Saint François Caraccioli

Fondateur des Clercs Mineurs

Fête : 4 juin 16ᵉ siècle • saint

Résumé

Né dans le royaume de Naples, François Caracciolo renonça au monde après une guérison miraculeuse de la lèpre. Il fonda avec Jean-Augustin Adorno l'Ordre des Clercs réguliers mineurs, caractérisé par un quatrième vœu d'humilité et l'adoration perpétuelle. Surnommé le 'prédicateur de l'amour divin', il mourut en 1608 après une vie de pénitence et de charité héroïque.

Biographie

SAINT FRANÇOIS CARACCIOLI,

FONDATEUR DES CLERCS MINEURS

Ordo minorum religio sera pauperum Crucifixi. L'Ordre des Mineurs est la grande famille des pauvres de Jésus-Christ. Anonym.

Dom Ascanio Caracciolo naquit le 13 octobre 1563, à Villa Santa Maria, au royaume de Naples. Il semble que Dieu le suscita, dans ces temps de trouble et d'hérésie, pour ajouter encore une milice sainte à tant d'Ordres religieux que l'Église opposa de tout temps à ses ennemis comme sa meilleure armée. L'amour de la pénitence et une tendre dévotion à la sainte Vierge lui ouvrirent, dès son enfance, le chemin de la perfection. Aussitôt qu'il put le faire, il récita chaque jour le petit office et le rosaire; il jeûnait tous les samedis en l'honneur de cette bonne mère. On admirait aussi sa tendre compassion pour les pauvres: il sollicitait pour eux des secours auprès de son père; il leur gardait la meilleure partie de ses aliments et la leur distribuait lui-même; ne désirant rien tant que de conserver la pureté de l'âme et du corps, il fuyait les conversations légères, reprenait souvent et renvoyait même ses domestiques lorsque leurs mœurs étaient corrompues. Mais comme l'oisiveté est la mère de tous les vices, surtout du vice de l'impureté, il passait ses loisirs à la chasse, domptant son corps par la fatigue. Ce lien et d'autres encore l'attachaient sans doute au siècle; Notre-Seigneur, qui inspire aux âmes qu'il aime d'une affection particulière le dégoût du monde, en leur y faisant trouver de grandes afflictions, envoya à notre Saint une maladie affreuse. À l'âge de vingt-deux ans, il fut atteint

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de la lèpre, qui finit par le réduire à la dernière extrémité et qui lui causa ensuite une plaie à l'estomac. Quand il vit son corps en ce déplorable état, il comprit la vanité du monde, de la jeunesse, de la beauté qu'un peu de venin détruit si vite ; il résolut dès lors de ne s'attacher qu'au monde qui ne passe pas, à la jeunesse éternelle des élus, à la beauté de l'âme que la grâce commence sur la terre et que la gloire accomplit dans le ciel.

Il promit donc à Dieu de lui appartenir tout entier, de lui consacrer le reste de sa vie s'il lui rendait la santé. Comme c'était tout ce que désirait Notre-Seigneur, la maladie disparut presque aussitôt et d'une manière si merveilleuse, qu'on ne put y méconnaître la main divine. Il informa aussitôt ses parents de la résolution qu'il avait prise, vendit ce qu'il avait en propre, en distribua le prix aux pauvres, et se rendit à Naples pour y étudier la théologie pendant deux ans, après lesquels il fut ordonné prêtre. Il monta pour la première fois à l'autel avec la ferveur d'un séraphin. Il entra alors dans une confrérie appelée les Bianchi, dont les membres s'occupaient particulièrement de préparer à la mort les criminels et de procurer les secours de la religion aux prisonniers ainsi qu'aux galériens. Une partie de son temps fut employée, le reste de sa vie, à cette bonne œuvre, à laquelle il se livra avec autant de zèle que de succès.

