Saint Edme (Edmond Rich)
Archevêque de Cantorbéry
Résumé
Né à Abingdon, Edme fut un brillant docteur de l'Université de Paris avant de devenir archevêque de Cantorbéry en 1234. Défenseur rigoureux des libertés ecclésiastiques face au roi d'Angleterre, il dut s'exiler en France et mourut à Soisy en 1240. Son corps, resté intact, est vénéré à l'abbaye de Pontigny où il devint l'objet d'un pèlerinage célèbre.
Biographie
SAINT EDME, ARCHEVÊQUE DE CANTORBÉRY
Il triompha du monde, de la chair et du démon, par le concert de son intention pure, de ses paroles droites, de ses œuvres parfaites.
Bulle de sa canonisation.
Edme vint au monde, vers la fin du XIIe siècle, dans une petite ville d'Angleterre, nommée Abingdon, du comté de Berks, et à six milles d'Oxford. Son père s'appelait Raynald-Edouard Rich, et sa mère, Mabyle. Sans être très pauvres, ils avaient peu de fortune, mais beaucoup de vertu. Edouard quitta le monde du consentement de sa femme, et se fit religieux au monastère d'Evesham, où il mourut saintement. Mabyle demeura chez elle pour élever ses enfants ; mais elle n'y vécut pas avec moins de piété que si elle eût été dans le cloître. Elle portait assidûment un rude cilice et un corselet de fer ; elle assistait presque toutes les nuits à Matines ; elle travaillait perpétuellement à dompter ses passions, et à se rendre un modèle de perfection dans sa famille. Edme fut l'aîné de ses enfants. Il vint au monde avec un corps sans souillure, pur comme une fleur ; né le matin, il ne donna jusqu'au soir aucun signe de vie, et on l'eût enterré sans sa mère qui s'y opposa. Elle le fit baptiser, et l'on s'aperçut alors qu'il vivait. Le nom d'Edme, ou d'Edmond, lui fut donné parce qu'il s'était fait sentir, pour la première fois, dans le sein maternel, dans l'église dédiée à saint Edmond, roi d'Angleterre et martyr. Dès qu'il fut en âge de pratiquer la vertu, sa pieuse mère l'accoutuma à une vie austère. Elle le faisait jeûner les vendredis au pain et à l'eau. Elle le revêtait quelquefois d'un petit cilice, et, par de petits présents, elle l'engageait doucement à la mortification et à la pénitence. Lorsqu'elle l'envoya avec son frère Robert étudier à Paris, craignant que le feu de la jeunesse ne leur fît perdre le trésor inestimable de la chasteté, elle leur donna encore à chacun un cilice, leur recommandant de le prendre deux ou trois fois la semaine ; et, toutes les fois qu'elle faisait tenir du linge neuf à Edme, elle ne manquait pas de mettre, parmi le linge, quelque nouvel instrument de mortification.
Ce bienheureux enfant, tant en Angleterre qu'à Paris, correspondit parfaitement aux inclinations et aux soins d'une mère si prudente. Il était un modèle de douceur, de modestie et de dévotion, une alliance spirituelle. On ne le voyait presque jamais qu'à l'école, à l'église ou dans sa chambre. La prière et l'étude, hors les besoins indispensables du corps, partageaient tout son temps, et il ne manquait point, les fêtes et les dimanches, suivant l'instruction de sa mère, de réciter le Psautier de David tout entier. L'amour de Jésus-Christ enfant était profondément enraciné dans son cœur; il pensait souvent à lui, et cet aimable Sauveur ne l'oubliait pas de son côté, mais veillait assidûment à tous ses besoins. Il en reçut un jour une insigne faveur. Comme, en se promenant avec d'autres écoliers, il s'écartait de la compagnie de peur que quelques discours inutiles ou peu honnêtes ne fissent impression dans son imagination, ce divin enfant lui apparut dans une beauté ravissante, et, jetant sur lui un regard plein d'amour, il lui dit ces paroles : « Je vous salue, mon bien-aimé ». Edme fut surpris d'une salutation si obligeante et demeura tout interdit sans oser rien répondre ; mais le Sauveur ajouta : « Est-ce donc que vous ne me reconnaissez pas ? » — « Je n'ai pas cet honneur », lui dit Edme, « et je me persuade aussi que vous me prenez pour un autre, et que vous ne me connaissez pas non plus ». — « Comment se peut-il faire », lui répliqua le petit Jésus, « que vous ne me connaissiez pas, moi qui dans l'école suis toujours à vos côtés et qui vous accompagne partout où vous allez ? Regardez sur mon visage et voyez ce qui est écrit ». Edme leva les yeux et lut ces mots : JESUS DE NAZARETH, ROI DES JUIFS, écrits en caractères célestes. « Voilà mon nom », continua cet enfant adorable; « vous le devez graver profondément dans votre cœur, et l'imprimer la nuit sur votre front, et il vous préservera, et tous ceux qui feront la même chose, d'une mort subite ». Après quoi il disparut, laissant notre saint écolier comblé d'une joie inconcevable. Depuis, il eut une dévotion singulière envers la Passion de Notre-Seigneur, et il en fit l'occupation continue de son esprit.
