Saint Guillaume de Paris (ou de Danemark)

Abbé en Danemark

Fête : 6 avril 12ᵉ siècle • saint

Résumé

Chanoine de Sainte-Geneviève à Paris, Guillaume fut envoyé au Danemark au XIIe siècle pour réformer le monastère de l'île d'Eskill. Malgré les persécutions de ses confrères et les rigueurs du climat, il rétablit la discipline régulière par sa piété et ses miracles. Il mourut en 1202 à l'âge de 97 ans après quarante ans d'abbatiat.

Biographie

S. GUILLAUME DE PARIS, ABBÉ EN DANEMARK

L'odeur de la vertu des Saints ne passe pas. S. Ambr., serv. xxx.

Nous allons voir, en la vie de ce saint Abbé, l'industrie admirable de la divine Sagesse, qui tire le bien du mal, et se sert de l'impiété des uns pour le salut et la sanctification des autres. Guillaume étant né de parents nobles, fut mis dès son enfance sous la conduite d'un de ses oncles, appelé Hugues, quarante-deuxième abbé de Saint-Germain des Prés, à Paris. Il profita si bien avec lui, et en la compagnie des religieux de cette sainte maison, qu'en peu de temps il amassa un grand trésor de science, d'honnêteté et de vertu. Son oncle, lui ayant persuadé d'embrasser l'état ecclésiastique, le fit ordonner sous-diacre et pourvoir d'un canonicat en l'église de Sainte-Geneviève du Mont, où il n'y avait pas encore de religieux. Ses bonnes qualités, c'est-à-dire sa chasteté, sa modestie, sa douceur, son assiduité au chœur et son amour pour la retraite, le distinguèrent aussitôt dans ce chapitre; mais cela fut loin de lui concilier le respect et l'amour de ses confrères; croyant que la vie de Guillaume était une secrète condamnation de la leur, ils en conçurent une si grande jalousie, qu'ils résolurent de le perdre.

L'un d'eux, moins emporté que les autres, se servit d'un stratagème pour lui faire quitter sa prébende : il feignit de vouloir être religieux, et pria le bienheureux chanoine de lui tenir compagnie dans une si sainte résolution; il se promettait qu'après l'avoir engagé, il sortirait du monastère et reviendrait à son église. Cette adresse trompa d'abord saint Guillaume, et, comme ses inclinations le portaient toujours au bien, il consentit à aller avec lui dans une abbaye appelée la Charité, en Bourgogne. Mais, ayant reconnu la fourberie, il revint sur ses pas à Paris et reprit ses premiers exercices.

Cependant ces chanoines persistaient toujours dans leur mauvais dessein; ne pouvant lui ôter la vie sans exposer la leur, ils tâchèrent de le diffamer auprès de l'évêque de Paris, et empêchèrent qu'il ne l'ordonnât diacre. Mais, le Saint étant allé à Senlis, avec des lettres de recommandation de l'abbé Hugues, son oncle, l'évêque du lieu lui conféra cet ordre. Quelque temps après, la prévôté et cure d'Epinay, entre Paris et Melun, dépendante de l'église de Sainte-Geneviève, étant venue à vaquer, les chanoines crurent que c'était là une occasion favorable d'éloigner Guillaume avec honneur, et le prièrent de l'accepter; il le fit d'autant plus volontiers, qu'il crut que son absence apaiserait leur esprit et les guérirait de la jalousie qui les faisait continuellement offenser Dieu. Toutefois, il demeura toujours chanoine, se conformant à l'usage de cette église, qui ne devait être desservie que par un membre du chapitre de Sainte-Geneviève.

L'an 1147, le pape Eugène III étant venu à Paris pour trouver un asile assuré sous la protection de Louis le Jeune, contre les persécutions des Arnaïstes, se rendit à l'église de Sainte-Geneviève, dès ce temps-là indépendante de l'Ordinaire et relevant immédiatement du Saint-Siège. Il s'aperçut que la vie des chanoines n'était pas ce qu'elle aurait dû être : il découvrit même de graves désordres, en conféra avec le roi; et ils résolurent ensemble de remplacer ces prêtres, indignes de leur caractère sacré, par une communauté plus édifiante. L'abbé Suger, chargé de ce soin, y établit des chanoines réguliers de l'abbaye de Saint-Victor de Paris, le 23 août 1448.