Cependant, il demandait souvent à Dieu qu'il fît connaître plus particulièrement sa volonté ; c'est ce qui arriva d'une manière merveilleuse. En 1588, Jean-Augustin Adorno, d'une illustre maison de Gênes, ayant renoncé généreusement au monde dont il avait d'abord suivi les vanités, embrassa l'état ecclésiastique et forma le projet de fonder un nouvel institut de prêtres qui devaient joindre les exercices de la vie active à ceux de la vie contemplative. Il communiqua d'abord ses vues à Fabrice Caracciolo, alors abbé de la collégiale de Sainte-Marie-Majeure, à Naples, et parent de notre Saint. De concert, ils choisirent un troisième compagnon, nommé aussi Ascanio Caracciolo. Par une méprise que ménagea sans doute la Providence, le billet qu'écrivaient les deux fondateurs, pour faire connaître leurs intentions à celui qu'ils avaient choisi, fut remis au Saint ; il se rend auprès d'eux : on est d'abord stupéfait de le voir ; la méprise est bientôt expliquée, et tous trois remercient le Seigneur de les avoir ainsi réunis. Afin de mûrir le saint projet, ils se retirent dans l'ermitage des Pères Camaldules, près de Naples. Là, dans la solitude, dans la méditation, dans les austérités de la pénitence, ils préparent les Règles de l'Institut dont Adorno avait depuis longtemps l'idée, mais dont notre Saint, quoique dernier venu, devait être le véritable fondateur. Outre les trois vœux solennels de religion, ils voulurent que les membres de leur Société en fissent un quatrième, celui de ne rechercher aucune dignité dans l'Église et de n'en accepter que par le commandement exprès du Souverain ; ils prescrivirent des examens fréquents, la pratique de l'oraison, l'adoration perpétuelle du saint Sacrement et de rigoureuses mortifications. Un des frères devait être chaque jour, à tour de rôle, chargé de jeûner au pain et à l'eau ; un autre, de se donner la discipline ; un troisième, de porter le cilice ; de sorte que la pénitence ne cessait jamais d'apaiser la colère de Dieu et d'attirer ses bénédictions. Afin que l'adoration fût aussi perpétuelle, chaque religieux faisait une heure d'oraison devant le très-saint Sacrement.

Lorsque la communauté compta douze membres, notre Saint et Adorno allèrent ensemble à Rome solliciter l'approbation du souverain Pontife. La réputation de vertu qu'ils s'étaient déjà acquise était si grande, que plusieurs de leurs parents et de leurs amis résolurent d'aller au-devant d'eux ;

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mais ces humbles prêtres, qui avaient mendié tout le long du chemin, et qui auraient cru perdre le plus glorieux de tous leurs titres en cessant un instant d'être les pauvres de Jésus-Christ, prirent une autre route : ils arrivèrent à Rome sans être connus, et, au lieu de loger dans les palais, ils se mêlèrent parmi les pauvres qui demandaient l'aumône à la porte des Capucins. Dom Ascanio eut pour compagnon de table et de lit un lépreux, qu'il servit avec un grand amour, nettoyant et baisant ses plaies. Nos pieux pèlerins visitèrent le sanctuaire et les églises, afin de mettre leur Ordre sous la protection des saints Apôtres, des Martyrs et autres Saints dont les reliques sont les plus riches trésors de Rome. Reconnus au milieu des pauvres par leurs parents, ils ne voulurent point en recevoir d'autre service que d'être introduits auprès du souverain Pontife. Sixte-Quint, dont la mémoire est si chère et le nom si grand dans l'Église, les accueillit favorablement, et, le 1er juillet 1588, après un mûr examen, approuva la nouvelle Congrégation sous le titre de Clercs réguliers mineurs.

Au mois d'août suivant, les deux serviteurs de Dieu revinrent à Naples comme ils en étaient partis, en pauvres mendiants. N'ayant pas même une église pour s'y établir, ils furent contraints de faire leur profession dans l'oratoire des Pénitents-Blancs, le 9 avril 1589. Dom Ascanio changea son nom en celui de François, par dévotion pour le saint patriarche des Frères Mineurs. Peu après, on leur céda la maison et l'église paroissiale de la Miséricorde, qui devint le premier siège de leur Ordre.

Une fois qu'ils eurent établi leurs compagnons dans ce couvent, saint François et Adorno partirent pour l'Espagne ; le Pape les avait exhortés à y introduire leur Ordre ; d'ailleurs, Adorno avait autrefois habité Madrid, et il lui restait encore à régler dans ce pays des affaires importantes. Ils firent ce voyage comme celui de Rome, à pied, vivant d'aumônes, marchant à la garde de Dieu. À Madrid, l'aubergiste qui leur donna l'hospitalité les ayant reconnus pour des Saints, ils furent obligés de se retirer dans un couvent de Carmes déchaussés, pour échapper aux témoignages de vénération du peuple. Il est vrai qu'ils ne purent obtenir à la cour l'autorisation d'établir leur Ordre en Espagne, le temps marqué dans les desseins de Dieu n'étant pas encore venu ; mais ils furent consolés par deux rencontres extraordinaires qu'ils firent à Valence, lorsqu'ils s'en revenaient en Italie.