Quelques auteurs ont écrit que cette apparition miraculeuse s'était faite dans le Pré-aux-Clercs, à Paris. La mère de notre Saint, étant tombée dangereusement malade et jugeant bien qu'elle n'en relèverait pas, rappela au plus tôt ce cher fils de Paris pour lui donner sa bénédiction. Il la reçut avec un profond respect, et pria ensuite cette bonne mère de la donner aussi à son frère et à ses sœurs. « Cela n'est pas nécessaire, mon fils », répondit-elle, « je les ai tous bénis en votre personne, d'autant que ce sera par vous qu'ils seront rendus participants des bénédictions du ciel ». Elle n'ignorait pas à quel degré de sainteté il arriverait un jour, et la nuit précédente elle l'avait vu en songe portant sur la tête une couronne d'épines, laquelle, s'étant embrasée tout à coup, envoyait ses flammes vers le ciel. Comme il était l'aîné, elle lui recommanda d'avoir soin de son frère et de veiller particulièrement sur la publicité de ses sœurs. Leur extrême beauté, quoiqu'elle fût accompagnée d'une parfaite sagesse, lui fit craindre pour elles les périls où elles seraient exposées dans le siècle. Il leur proposa donc de se faire religieuses; et, ayant pour cela leur consentement, il les présenta à la supérieure d'un monastère, mais on ne voulut les y recevoir qu'à condition qu'elles apporteraient une certaine somme d'argent comptant; craignant qu'il n'y eût en cela de la simonie, il se retira et eut recours à Dieu par la prière, ordonnant aussi à ses sœurs de faire la même chose. Après son oraison, il alla à un pauvre monastère où il savait que l'observance était gardée dans toute son intégrité. Dès que la prieure le vit, elle l'appela par son nom, quoiqu'elle ne le connût point, et, prévenant sa demande, que Dieu lui avait révélée, elle lui dit qu'il pouvait amener ses sœurs et qu'on les recevrait avec joie. Délivré des sollicitudes de la famille, et résolu de retourner à Paris, Edme se consacra d'abord à Dieu et à la sainte Vierge, par le vœu de chasteté. Il choisit, pour cet acte solennel, un jour et un sanctuaire dédiés à la Mère de Dieu, et voici comment il accomplit cette donation de lui-même : il vint à un autel de Marie, déposa au pied de sa statue deux anneaux préparés d'avance, et autour desquels il avait fait graver la Salutation de l'Ange : il prononça à genoux le vœu, déjà fait dans son cœur, de chasteté perpétuelle, prit ensuite un des anneaux, et comme gage de ses serments et d'une alliance désormais irrévocable, le mit au doigt de l'image sainte ; il plaça de même à son doigt un anneau pareil qu'il conserva jusqu'à la mort : doux mémorial qui lui rappelait, par la forme, l'éternité de ses promesses, et qui, par le suave Axe dont il portait l'empreinte, demeurerait en sa main comme une perpétuelle salutation à sa Mère bien-aimée. Depuis cette époque, Marie ne cessa de protéger ce cher enfant, et lui, de son côté, fut toujours fidèle à celle qu'il appelait « sa souveraine, sa gardienne, son épouse, sa mère ».
Il revint à Paris pour achever ses études. Il était amoureux des sciences, mais il n'avait pas moins d'ardeur pour la vertu. Il étudiait comme s'il eût dû toujours vivre, et il vivait comme s'il eût dû mourir le lendemain ; l'étude lui faisait mépriser la vanité, les plaisirs des sens et toutes les choses qui pouvaient l'empêcher de pratiquer la vertu, et la vertu remplissait son âme de lumières célestes qui la rendaient capable de pénétrer, par l'étude, les vérités les plus sublimes. Aussi, par cet heureux concert, il se rendit si savant qu'il fut l'admiration, non-seulement de ses condisciples, mais encore de ses maîtres, et qu'on le considéra comme un prodige de doctrine et d'érudition, en même temps que la pureté et l'innocence de sa vie le rendaient un miracle de sainteté.
A mesure qu'il avançait en âge, il augmentait ses austérités : car, ne se contentant pas des cilices communs que sa mère lui avait autrefois donnés, il en fit faire un si rude, et pour ainsi dire si cruel et si insupportable, qu'à peine en avait-on jamais vu de semblable. Il y ajoutait des caleçons et des bas de crin, avec le corselet qu'il avait hérité de sa mère, et qui lui faisait endurer à tous moments un martyre que l'on ne peut pas concevoir. Quand il eut reçu les premiers degrés de la faculté de Paris, il y enseigna les belles-lettres avec une grande réputation. Dans cet emploi, il était si désintéressé, que non-seulement il ne pressait point ses écoliers pour avoir de l'argent, mais que celui qu'on lui donnait il le laissait souvent sur une fenêtre couverte de terre, disant qu'il fallait laisser la poussière avec la poussière. Lorsque ses écoliers étaient dans la nécessité, il les soulageait de ses aumônes, et il en prit un jour chez lui un qui était malade, et coucha six semaines auprès de son lit pour l'assister. Il en guérit un autre d'un cruel mal au bras, en lui disant : « Que Notre-Seigneur Jésus-Christ te guérisse ! » Il s'appliquait aussi à les porter à la vertu, et il se servait souvent de sa chaire pour leur faire de puissantes exhortations sur les obligations qu'ils avaient de vivre en chrétiens. Il fit faire une chapelle dans sa paroisse en l'honneur de la sainte Vierge, où il les menait avec lui à la messe. Il disait tous les jours, en l'honneur de cette Reine des anges et de saint Jean l'Évangéliste, la prière O intemerata, et une fois qu'il l'avait omise, il en fut repris par ce disciple bien-aimé. Pendant qu'il enseignait la géométrie, et qu'il s'appliquait à en résoudre les problèmes, sa mère lui apparut en songe et lui demanda ce que signifiaient toutes ces figures auxquelles il se rendait si attentif. Ayant répondu ce qui lui vint à l'esprit, elle lui prit la main et y imprima trois cercles, qui représentaient la sainte Trinité, lui disant : « Laissez, mon fils, toutes les figures auxquelles vous vous occupez maintenant, et ne pensez plus qu'à celles-ci ». Le Saint comprit bien ce que cela voulait dire, et s'appliqua aussitôt à l'étude de la théologie.
