Saint Goswin de Douai

Septième abbé du monastère d'Anchin

Fête : 9 octobre 12ᵉ siècle • saint

Résumé

Saint Goswin était un illustre abbé du XIIe siècle, célèbre pour sa science et sa piété. Après avoir triomphé doctrinalement d'Abailard à Paris, il devint abbé d'Anchin où il brilla par sa direction spirituelle et ses réformes monastiques. Proche des papes et des grands de son temps, il mourut saintement en 1165 après une vie marquée par l'humilité et des miracles.

Biographie

SAINT GOSWIN DE DOUAI,

SEPTIÈME ABBÉ DU MONASTÈRE D'ANCHIN, AU DIOCÈSE DE CAMBRAI

1165. — Pape : Alexandre III. — Roi de France : Louis VII, le jeune.

En vérité, il n'est pas d'offrande plus digne de Dieu que la prière. Saint Jean Chrysostome.

L'un des noms les plus illustres que revendiquent à cette époque la religion et la science est celui de saint Goswin, septième abbé du monastère d'Anchin. Il naquit à Douai, de parents honnêtes, qui prirent soin de son éducation et le formèrent de bonne heure à la pratique des vertus chrétiennes. Un goût extraordinaire pour l'étude se manifesta en lui dès ses plus tendres années, et lui fit faire en peu de temps de rapides progrès. Envoyé à Paris pour suivre les cours de la célèbre université de cette ville, le vertueux jeune homme se fit encore plus remarquer par la parfaite innocence de sa conduite que par l'intelligence avec laquelle il développait les questions les plus difficiles. Le disciple devint bientôt maître à son tour, et de nombreux élèves attirés autant par l'aimable douceur de ses manières que par l'éclat de la science, vinrent écouter ses leçons.

Le jeune et religieux professeur avait soin d'aller souvent puiser dans la lecture des livres saints l'esprit de foi et d'humilité, sans lequel l'homme est bien exposé à s'égarer dans les recherches curieuses de la science. Sa piété seule l'eut porté à suivre cette conduite ; la vue des premiers écarts d'Abailard, qui enseignait en même temps que lui, ne fit qu'accroître encore ce sentiment dans son cœur. Cet homme extraordinaire, que ses talents et ses connaissances auraient pu rendre une des gloires de l'Église, s'abandonnait à cet esprit d'orgueil auquel résiste avec peine une âme qui n'est pas profondément religieuse. Stimulé de plus en plus par un subtil amour-propre qui se cache souvent sous les apparences du zèle, il se persuadait que les applaudissements irréfléchis de ses légers et frivoles auditeurs devaient l'emporter sur la critique sage et charitable de ceux qui ont reçu la mission de conserver le dépôt de la vérité. Abailard préférait la puérile satisfaction de cette popularité d'un jour au plaisir de reconnaître par un noble aveu qu'il s'était trompé ; il soumettait au tribunal de sa raison, élevée sans doute, mais bornée et faillible comme toute raison humaine, les dogmes sacrés et les mystères redoutables que la raison ne peut atteindre et devant lesquels elle doit s'incliner.

Goswin déplorait amèrement ces écarts d'un esprit qui ne savait point reconnaître et respecter les bornes de la science humaine. Il gémissait de voir les doctrines sacrées soumises aux disputes de l'école, comme ces opinions humaines que l'Église laisse à la libre discussion des intelligences. Bien souvent ses propres disciples l'excitaient à prendre la parole contre le novateur et à lui montrer la fausseté de son enseignement et sa témérité. Goswin refusa longtemps d'engager une lutte dont il prévoyait peut-être

l'inutilité. L'amour-propre d'Abailard était trop engagé et sa vertu trop faible pour qu'on pût espérer de lui une rétractation humble et sincère. Toutefois, afin de montrer à cette jeunesse avide et enthousiaste qui environnait la chaire du sophiste, qu'il n'y a d'enseignement vrai que celui qui est conforme à la doctrine de l'Église, il prit la résolution d'attaquer quelques-unes de ses propositions.