La première fut d'un religieux anglais, réfugié en Espagne pour fuir les persécutions de la reine Élisabeth. Il semblait les attendre à la porte de Valence, instruit sans doute de leur arrivée par une révélation divine. Aussitôt qu'il les eut abordés, il les entretint de leur Ordre, des fatigues qu'ils avaient souffertes et de celles qu'ils souffraient encore. Puis, prenant saint François à l'écart, il lui prédit que sa Congrégation fleurirait bientôt en Espagne et qu'il en serait le premier général. La seconde fut au couvent des Dominicains. Les deux serviteurs de Dieu s'étaient joints aux pauvres auxquels le portier, qui était un saint religieux, donnait à manger ; quand ce fut leur tour, il leur remit à chacun un chapelet, de ceux qu'il faisait lui-même, et leur fit signe de l'attendre. Les ayant conduits dans sa cellule, il leur servit à manger et leur demanda pour récompenser la faveur de baiser leurs pieds ; ce qu'il fit malgré leur résistance. Nos humbles pèlerins furent tout confus de cet honneur et voulurent savoir pourquoi le saint religieux les mortifiait ainsi : « Vous êtes », leur répondit-il, « les fondateurs d'un Ordre nouveau, qui se répandra bientôt pour la gloire de Dieu et le salut des âmes, et qui fleurira particulièrement dans ce royaume. »

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« Et quand ces choses arriveront-elles ? » demanda saint François. — « Pas avant trois ans », reprit le serviteur de Dieu. Alors saint François, animé aussi de l'esprit de prophétie, ajouta : « Il faudra plus de quatre ans, sans compter la patience et la confiance en Dieu, dont nous aurons besoin ». En effet, la chose arriva comme ils l'avaient prédite. Adorno avait déjà reçu la même prédiction, dans la même ville, dix-sept ans auparavant, de la bouche de saint Louis Bertrand, qui s'était jeté à ses pieds, malgré sa résistance, en disant : « Cet honneur vous est dû, parce que Dieu vous a destiné à fonder un Ordre qui servira utilement à l'Église de Jésus-Christ ».

Avant de s'embarquer, notre Saint réunit les matelots et les passagers dans une chapelle de la très-sainte Vierge, et leur fit entendre que de grands périls les attendaient dans cette traversée, et qu'ils eussent à se mettre sous la protection de l'Étoile de la mer. La tempête qu'il avait prédite éclata au bout de trois jours ; lorsque tout le monde se préparait à la mort, et que le navire semblait sur le point de disparaître dans les abîmes, saint François assura que personne ne périrait ; ce qui eut lieu, car le navire vint échouer sur le sable, sans avoir reçu aucun grave dommage. Comme on entourait notre Saint aux prières duquel on se croyait redevable de la vie, il descendit à terre avec son compagnon, pour épargner à son humilité ce témoignage de reconnaissance ; ils s'enfoncèrent dans une vaste forêt pour y passer la nuit en prières ; mais la fatigue l'emportant, ils s'endormirent, après s'être nourris de quelques racines. Le lendemain matin, lorsqu'ils voulurent se rendre au navire, Dieu permit qu'ils s'égarassent. Ils errèrent pendant cinq jours, presque mourants de faim et de fatigue. Enfin, ils trouvèrent près d'une grotte une chèvre qui se laissa traire, et des morceaux de pain noir et desséché qu'ils trempèrent dans son lait ; ils recouvrèrent ainsi la force de sortir de la forêt ; ils trouvèrent la mer et un vaisseau de la république de Gênes prêt à partir pour Naples. Ainsi, tous les obstacles qui semblaient retarder leur voyage ne servirent qu'à le rendre plus court. Notre-Seigneur exauçait les vœux de saint François qui lui avait demandé, en quittant Valence, de le conduire auprès de ses frères le plus promptement possible. Il les trouva très-nombreux : le couvent de la Miséricorde ne pouvait plus les contenir.