Après avoir enseigné six ans les Arts libéraux, il retourna en classe comme un simple disciple. En étudiant, il avait devant lui l'image de Notre-Dame, autour de laquelle étaient représentés les mystères de notre Rédemption ; et, dans le plus fort de ses applications, il s'adressait à elle avec tant de ferveur, que son esprit entrait quelquefois dans la douceur de la contemplation et en quelque sorte de l'extase. Il ne prenait jamais la Bible pour la lire, qu'il ne la baisât avec respect. Il passait une partie de la nuit à cette lecture. Il entendait tous les jours Matines à Saint-Merry, et demeurait ensuite fort longtemps en prières avec larmes et gémissements au pied d'un autel de la sainte Vierge. De là il se rendait aux écoles sans prendre aucun repos. L'après-dîner il entendait Vêpres ; et, bien qu'il fût si assidu à l'église, on ne l'y voyait jamais assis, mais toujours dans une posture humiliée. Vauthier de Gray, archevêque d'York, sachant qu'il avait besoin de livres, lui en fit copier ; mais il les refusa, de crainte que cela ne fût à charge au monastère. Il vendait même quelquefois ceux qui lui appartenaient pour faire l'aumône aux pauvres, parce que plus il croissait en lumières, moins il avait besoin de livres.
C'est par ces actes de religion autant que par l'étude qu'il se rendit digne de la qualité de docteur. Il fallut néanmoins le forcer à la recevoir, parce que son humilité lui faisait croire qu'il ne méritait pas un si grand honneur. Il employa aussitôt ce nouveau grade au profit du prochain, comme s'il n'était né que pour l'utilité des autres. Il faisait ses leçons avec tant d'onction, qu'en éclairant l'esprit de ses auditeurs il attendrissait aussi leur cœur. Plusieurs, touchés des exhortations enflammées de l'amour divin qu'il mêlait parmi ses discussions, quittèrent des bénéfices considérables et des dignités ecclésiastiques pour embrasser la vie religieuse.
Il vit une nuit en songe un grand feu remplir la salle où il enseignait publiquement, et sept flambeaux, qui se formèrent de ce feu, en sortir. Le lendemain, sept de ses écoliers, parmi lesquels était Étienne de Lexington, qui fut depuis abbé de Clairvaux et fonda le célèbre collège des Bernardins à Paris, se joignirent à l'abbé de Cîteaux, qui était venu l'écouter, et allèrent recevoir l'habit dans son monastère. Une autre fois qu'il devait traiter de la très-sainte Trinité, il s'endormit dans sa chaire en attendant l'ouverture de la leçon ; pendant son sommeil, il vit une colombe descendre du ciel, et lui apporter une hostie dans la bouche ; après quoi il discourut avec tant de profondeur sur ce mystère, qu'on s'aperçut bien qu'il parlait par une impression extraordinaire de l'Esprit de Dieu. Il s'appliqua aussi à la prédication, et ses sermons étaient tellement animés d'un zèle apostolique, qu'il surmontait les résistances des pécheurs les plus endurcis : comme il fit à l'égard de Guillaume, comte de Salisbury, qui, depuis longtemps, ne s'était point confessé.
Il avait, dès son enfance, jeûné au pain et à l'eau les vendredis, et depuis la Septuagésime jusqu'au Carême ; après sa promotion au sacerdoce, il ne mangeait plus qu'une fois le jour, et il gardait une abstinence si rigoureuse, qu'on craignait même qu'elle ne fût excessive. On le voyait presque toujours en oraison. Il adorait souvent Notre-Seigneur par ces paroles : Adoramus te, Christe, qu'il répétait à chacune de ses plaies. On tient que, pendant trois ans, il ne se coucha jamais dans son lit, et qu'il dormait tantôt couché sur un banc ou sur la terre nue, tantôt assis, afin qu'il n'y eût que la moitié du corps qui se reposât. Il ne voulut jamais de bénéfice où il ne pût résider ; et, lorsqu'il était obligé d'enseigner, s'il en avait un, il le résignait, pour n'en point recevoir les revenus sans en remplir les obligations. Mais enfin, pour avoir plus de liberté de s'appliquer au ministère de la prédication de l'Évangile, sans être à charge à personne, il accepta, bien qu'avec beaucoup de peine, et seulement par l'instance que lui en firent ses amis, la trésorerie de l'insigne église de Salisbury. Il avait tant de mépris pour l'or et pour l'argent, qu'il n'en touchait jamais que pour faire l'aumône. Il se reposait de sa recette et de sa dépense sur son économe, et ne lui en demandait point de compte, pourvu qu'il fût libéral envers les pauvres.
