Saint Guillaume d'Oulx
Religieux d'Oulx, Prieur de Notre-Dame de Calme
Résumé
Né infirme avec une seule main au XIIe siècle, ce humble berger du monastère de Calme fut averti par un ange d'une inondation imminente. Pour prouver sa mission, l'ange lui fit don d'une main miraculeuse. Devenu prêtre et prieur, il finit sa vie en odeur de sainteté, laissant sa main droite comme relique protectrice à Eygliers.
Biographie
SAINT GUILLAUME, RELIGIEUX D'OULX
PRIEUR DE NOTRE-DAME DE CALME, AU DIOCÈSE DE GAP
XIIe siècle.
Guillaume vivait au commencement du XIIe siècle; né probablement à Eygliers, de parents pauvres, il n'avait guère à attendre dans la vie que privations et souffrances. Pour surcroît d'infortune, il était venu au monde avec une seule main, ce qui l'empêcha plus tard de se livrer au travail des champs ou aux arts mécaniques. Néanmoins, sa famille ne se laissa point aller au découragement; elle l'éleva avec soin dans la crainte de Dieu et la pratique des vertus chrétiennes. Il fut employé à la garde des troupeaux; et, comme il était modeste et pieux, les religieux établis au monastère de Calme, situé au-dessus du confluent de la Durance et du Guil, le reçurent chez eux.
Grâce aux donations considérables qu'on faisait aux églises et aux moines dans les siècles de foi, ces religieux possédaient d'abondants pâturages sur les hauteurs, autrement dites Alpes ou Alpages, et pouvaient nourrir de nombreux troupeaux; une partie en fut confiée au berger Guillaume. Le saint jeune homme, pendant la saison d'été, les gardait sur une montagne près d'Embrun, qui, depuis lors, a pris le nom de Mont-Guillaume. L'habitude de la solitude et l'aspect d'une nature grandiose avaient élevé son esprit jusqu'à la plus sublime contemplation. Les prairies, les bois, les rochers et les astres étaient pour lui comme une échelle mystique, et chaque jour il montait de quelques degrés dans cette voie qui mène au ciel. Détaché de toutes les choses d'ici-bas, il vivait de la vie des Anges, avec lesquels il avait souvent d'intimes et familières conversations. Simple comme les agneaux qu'il gardait, il recommandait à Dieu d'en prendre soin, et, ainsi qu'à Jacob, tout lui prospérait; aussi ses maîtres, frappés d'étonnement, attachaient-ils le plus grand prix à le conserver à leur service.
Il plut bientôt à Dieu, qui, assez souvent, emploie les instruments les plus faibles pour accomplir les œuvres les plus admirables, de tirer le chaste et pieux Guillaume de son obscure condition. Un jour, un Ange lui apparut et lui donna l'ordre d'aller, de la part du souverain Maître, inviter l'abbé de Notre-Dame de Calme à quitter incessamment son monastère, et à fixer sa demeure au pied du roc de Bouchet, aujourd'hui Mont-Dauphin, lui révélant que le débordement des deux rivières renverserait le couvent et submergerait toute la plaine.
Guillaume s'acquitta avec empressement de cette mission, d'autant plus importante, qu'en ce moment l'archevêque d'Embrun, le supérieur général de l'abbaye d'Oulx et Guillaume de Lyonne, un des chanoines les plus distingués de cette même communauté, avaient conçu le dessein d'ajouter quelques nouvelles constructions à l'ancien monastère, ou de bâtir une nouvelle maison dans la plaine de Barben, pour y établir une communauté plus nombreuse.
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Le prieur de Calme, qui connaissait la simplicité du pieux berger, se défia d'abord de l'avertissement qui venait de lui être donné par son humble serviteur. Mais une seconde fois Guillaume fut favorisé de la même apparition et reçut les mêmes ordres. Dès lors, le prieur commença à s'en préoccuper, n'osant ni mépriser la démarche réitérée du berger, ni trop compter sur sa parole.
