Saint Isidore le Laboureur
Patron de la ville de Madrid et des laboureurs
Résumé
Laboureur à Madrid au XIIe siècle, Isidore mena une vie de prière intense tout en servant fidèlement son maître Jean de Vergas. Célèbre pour le miracle des anges labourant ses champs et sa charité envers les pauvres et les animaux, il est le patron des agriculteurs. Son corps, resté intact, fut l'objet de nombreux miracles avant sa canonisation en 1622.
Biographie
SAINT ISIDORE, LABOUREUR
PATRON DE LA VILLE DE MADRID ET DES LABOUREURS
Le vrai agriculteur n'oublie point Dieu au milieu de son travail, car il attend plus de Dieu que de son travail, suivant cette parole de l'Écriture : « Planter n'est rien, arroser n'est rien : le tout est de faire pousser, et c'est Dieu seul qui en a le pouvoir ». Saint Basile, Rom. in Ps. xxxii.
Isidore naquit à Madrid, en Espagne, de parents très-pauvres, qui, par leurs instructions et leurs exemples, lui inspirèrent l'horreur du péché et l'amour de Dieu : mais ils ne purent lui faire faire aucune étude. L'Esprit-Saint y suppléa et lui apprit, sans livres, la science du salut. Isidore se mit, dans sa jeunesse, au service d'un riche habitant de Madrid, nommé Jean de Vergas, pour labourer sa terre. Quand il fut en âge de se marier, il épousa une femme appelée Marie Torribia, aussi pauvre que lui, s'il s'agit des biens extérieurs que le monde estime, mais très-riche en vertus : c'était une de ces femmes fortes dont parle le Sage, qui surpassent beaucoup de Vierges en mérite et en belles actions. Dieu bénit leur mariage par la naissance d'un fils qu'ils élevèrent dans sa crainte, et auquel ils inspirèrent de bonne heure les véritables sentiments de la piété. On dit que cet enfant étant tombé dans un puits, que l'on montre encore à Madrid, dans une maison appartenant aux descendants et héritiers de Jean de Vergas, s'y noya ; mais ses parents ayant demandé, par une fervente prière, qu'il leur fût rendu, leurs vœux furent aussitôt exaucés : l'eau du puits s'éleva miraculeusement jusqu'au bord, et y apporta l'enfant plein de vie et de santé. Ce fut peut-être cette insigne faveur qui les engagea, par reconnaissance, à se séparer l'un de l'autre et à promettre à Dieu une continence perpétuelle.
La vie de ce saint laboureur était admirable. Son exercice ordinaire, qui était de mener la charrue, ne l'empêchait pas d'être parfaitement pieux et d'avoir toutes ses heures réglées pour des exercices spirituels. Il consacrait entièrement les jours de fêtes à prier, à entendre la parole de Dieu, à assister aux offices que l'on chante dans l'église, et surtout à entendre la messe avec une dévotion extrême. Les jours ouvrables il se levait de grand matin, quoiqu'il eût passé une grande partie de la nuit en prières, et visitait les principales églises de Madrid, qu'il arrosait souvent d'un torrent de larmes. Il prenait ainsi sur le temps de son sommeil, pour satisfaire sa dévotion, et se rendait exactement à ses travaux. Néanmoins, ses compagnons l'accusèrent, auprès de leur maître, de faire passer une dévotion superflue avant les devoirs de son état. Jean de Vergas, pour vérifier par lui-même la valeur de ces accusations, examina de très-près comment Isidore travaillait. Ô prodige ! il vit un jour deux personnages mystérieux, à l'air tout céleste, qui aidaient le saint laboureur à conduire sa charrue. Il apprit de la bouche même d'Isidore que c'étaient des anges, et il fut persuadé, dès lors, que la piété est utile à tout, quand on sait l'allier avec ses autres obligations. Il ne regarda plus Isidore que comme un homme extraordinaire et qui attirerait sur ses biens et sur toute sa famille les bénédictions du ciel. En effet, le Saint fit beaucoup de miracles en sa faveur. Il fit revivre un de ses chevaux qui était mort et dont il avait un extrême besoin. Sa fille étant décédée après une longue et douloureuse maladie, il la ressuscita : grande joie pour un père inconsolable. Un jour, Jean de Vergas l'étant venu voir dans la campagne où il labourait, il fit sourdre miraculeusement une fontaine pour soulager sa soif, en frappant seulement la terre : cette fontaine n'a point cessé depuis ce temps-là de couler, et sert même à la guérison des malades. Un loup emportait un de ses bestiaux : au lieu de courir après, il se mit en prières, et son oraison fut si efficace, qu'elle fit mourir subitement le loup et délivra l'animal qu'il était près d'égorger et de dévorer. Aussi ce maître, qui connaissait combien un serviteur si fidèle lui était nécessaire, se déchargea entièrement sur lui de l'exploitation de sa terre : c'était, dit-on, le domaine de Caramancha le bas, situé auprès de l'ermitage de Sainte-Marie-Madeleine.