Le Pape, étant informé de sa sainteté et de son zèle pour la gloire de Jésus-Christ, lui envoya une mission apostolique pour prêcher la Croisade contre les Sarrasins, avec pouvoir d'exiger des églises ce qui serait nécessaire pour son voyage. Il ne consentit point à user de ce privilège, préférant annoncer la parole de Dieu en véritable Apôtre, sans autre secours que celui du zèle et de l'abnégation. Il s'acquitta de sa mission avec d'immenses succès qu'il dut à la puissance irrésistible de la sainteté. Le siège de Cantorbéry étant vacant, et l'élection de l'archevêque de cette ville étant dévolue à Sa Sainteté, le pape Grégoire IX y nomma notre saint prédicateur. Il se cacha pour éviter cet honneur, et fit de grandes résistances lorsqu'on l'eut trouvé ; mais enfin, comme on lui remontra qu'il ne pouvait plus s'opposer à ce choix sans offenser Dieu, il se laissa conduire à son siège archiépiscopal. Ayant été sacré (1234) avec l'applaudissement général de tous les peuples, il se montra un digne Pasteur du troupeau de Jésus-Christ. Il augmenta ses austérités plutôt que de les diminuer. Il ne prit point des habits éclatants et magnifiques, comme faisaient les évêques de son temps ; mais il se contenta dans ses vêtements d'une simplicité propre et honnête. Il eut un soin particulier de tous les besoins spirituels et corporels de son troupeau. Il était le nourricier des pauvres, le père des orphelins, le soutien des veuves, l'asile des personnes persécutées et le soulagement des malades. Il mariait les filles qui n'avaient pas de quoi se pourvoir, et appliquait à ses œuvres de charité, outre son propre revenu, les amendes de son officialité. Il persécutait surtout le vice ; mais en même temps il travaillait partout à gagner les pêcheurs et à les attirer à la pénitence. Jamais il ne voulut recevoir aucun présent, et il ne pouvait approuver que les juges en reçussent. Sur quoi il disait agréablement « qu'entre prendre et pendre, il n'y a qu'une lettre de différence ».
Telle fut la vie de saint Edme pendant qu'il jouit paisiblement de son siège ; mais, parce qu'il était agréable à Dieu et chéri du ciel, il fallait qu'il fût éprouvé dans la fournaise de la tribulation. En effet, comme il se montra inflexible dans la défense des droits de l'Église et des immunités ecclésiastiques, il encourut tellement l'indignation du roi, des seigneurs, des évêques lâches et complaisants, et de son chapitre même, qu'ils lui firent mille sortes d'outrages et de persécutions. Dans ces traverses, sa patience fut toujours invincible. Il chérissait tendrement ses propres persécuteurs et leur faisait dans les occasions toutes sortes d'amitiés. Il consolait et fortifiait ses domestiques et ceux qui étaient attachés à sa personne, leur disant que ces injures étaient des médecines, qui, tout amères qu'elles fussent, ne laissaient pas de lui être très-salutaires et de contribuer à la santé de son âme. Il les comparait au miel sauvage dont saint Jean vivait dans le désert, qui avait en même temps de l'aigreur et de la douceur. Cependant, après de fortes remontrances qu'il fit au roi, voyant que sa présence irritait les esprits et qu'on ne lui laissait plus la liberté de faire ses fonctions épiscopales, il prit la résolution de se retirer en France. Il fit encore plusieurs miracles avant son départ, et, lorsqu'il fut sur le point de s'embarquer, saint Thomas, cet admirable archevêque de Cantorbéry, qui lui avait laissé un si bel exemple de la vigueur épiscopale, lui apparut et l'exhorta à avoir toujours bon courage, l'assurant que dans peu de temps il recevrait la récompense de tous ses travaux. Il sortit donc secrètement d'Angleterre et se retira dans l'abbaye de Pontigny, de l'Ordre de Cîteaux, où il fut reçu avec toute la révérence due à son caractère et à son éminente vertu (1240).
Peu de temps après, il tomba dangereusement malade ; ses amis l'engagèrent à se faire transporter au monastère de Soisy, du même Ordre, près Provins, où l'air était plus tempéré et beaucoup meilleur. Ce changement affligea extrêmement les religieux de Pontigny, et ils lui en témoignèrent leur douleur par l'abondance de leurs larmes ; mais il les consola, leur promettant qu'il reviendrait chez eux à la fête de saint Edmond, martyr. Sa maladie ne diminua point dans cette autre maison ; au contraire, elle augmenta de jour en jour, de sorte qu'il demanda le viatique. Dès qu'il aperçut la sainte hostie entre les mains du prêtre, étendant ses bras vers cet objet de son amour, il s'écria avec une extrême confiance : « Vous êtes, Seigneur, celui en qui j'ai cru, vous êtes celui que j'ai prêché et annoncé à votre peuple, selon la vérité de votre Évangile. Je vous prends à témoin que je n'ai cherché sur la terre que vous seul, et que tout mon désir a été d'accomplir votre sainte volonté : c'est encore ce que je souhaite maintenant au-dessus de toutes choses ; faites de moi ce qu'il vous plaira ». Ceux qui se trouvèrent présents furent tout surpris de l'entendre parler de la sorte, parce qu'il semblait, par ses gestes, ses regards et son ton de voix, qu'il vît réellement Jésus-Christ.
