Saint Hubert de Brétigny

Moine de Brétigny

Fête : 24 mai 8ᵉ siècle • saint

Résumé

Fils des seigneurs de Brétigny, Hubert se consacre à Dieu dès l'enfance et entre au monastère local à douze ans. Moine exemplaire et prêtre thaumaturge, il est célèbre pour avoir apaisé miraculeusement un conflit armé et pour ses guérisons de la rage. Son culte, marqué par l'usage des balances pour peser les offrandes, est resté vivace dans le Soissonnais.

Biographie

SAINT HUBERT, MOINE DE BRÉTIGNY

Hubert de Brétigny vécut sous Childebert III et sous Dagobert II (695-715). Son père, qui s'appelait Pierre, et sa mère, Jeanne, descendaient sans doute de quelque famille franque établie en ce lieu dont ils étaient seigneurs. Pieux et riches, ils ne désiraient rien tant que d'avoir un héritier de leur fortune. Après avoir adressé au ciel les vœux les plus ardents, ils allèrent trouver le prieur de Brétigny, homme d'une éminente sainteté et qui était peut-être saint Gamon ou saint Gam dont on voyait autrefois la figure dans le monastère, avec les insignes d'abbé, afin d'en obtenir une prière solennelle. Ils commencèrent par déposer les plus riches dons sur l'autel de la basilique, puis ils supplièrent le prieur de demander à Dieu un enfant pour eux par l'intercession des saints. Le prieur offrit le saint sacrifice, et tout rempli de l'esprit de Dieu, il leur promit ce qu'ils demandaient. En effet, neuf mois après, Jeanne eut un fils qu'elle nomma Hubert et qui eut pour parrains saint Hubert, seigneur des Ardennes et évêque de Liège, et le comte de Vermandois.

Suivant l'usage des familles nobles, le jeune Hubert fut instruit dans les lettres, dans la maison paternelle, mais il allait souvent à l'église et au monastère de Brétigny, qui n'était pas éloigné de leur manoir. Un jour même, n'étant encore âgé que de douze ans, il s'y retira secrètement. Au moment où il y entrait, il entendit un sous-diacre lire les prophéties, et désirant vivement en connaître le sens, il alla trouver un vieux moine et lui dit : Mon vénérable père, que pensez-vous que signifie ce qu'on lit dans l'Écriture ? — Beau fils, répondit le vieillard, ce qu'on vient de lire est la nourriture de l'âme. Il y est ordonné de mener une vie chaste et de fuir les charmes de ce siècle de vanité. — Je vous prie, mon père, reprit l'enfant peu satisfait de cette réponse, de m'enseigner clairement ce que c'est que la nourriture de l'âme. — La crainte de Dieu, ajouta le vieillard, est son plus solide soutien et la nourriture vitale du cœur humain. La lecture et l'audition de la sainte Écriture entretiennent l'âme de l'homme et la corroborent. Retenez ceci : « L'homme ne vit pas seulement de pain, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu ». Le prophète-roi ne dit-il pas aussi : « La crainte du Seigneur est le commencement de la sagesse ? » Puis tout étonné de la précocité du jeune Hubert : « Je crains beaucoup, mon bel enfant, que vous qui m'interrogez avec tant de sagesse, ne vouliez éprouver mon ignorance. — Hubert répondit au vieillard qu'il avait posé ces questions, non pour l'éprouver, mais pour mieux saisir ses paroles ; qu'il n'était qu'un enfant, et que son ignorance l'empêchait de comprendre les choses élevées. Alors le bon vieillard lui tint de longs discours sur l'âme, la création de l'homme, sa chute et les funestes suites de cette chute, la rédemption par Jésus-Christ. Il lui montra que le seul moyen d'arriver à la béatitude éternelle était de vivre conformément aux prescriptions de la foi de Jésus-Christ. Il lui dit en terminant, que dans les monastères on trouvait plus de facilités pour opérer les bonnes œuvres qu'elle recommande et par conséquent d'arriver au ciel. « C'est pourquoi, mon cher fils », ajouta-t-il, « si vous désirez nourrir votre âme de la nourriture céleste, réfléchissez bien à ce que vous entreprendrez et, si vous m'en croyez, vous prierez Jésus-Christ avec ferveur ».