Quoique peu riche, Isidore était libéral envers les pauvres ; il partagea souvent avec eux son dîner, ou plutôt il se contentait de leurs restes. Un jour qu'il avait tout donné, un nouveau pauvre s'étant présenté, Isidore pria sa femme de voir s'il n'y avait pas encore quelque nourriture ; quoi qu'elle sût qu'il n'y avait plus rien, elle y alla, par obéissance, et trouva le plat, qu'elle croyait vide, aussi plein que s'ils n'y eussent point encore touché. Dieu avait fait un miracle pour récompenser et seconder leur charité.
Une autre fois, ayant été invité à un festin de confrérie, il s'occupa si longtemps à la prière et à la visite des églises, qu'il n'arriva qu'à la fin du repas. En entrant, il fut suivi de quantité de pauvres, qui s'étaient amassés autour du logis, dans l'espérance d'avoir quelques restes par aumône. Les confrères lui dirent que c'était une chose étrange qu'il vînt si tard et qu'il traînât encore avec lui un si grand nombre de pauvres ; ils ajoutèrent qu'on lui avait conservé sa part, mais non pas celle des mendiants. Il répondit : « C'est assez ; elle suffira pour moi et pour les pauvres de Jésus-Christ ». En effet, ceux qui allèrent chercher cette part trouvèrent un repas entier, et, par ce grand prodige de la libéralité de Dieu, il y eut de quoi faire un second banquet ; Isidore fit entrer tous les pauvres, et mangea avec eux plus agréablement qu'il n'eût fait avec les confrères qui l'avaient invité.
La bonté de cœur d'Isidore s'étendait jusque sur les animaux. Un jour d'hiver que la terre était couverte de neige, étant parti de chez lui, avec un sac de blé sur le dos, pour le porter au moulin, il vint à un endroit où de nombreuses familles d'oiseaux étaient perchées sur les arbres, exposées aux tourments du froid et de la faim. À cette vue, ému de pitié, il déblais la neige avec ses mains et ses pieds, dépose son sac à terre, l'ouvre et répand une bonne partie des grains, que les pauvres petits affamés vinrent aussitôt becqueter. Son compagnon, moins compatissant, se moqua de lui, de ce qu'il prodiguait ainsi son blé ; mais Dieu fit voir que cette action charitable lui avait plu. Arrivé au moulin, Isidore vit son sac plein, comme si personne n'y avait touché, et sous la meule on trouva une quantité de farine égale au rendement ordinaire de deux sacs de blé. Qu'il y a loin de cette conduite de saint Isidore à celle de beaucoup de campagnards qui traitent avec dureté, quelquefois avec une barbarie révolante, non-seulement les petits oiseaux, si utiles à leurs champs, mais les animaux qui sont les compagnons dociles et indispensables de leurs travaux !