Quelque temps après son retour, on lui donna l'église Sainte-Marie-Majeure, où la Congrégation s'établit en 1591, avec d'autant plus de joie, qu'elle se trouvait ainsi placée sous la protection spéciale de la sainte Vierge, qui leur avait déjà donné plus d'une preuve de l'intérêt qu'elle prenait à leur affaire, ayant, dès le commencement de la fondation, encouragé Adorno dans ses desseins par ces paroles : « Ne crains rien, je mets sous ma garde l'Ordre que tu prémédites ». Mais nous oubliions de dire que saint François, avant de goûter cette consolation, avait subi de grandes épreuves. Ses travaux continuels, ses rudes mortifications, le peu de sommeil qu'il prenait sur une table qui lui servait de lit, lui causèrent une maladie grave ; il en supporta les douleurs et l'ennui avec un visage gai et tranquille, reflet de la paix de son âme, toujours résignée, toujours unie à Notre-Seigneur. À cette peine en succéda une autre, qui fut sans doute bien plus sensible pour le serviteur de Dieu. Adorno, qui était retourné à Rome et avait obtenu des deux successeurs de Sixte-Quint la confirmation de l'Institut dont il était le supérieur, mourut à Naples, consumé de travaux, à l'âge de quarante ans, le 29 septembre 1591. On choisit François pour le remplacer, et il reçut le premier le titre de général, selon la prédiction qui lui en avait été faite à Valence. On eut bien de la peine à vaincre sur ce point son hu-

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milité, et il ne consentit à accepter cette charge que pour trois années seulement. Plus maître de sa personne dans cet emploi, il en profita pour augmenter ses exercices de piété et de mortification. Observateur zélé de la Règle, il voulait qu'on ne manquât à aucun point, s'y conformant lui-même en tout et renchérissant sur les pratiques de pénitence qu'elle prescrivait. Trois fois la semaine, il jeûnait au pain et à l'eau, portait habituellement un rude cilice, prenait toutes les nuits la discipline et passait ce temps, partie à étudier et partie devant le saint Sacrement. Lorsque le sommeil le pressait, c'était souvent sur le marche-pied de l'autel qu'il prenait son repos, qui ne durait jamais plus de trois ou quatre heures. Il donnait sept heures chaque jour à la contemplation et à la méditation de la Passion de Notre-Seigneur Jésus-Christ. Amateur sincère de la pauvreté, il montrait en tout son estime pour cette vertu. Si on lui donnait des vêtements neufs, il les changeait avec les plus usés de ceux des simples frères. Ennemi de toute distinction qui pût l'honorer, il en évitait avec soin les moindres marques, déclarant hautement qu'elles ne lui étaient pas dues, et que la compagnie ne le supportait que par pure charité; il signait ordinairement ses lettres, François, pécheur, et priait qu'on le regardât comme tel, tant son humilité était profonde !

L'espoir d'établir enfin sa Congrégation en Espagne conduisit encore François dans ce pays, en l'année 1594; il y fut accompagné du fils du président du conseil suprême de Naples, qu'il avait reçu au nombre de ses religieux. Dès son arrivée à Madrid, il alla se loger à l'hôpital des Italiens, où il soigna les malades avec plus d'empressement qu'on n'en met à flatter les courtisans d'un roi dont on espère une grâce: comme il avait besoin, dans cette circonstance, d'être favorisé tout particulièrement par Notre-Seigneur, il était bien juste qu'il gagnât d'abord les pauvres, qui sont les seuls courtisans de ce Roi né dans une étable. C'est de là, de ce palais des pauvres, qu'il adressa une supplique à Philippe II, roi d'Espagne, pour obtenir la permission de fonder une maison de son Ordre dans la capitale du royaume. La cour chargea le cardinal Quiroga, archevêque de Tolède, de l'examen de cette affaire, lequel accorda aussitôt la permission de fonder une maison à Madrid. Le Saint donna à ce premier couvent le nom du glorieux patriarche saint Joseph. Les cellules étaient petites, l'église étroite et pauvre, mais la grâce de Dieu suffisait à tout. Le bien que faisaient les nouveaux religieux, et surtout notre saint François, était immense: les pécheurs se convertissaient en foule à leur voix; l'église était toujours pleine de gens qui voulaient se réconcilier avec Dieu.

Le démon, furieux de se voir arracher tant de proies, résolut de renverser ce nouvel établissement avant qu'il ne fût affermi; il suscita contre les religieux un seigneur qui mit dans son parti le conseil royal de Castille. L'ordre fut donné à François et à ses compagnons de partir sous dix jours pour l'Italie; mais, supérieur à tous les événements, parce qu'il ne s'appuyait que sur celui qui est le Maître de tous et qui les ramène toujours à ses fins, il supporta cette contradiction avec la plus grande résignation. Ce pur abandon de tous ses désirs fut si agréable à ce bon Sauveur, qui avait les mains de Notre-Seigneur, qu'il consola son serviteur: il obtint quelque délai; et, lorsque plus tard il quitta Madrid, il n'eut pas la douleur de voir son œuvre détruite, car cette maison s'est soutenue jusqu'à nos jours. De retour en Italie, il fonda à Rome l'hospice de Saint-Léonard, et il fut reçu avec la plus grande bonté par Clément VIII, qui écrivit même en Espagne en faveur de son Ordre.