Après avoir reçu la très-sainte Eucharistie, il demeura tout ce jour dans une grande joie : il semblait qu'il ne fût plus malade. Il coulait de ses yeux des larmes toutes brûlantes de l'ardeur de son amour, et l'égalité de son visage était une preuve de la tranquillité de son âme. On lui donna enfin le sacrement de l'Extrême-Onction, et alors, prenant la croix entre ses bras, il l'arrosa de ses larmes et fut longtemps à baiser, avec la dévotion la plus tendre et la plus affective, les plaies de son Sauveur. Il colla pour ainsi dire sa bouche à celle de son côté sacré, et, comme s'il en eût voulu sucer du sang, il disait : « C'est maintenant qu'il faut puiser des eaux salutaires dans les fontaines du Rédempteur ». Plus ses membres s'affaiblissaient, plus il sentait son âme se fortifier par de nouvelles grâces. Il ne voulut jamais se coucher, mais il demeura toujours assis et ne prit point d'autre soulagement que de reposer quelquefois sa tête entre ses mains. Enfin, sans donner aucun signe de mort ni jeter aucun soupir, il rendit sa belle âme à Notre-Seigneur, le 16 novembre de l'année 1240. La nuit qui précéda son décès, un saint homme eut révélation de sa gloire et de la vénération qu'il méritait sur la terre.
On le représente : 1° passant une bague au doigt de la sainte Vierge ; 2° debout, voyant Jésus-Christ lui apparaître et lui montrant le mot INRI, écrit sur le front et lui indiquant ce moyen pieux de se préserver d'une mort subite; 3° paraissant bénir un enfant couché à ses pieds. — On l'a aussi représenté embrassant l'enfant Jésus et recevant de la Vierge Marie un anneau mystérieux.
## CULTE ET RELIQUES. — MONUMENTS. — ÉCRITS.
Aussitôt après la mort de saint Edme, son cœur fut séparé du corps et placé dans une châsse que l'on déposa dans l'église de l'abbaye de Saint-Jacques de Provins, où il fut conservé jusqu'à la Révolution française. Le corps vénérable, revêtu des ornements pontificaux, fut exposé dans l'église de Soisy et ensuite transporté à Pontigny. Durant tout le parcours, le char funèbre fut précédé et suivi d'une foule immense qui ne cessait de s'accroître. Ce fut avec ce magnifique cortège que le saint corps arriva à Pontigny, le 20 novembre, jour de saint Edmond, martyr. Il fut placé au milieu du sanctuaire, où il demeura exposé jusqu'au septième jour, revêtu de ses ornements pontificaux et le visage découvert. Ses traits n'étaient point altérés, et pendant le temps qu'il resta exposé aux yeux et à la vénération des fidèles, une affluence nombreuse ne cessa de remplir l'église. Le religieux chargé de veiller à la garde du dépôt sacré, désireux de posséder une relique du Saint, voulut lui ôter du doigt son anneau pontifical; mais il ne put l'enlever qu'après avoir demandé au Saint pardon de sa témérité, et l'avoir prié humblement de lui faire lui-même ce présent. Cet anneau fut gardé au nombre des choses saintes, et le Seigneur accorda à la vertu de son contact de nombreuses guérisons. Le 25 novembre, le corps fut déposé dans une fosse qui lui avait été préparée en face du grand autel, sous les dalles du sanctuaire. À peine le saint Pontife fut-il descendu dans la tombe, que Dieu glorifia son serviteur par trois miracles. Huit jours après, les prodiges commencèrent à se faire en si grand nombre à son tombeau, que les religieux de Pontigny pensèrent à lui donner un lieu de repos plus honorable. Le cercueil ayant été retiré de la fosse et ouvert, le corps fut trouvé sans aucune corruption, et le visage aussi frais et aussi vermeil qu'au jour du trépas.
Edme était à peine en possession de son tombeau, qu'il se trouva investi de la gloire des Saints; l'éclat de ses miracles, le souvenir de ses héroïques vertus, l'hommage anticipé des fidèles, le canonisèrent avant le jugement de l'Église. Enfin, il fut mis au nombre des Saints par le pape Innocent IV, en 1247, et la cérémonie de sa translation fixée au 9 juin de la même année. Elle se fit en présence de Louis IX et de toute sa cour, et d'une multitude accourue des diverses contrées de la France et de l'Angleterre. Le saint corps fut trouvé entier et sans corruption, et déposé sur le grand autel, où il reçut les hommages des nombreux fidèles. Le lendemain on le déposa dans un mausolée de pierre; mais, peu de temps après, eut lieu une seconde translation. Les pieuses libéralités des fidèles, ayant permis de faire exécuter une châsse magnifique, resplendissante d'or, de cristal et de pierreries, on y déposa le corps saint; elle fut élevée sur quatre colonnes d'airain au fond du sanctuaire.
