Saint Guillaume Firmat
Ermite et Confesseur
Résumé
Né à Tours en 1026, Guillaume Firmat fut d'abord médecin et chanoine avant de choisir la vie érémitique. Après deux pèlerinages à Jérusalem et une vie d'austérités dans les forêts du Maine et de Normandie, il mourut à Mortain en 1103. Il est célèbre pour son empire sur les animaux, notamment un sanglier qu'il apprivoisa.
Biographie
SAINT GUILLAUME FIRMAT
Dulcis est una patria, et vera una patria, sola patria : præter illam quidquid nobis est, peregrinatio est. Il n'y a qu'une seule, vraie et douce patrie : en dehors de celle-là, tout n'est que déplacement et pèlerinage. Aug. sup. Paul. xii.
Saint Guillaume Firmat naquit à Tours en 1026. Dès son enfance, il fut prévenu des grâces de Dieu et il y répondit avec une fidélité qu'on rencontre rarement à cet âge. Doué d'un esprit ouvert, d'un jugement sûr, d'une heureuse mémoire, il avait une conversation aussi attrayante que sérieuse; sa rare modestie en relevait encore le charme et ajoutait à toutes ses autres vertus un prix inappréciable.
Le monde aurait voulu garder ce jeune homme dont les brillantes qualités lui auraient fait honneur, mais Dieu l'appelait à une vie plus parfaite. Il sollicita et obtint la faveur de faire partie du Chapitre de Saint-Venant. Là il donna l'exemple de l'obéissance la plus entière et de la charité la plus inaltérable. Devenu fort habile dans l'art de la médecine, il s'acquit promptement une grande réputation, et les malades venaient en foule le consulter. À cette époque la pratique de la médecine et la profession ecclésiastique n'étaient point incompatibles.
Le démon profita de ses succès, de sa fortune et de ses autres avantages extérieurs, pour lui murmurer à l'oreille quelques paroles d'orgueil et pour faire briller à ses yeux un avenir brillant dans le monde. Guillaume sut déjouer les ruses de l'ennemi; connaissant toute l'étendue de la fragilité humaine, il eut recours à la prière, et il entendit cette voix divine retentir à son cœur : « Vendez tout ce que vous avez, donnez-en le prix aux pauvres et suivez-moi ! ».
Fortement ébranlé par la grâce, il alla trouver sa mère et lui fit part de son dessein en ces termes :
« Vous savez, ma mère, que le monde passe et que s'appuyer sur lui c'est s'appuyer sur un roseau. Dieu nous a faits à son image et il veut que nous devenions participants de sa nature divine. Échangeons donc les biens de la terre pour ceux du ciel. De toutes les richesses que Dieu nous a données, prenez tout ce que vous désirez et que le reste devienne le bien des pauvres. Pour moi, avec votre consentement, je pense à entrer en religion. »
— « Quoi ! mon fils, reprit la mère fondant en larmes, quoi ! tu songes à me quitter ! qui sera maintenant le soutien de ma vieillesse et la consolation de mon veuvage ? Pourquoi donc, si tu veux servir ton Dieu, ne pas m'associer à ton dessein ? Si tu veux vivre dans la solitude, ne peux-tu m'admettre, moi, seule avec toi, moi qui fus ta nourrice dévouée et qui serais maintenant ton humble servante ? Permets cela, mon fils, afin que celle qui, à ton entrée dans cette vie corruptible, t'a montré le chemin, puisse aujourd'hui te suivre, quand tu franchis la route du ciel. Mon fils, tu peux disposer de tes biens comme tu l'entendras ». »
Après ces touchantes paroles, la mère et le fils, dans un saint transport de joie, mêlent leurs larmes et leurs embrassements : tous deux vendent aussitôt leurs biens, en distribuent le prix aux pauvres, et quittent la ville pour se retirer dans un ermitage appelé les Sept-Frères.
Pendant que la mère préparait à son fils la nourriture de chaque jour, le fils donnait à sa mère, et avec abondance, le festin spirituel de la parole divine. Tant que la mère vécut, saint Guillaume resta dans ce lieu ; mais à sa mort, n'ayant plus aucune raison d'y demeurer, importuné d'ailleurs par les nombreuses visites qu'on lui rendait, il quitta sa patrie et se retira au fond de la forêt de Concise, voisine de Laval.
Le Saint ne trouva point dans ce lieu la tranquillité qu'il espérait.