Abeilard n'était point accoutumé à la contradiction. Comme tous les savants que l'humble simplicité de la foi ne guide point, il s'irrita de voir discuter ses opinions, quand il discutait lui-même, avec une imprudente audace, non des opinions, mais les dogmes sacrés de la religion. La controverse entre les deux professeurs eut lieu en présence de leurs disciples : Abeilard eût voulu la décliner ; il lui semblait honteux d'être obligé de disputer contre un jeune homme qui débutait à peine dans la carrière qu'il parcourait déjà depuis longtemps. Toutefois, sur les instances de ses élèves il accepta le défi, et Goswin ayant formulé une proposition contraire à l'une de celles qu'Abailard avait soutenues précédemment, celui-ci répondit sur-le-champ pour soutenir son opinion, et la défendre. Après cette réplique patiemment écoutée, Goswin présenta à son adversaire une suite d'arguments si logiques, si pressants, de déductions si rigoureuses, qu'elles mettaient à nu la faiblesse des raisonnements qu'on lui avait opposés. Sa victoire fut complète et elle lui mérita un véritable triomphe de la part des étudiants qui le ramenèrent au milieu des applaudissements jusqu'à sa demeure.

Ces ovations solennelles et justement méritées n'altérèrent en rien l'humilité de Goswin ; elles lui firent comprendre au contraire, d'une manière plus sensible, les pièges cachés à l'amour-propre des hommes de science, qui, au lieu de rechercher la récompense de leurs travaux dans le sentiment du devoir accompli pour Dieu, vont la demander aux stériles applaudissements de la foule. Ce fut surtout alors que la pensée de quitter le monde pour se consacrer à Dieu, qui l'avait déjà plus d'une fois préoccupé, commença à faire une plus profonde impression dans son âme.

Après avoir terminé avec éclat le cours de ses études, saint Goswin revint à Douai, où son rare mérite le fit nommer presque aussitôt chanoine du chapitre de Saint-Amé. Ce n'était point là, dans les desseins de Dieu, que devait se fixer le brillant philosophe, l'illustre antagoniste d'Abailard. La providence le destinait à une vie de retraite et de solitude, et elle lui inspira la pensée de se rendre à Anchin, dans l'abbaye de Saint-Sauveur, où florissaient la régularité et l'esprit de religion. En recevant le jeune postulant qui se présentait à lui, le vénérable Alvise, alors abbé du monastère, se sentit rempli de joie. Néanmoins, afin d'éprouver sa vocation, il lui représenta de la manière la plus frappante tous les sacrifices qu'imposait la vie religieuse, l'abnégation complète qu'elle demandait, et la soumission parfaite qu'elle exigeait de l'esprit et du cœur.

Ces paroles, écoutées par Goswin avec une grande attention, ne firent qu'augmenter dans son âme le désir qui le portait à embrasser la vie monastique. Toutefois il ne lui fut pas possible de suivre immédiatement cet attrait, et le démon sembla profiter des circonstances qui motivaient ce délai pour presser le pieux jeune homme par toute sorte de tentations.

9 OCTOBRE.

Il l’attaqua donc de mille manières et n’omit aucune des ruses infernales par lesquelles il a coutume de tromper les hommes. Surtout il chercha à le gagner par cette gloire mondaine, qui s’attache à la science et qui séduit d’autant plus facilement qu’on est moins en garde contre elle. D’un autre côté, Goswin était très-fortement sollicité par Haimeric, l’un de ses premiers maîtres, à aller de nouveau à Paris où son talent ne manquerait point de briller avec éclat. Le jeune savant parut céder à cette proposition et déjà même il faisait avec Haimeric ses dispositions pour le départ, quand celui-ci tomba malade et mourut. Goswin crut reconnaître un avertissement du ciel dans cet événement, qui fit une vive impression sur son esprit. Les sages conseils d’Alvise vinrent le confirmer dans sa résolution, et bientôt, rompant généreusement avec le siècle, il se retira avec son frère Bernard au monastère d’Anchin.