Lorsque l'éloquent vieillard eut cessé de parler, le pieux enfant tombant aussitôt à ses pieds, lui dit : « Désormais, ô vieillard, vous qui parlez si bien du Christ, qui enseignez si bien les œuvres excellentes et montrez la voie du ciel, vous serez mon père. Dieu, par votre organe, a daigné me tirer de ce monde fragile et profane, pour me faire entrer dans la sainte religion. Qu'il vous récompense comme vous méritez. Mon esprit est embrasé du désir de revêtir l'habit religieux en ce monastère ». — « Courage, vertueux enfant, reprit le vieillard émerveillé, c'est ainsi que vous arriverez aux cieux ! Mais avant de vous faire moine, pensez quels sont les devoirs et les règles des religieux. Le but que vous poursuivez est magnifique, mais sachez que dans l'état monastique il vous faudra subir mille privations, passer des nuits sans sommeil, chanter les psaumes la nuit, souffrir des contradictions, quelquefois des reproches et éprouver de grandes peines, mais vous en sortirez victorieux ; car, si dans toutes ces difficultés vous demeurez, pour l'amour de Dieu, fidèle et magnanime, en vous s'accomplira, à la lettre, cette parole de Jésus-Christ : Celui qui persévérera jusqu'à la fin, sera sauvé. Que Dieu vous soit propice !... »

Cependant, les parents d'Hubert, inquiets de son absence prolongée, courent au monastère. Là, ayant appris qu'il s'était fait religieux, ils vont trouver le prieur pour lui redemander leur fils. Lorsqu'ils furent en sa présence, sa mère qui l'aimait tendrement, lui dit : — « Si j'avais à parler devant le peuple ou à de puissants monarques, je devrais essuyer mes larmes et étouffer mes sanglots, mais, ô mon doux enfant ! venant déposer ma douleur dans ton cœur, pourquoi craindrai-je de te parler, les joues arrosées de larmes ? Lorsque j'étais dans la fleur de la jeunesse, longtemps mon sein demeura stérile ; mariée, j'étais sans enfant. Nous t'avons obtenu, ton père et moi, par nos prières, et tu vis le jour par la faveur de Dieu. Nous avions l'espoir que tu continuerais notre race et que tu serais notre héritier. Je sais combien il est beau de voir un jeune noble honorer le Dieu suprême, je sais que la plus excellente noblesse consiste à le servir. C'est ce que tu aurais fait chaque jour sous ma conduite. Que cherches-tu, mon fils ? Quelle entreprise est la tienne ? Ton père est au rang des plus fervents chrétiens par son esprit de prière et par ses aumônes. De plus, il brille par son équité, sa probité et son courage. Mon tendre fils, si l'éclat d'un esprit distingué a pour toi tant d'attraits, tu accroîtras le tien à ton gré, dans la maison paternelle. Le domaine de Brétigny s'étend au loin, nous avons de superbes forteresses, de riches terres, un revenu considérable. Nous sommes déjà vieux, nous te laisserons toutes nos richesses, nous ne voulons que t'avoir pour héritier. Faut-il que nos espérances soient trompées ? Allons, mon doux enfant, reviens à la maison, aie pitié des larmes de ta mère, aie pitié de la vieillesse de ton père ! »

Après que la noble dame eut parlé, le jeune Hubert, comme rempli de l'esprit de Dieu, lui répondit gravement : « Tes douces et tristes paroles, et tes sanglots pleins de larmes, ô ma mère ! me pénètrent de douleur et me font venir les pleurs aux yeux. Cependant, je ne puis changer ma résolution, car elle vient de Dieu. Je n'ignore pas ce que disent les livres saints :