Cependant le moment prédit de l'inondation était arrivé; il n'y avait pas de temps à perdre pour sauver la fervente communauté. L'Ange se montre une troisième fois à notre Saint, et avant de l'envoyer de nouveau à l'abbé de Calme, comme témoignage non équivoque de sa mission extraordinaire, il guérit l'infirmité de Guillaume, à qui il manquait la main droite, en lui donnant une main miraculeuse, appelée depuis *manus de cœlo missa*: main envoyée du ciel, ou bien encore: *main angélique*.
Guillaume, ayant, sans l'avoir demandée, obtenu cette faveur, aborda son cher maître avec une plus grande confiance. « Vous savez », lui dit-il, « que je n'avais qu'une main; eh bien! pour vous faire connaître que je viens de sa part, Dieu m'a donné cette autre main que vous voyez; croyez donc que je vous annonce la vérité ».
D'abord interdit, mais ne pouvant révoquer en doute la certitude du miracle, l'abbé remercia Dieu de ses miséricordes, se mit en devoir d'obéir à sa voix et de bâtir une nouvelle maison au pied du roc de Bouchet.
Les constructions à peine achevées, l'inondation arriva au jour prédit, et la Durance, qui en se jetant vers la droite détruisit Rame, envahit, en se rapprochant du roc de Bouchet, plus des deux tiers de la plaine de Calme, cultivée par les religieux. Le désastre fut tel, que non-seulement l'ancien couvent fut emporté, mais que, depuis lors, la plaine dévastée ne présenta plus au voyageur qu'un sol aride et pierreux. On n'essaya point de rebâtir à la même place: seulement on y mit une croix en bois pour garder le souvenir du couvent primitif, et, dans les temps de sécheresse ou de calamité publique, la paroisse d'Eygliers et les paroisses voisines avaient coutume de s'y rendre en procession.
Notre saint berger, ayant reçu, comme nous l'avons dit, une main miraculeuse et parfaitement adhérente au bras droit, se rendit à Oulx et fut admis au nombre des religieux de cette abbaye. Les rares dispositions qu'on remarqua en lui, pour les sciences, dès qu'on eut essayé de cultiver son esprit, et surtout sa tendre piété, déterminèrent les supérieurs à l'initier aux études ecclésiastiques. On l'envoya ensuite à Embrun, puis à Avignon, où l'abbaye d'Oulx possédait les églises de Claramont, de Saint-Paul et de Saint-Guillaume, dont elle percevait les dîmes.
Guillaume s'occupait avec tant d'ardeur à l'étude de la philosophie et de la théologie, il s'acquittait avec tant de dévotion de ses exercices spirituels, que ses frères en étaient profondément édifiés, et que l'évêque qui lui imposa les mains put déclarer qu'il n'avait jamais ordonné d'homme plus saint, plus rempli de l'esprit de Jésus-Christ. De retour à Oulx, auprès de ses supérieurs, le nouvel Amos ranimait, par sa présence, la ferveur de la communauté au sein de laquelle il avait passé le temps de son court noviciat, quand l'abbé ou prévôt, en ayant mûrement délibéré, l'envoya derechef au prieuré de Notre-Dame de Calme, car à cette maison se rattachait le souvenir du miracle étonnant opéré en faveur de Guillaume, miracle qui lui permettait, tous les jours, de monter à l'autel, et d'immoler entre ses mains consacrées, la victime très-sainte.
Le séjour de l'élu de Dieu en ce prieuré, qui a toujours dépendu d'Oulx et non de Boscodon, accrut le respect des peuples pour cette maison privilégiée, et Guillaume devint lui-même, de son vivant, un objet de singulière vénération. On ne prononçait son nom qu'en l'accompagnant du titre de Bienheureux; le pauvre berger, ou plutôt le saint prêtre, en était confus. Il faisait comprendre à ceux qui venaient admirer l'étonnant prodige opéré en sa faveur, qu'il fallait y voir, non ses propres mérites, mais la volonté, la miséricorde et la toute-puissance de Dieu.