La France n'accourait pas avec moins d'empressement que l'Angleterre au tombeau du saint archevêque de Cantorbéry. L'affluence croissait chaque jour, et les religieux ne suffisaient plus à montrer les saintes reliques. Pour satisfaire la piété des fidèles et diminuer la fatigue, ils se bornèrent à faire baiser la main droite, que deux frères soutenaient hors de la châsse et présentaient aux lèvres des pèlerins. Lorsqu'ils étaient épuisés, deux autres prenaient leur place sans interruption; mais tel était l'empressement de la foule, que « la main du mort lassait les mains des vivants ». Il arriva aussi que, par le mouvement continué imprimé au bras pour l'offrir aux baisers, il sembla vouloir se détacher à la jointure du coude et comme « compatir par sa lassitude à la fatigue des Frères ». Les religieux s'en aperçurent, et craignant que le mouvement, à force de se répéter, n'endommageât le reste du corps, ne voulant pas d'ailleurs exciter par un refus les murmures des pèlerins souvent venus de loin, ils résolurent d'achever avec respect la séparation de l'avant-bras. Ils l'enfermèrent dans un brassard d'or orné de pierres précieuses et offert, au nom du roi saint Louis, par les deux reines de France. Aujourd'hui encore, on continue de présenter cette main aux regards et à la vénération des fidèles.
Pontigny devint le centre d'un pèlerinage qui attirait, des provinces les plus reculées du royaume, des hommes de toute condition. Les rois de France, dans les calamités qui menaçaient leur famille ou leur peuple, recouraient, pour apaiser la colère divine, à l'intercession de saint Edme. Ces pèlerinages illustres se sont succédé sans interruption jusqu'à la fin du XVIIIe siècle: des princes, des villes y venaient ou y envoyaient des députations avec des présents et des prières, pour obtenir d'insignes faveurs ou détourner la colère de Dieu. Plusieurs fois les reliques de saint Edme échappèrent aux envahisseurs barbares, comme les Calvinistes ou les Révolutionnaires de 1793. Elles furent sauvées intactes. De même, l'église, qui date de 1150, est la seule de l'Ordre de Cîteaux qui est échappée aux ravages du temps ou des démolisseurs; elle est encore debout, sans aucune altération à l'intérieur. Elle se fait remarquer par deux caractères: l'unité de style et l'austère pureté de l'architecture.
Ici tout est noble, digne, imposant. La Règle de Cîteaux, sans doute, n'a point été méconnue ; mais la simplicité, la pureté des lignes, la gravité du style architectural, ont produit du grand, du beau, du solennel dans leur rencontre, l'ogive s'allie au plein-cintre roman : c'est le style ogival primitif. Nous retrouvons, dans l'abbatiale de Pontigny, un des premiers et heureux essais de l'art gothique qui venait de naître, il n'a rien produit dans la suite de plus pur et de plus irréprochable que le sanctuaire avec son abside légèrement portée sur ses huit colonnes monolithes. Vingt-quatre chapelles rayonnent en élégante couronne autour de ce sanctuaire, et c'est de leur sein qu'il se dégage et s'élance en colonnades et en ogives aussi gracieuses qu'imposantes. La nef est belle aussi dans sa nudité majestueuse ; mais, dénuée d'ornementation jusqu'à la pauvreté, elle paraît froide et négligée, et on sent que le chœur a été traité par l'artiste avec une juste prédilection.
L'œil, accoutumé à l'ornamentation fleurie de nos cathédrales du XIIIe et du XIVe siècle, chercherait vainement ici ces rosaces brodées, ces larges et splendides verrières, ces édicules élégants, ces figurines qui respirent dans la pierre ; il ne faut pas demander ce luxe de l'art à une église sévère comme les règles monastiques. Des chapiteaux à crosse pour le sanctuaire, et à feuille d'eau pour la nef, sont les seules sculptures de ce grandiose monument. Ces étroites fenêtres lancéolées qui vous mesurent la lumière avec parcimonie et donnent au lieu saint une couleur si recueillie, vous rappellent la celle du moine et annoncent que les prescriptions de saint Bernard et l'austérité religieuse n'ont point été oubliées. Au fond de l'abside est un monument qui domine le sanctuaire et affecte une imposante majesté. On devine que cette chasse, suspendue dans les airs et soutenue par la main des anges, sert de trône à celui qui, après Dieu, est évidemment le seigneur du lieu saint. Dans cette chasse, ornée d'une vieille dorure et de quelques statuettes, un mélange de magnificence et de pauvreté atteste à la fois une longue vénération et une longue indifférence. Sur cette couche séculaire que lui ont préparée la foi et l'amour des peuples, le corps du saint pontife repose paisiblement comme sur un lit de parade, et continue son sommeil de six siècles. Il est revêtu d'un tissu de saie rouge et d'ornements pontificaux, qui sont évidemment du XIIIe siècle, et les mêmes dans lesquels le saint corps fut enveloppé à sa première translation (1247). La tête, malgré les ravages du temps, est bien conservée, et quelques dents adhérentes se voient encore dans la bouche. Sa main gauche est desséchée et étendue le long du corps. On conserve, dans un reliquaire particulier, la main droite encore intacte. Les quatre cierges qui, par la libéralité des rois d'Angleterre, brûlaient nuit et jour et devaient brûler à perpétuité devant le saint tombeau, se sont éteints sous le souffle de la réforme (1532). Sur les belles sculptures du chœur, la hache révolutionnaire a laissé des traces de son vandalisme.
