer en lui étaient l'obéissance et l'humilité. Quand il était question d'obéissance, rien ne lui paraissait impossible, et il donnait d'admirables exemples d'humilité. La réputation de sa sainteté ne tarda pas à se répandre et lui attira la vénération de tous ceux qui entendirent parler de lui. Il cherchait le plus possible à se soustraire aux hommages extérieurs que cette réputation lui attirait. Pour éviter le concours de peuple qui se faisait ordinairement autour de lui quand il était en voyage, il quittait avant le jour les endroits où il avait passé la nuit.
Quand il se livrait à l'oraison, il était souvent ravi en esprit. Arrivé à ce haut degré d'union avec Dieu, la mort n'avait plus pour lui d'épouvantes, et quand le ciel lui en eut révélé l'heure, il
VIES DES SAINTS. — TOME XIII. 14
6 NOVEMBRE.
s'y prépare avec ardeur, mais avec le plus grand calme. Il mourut en 1589, après avoir reçu les derniers sacrements avec ferveur. Aussitôt que la nouvelle de son décès se fut répandue, le peuple accourut en si grande foule à son couvent, qu'on fut obligé de fermer les portes ; mais on entra par les fenêtres et l'on se disputa ses vêtements pour avoir de lui quelque chose, et le supérieur du couvent fut obligé de faire enfermer son corps afin de le conserver entier. Les miracles qui s'opérèrent à son tombeau firent travailler à sa béatification. Pie VII autorisa son culte et on l'honora maintenant dans l'Ordre de Saint-François.
Le taureau est la caractéristique du bienheureux Raynier. On raconte qu'étant en prières, il fut attaqué par un taureau furieux qui le prit entre ses cornes et le jeta en l'air. Le serviteur de Dieu retomba sans blessures et continua son oraison.
Tiré du Supplément de Charles Butler, par l'abbé Tressaux, et des Caractéristiques des Saints, par le R. P. Cahier.
Événements marquants
- Naissance en Écosse au début du XIIe siècle
- Élévation à la dignité épiscopale après avoir été diacre
- Persécution par le prince d'Écosse pour son zèle disciplinaire
- Exil en France, accueil près d'Abbeville
- Prédication en Picardie et en Normandie
- Assassinat par décapitation à la Bouvaque par des serfs corrompus
Miracles
- Guérisons d'enfants épileptiques ou rachitiques par application sur une pierre froide
- Guérisons de fièvres par contact avec des linges frottés sur sa statue