« Honore ton père et ta mère », mais je sais aussi que Jésus resté dans le temple, dit à sa mère : « Pourquoi me cherchiez-vous, ne saviez-vous pas qu'il faut que je sois occupé au service de mon père ? » Or, comprenez, ma très-chère mère, cette parole sacrée qui est pour moi une exhortation à embrasser la piété, à passer tous les jours de ma vie au service de Dieu, à habiter son temple et à me vouer aux choses saintes, ainsi que je l'ai résolu ! Est-ce donc faire une injure à ma mère mortelle, que de servir mon créateur ? O mon glorieux père céleste, qui avez voulu naître de la très-sainte Vierge, et qui avez aux cieux un royaume éternel, soyez-moi propice ! J'implore votre secours, adoucissez la douleur de mes parents, dissipez leur tristesse et leur chagrin, et rien ne m'empêchera de me consacrer à vos saints autels ! Pourquoi te lamenter ? Pourquoi tant gémir et pleurer, ô ma mère ? Pourquoi me promettre des dignités et des biens terrestres ? Je méprise les joies, les voluptés et les pompes d'un monde passager. Les biens terrestres sont fragiles et s'évanouissent, les biens célestes sont solides et éternels. J'ai préféré Dieu, je l'aimerai, je le suivrai, je l'adorerai, je serai consacré à lui, je le prierai pour votre salut, et aucune considération humaine ne me détournera de mon dessein. Je te prie donc, ma bonne mère, je t'en supplie par Jésus et tous les Bienheureux, laisse-moi me faire moine ici ; qu'ici je m'applique aux choses divines ; qu'ici je contemple le Christ Jésus. La mort presse, la vieillesse arrive, il faudra bientôt payer le droit à la nature, permettez-moi donc de commencer ici ce que nous ferons, vous et moi, après la mort, mes très-chers père et mère, dans la béatitude céleste. Je serai ainsi pour vous une consolation plus véritable ».

Il n'est pas plus tôt achevé ces paroles, que le très-puissant guerrier Pierre de Brétigny, inspiré à son tour par l'Esprit divin, s'écria : « Cesse, mon fils, ces longs discours, Dieu a parlé par ta bouche, cela suffit, nous devons consentir à tout. Ta voix n'est pas celle d'un mortel, elle est l'organe du Tout-Puissant. Il est juste que des hommes mortels obéissent à la volonté divine ; vis de la vie des anges, fais-toi moine, que tous nos biens soient communs entre nous, prie pour moi et pour ta mère ! » Sur-le-champ, les deux époux embrassent leur fils, et bientôt ils partagent leurs biens, en donnent une partie au monastère de Saint-Pierre de Brétigny, une autre partie aux pauvres, et ils n'en conservent pour eux que le tiers.

Après ces arrangements, Hubert reçut l'habit monastique des mains du vénérable et bon prieur, vers l'an 670. Il fit d'incroyables progrès dans la vie religieuse et devint un moine accompli. Son visage était beau, son langage poli, ses entretiens suaves, son commerce agréable et sa piété fervente. Plein de respect pour les vieillards, aimant tout le monde d'un amour plein de bienveillance, il était chéri de tous. Son seul désir était de plaire à Dieu et de mériter l'estime de ses frères. Non-seulement toute sa personne était empreinte d'une noblesse généreuse, mais on respirait autour de lui, comme l'agréable odeur de la divinité. Appliqué à la lecture et à la méditation, il apprit par cœur, en peu de temps, le Psautier et même les saintes Écritures. Il ne mangeait que des fruits et jeûna, pendant toute sa vie, trois fois par semaine, donnant ces jours-là sa portion aux pauvres. Le démon le visita au milieu de ses pieux exercices. Un jour qu'il était en méditation, il lui adressa d'astucieuses paroles. Il lui fit entendre qu'il était un ange descendu du ciel, par l'ordre de Dieu, pour lui dire sa volonté, à lui, jeune homme vacillant, qu'il devait donc consentir aux vœux de sa famille, ne point mépriser un patrimoine opulent ; que comme un enfant imprudent, il avait entrepris une chose au-dessus de ses forces. Quoi de plus cruel que de n'avoir point de pitié pour le chagrin de ses parents, de plus fou que de mépriser des richesses acquises avec tant de peine ? Il doit donc retourner au plus tôt dans la maison paternelle, sous peine d'éprouver les effets de la colère divine. A ces insinuations perfides de l'esprit de ténèbres, Hubert chancelle, l'ennui s'empare de lui. Que va-t-il faire dans ces doutes cruels ? Mais il découvrit les embûches de Satan et les déjoua en reprenant avec ferveur ses pieuses méditations.