De l'antique abbaye, un seul édifice a survécu ; contemporain de l'église et debout à son côté, ce dernier débris ne la déshonore pas, il est bien digne de représenter, auprès des âges, le célèbre monastère et donne une grande idée de sa solide beauté. Cet édifice se compose d'un cellier et d'un grenier superposés. Lorsqu'on considère ces voûtes et ces piliers d'une architecture si élégante et si forte qu'elle peut défier les injures du temps et se comparer aux plus splendides constructions de nos jours, on sent que les moines bâtissaient pour les siècles et que ces âges n'étaient pas aussi ignares ni aussi dépourvus de génie que l'orgueil moderne voudrait se le persuader. Du monastère lui-même et des cellules habitées par les religieux, pas une pierre ne subsiste. Les cloîtres, où se promenèrent tant de saints et savants hommes, ont disparu, comme les autres bâtiments, sous le marteau des démolisseurs ; il n'en reste que quelques arcades adossées au côté nord de l'église ; leur destruction eût compromis la solidité du monument, et, grâce à cette nécessité, elles nous ont été conservées. Des murs de clôture, aussi anciens que l'abbaye, entourent les champs qu'elle occupait. Abandonnés aux outrages du temps, ils ont bravé toutes les intempéries, et attestent par leur inébranlable solidité les mains qui les ont bâtis. Dans l'enceinte, quelques pierres éparses, des fondations qui se cachent sous l'herbe, un canal creusé par les moines et dont les eaux continuent d'arroser cette terre fertile, tels sont les seuls restes qui aient échappé à la destruction.
À côté de ce vieux cellier, qui dresse ses murs massifs appuyés de contre-forts et noircis par le temps, une maison toute jeune s'élève, gracieuse comme une résurrection du passé et un rejeton du catholicisme immortel. La même foi qui avait réuni sur cette terre, pendant sept siècles, des hommes épris de Dieu et exclusivement dévoués à son service, cette foi éternellement féconde vient de rebâtir, au sein de l'indifférence et sur les ruines d'un passé glorieux, une nouvelle forteresse de Dieu.
L'abbaye de Pontigny fut rachetée, en 1843, par Mgr de Cosnac, archevêque de Sens, et ce furent les restes et le souvenir de saint Edme qui réunirent, dans ces débris abandonnés, quelques jeunes prêtres avides de se dévouer sans réserve au service de Dieu et au service des âmes les plus délaissées. Après s'être essayés plusieurs années à la vie religieuse et à l'apostolat, ils se crurent enfin mûrs pour leur grand dessein. Le 29 septembre 1852, réunis dans une humble chapelle dont les voûtes antiques avaient entendu saint Edme, ils se consacrèrent à Dieu par les vœux ordinaires de religion qu'ils avaient depuis longtemps prononcés dans leur cœur et pratiqués dans leur vie. Consolez spectacle ! Au sein de ces pays désolés par l'indifférence, semblable à une oasis au milieu des sables arides, une modeste institution naît et se développe ! Des enfants de ces contrées, où la foi est affaiblie, se réunissent sur une terre mêlée de la cendre des Saints, dans le voisinage et sous la protection de saint Edme dont ils portent le nom, dont ils touchent l'église et le tombeau, et par leur vie à la fois solitaire et apostolique, ils renouent la chaîne d'un passé glorieux. La cloche du monastère sonne comme autrefois ; on étudie, on prie, on travaille comme autrefois ; le silence, la paix, la douce joie de la famille monastique règnent comme autrefois. Ce sont les mêmes psaumes, les mêmes hymnes et les mêmes cantiques, c'est le même sacrifice qui se célèbre sur les autels relevés. Ce n'est plus le Pontigny que trouva saint Edme en s'y réfugiant, mais c'est encore Pontigny. Ce n'est plus qu'un souvenir, une ombre de ce grand nom, mais du moins un souvenir pieux et une ombre sans tache ! Magni nominis umbra !
Edme publia, vers l'an 1236, des Constitutions provinciales, empreintes de la sagesse qui vient de Dieu. Elles étaient destinées à prévenir les discordes et à détruire certains abus qui s'étaient glissés parmi le peuple et le clergé. Les principales prescriptions, renfermées en trente-six canons, regardent l'amour de la paix, le soin des enfants, l'administration aux malades des derniers sacrements, le désintéressement et la pureté de vie qui doivent distinguer les clercs. Dans ces ordonnances, sorties d'un cœur paternel, on retrouve toute entière l'âme si pure et si douce du pontife. Avant de formuler le cinquième canon, il s'adresse en ces termes aux recteurs, vicaires et autres prêtres préposés au gouvernement des paroisses : « C'est un devoir pour nous, mes enfants, d'aimer la paix, puisqu'un Dieu en est l'auteur, qu'il nous l'a recommandée, qu'il est venu pacifier le ciel et la terre, et que de cette paix du temps dépend celle qui est éternelle... Nous vous avertissons donc et vous enjoignons expressément de vivre en paix avec tous les hommes autant qu'il dépendra de vous ; d'exhorter vos paroissiens à n'être qu'un même corps en Jésus-Christ par l'unité de la foi et le lien de la paix ; d'apaiser tous les différends qui s'élèvent dans vos paroisses, de terminer toutes les querelles autant que vous le pourrez, et de ne pas permettre que le soleil se couche sur la colère d'aucune des âmes confiées à vos soins... »
Le huitième canon recommandait aux prêtres de fuir, dans l'administration des choses saintes, cette honteuse cupidité qui refroidit la charité des fidèles et les éloigne des sacrements. Il réglait aussi qu'en chaque doyenné des hommes craignant Dieu seraient chargés d'avertir l'archevêque ou son official des désordres qui pourraient scandaliser les peuples et contrister l'Église.