Quelques années après, Guillaume fut établi prieur de cette communauté. Il remplit cette tâche laborieuse avec une pieuse fidélité et une grande édification. Aucun de ses frères n'était plus capable que lui de veiller à la direction générale du monastère et au service des paroisses, dont alors ces bons religieux prenaient soin; car l'évêque du diocèse, n'ayant pas assez de prêtres séculiers, leur avait confié un grand nombre de cures. L'histoire n'a pas conservé les édifiants détails de sa sainte vie, nous savons seulement qu'il fit construire la nouvelle église de Sainte-Marie de Calme, et qu'il était tout occupé de son pieux ministère, lorsque la mort vint le ravir au monde.
## RELIQUES ET CULTE DE SAINT GUILLAUME.
Les religieux, lisent-nous dans les mémoires de la paroisse d'Eygliers, le lendemain des funérailles de Guillaume, virent, en sortant de leur chapelle, une main s'élever au-dessus de sa tombe: c'était la main droite, celle donnée au saint berger par l'ange. Ils se contentèrent de la recouvrir. Le jour suivant, le même prodige eut lieu; ils recouvrirent la main comme la première fois. Le troisième jour, le miracle se reproduisait. Alors, craignant de résister à la voix du ciel, mais incertains sur le parti qu'ils avaient à prendre, ils consultèrent l'archevêque d'Embrun, qui leur ordonna de couper la main, de la conserver et de la transmettre à leurs successeurs, comme une sainte et précieuse relique.
« Cette main angélique », est-il dit dans les mémoires d'Eygliers, en un écrit antérieur à 1677, « opéra plusieurs miracles. Le Saint montra surtout son pouvoir et son amour envers les personnes atteintes de la fièvre, qui ont été soulagées au milieu de leurs accès et entièrement guéries par son intercession. Les femmes en travail d'enfant, en danger de perdre la vie, ont heureusement accouché; divers membres gangrenés ont été rétablis en leur état parfait. Un embrasement de la maison curiale d'Eygliers, arrivé en l'année 1653, et qui menaçait le village d'un incendie total, fut éteint, aussitôt qu'on eut approché la sainte relique ».
Les guerres de Louis XII et de François Ier, dont les troupes traversaient les Alpes pour se rendre en Italie, les dévastations des Huguenots et les événements de la fin du XVIIIe siècle nécessitèrent plusieurs translations de la sainte relique.
Depuis la suppression absolue du prieuré de Notre-Dame de Calme, la relique de saint Guillaume est devenue la propriété de l'église paroissiale d'Eygliers; mais on a continué de porter annuellement, le lundi de Pâques et le dimanche de Quasimodo de chaque année, la main angélique dans la chapelle de Sainte-Marie, qui avait été construite auprès de l'ancien monastère, et qui est appelée aujourd'hui la chapelle de Saint-Guillaume. Voici les noms des paroisses qui s'y rendent en procession ces jours-là, selon un usage immémorial: Guillestre, chef-lieu de canton, Saint-Crépin, dont la paroisse d'Eygliers faisait primitivement partie, Risoul, Mont-Dauphin, Saint-Clément et Réotier.
La sainteté du célèbre Religieux avait jeté tant d'éclat pendant sa vie, que, aussitôt après sa mort, les habitants d'Embrun avaient construit, en son honneur, une chapelle sur le Mont-Guillaume, lieu où le Bienheureux, n'étant que simple berger, allait paître son troupeau. C'est à propos, dit le père Fournier, que quelques-uns ont prétendu que cet oratoire était consacré à la mémoire de saint Guillaume de Pustiers, duc d'Aquitaine, qui avait embrassé la vie érémitique. Une statue fort ancienne qu'on voit dans la chapelle dont nous parlons et qui représente notre
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saint Guillaume avec son seul bras gauche, comme il est peint dans deux tableaux de l'église d'Eygliers, ne laisse point de doute à cet égard. En outre, la tradition populaire de la ville d'Embrun est, qu'un pauvre berger du pays, qui allait garder son troupeau sur cette montagne, est honoré dans cet oratoire, où se rendent en procession, le second dimanche de juillet, les paroisses d'Embrun et du Grand-Puy.