Bientôt Hubert eut un autre sujet de trouble et d'anxiété. Le comte de Vermandois, qui avait le haut domaine de Brétigny, ayant appris qu'il avait pris les ordres et que tout son héritage avait été donné aux moines, ce qui lui enlevait tout pouvoir sur ce domaine, résolut, dans sa colère, de recouvrer par les armes ce qui lui était enlevé. Le comte de Vermandois était un homme puissant et un vaillant guerrier, et Pierre un noble chevalier ; aussi, celui-ci alla-t-il demander à son fils le secours de sa personne et de ses prières, avant d'engager ce féroce duel. Hubert engagea son père, qui voulait l'entraîner avec lui, à se rendre bien vite au lieu du combat. « Pars avec audace, mon père », lui dit-il, « je prierai Dieu pour toi et il sera ton défenseur ». Pierre, plein de confiance, se mit en marche sur-le-champ ; mais tandis que tout se prépare pour une sanglante bataille, Hubert, après s'être mis en prières avec larmes, paraît tout à coup « dans l'armée de Brétigny ! » environné d'une phalange d'esprits célestes. Le comte de Vermandois, effrayé de cette vision, s'enfuit, saisi d'une froide terreur. Soudain, il jette sa lance, saute à bas de cheval et se mettant à genoux, prend la main de Pierre de Brétigny. Les deux guerriers s'embrassent et se jurent une amitié éternelle. Hubert disparut avec la troupe céleste. Le seigneur de Brétigny, revenu à son manoir, triomphant de cette victoire qui n'avait pas coûté une goutte de sang, se rendit à l'église de Saint-Pierre, lui fit de nouveaux dons, lui confirma les anciens et rendit grâces à Dieu et à son fils Hubert.

Tout fut prodigieux dans la vie du saint cénobite de Brétigny. Ayant été ordonné prêtre à vingt ans, trois Pontifes, celui de Soissons, sans doute saint Gaudin, celui de Noyon et celui de Laon, qu'on peut présumer être, l'un, Madalgaire, et l'autre Munarus ou Numianus, furent avertis par un ange de se rendre à Brétigny, pour assister à sa première messe. Au dîner qui suivit la cérémonie, un mendiant se présenta à la table où étaient assis les nobles et les prélats. Hubert lui ayant donné sa part du repas, il disparut. Tous les convives émerveillés crurent que c'était Jésus-Christ en personne qui, sous la forme d'un pauvre, avait assisté au festin. Hubert guérit encore, en cette circonstance, une femme de Noyon, affligée de cécité et d'obsession, ce qui donna la plus haute idée de sa sainteté au peuple et aux évêques qui, avant leur départ, se recommandèrent à ses prières. En guérissant dans la suite d'innombrables malades atteints surtout de la rage, il disait à tous : « Allez, mon très-cher frère, mais rendez grâces à Dieu seul, créateur de toutes choses, et ne dites à personne qu'Hubert vous a guéri, de peur qu'il ne vous arrive quelque chose de pire » ; ou bien : « Prenez garde de jurer par le nom de Dieu, car c'est un grand forfait ». Aussi prit-on, dans le Soissonnais, le Laonnois et le Noyonnais, l'habitude de jurer par saint Hubert. Telle était l'opinion qu'on avait de sa sainteté et de sa puissance, que là où l'on écrivait son nom et où il y avait quelque chose qui eût touché à ses reliques, on croyait que ni la foudre, ni la tempête, ni la folie ne pouvaient avoir d'effet. « L'incroyable multitude de pèlerins qui affluent à Brétigny, à l'époque où j'écris, dit le légendaire de saint Hubert, est une preuve de la confiance qu'il inspirait et qui était justifiée par tant de miracles ».

Hubert ne survécut pas longtemps à ses nobles parents. Il désirait si vivement se réunir à eux, que l'archange saint Michel lui apparut, une nuit qu'il était prosterné devant les saints autels, pour lui annoncer de la part de Dieu, son retour au ciel. Selon une autre version qui n'a pas moins de charmes, Hubert ayant coutume de sortir après les vigiles nocturnes, dans le jardin appelé depuis Jardin de saint Hubert, et d'y prier Dieu sous un épais tilleul, agenouillé sur une pierre, c'est là que l'envoyé céleste l'aurait averti de sa mort. Ce fut une immense et ineffable joie pour lui que cette nouvelle, mais un sujet de profonde douleur pour ses frères, lorsqu'il la leur annonça. Ils entourèrent le lit où la fièvre le dévorait, les yeux baignés de larmes, et ils conjurèrent le ciel de ne point le leur enlever. Lui, les consolait par de douces paroles et demandait à Dieu pardon de ses fautes. En même temps qu'il lui recommandait son âme, il le conjurait de protéger les religieux, de préserver Brétigny et ses environs des bêtes méchantes, de la grêle, de la foudre, des illusions de Satan, et de guérir du mal caduc et de la rage, tous ceux qui, en étant atteints, se rendraient à Brétigny pour en être soulagés. « Accordez-moi enfin », disait-il à Dieu, « ce que vous avez accordé à mon parrain (saint Hubert des Ardennes), que ceux qui imploreront le patronage de mon nom soient aussitôt et partout guéris de la rage ».