Dès les premiers jours de sa consécration au Seigneur, il se montra un digne et fervent religieux, et l’on eût dit qu’il ne se souvenait plus de sa science et de ses triomphes passés que pour s’humilier davantage devant ses frères. Comme toutes les vertus extraordinaires, celle de Goswin devait être soumise à l’épreuve. Tout à coup le jeune novice se sentit attaqué de tentations et de dégoûts. Les exercices de piété qui avaient pour lui autrefois tant de charmes, lui causaient maintenant de l’ennui, et une vague tristesse lui ôtait cette joie intime de l’âme qui avait fait jusque-là ses délices. Au milieu des perplexités auxquelles son âme était exposée, il n’oublia point les armes spirituelles que Dieu met entre les mains de ses serviteurs, pour combattre les ennemis du salut. Il se livra malgré ses dégoûts au saint exercice de la prière, et puisa, dans une lecture plus assidue des saintes Écritures, des faveurs et des grâces abondantes. En peu de temps il eut recouvré le calme, la paix et le bonheur, pour ne plus les perdre jusqu’à la fin de sa vie.

Son noviciat terminé, Goswin reçut la prêtrise, et fut choisi bientôt après pour remplir les fonctions de prieur. Il s’en acquitta avec succès, et développa encore dans la communauté déjà si régulière d’Anchin la discipline religieuse. Sa réputation se répandit rapidement dans les monastères de la contrée, et plusieurs abbés, frappés de son rare mérite, le prièrent de venir chez eux établir parmi leurs religieux une sage réforme. Alvise et Goswin s’y refusèrent longtemps ; mais enfin il fallut céder aux instances pressantes qui leur étaient faites, et l’abbé d’Anchin permit à son sage et vénérable prieur de se rendre successivement à Saint-Crespin et à Saint-Médard de Soissons. « Or », dit un chroniqueur du temps, dans une métaphore mystique, « Goswin après avoir constitué les frères sur les solides fondements de la foi, les renferma dans le cloître quadrangulaire des quatre vertus, la prudence, la justice, la tempérance et la force, soutenue par d’innombrables colonnes d’autres vertus, et plaçant les frères dans le réfectoire, à la table des anges, il les nourrit et les réconforta de la parole divine ; et la doctrine de ses discours se répandit au loin, tellement que des étrangers mêmes étaient envoyés pour y puiser des enseignements ».

Pendant que Goswin opérait ces œuvres importantes, les évêques de France s’assemblaient en grand nombre à Sens pour examiner les erreurs d’Abailard et les condamner. Cet hérésiarque, comme la plupart de ceux qui l’avaient précédé, se rétractait momentanément pour continuer bientôt après à répandre les mêmes erreurs. La sentence des Pères du Concile ayant été confirmée par le pape Innocent II, Abailard fut envoyé au monastère de Saint-Médard de Soissons et confié à Goswin, qui était encore

Dans cette communauté. Celui-ci le reçut avec une grande douceur, lui présenta, de la manière la plus propre à le toucher, les raisons qui devaient le déterminer à abandonner ses anciennes doctrines pour vivre désormais tranquille dans l'obéissance si simple et si raisonnable de la foi. Mais il y avait trop longtemps qu'Abailard écoutait son orgueil et en suivait toutes les aspirations, pour qu'il acceptât sans réplique des conseils aussi sages. D'ailleurs il lui répugnait de les recevoir de la bouche d'un homme plus jeune que lui, et regardant dans Goswin son victorieux antagoniste d'autrefois plutôt que le religieux le plus savant et le plus saint de la contrée, il s'oublia jusqu'à laisser échapper des paroles peu respectueuses. Goswin toutefois ne se rebuta point, et mêlant à la douceur une sage fermeté, il sut soumettre au joug de la règle commune cette nature rebelle et orgueilleuse.