Comme le Pape et le roi avaient ordonné que les religieux donneraient aux anciens chanoines le revenu de leurs prébendes durant leur vie, le nouvel abbé, nommé Eudes, qui était auparavant prieur de Saint-Victor, manda à notre saint Guillaume ce qui se passait, et le prie de venir en l'abbaye pour conférer avec lui sur le paiement du revenu de son bénéfice; il y vint, et il fut si puissamment touché des paroles de vie que ce saint personnage lui dit, qu'il embrassa son institut, et, de chanoine séculier, se fit chanoine régulier. On reconnut bientôt les trésors de grâce qu'il renfermait dans son âme; et, comme il joignait à une éminente piété une prudence et une discrétion admirables, on ne tarda pas longtemps à l'élever plus haut et à le faire sous-prieur.

Dans cet office, il fit paraître un grand zèle pour l'observance régulière, et, étant le premier et le plus fervent à toutes choses, il ne souffrait point que les autres se comportassent négligemment, et que la beauté de la maison de Dieu perdît son lustre par la lâcheté de ceux qui étaient sous sa charge. Plusieurs années après, un certain religieux s'étant fait pourvoir de la dignité de prieur, par l'autorité du roi, contre la pratique ordinaire de l'Ordre, qui défendait d'avoir recours aux puissances séculières pour les offices conventuels, le courageux serviteur de Dieu s'opposa à la prise de possession, et lui ôta la corde de la main lorsqu'il vint pour sonner la cloche de la communauté. Ce fut l'amour de sa Règle qui le porta à cette action; néanmoins, elle ne fut pas approuvée de l'abbé Garin, qui avait succédé à Eudes; et, au lieu d'en recevoir de la louange, il n'en reçut que du blâme et une sévère pénitence qu'il lui imposa. Mais le pape Alexandre III, en ayant été informé, reprit sévèrement cet abbé, et, approuvant le zèle de Guillaume, commanda de procéder à l'élection d'un autre prieur, selon les Règles canoniques.

Le Saint fit encore paraître son insigne piété lorsqu'on ouvrit la châsse de sainte Geneviève, sur un bruit qui avait couru dans Paris, que l'on en avait dérobé le chef: il soutint toujours généreusement, comme gardien des reliques de l'abbaye, qu'on n'y avait nullement touché; et, lorsqu'à l'ouverture de la châsse on aperçut le vénérable chef de la Sainte, il entonna, avec une ferveur incroyable, l'hymne Te Deum laudamus, qui fut continuée par un nombre infini de personnes accourues à cette cérémonie. Comme un évêque objecta que ce pouvait être un autre crâne que celui de Geneviève, Guillaume, ne consultant que sa ferveur, offrit d'entrer avec la relique sacrée dans un four embrasé, si les prélats le lui voulaient permettre.

Tandis qu'il s'appliquait à embellir son âme de toutes sortes de vertus dans cette abbaye, Notre-Seigneur lui apparut au milieu de la nuit sous la forme d'un beau jeune homme, et lui dit qu'il fallait qu'il allât, pour son service, en une île éloignée, où il souffrirait de grandes peines; mais qu'après les avoir vaincues par sa grâce, il viendrait régner avec lui dans le ciel. Il ne comprit pas d'abord la signification de cette vision, mais l'événement lui en donna bientôt une intelligence parfaite.

En effet, Waldemar, roi de Danemark, fils de saint Canut, roi et martyr, ayant purgé son royaume des incursions des Vandales, Absalon, évêque de Roskild, prélat d'une éminente vertu, et qui remplissait admirablement bien tous les devoirs de sa charge, souhaita de remettre en son premier lustre un monastère de chanoines réguliers de son diocèse, en l'île d'Eskill. Pour en venir à bout, il envoya à Paris le prévôt de son église, que l'on dit avoir été le célèbre écrivain de l'Histoire de Danemark, appelé Saxon le Grammairien, afin de prier l'abbé de Sainte-Geneviève de lui envoyer le chanoine Guillaume, dont il connaissait le mérite, pour l'avoir fréquenté lorsqu'il étudiait lui-même à l'université de Paris. L'abbé ne put refuser à un si saint évêque une demande si juste, et, ayant décidé Guillaume à entreprendre ce voyage, il lui donna trois autres chanoines pour compagnons. Ils arrivèrent tous quatre heureusement en ce pays, et furent reçus avec beaucoup de joie et de vénération, tant par le roi que par l'évêque. Guillaume fut fait abbé d'Eskill, et commença à y rétablir l'observance régulière, avec les trois religieux qu'il avait amenés, et avec quatre seulement des six qu'il y avait auparavant, les deux autres ayant refusé la réforme.