Les enfants n'étaient point oubliés, et dans les attentions nombreuses dont l'archevêque veut qu'on environne leur naissance et leur première éducation, il semble se ressouvenir des dangers qui avaient menacé ses premiers instants. Il ordonne de rappeler aux fidèles, tous les dimanches, « que les mères doivent nourrir leurs enfants avec précaution, ne point les coucher auprès d'elles de peur de les étouffer, ne point les laisser seuls auprès du feu ou de l'eau ». Les autres articles enjoignaient aux prêtres d'entourer du plus grand respect et de certaines solennités précises la sainte Eucharistie et l'Extrême-Onction, lorsqu'ils les portent aux malades. Ces sages constitutions étaient à peine publiées qu'un concile national (1237) vint leur donner une auguste sanction.
La meilleure édition des Constitutions du saint archevêque de Cantorbéry, est celle que Wilkins a donnée : Conc. Brit., et Hibern.
Edme forma plusieurs personnes au grand art de la prière : aussi était-il un habile maître dans les voies de la vie intérieure, et il est encore regardé comme un des plus célèbres contemplatifs de l'Église. Il voulait qu'on joignît à la prière l'esprit d'humilité et de mortification. Il inculquait en toute occasion la nécessité de la prière du cœur. « Cent mille personnes », disait-il, « tomberont dans l'illusion en multipliant leurs prières... J'aimerais mieux ne dire que cinq mots du cœur, et avec dévotion, que cinq mille avec froideur, avec indifférence, et dont mon âme n'est point affectée. Célébrez les louanges du Seigneur avec intelligence. L'âme doit ressentir ce que dit la langue ». — « Saint Edme », dit un auteur moderne, « s'appliqua dès sa jeunesse à la contemplation des vérités éternelles... Il a si bien réuni en sa personne, ce qui est très-rare, la science du cœur avec celle de l'école, la théologie mystique avec la spéculative, qu'ayant fait passer dans son cœur les lumières de son esprit, il devint un parfait théologien mystique, qui n'a pas moins éclairé l'Église par la sainteté de sa vie que par cet écrit admirable de spiritualité, qui porte pour titre le Miroir de l'Église, et dans lequel on trouve plusieurs excellentes choses touchant la contemplation ».
Le Speculum Ecclesiae ou Miroir de l'Église, a été imprimé dans le tome XIII de la Bibliothèque des Pères. On trouve cet ouvrage en manuscrit dans plusieurs bibliothèques, notamment dans la bibliothèque bodléienne et dans celle du collège anglais à Douai. Mais il y a des différences considérables dans ces manuscrits. Les uns ne sont que des abrégés ; d'autres n'offrent qu'une traduction latine faite sur une version française par Guillaume de Beaufu, religieux carme de Northampton. On voit dans la bibliothèque bodléienne d'autres ouvrages manuscrits de saint Edme, comme dix prières fort dévotes, en latin ; un traité sur les sept péchés capitaux et sur le décalogue, en français ; un autre traité qui a pour titre The seven Sacraments briefly declared of seynt Edmundu of Pountienie ; c'est-à-dire les sept sacrements brièvement expliqués par saint Edme, etc. Voir la bibliothèque de Tanner, V. Riche.
Nous nous sommes servi, pour compléter cette biographie, de la Vie de saint Edme, par le R. P. L.-F Massé, de la Société des Pères de Saint-Edme de Pontigny.
Événements marquants
- Naissance à Abingdon vers la fin du XIIe siècle
- Études et enseignement des Arts libéraux à Paris
- Vœu de chasteté perpétuelle à l'autel de la Vierge
- Doctorat en théologie et enseignement à Paris
- Trésorier de l'église de Salisbury
- Prédication de la Croisade contre les Sarrasins
- Sacre comme archevêque de Cantorbéry en 1234
- Exil en France suite aux conflits avec le roi d'Angleterre en 1240
- Mort au monastère de Soisy le 16 novembre 1240
- Canonisation par Innocent IV en 1247
Miracles
- Apparition de l'Enfant Jésus lui enseignant le nom de Nazareth
- Guérison d'un écolier au bras malade
- Vision de sa mère imprimant trois cercles (Trinité) dans sa main
- Incorruptibilité du corps après la mort
- Anneau pontifical se laissant retirer après une prière
Citations
Entre prendre et pendre, il n'y a qu'une lettre de différence.
J'aimerais mieux ne dire que cinq mots du cœur, et avec dévotion, que cinq mille avec froideur.