Mgr Jean-Irénée Depéry, évêque de Gap, dans sa visite pastorale de la paroisse d'Eygliers, le 30 juin 1847, demanda que la relique ou main miraculeuse de saint Guillaume lui fût présentée. Et il la trouva en l'état décrit par le père Marcellin Fournier. Nous lisons ce qui suit dans le procès-verbal de sa visite pastorale : « La main existe en son entier avec l'ongle du petit doigt en sa place naturelle; les autres ongles manquent; ils ont été enlevés », a-t-il été dit, « par des personnes pieuses et aussi par quelques archevêques d'Embrun. La peau, portant la marque de la plus grande vétusté, est adhérente aux os et d'une couleur noirâtre: c'est là l'effet du temps ou de l'humidité qu'on remarque dans la sacristie de la même église ».
Dans son ordonnance du 2 février 1852, le même prélat dit : « Parfaitement renseigné sur l'authenticité de la relique, et voulant respecter une tradition aussi antique, après avoir lu tous les documents qui nous ont été diligemment fournis par M. Barthélemy, curé de la paroisse d'Eygliers, après avoir pris l'avis de notre conseil et celui de plusieurs canonistes, permettons que la main de saint Guillaume, qui existe dans l'église d'Eygliers, soit rendue désormais à la vénération des fidèles de la paroisse d'Eygliers et de ceux des paroisses voisines.
« Nous mettons pour condition que cette relique ne soit exposée dans la chapelle dite de Saint-Guillaume, sous le rocher de Mont-Dauphin, qu'autant que cette chapelle sera réparée, qu'on en aura fait reconstruire la voûte, et qu'on y aura posé des fenêtres. Cette voûte en tuf avait été enlevée, en 1693, par les munitionnaires de Mont-Dauphin qui, au lieu d'aller à Gros chercher des tufs avec les entrepreneurs des fortifications, employèrent les matériaux de la voûte à construire des fours, mais dans lesquels ils ne parvinrent jamais, porte la tradition, à faire cuire un seul pain: ce qui fut regardé dans tout le pays comme une juste punition de cette impiété ».
Cette voûte, conformément à l'ordonnance du 2 février 1852, vient d'être reconstruite, et le dallage a été refait à neuf.
Enfin, sur la demande de Mgr Jean-Irénée Depéry, évêque de Gap, Sa Sainteté le pape Pie IX, par un bref du 10 mai 1852, accorde à perpétuité une indulgence plénière aux fidèles des deux sexes qui, contrits, s'étant confessés et ayant communié, visiteront la chapelle de Saint-Guillaume, dépendante de la paroisse d'Eygliers, le lundi de Pâques ou l'un des huit jours suivants. Cette indulgence est applicable aux âmes du purgatoire.
Extrait de l'Histoire hagiologique du diocèse de Gap, par Mgr J.-I. Depéry, in-8°, Gap, 1852.
Événements marquants
- Naissance avec une seule main à Eygliers
- Garde des troupeaux pour le monastère de Calme
- Apparition d'un ange prédisant une inondation
- Guérison miraculeuse de sa main droite par un ange
- Entrée à l'abbaye d'Oulx et études à Embrun et Avignon
- Ordination sacerdotale
- Nomination comme Prieur de Notre-Dame de Calme
- Construction de la nouvelle église de Sainte-Marie de Calme
Miracles
- Don d'une main droite par un ange (main angélique)
- Prophétie de l'inondation de la Durance et du Guil
- Élévation spontanée de sa main au-dessus de sa tombe après sa mort
- Extinction d'un incendie à Eygliers en 1653 par l'approche de la relique
Citations
Dieu m'a donné cette autre main que vous voyez; croyez donc que je vous annonce la vérité