On ne peut croire les peines qu'il eut à souffrir, ni les combats que le démon lui livra dans l'exécution d'une si glorieuse entreprise. La violence du froid qui règne en Danemark, la pauvreté du couvent d'Eskill, l'ignorance de la langue du pays et d'autres motifs effrayèrent tellement les trois chanoines qui étaient venus avec lui, qu'ils voulurent absolument s'en retourner. Ceux de la maison, accoutumés depuis longtemps au libertinage, s'ameutèrent contre lui et employèrent toutes sortes d'artifices, ou plutôt de méchancetés, pour l'obliger à quitter la place. Le démon, de son côté, n'épargna rien pour le décourager. Un jour, ayant éteint la lampe du dortoir, il mit le feu à de la paille qui était dans sa chambre, afin qu'il en fût consumé. Une autre fois, il le tenta d'impureté d'une manière très-violente, lui mettant des pensées infâmes et des représentations lascives dans l'esprit. Mais son humilité, sa patience, sa douceur, sa soumission à Dieu, sa dévotion, ses prières continuelles et les austérités incroyables qu'il exerçait sur son corps, le rendirent victorieux de tous ses ennemis, et réduisirent ses religieux à vivre selon l'esprit de leur Ordre et à garder fidèlement les Règles de leur premier institut.

Il fit aussi de grands miracles pour appuyer sa doctrine et la réforme qu'il était venu établir dans ce monastère : les restes de sa table guérirent plusieurs malades, entre autres un homme affligé de dysenterie, et une jeune fille qui avait été tenue pour morte l'espace de trois jours ; et de l'eau, qu'il envoya à une personne languissante, la remit dans une parfaite santé. Il fut aussi lui-même un sujet de miracle : il lui était survenu une maladie qui faisait désespérer de sa vie ; sainte Geneviève, à qui il avait une dévotion singulière, l'honora d'une visite, et, d'une seule parole, le guérit si parfaitement, qu'il se leva du lit pour en rendre grâces à Notre-Seigneur, source de tous les biens, et qui sait secourir un Saint par un autre Saint.

Sept ans avant sa mort, un vénérable vieillard lui apparut et lui dit : « Vous vivrez encore sept jours ». Le Saint, croyant que c'était un avertissement du ciel et que sa mort était fort proche, s'y disposa le mieux qu'il put ; mais voyant qu'au bout des sept jours elle ne paraissait point, il l'attendit sept semaines, et puis sept mois, jusqu'à ce qu'il comprit enfin que ces jours signifiaient des années. Se voyant donc comme assuré de sa fin et du nombre de ses jours, il redoubla ses premières ferveurs, châtiant et maltraitant son corps avec tant de rigueur, que sa vie passée ne semblait avoir été que délices à l'égard de celle qu'il menait. En tout ce temps-là on ne le vit jamais en prières qu'il n'eût les larmes aux yeux, et quand il était à l'autel, il entrait dans un tel ravissement d'esprit, qu'il semblait voir son aimable Sauveur exposé aux coups et aux injures qu'il a souffertes pour nous dans sa Passion. Les inventions qu'il trouvait chaque jour pour s'affliger, ne firent qu'un ulcère de tout son corps ; et ces douleurs donnant de l'exercice à sa patience, mettaient sa vertu à l'épreuve et élevaient son âme à un très-haut degré de perfection, afin qu'il pût mériter la couronne toute couverte de perles et de pierres précieuses, que Dieu, douze ans auparavant, avait fait voir à un bon religieux son ami, appelé Gérard, lui disant qu'il la disposait pour l'abbé Guillaume, quand il l'aurait méritée par ses vertus et par ses souffrances.