Cependant ces travaux et ces solitudes auxquels venaient se joindre les exercices et les austérités du cloître avaient considérablement affaibli la santé du pieux réformateur. Il craignait d'une part de ne pouvoir achever son œuvre, s'il faisait connaître son état à l'abbé Alvise ; de l'autre, il sentait que son mal augmentait chaque jour et l'exposait à une mort assez prochaine. Dieu, pour le récompenser, permit qu'une vision miraculeuse lui rendît une santé dont il faisait un si saint usage. Une nuit donc que les frères étaient allés prendre leur repos, Goswin resta dans l'église, selon sa coutume, occupé à la prière. Tout à coup il fut ravi comme en extase et vit se présenter à ses yeux le saint pape Grégoire le Grand, pour lequel il avait une extrême vénération et dont il lisait habituellement les œuvres. Le pontife semblait tenir dans ses mains un petit vase rempli d'une liqueur qu'il présenta à Goswin. « Buvez », lui dit-il, « ceci sera salutaire. Ne craignez pas, cette boisson sera dans votre bouche comme un doux miel et vous serez guéri ». Goswin prit en effet le remède, puis la vision ayant disparu, il revint de son extase et reprit son oraison, sans plus ressentir la moindre douleur : il était guéri.

Quand Goswin eut accompli son œuvre à Saint-Médard de Soissons, il se rendit au monastère de Saint-Remi de Reims, dont l'abbé l'avait demandé avec les plus vives instances. De retour à Anchin où Alvise l'avait rappelé pour l'établir prieur claustral, il apprit qu'il était élu abbé, presque en même temps, par les moines de l'abbaye de Saint-Pierre de Châlons-sur-Marne et par ceux de Lobbes. Mais c'était au monastère même d'Anchin que Goswin devait remplir cette charge importante. Alvise, en effet, ayant été appelé à cette époque à gouverner l'église d'Arras, privée de pasteur par la mort de Lambert de Guines, tous les religieux d'Anchin choisirent leur sage et digne Prieur pour le remplacer dans la direction de l'abbaye de Saint-Sauveur (1130.)

Goswin était alors dans la force de l'âge : à toutes ses brillantes qualités il unissait une expérience consommée dans la conduite des hommes et la connaissance des choses de Dieu. Aussi sa longue administration fut-elle très-heureuse et l'abbaye d'Anchin prospéra-t-elle sous son gouvernement. Tous les religieux avaient pour lui une affection si sincère et un respect si profond, qu'ils s'attachaient à marcher sur ses traces et à pratiquer, à son exemple, toutes les vertus de leur état. Que si quelquefois il était obligé d'adresser un reproche à quelqu'un, il le faisait avec une douce fermeté qui rappelait au devoir sans laisser aucune amertume dans l'âme. Tout dans sa personne était simple et sans affectation, et il inspirait ces dispositions à ses frères. Les étrangers eux-mêmes et les hôtes qu'il recevait parfois étaient traités avec une simplicité qui relevait encore à leurs yeux le mérite de l'abbé ; de sorte qu'il était aimé et vénéré de tous ceux qui l'approchaient.

Plusieurs guérisons miraculeuses que Dieu daigna opérer à sa prière augmentèrent encore cette vénération générale. On rapporte qu'un jour de dimanche, tandis qu'il célébrait les divins mystères, dans une chapelle consacrée à saint Jean l'évangéliste, et en présence d'un grand nombre de fidèles, un aveugle bien connu dans la contrée se trouva parmi les assistants et se tint appuyé sur une petite porte de cet oratoire. Tout à coup, au moment où le saint abbé allait répéter pour la troisième fois *Agnus Dei*, l'aveugle élève la voix et s'écrie : « Dieu tout-puissant, assistez-moi, voilà que je vois ! » Il avait en effet recouvré la vue, et tous les spectateurs, joignant leurs voix à la sienne, bénissaient le Seigneur qui venait d'opérer une si étonnante merveille. L'humilité de saint Goswin ne leur permit point de se livrer aux démonstrations de respect que ce miracle les portait à lui rendre : « Dieu », disait-il, « fait ses prodiges par qui il lui plaît et même par des animaux muets ; c'est lui qui a rendu la vue à cet aveugle ».