Il n'y avait point de lieu de dévotion autour de Madrid qu'il ne visitât fort assidûment. Il allait surtout très-souvent à la chapelle Notre-Dame de Torrelaguna, à celle de Notre-Dame de l'Atocha, et à celle de Sainte-Marie-Madeleine. Sa femme, qui était une parfaite imitatrice de sa vertu, lui tint toujours fidèle compagnie dans ces pèlerinages, jusqu'à ce qu'elle se retirât entièrement dans un petit héritage, auprès de l'ermitage de Caraquiz. Comme elle allait de là à une église de la Sainte Vierge, ayant trouvé la rivière Xamara débordée par une crue d'eau inopinée, elle étendit son tablier sur la rivière et la passa sur cette barque improvisée avec la même confiance qu'elle eût marché sur la terre ferme. Elle a fait encore d'autres miracles qui lui ont mérité, après sa mort, le nom et les honneurs de Sainte. On l'appelle, en Espagne, *Sancta Maria de la Cabeza* ; elle fut, dit-on, ainsi appelée, à cause de son saint chef qui, mis dans un reliquaire à part, est souvent porté en procession pour obtenir de Dieu de la pluie : car *de la Cabeza* signifie, en notre langue, du chef ou de la tête. Elle fut d'abord enterrée au petit ermitage de Caraquiz, au milieu de la sacristie ; depuis, ses os ayant été levés de terre, on les cacha dans un lieu plus secret, et son crâne fut mis dans le reliquaire dont nous venons de parler. Enfin, l'an 1615, tout le corps a été transféré à Torrelaguna, où il est honoré de toute l'Espagne par beaucoup de vœux, de pèlerinages et de processions.
Saint Isidore mourut quelque temps avant elle, d'une manière aussi sainte et aussi édifiante que sa vie avait été pure, le 15 mai 1170. On l'enterra dans le cimetière de Saint-André, à Madrid, où il demeura quarante ans oublié. Après ce temps, il apparut en songe à un de ses anciens amis, et le pressa de procurer l'élévation et la translation de son corps ; mais cet homme négligea de le faire : ce qui lui attira une maladie violente. Le Saint apparut une seconde fois à une dame fort vertueuse, et lui dit, de la part de Dieu, qu'elle ne différât point de lui procurer cet honneur. Elle en parla au clergé de Madrid ; on fut au lieu de sa sépulture, on ouvrit son tombeau et on le trouva aussi entier et aussi frais que s'il fût mort le même jour, quoiqu'on l'eût mis sous une gouttière, dont les eaux seules étaient capables de le corrompre en peu de temps. Il fut donc levé de terre avec beaucoup de dévotion et porté dans l'église de Saint-André. Deux prodiges augmentèrent la vénération pour ce Saint. Il sortait de ses membres et de ses suaires une odeur si agréable, qu'elle embaumait l'air d'une manière délicieuse ; et comme cette cérémonie se fit la nuit, toutes les cloches de la ville sonnèrent d'elles-mêmes. Une chose si extraordinaire attira sur-le-champ à son cercueil une grande partie de la ville. Plusieurs malades qui se trouvèrent dans la foule furent guéris. Des paralytiques, des boiteux, des aveugles que l'on avait vus demander l'aumône dans les rues et les places publiques, recouvrèrent l'usage de leurs membres et de leurs organes, et s'en retournèrent guéris en leurs maisons. Les villages voisins voulurent aussi avoir part à une si grande fête, et la protection de saint Isidore se répandit également sur eux. On exposa dès lors son image vénérable en public, et comme beaucoup de personnes l'avaient vu et savaient les circonstances particulières de sa vie, on en fit des peintures sacrées qui en ont conservé la mémoire.