Ayant fait toutes ces prières, Hubert reçut les Sacrements, et, tandis que les moines chantaient autour de lui des hymnes et des cantiques, il s'endormit dans la mort comme dans un paisible sommeil. Il gagna le paradis sous Dagobert, roi très-courageux des Francs, dix ans et trois mois après son entrée au monastère, c'est-à-dire en 713 ou en 714, le 24 mai. Aussitôt qu'il eut rendu le dernier soupir, il se répandit dans Brétigny une odeur si suave, qu'on eût dit que la divine puissance y avait réuni toutes les fleurs du printemps, image des douceurs célestes qu'Hubert goûtait en paradis. Le bruit de sa mort s'étant répandu dans toute la Belgique, le peuple accourut par troupes et par tous les chemins pour toucher son corps qui fut inhumé à Brétigny où les miracles abondèrent. Un seigneur, nommé Maranus, paralysé d'un bras, n'ayant point obtenu sa guérison après neuf jours et neuf nuits passées en prières à Saint-Hubert-le-Grand, dans les Ardennes, entendit une voix qui lui dit d'aller en l'église de Brétigny ; il y vint et fut guéri. Une femme lunatique de Vic-sur-Aisne, nommée Pétronille, vint aussi prier au saint tombeau et fut guérie. Trois hommes possédés du démon et originaires, disait-on, d'un faubourg de Soissons, nommé autrefois Tour-des-Comtes, furent amenés à Brétigny huit jours après la mort de saint Hubert, et, après une neuvaine, s'en retournèrent guéris. On raconte encore d'autres faits miraculeux non moins intéressants pour l'histoire locale. Deux voleurs célèbres du château de Coucy, condamnés à mort, ayant invoqué saint Hubert, furent tout à coup transportés aux portes de l'église de Brétigny ; ils y entrèrent, firent une neuvaine et leurs chaînes se brisèrent. Enfin, le jour de la fête du Saint, un étranger au village de Brétigny ayant creusé les fondations d'une maison, fut incontinent saisi par l'esprit malin, tomba dans une fosse profonde et la terre s'éboula sur lui. On l'en retira à demi mort, portant au front une marque noire comme une cicatrice livide. On le transporta à l'église, mais il ne fut guéri entièrement que lorsqu'il eut offert un poids de cire égal à celui de son corps.

Ce dernier trait sert d'explication à l'usage de la chapelle dite des Balances, qu'on voyait encore au XVIIIe siècle, en l'église de Brétigny, qui était située au nord du grand autel dédié à saint Pierre, et où saint Hubert avait été d'abord inhumé. On y pesait les denrées qu'offraient les pèlerins pour obtenir leur guérison.

## RELIQUES ET CULTE DE SAINT HUBERT.

Les fastes de Brétigny finissent avec le récit des miracles opérés au tombeau de saint Hubert. Cette abbaye n'était plus, dès le XIIe siècle, qu'un prieuré dépendant de Libons, Ordre de Cluny, puisqu'en 1131, le pape Innocent confirmait une donation de dimes et torrages appartenant à l'église de Brétigny, faite par le prieur de Libons, à l'abbaye d'Ourscamp.

Les Annales du diocèse de Soissons, par M. l'abbé Pêcheur, auxquelles nous avons emprunté la traduction de la légende qui précède, terminent ainsi le chapitre relatif à saint Hubert de Brétigny.