Enfin, les sept ans écoulés, le mercredi de la semaine sainte, comme le Saint conférait avec ses religieux, le prieur dit que la nuit avait été pour lui très-mauvaise. Le Saint repartit que lui, tout au contraire, ne se souvenait point d'en avoir jamais passé une meilleure, parce qu'il avait vu Notre-Seigneur Jésus-Christ, assisté de deux autres personnes, et qu'il s'était entretenu avec eux le plus agréablement du monde. — « Sans doute, mon Père », répondit le prieur, « que Notre-Seigneur Jésus-Christ vous appelle en son royaume par cette visite ». Le saint Abbé répliqua, avec un soupir d'amour : « Qu'il me soit fait selon votre parole ! » Le jeudi saint il célébra la sainte messe pour la dernière fois, communia tous les frères de ses propres mains, et, après le sacrifice, ayant lavé les pieds aux pauvres, il prit sa réfection avec les autres religieux, qui voyaient déjà paraître sur son visage je ne sais quels indices de la gloire qu'il devait bientôt posséder. Le repas fini, il se leva de table pour laver les pieds à ses frères ; mais il en fut empêché par une douleur de côté, qui le tourmenta extrêmement tout le reste du jour et la moitié de la nuit suivante. Il ne lui en resta, néanmoins, qu'une petite fièvre. La nuit de Pâques, le saint Abbé sentant son heure approcher, appela son infirmier, et lui dit : « Tu sais bien, mon fils, que cette nouvelle fête doit être célébrée avec une grande solennité par tous les chrétiens ; apporte-moi donc l'habit neuf que tu as en ta chambre » : c'était un cilice tout neuf qu'il voulait mettre, au lieu de son vieux. Comme on chantait aux Matines ces paroles du second répons : « Etant venus pour oindre Jésus ! », il s'écria qu'il était temps de lui apporter l'Extrême-Onction ; de sorte que le prieur n'eut que le temps d'apporter les saintes huiles pour lui donner ce dernier Sacrement ; après quoi il exhala sa belle âme, quand l'aurore commençait à poindre, c'est-à-dire à peu près à l'heure où le Fils de l'homme, triomphant des enfers, est ressuscité des morts. Ce fut le 6 avril de l'an de grâce 1202, et de son âge le quatre-vingt-dix-huitième : il en avait passé quarante dans la charge d'abbé.

Dieu l'honora, après son décès, de plusieurs miracles qui attirèrent un grand concours de peuple à son tombeau : une torche s'y alluma spontanément pour attester sa sainteté : elle était descendue du ciel en traversant le toit de l'église. Aussi les démoniaques y étaient délivrés, les paralytiques, les sourds, les muets et les aveugles guéris, et généralement tous ceux qui allaient visiter ses saintes reliques, éprouvaient sensiblement son pouvoir dans le ciel. Le pape Honorius III députa le cardinal de Saint-Théodore, appelé Grégoire, son légat en Danemark, en Suède et en Bohême, pour en informer sur les lieux. Il fut enfin solennellement canonisé le 12 février 1224. Son culte ne subsiste plus en Danemark depuis la réforme ; avant notre révolution de 1789, il se continuait en France et surtout dans l'abbaye Sainte-Geneviève.

Aujourd'hui notre pays, comme le Danemark, semble avoir oublié un personnage qui fut une de ses gloires, un Saint qui compte parmi ses protecteurs.

On a représenté saint Guillaume de Danemark : 1° priant devant un crucifix et lui racontant les peines qu'il endure de la part des méchants chanoines de Sainte-Geneviève ; 2° Sainte Geneviève lui apparaît en songe pendant qu'il est malade et le guérit.

La vie de ce saint Abbé se trouve au second tome de la *Vie des Saints* de Surius, composée par un de ses disciples ; et les continuateurs de Hollandus nous l'ont donnée dans son premier style, et sans aucun retranchement. En fait de sources modernes, consulter *Saints de Franche-Comté*, t. IV, p. 297.

Événements marquants

  • Éducation sous la tutelle de son oncle Hugues à Saint-Germain des Prés
  • Chanoine à Sainte-Geneviève du Mont à Paris
  • Nomination à la prévôté d'Epinay
  • Réforme de Sainte-Geneviève par les chanoines de Saint-Victor en 1148
  • Élévation au rang de sous-prieur de l'abbaye
  • Départ pour le Danemark à la demande de l'évêque Absalon
  • Abbé de l'île d'Eskill pour restaurer la discipline régulière
  • Canonisation le 12 février 1224 par Honorius III

Miracles

  • Guérison d'un homme atteint de dysenterie par les restes de sa table
  • Résurrection d'une jeune fille morte depuis trois jours
  • Guérison miraculeuse de Guillaume par sainte Geneviève
  • Allumage spontané d'une torche descendue du ciel sur son tombeau

Citations

Qu'il me soit fait selon votre parole !

— Réponse au prieur annonçant sa mort

Tu sais bien, mon fils, que cette nouvelle fête doit être célébrée avec une grande solennité par tous les chrétiens ; apporte-moi donc l'habit neuf que tu as en ta chambre

— Demande de son cilice neuf avant de mourir