De jeunes libertins se concertèrent avec une femme de mauvaise vie pour livrer un assaut à sa vertu. Elle vint pendant la nuit frapper à la porte de sa cellule et mit tout en œuvre pour le séduire. Mais Firmat, en sa présence, prit un tison enflammé, l'appliqua sur son propre bras si fortement qu'il conserva les traces de la brûlure le reste de ses jours.
Touchée par cette héroïque action, la malheureuse se jeta aux genoux du solitaire et lui demanda pardon. Ceux qui l'avaient conseillée l'avaient suivie dans la forêt pour voir ce qui arriverait. Le courage du Saint triompha de leur perversité ; en signe de repentir, ils publièrent partout l'infâme projet qu'ils avaient conçu et comment le Saint avait su le déjouer.
Cette action fit briller d'un plus grand éclat la vertu de notre solitaire, et la foule fut plus empressée que jamais d'aller chercher ses conseils et implorer le secours de ses prières.
L'affluence devint telle que son humilité s'en alarma : il quitta sa solitude et se rendit en Palestine pour y visiter les lieux sanctifiés par le Sauveur du monde.
Dieu l'assista d'une manière sensible dans son pèlerinage : il fit, à sa prière, jaillir une source au milieu du désert, dont l'aridité lui causait d'affreuses souffrances.
Une autre fois il s'égara, et comme il ne pouvait retrouver sa route, Dieu lui envoya un corbeau pour le guider. Cet oiseau le précédait, et, par sa voix et ses battements d'ailes réitérés, il l'engageait à le suivre.
Il fut aussi visité par les épreuves, mais les Saints les accueillent comme des faveurs. Pris par les ennemis du nom chrétien, il fut enchaîné, frappé de verges et mis en prison. On ne l'en tirait que pour le charger de lourds fardeaux et l'obliger ensuite à marcher à la façon des quadrupèdes. Le courageux athlète du Christ supportait tout cela avec joie, et s'il n'eut point alors la gloire du martyre, on peut affirmer qu'il en acquit tout le mérite.
Mis en liberté, il revint en France et se rendit à Vitré, en Bretagne, où il resta fort peu de temps. À Dordenay, il fit jaillir miraculeusement une source d'eau en fixant son bâton dans la terre, et les habitants, en souvenir de ce miracle, appelèrent ce lieu la fontaine de Saint-Firmat.
Ce prodige ayant attiré un grand nombre de personnes à son ermitage, il revint vers le Maine et habita dans la forêt de Mayenne, à Fontaine-Géhard.
Après avoir erré dans plusieurs autres endroits, il s'établit définitivement à Mantilly, près de Passais, dans le diocèse du Mans. Là il se livra à toutes sortes d'austérités et à des jeûnes rigoureux; il ne mangeait souvent que le soir, et encore ne prenait-il que quelques racines. Il n'avait pour lit que quelques morceaux de jonc sur lesquels il s'étendait, accordant seulement deux ou trois heures à un sommeil que réclamait impérieusement la nature.
Détaché des biens de la terre, il n'acceptait que ce qui était indispensable pour sa nourriture, et il distribuait aux pauvres toutes les offrandes qui lui venaient de la piété des fidèles.
Guillaume vivait en paix dans la solitude, lorsqu'une circonstance vint encore l'en éloigner. Son clerc ayant été l'objet de mauvais traitements de la part de certains ouvriers du pays, il s'enfuit furtivement et alla se cacher sur les bords du Rhône dans un lieu appelé Eosne.
Il retourna une seconde fois à Jérusalem et revint de nouveau dans sa solitude.
Toutefois les habitants de Mantilly ne pouvaient se consoler de son départ, et ils députèrent deux de leurs concitoyens pour aller à sa recherche. Ceux-ci partirent nu-pieds, bien résolus de ne point revenir sans avoir découvert la retraite du Saint et sans le ramener avec eux. Ils supplièrent Dieu de les guider et de les mettre sur les traces du pieux solitaire. Arrivés sur les rives du Rhône, ils interrogèrent un pêcheur qui semblait se trouver là tout-exprès pour leur découvrir la retraite de saint Firmat. Le Saint jouissait déjà dans ce lieu d'une grande réputation, et les malades s'y rendaient avec empressement. L'ayant enfin trouvé, les deux voyageurs se jetèrent à ses genoux et le supplièrent avec larmes de revenir à Mantilly. Le Saint se laissa fléchir par leurs instances et consentit à retourner à son ancienne solitude.
Guillaume tint parole, et dès qu'on sut le jour de son arrivée, tout le peuple alla à sa rencontre et lui fit une réception digne de sa vertu et de l'amour qu'on avait pour lui.