Lorsque, en 1148, il se rendit au concile de Reims que présida le pape Eugène III, et dans lequel furent condamnées les erreurs de Gilbert de la Porée, évêque de Poitiers, le Seigneur daigna opérer encore un nouveau et touchant miracle par les mains de son serviteur. Comme l'archevêque de Reims l'avait invité inopinément, et que l'époque fixée pour l'ouverture du concile était très-rapprochée, l'abbé n'avait eu que quelques heures pour se préparer à ce long voyage. Les religieux chargés de l'administration temporelle étant absents en ce moment, saint Goswin se mit en chemin avec deux petites pièces de monnaie seulement. Arrivé auprès des bois du village de Montigny, il donna l'une de ces pièces à un mendiant qui se présenta à lui, et l'autre à un second mendiant qui vint à sa rencontre un peu plus loin. De nouveaux pauvres arrivèrent encore après ces premiers, et le saint homme, portant la main dans sa bourse, y trouva d'autres pièces qui se multiplièrent ainsi jusqu'à son arrivée à Reims.

Là saint Goswin rendit ses hommages au souverain Pontife qui, de concert avec saint Bernard, l'y avait fait appeler, puis il commença, autant que le permettaient ses occupations nouvelles et les circonstances, à suivre les humbles et modestes pratiques de la vie religieuse. Le concile terminé, les autres prélats se retirèrent dans leurs églises ou abbayes, mais l'abbé Goswin fut retenu auprès du Pape, qui le fit entrer dans son conseil privé. Il lui confia vers le même temps la réforme des deux monastères de Saint-Corneille et de Saint-Cyprien de Compiègne, où des religieux d'Anchin furent ensuite envoyés avec de sages instructions que leur donna le digne abbé.

Rentré dans sa communauté, le bienheureux Goswin continua de diriger ses frères dans les voies de la perfection. Malgré son grand âge et ses infirmités, il se montrait encore le plus fervent et le plus fidèle aux moindres prescriptions de la Règle de Saint-Benoît. Dans les derniers mois de l'année 1165, il se sentit attaqué d'une fièvre violente dont les accès l'affaiblirent beaucoup en peu de temps. Quand le mal l'empêchait de célébrer les divins mystères, on le voyait se traîner péniblement, appuyé sur les bras de quelques religieux, pour aller recevoir dans la chapelle la sainte communion. Sentant lui-même que sa fin approchait, il s'y prépara de la manière la plus édifiante. Selon la touchante pratique des abbayes bénédictines, il se fit coucher sur un cilice, au milieu de l'église, en présence de tous ses enfants réunis autour de lui ; puis le vénérable Hugues, abbé de Saint-

Amand, lui administra l'Extrême-Onction. Adressant ensuite la parole à ses disciples, il leur représenta les avantages précieux de la paix et de la concorde, à laquelle il les engageait d'être toujours fidèles. Il les exhorta pareillement à la pratique des vertus qui font le parfait religieux, l'humilité, la chasteté, la charité et la miséricorde envers les pauvres. Il ajouta à ces exhortations les avis les plus sages pour le choix de son successeur, afin que tout se fît selon les Règles de l'Ordre et dans la plus grande tranquillité.