La musique céleste que l'on entendit souvent à son tombeau anima encore davantage à honorer ce grand serviteur de Dieu. La voix de tout le peuple, avec le consentement des prélats et des supérieurs ecclésiastiques, l'ayant déjà comme canonisé, on commença à porter son corps en procession, pour détourner les fléaux de Dieu et pour attirer ses bénédictions. Un jour qu'on le portait à cause d'une sécheresse extrême qui désolait tout le pays, un astrologue maure et mahométan se moqua de cette dévotion, et, se fiant aux calculs de son art, dit tout haut que, s'il pleuvait avant vingt-quatre heures, il voulait être poignardé. Cependant Dieu exauça les prières du peuple, qui avait un si puissant intercesseur auprès de lui. Le ciel se couvrit de nues, et il plut en si grande abondance, que toute la terre en fut abreuvée. Le Maure vit le miracle, mais il ne laissa pas de demeurer dans son infidélité : il fut puni de cette résistance à la grâce ; il mourut peu de temps après de la manière dont il avait parlé dans son serment.
L'an 1211, don Alphonse, roi de Castille, faisant la guerre aux Maures, dans le défilé appelé las Navas de Tolosa, cherchait vainement un sentier par lequel il put aller attaquer les ennemis ; mais saint Isidore lui apparut et lui montra un chemin aisé et inconnu. Par ce moyen, le roi remporta une insigne victoire sur les infidèles. Une si grande faveur, obtenue par les mérites de ce saint laboureur, engagea les rois d'Espagne à poursuivre sa canonisation. Un nombre innombrable de miracles qui furent faits dans la suite par son intercession, et qui sont rapportés bien au long par les continuateurs de Bollandus, stimulèrent le zèle de ceux qui travaillaient à cette canonisation ; mais ce qui porta le roi d'Espagne, Philippe III, à faire les derniers efforts pour l'obtenir, ce fut la guérison miraculeuse qu'il reçut le 16 novembre 1619, après qu'il se fut fait apporter, dans sa chambre, le corps de ce bienheureux Confesseur, qui fut trouvé encore entier. Par un décret du pape Grégoire XV, le 22 mars 1622, saint Isidore fut canonisé avec saint Ignace, saint François-Xavier, sainte Thérèse et saint Philippe de Néri : on les appela les cinq Saints.
On a représenté saint Isidore : tenant une bêche ; faisant sortir une source de terre avec le fer d'une espèce de lance ou instrument de jardinier : nous avons dit plus haut en quelle circonstance saint Isidore fit sourdre cette fontaine : ce peut être un des motifs pour lesquels il est invoqué contre la sécheresse ; tenant une gerbe ; sur un même plan, avec sainte Marie de la Cabeza, sa femme ; priant pendant que son maître, caché derrière des arbres, le surveille, et que les Anges labourent son champ ; à genoux : près de lui, son âne venant de tuer un loup qui voulait le manger ; dirigeant une charrue dans un sillon : cette manière indique encore sa profession ; porté en terre : un ange sonne la cloche d'une église pendant la marche funèbre.
Cette Vie a été écrite par Jean, diacre, vers l'année 1261. Beaucoup d'autres auteurs y ont travaillé depuis et y ont ajouté les miracles récents : comme Jacques Méda, de l'Ordre de Saint-Dominique, et Jérôme Quintana, notaire du Saint-Office à Madrid. Quant au culte de la femme de saint Isidore, il fut approuvé par Innocent XII, en 1697.
10 MAI.
Événements marquants
- Service chez Jean de Vergas comme laboureur
- Mariage avec Marie Torribia et naissance d'un fils
- Miracle du puits sauvant son fils de la noyade
- Vision des anges labourant le champ à sa place
- Apparition au roi Alphonse de Castille à la bataille de las Navas de Tolosa (1211)
- Canonisation par Grégoire XV le 22 mars 1622
Miracles
- Anges labourant le champ pendant qu'il prie
- Résurrection de son fils tombé dans un puits par la montée des eaux
- Multiplication de la nourriture pour les pauvres et du blé pour les oiseaux
- Jaillissement d'une fontaine miraculeuse en frappant la terre
- Résurrection de la fille de son maître
- Mort subite d'un loup attaquant son bétail après sa prière
Citations
Planter n'est rien, arroser n'est rien : le tout est de faire pousser, et c'est Dieu seul qui en a le pouvoir
C'est assez ; elle suffira pour moi et pour les pauvres de Jésus-Christ