Il était à peine rendu dans sa solitude qu'une de ses parentes de Tours vint le trouver et sollicita le secours de ses prières pour la délivrance de son fils qui était prisonnier. Le Saint lui fit dire qu'elle pouvait être tranquille, que son fils serait mis en liberté. La pauvre mère était à peine rentrée dans sa demeure que son fils, libre et joyeux, se jetait à son cou et lui affirmait que la prière seule de Guillaume l'avait délivré.
Notre Saint, comme nous le lisons dans la vie de quelques-uns des serviteurs privilégiés de Dieu, exerçait un grand empire sur les animaux. On raconte que les oiseaux, même les plus sauvages, s'approchaient de lui sans crainte, venaient manger dans sa main ou se réfugier sous ses vêtements pour se mettre à l'abri du froid. Quand il s'asseyait sur le bord de l'étang voisin de sa cellule, les poissons arrivaient à ses pieds et se laissaient prendre volontiers par le serviteur de Dieu qui les remettait à l'eau sans leur avoir fait aucun mal.
Un jour son clerc accourt, tout en émoi, et lui annonce qu'un sanglier fait de grands ravages dans le jardin et détruit presque tous les légumes. Guillaume se rend alors vers ce terrible animal, lui prend doucement l'oreille, et le sanglier, doux comme un agneau, se laisse conduire, suit le Saint dans sa cellule, y passe la nuit et ne recouvre la liberté que le lendemain de très bonne heure, mais après un charitable avertissement de ne pas ravager désormais le jardin de son clerc.
Dans ses dernières années, ce saint vieillard était comme l'oracle des habitants de Mayenne, de Domfront, de Passais, et de toutes les contrées voisines. On écoutait toutes ses paroles avec un souverain respect, et il savait user de son influence pour le soulagement des pauvres. Délicata, femme de Grimald, seigneur de Landivy, ne partageait pas les sentiments de libéralité de son mari, qui était possesseur d'immenses richesses. Le saint la reprit énergiquement de son avarice, et lui prédit qu'elle serait condamnée un jour à mendier son pain. Délicata profita des avertissements du serviteur de Dieu, et devint aussi généreuse qu'elle avait été avare.
Sa vie était pleine devant Dieu, et l'heure de la récompense allait sonner. Un jour qu'il se trouvait à Mortain, dans le diocèse d'Avranches, où il allait souvent prier, il tomba malade, et peu de jours après, l'esprit joyeux, le visage rayonnant de sérénité, il expira doucement. Sa mort arriva le 24 avril de l'an 1103.
Son corps fut enseveli dans l'église de Saint-Évroul qui a pris depuis le nom de Saint-Guillaume. Sa tombe fut illustrée par de nombreux miracles, et il s'y fit un grand concours de pèlerins. Il est le patron de Mortain.
L'église de Tours célèbre chaque année la fête de son illustre citoyen, le 28 février.
Les peintres et les statuaires peuvent ranger saint Guillaume Firmat parmi les ermites, et lui donner tous les attributs qui caractérisent les habitants de la solitude : cabane, corde à nœuds, bâton, croix formée de branchages, animaux farouches dans le paysage, froc, grande barbe, etc. — Les sollicitations de la femme impudique, le sermon en action sur l'enfer où mènent les plaisirs défendus, fourniraient le sujet d'un beau tableau à quelque peintre d'imagination. Il ne faut pas oublier, comme attribut de saint Guillaume, le sanglier qu'il obligea à jeûner toute une nuit dans sa cellule.
M. l'abbé Rolland, chanoine honoraire, aumônier du Pensionnat des Frères, à Tours.
28 FÉVRIER.
Événements marquants
- Naissance à Tours en 1026
- Membre du Chapitre de Saint-Venant et pratique de la médecine
- Retraite à l'ermitage des Sept-Frères avec sa mère
- Vie érémitique dans les forêts de Concise, Mayenne et Mantilly
- Pèlerinages à Jérusalem (deux fois)
- Captivité et mauvais traitements en Terre Sainte
- Miracle du tison enflammé pour résister à la tentation
- Apprivoisement d'un sanglier ravageur
Miracles
- Jaillissement d'une source dans le désert de Palestine
- Guidé par un corbeau en Terre Sainte
- Jaillissement d'une source à Dordenay en fixant son bâton
- Délivrance à distance d'un prisonnier à Tours
- Apprivoisement d'un sanglier et de divers animaux sauvages
Citations
Vendez tout ce que vous avez, donnez-en le prix aux pauvres et suivez-moi !
Vous savez, ma mère, que le monde passe et que s'appuyer sur lui c'est s'appuyer sur un roseau.