Reconduit dans sa cellule après cette cérémonie, qui arracha des larmes de tous les yeux, le saint vieillard se fit lire la passion de Notre-Seigneur Jésus-Christ, pendant que, les regards fixés sur un crucifix, il laissait aller son âme à tous les sentiments pieux qu'excitait en elle cette lecture. Le jour qui précéda sa mort, il demanda à être placé de nouveau sur ce cilice. Comme il ne pouvait plus parler, on le vit lever les yeux et les mains vers le ciel, quand, dans la lecture de la passion, on arriva à ces mots : « Mon père, si ce calice ne peut passer sans que je le boive, que votre volonté soit faite », voulant témoigner ainsi qu'il s'unissait intimement à ce sentiment de l'âme adorable du Sauveur.

Ce fut le samedi, neuvième jour d'octobre de l'an 1163, que le vénérable Goswin rendit l'esprit, au moment où arrivaient de toutes parts au monastère d'Anchin des nobles et des prélats pour la fête anniversaire de la dédicace de l'abbaye. La plupart d'entre eux furent témoins de cette mort édifiante, qui fit sur leurs cœurs la plus salutaire impression.

« Le corps du saint abbé », continue l'auteur de l'histoire d'Anchin, « ayant été lavé, puis revêtu de la coule monacale, et par dessus d'ornements sacerdotaux tout blancs, fut porté à l'église, au milieu de chants lugubres, et déposé au milieu du chœur des chantres, afin qu'il fût en évidence et que chacun pût le contempler. Il ne portait aucune trace de la mort, et on aurait dit qu'il était seulement endormi dans un paisible sommeil. Sa face, découverte et blanche comme ses vêtements, était calme, et une auréole sacrée semblait l'illuminer et répandre un charme divin sur tout ce petit corps. Il serait difficile de dire le nombre des fidèles et des frères qui se pressaient pour baiser ses pieds et ses mains vénérables. Il fut enseveli à droite du presbytère de la basilique de la bienheureuse Vierge Marie, mère de Dieu, dans le mur, tout près de l'endroit où il avait coutume, pendant sa vie, de venir chaque jour prier à genoux et prosterné. Voici la traduction de l'épitaphe qui fut gravée sur son tombeau : « Dans cette petite urne est enfermé un homme de haut mérite, de vaste renommée et de profonds desseins ; vrai dans sa foi, ferme dans son espoir, d'une charité ardente, humble d'esprit, prudent de langage, de main large et bénigne. C'était Marthe pour l'action, et Marie pour son amour de la parole de Dieu. C'était Lia pour la fécondité, Rachel pour la méditation, Jacob pour le discernement des esprits, Moïse pour l'oraison continuelle, Phinée pour la lutte contre le mal. Ô Goswin, le neuvième d'octobre, qui fut ton dernier jour, te rangea parmi les neuf ordres suprêmes des Bienheureux, et nous gardons tes cendres ici-bas, nous trouvons un patron dans celui que Dieu nous avait donné pour père ».

Nous avons emprunté cette vie aux Vies des Saints des diocèses de Cambrai et d'Arras, par M. l'abbé Dextembes.

9 OCTOBRE.

Événements marquants

  • Études à l'Université de Paris
  • Dispute théologique victorieuse contre Abailard
  • Chanoine du chapitre de Saint-Amé à Douai
  • Entrée au monastère d'Anchin avec son frère Bernard
  • Réforme des monastères de Saint-Crespin, Saint-Médard de Soissons, Saint-Corneille et Saint-Cyprien
  • Élection comme abbé d'Anchin en 1130
  • Participation au concile de Reims en 1148
  • Membre du conseil privé du pape Eugène III

Miracles

  • Guérison miraculeuse de Goswin par une vision de Saint Grégoire le Grand
  • Guérison d'un aveugle pendant la messe au moment de l'Agnus Dei
  • Multiplication de pièces de monnaie dans sa bourse pour les mendiants sur la route de Reims

Citations

Dieu fait ses prodiges par qui il lui plaît et même par des animaux muets ; c'est lui qui a rendu la vue à cet aveugle.

— Saint Goswin