Selon Mabillon qui avait visité Brétigny, la Chapelle des Balances était ainsi appelée parce qu'on y pesait ceux qui venaient pour être guéris de la rage, comme dans certains pèlerinages, pour s'assurer, pendant les jours de leur prière, si la maladie était en décroissance. Il traite avec raison cette coutume de superstition; mais les exemples mêmes qu'il en apporte tirés de la translation de saint Quirin et de saint Arsace, où un homme se pèse par des pains et des fromages qu'il distribue ensuite aux pauvres, prouvent, aussi bien que le miracle de Brétigny, que ce savant homme se trompe et que l'usage des balances, tel que nous l'avons interprété, n'a rien de superstitieux.

Le voyageur bénédictin nous dépeint ensuite les tristes débris du monastère de Brétigny dont il ne restait plus rien de son temps qu'une église à demi ruinée où l'on voyait encore cette Chapelle des Balances, un autel négligé de saint Gamon, au-dessus duquel on voyait l'image de ce Saint et quelques vestiges d'édifices monastiques. Le prieuré était habité par un prieur séculier et un moine trésorier à qui il cédait une partie des dilations provenant du pèlerinage de Saint-Hubert. C'est à peu près le triste état où nous avons trouvé les mêmes lieux, dans une excursion faite à Kierzy, en 1855, en compagnie de M. Peigné-Delacour. Rebâtie au XIIe siècle, l'église de Brétigny n'a plus que sa nef avec deux chapelles latérales dont l'une, qui sert de sacristie, doit être la chapelle de Saint-Gamon, et l'autre ne peut être que celle des Balances, quoique le souvenir en soit complètement perdu sur les lieux mêmes. Il ne reste que de faibles traces du château et de l'abbaye dont on voit encore quelques murailles bâties en grès et à plein cointre, avec des vestiges d'étangs, de fosses et un enclos qui renferme une fontaine de saint Hubert à laquelle on attribue la vertu de guérir de la rage, de la fièvre, etc. Le souvenir du Saint a donc survécu seul à toutes ces ruines. Le pèlerinage a ses reliques qui sont considérables et authentiques; il est encore fréquenté par environ deux mille personnes pendant la neuvaine. Il y a aussi à Brétigny une voie antique, la Voirie de saint Hubert, une Pierre de saint Hubert placée dans un champ près du village, et un énorme grès planté horizontalement dans le cimetière, près de la porte de l'église, sur lequel on voyait, dit-on, l'empreinte du pied du Saint.

On l'invoque principalement contre la morsure des chiens enragés, comme son parrain saint Hubert, le patron des Ardennes.

Acta Sanctorum; Traduction de M. l'abbé Pêcheur dans les Annales de l'Église de Soissons. Le fond de la vie de ce pieux cénobite, écrite par le moine Plaon, est véridique; mais il a été embelli de circonstances légendaires qui, en lui conservant un vif intérêt, prêchent sous les couleurs les plus naïves et les plus pures, la vie monacale, dans une des nombreuses petites communautés répandues alors dans les campagnes.

Événements marquants

  • Naissance miraculeuse après des vœux au prieuré de Brétigny
  • Entrée secrète au monastère à l'âge de douze ans
  • Prise d'habit monastique vers l'an 670
  • Apparition céleste pour mettre fin au conflit entre son père et le comte de Vermandois
  • Ordination sacerdotale à l'âge de vingt ans en présence de trois évêques
  • Vision de l'archange saint Michel annonçant sa mort prochaine

Miracles

  • Apparition au milieu d'une armée avec une phalange d'esprits célestes
  • Guérison d'une femme aveugle et possédée de Noyon
  • Multiples guérisons de la rage
  • Libération miraculeuse de deux voleurs enchaînés
  • Odeur suave se répandant à sa mort

Citations

L'homme ne vit pas seulement de pain, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu

— Dialogue avec le vieux moine

Est-ce donc faire une injure à ma mère mortelle, que de servir mon créateur ?

— Réponse à sa mère

Date de fête

24 mai

Époque

8ᵉ siècle

Décès

24 mai 713 ou 714 (naturelle)

Catégories

Patron(ne) de

Invoqué(e) pour

rage, morsures de chiens enragés, mal caduc (épilepsie), fièvre, protection contre la foudre et les tempêtes

Autres formes du nom

  • Hubertus (la)

Prénoms dérivés

Hubert

Famille

  • Pierre (père)
  • Jeanne (mère)