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En allant à Naples, il passa par Aquila et Villa-Santa Maria, qui était un fief de sa maison. Dès que ses vassaux eurent reconnu le fils de leur maître, ils accoururent en foule : les uns lui faisaient les mains, les autres se mettaient à genoux ; tous faisaient éclater leur joie. C'en était trop pour ne pas alarmer son humilité ; il s'arrêta au milieu de la place publique, s'agenouilla lui-même par terre, et, tirant de son cœur un crucifix, il les blâma avec douceur d'honorer un misérable comme lui, les engagea à rendre tous leurs hommages au crucifix, et leur déclara qu'il n'était revenu parmi eux que pour réparer, autant qu'il le pouvait, les mauvais exemples qu'il leur avait donnés dans sa jeunesse. Ainsi, après leur avoir demandé pardon avec larmes, il alla se cacher dans un endroit retiré, où il passa la nuit en prières. De nouvelles consolations l'attendaient à Naples ; Fabrice Caracciolo, abbé de Sainte-Marie-Majeure, était entré dans l'Institut et venait d'y faire profession. Le Saint, qui l'honorait comme le premier compagnon d'Ardono, aurait voulu le voir placé à la tête de la Société, mais il eut la douleur de sentir ce fardeau tomber encore pour la troisième fois sur ses propres épaules ; il fut réélu général pour trois années ; mais il fit tant d'instances auprès de Clément VIII, que son élection ne fut confirmée que pour une année seulement, au bout de laquelle il devint prévôt du couvent de Sainte-Marie-Majeure, à Naples, et maître des novices.

La ville se ressentit bientôt des ardeurs de sa charité ; il distribuait aux pauvres d'abondantes aumônes, dotait les jeunes filles pauvres, ramenait les pécheurs par ses prédications et ses prières. En même temps, il formait de saints religieux qui furent le soutien et la gloire de son Ordre. L'Espagne ne fut pas moins favorisée que l'Italie : nos saints religieux purent y établir plusieurs maisons, qui devinrent des foyers de lumière et des sources de grâces pour ce beau royaume : François y fit un troisième voyage, et il est bien à croire que sa réputation de sainteté, sa patience, sa charité, son humilité, son zèle et les bénédictions que le ciel accordait à tout ce qu'il entreprenait, contribuèrent beaucoup à ces établissements ; on ne le désignait guère autrement que par le nom de prédicateur de l'amour divin. Il avait souvent à la bouche ces paroles de David : « Le zèle de votre maison m'a dévoré ! » Ses actions le disaient encore plus haut. La gloire de Dieu était le motif qui le faisait agir en toute rencontre. Le pardon des injures était un des traits où il se plaisait à copier son divin modèle, Jésus crucifié. On avait répandu, en Espagne, des calomnies si affreuses contre les Frères Mineurs, que les auteurs de ces bruits infâmes furent poursuivis et condamnés à une peine ignominieuse. La première démarche de notre Saint, à son arrivée à Madrid, fut d'aller se jeter aux pieds des ministres du roi pour obtenir, à force de larmes, la grâce des coupables.

Il donnait partout l'exemple de la plus humble obéissance. Voici un trait qui le peint tout entier :

Il avait coutume, en passant devant une image de la très-sainte Vierge, de lui dire un Ave Maria : une fois, emporté par son amour, il récita tout haut la prière, de sorte que le supérieur l'entendit. Il sortit de sa cellule et lui dit : « Père, souvenez-vous que nous sommes dans un moment de silence ; taisez-vous ». Le Saint se tut aussitôt et se mit à genoux pour recevoir la correction de son supérieur ; il y resta une heure et demie, jusqu'à ce qu'enfin le supérieur lui envoyât dire de se lever.

L'Italie eut le bonheur de revoir notre Saint, en 1604, pour ne plus le perdre. Il remplit encore divers emplois dans sa Congrégation, qu'il acheva d'affermir par ses vertus et ses miracles. Il guérissait avec le signe de la

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croix tous les malades qu'on lui amenait, et chassait les démons, qui le regardaient comme un de leurs plus terribles ennemis. Enfin, lorsqu'il eut pour ainsi dire mis la clef de voûte à l'édifice de son Ordre, il obtint, en 1607, d'être déchargé de tout emploi, afin de ne plus songer qu'à son éternité, de ne plus vivre que dans le ciel, de ne plus parler qu'à son Dieu. Il choisit pour demeure le dessous d'un escalier de la maison de Naples, où souvent on le trouvait élevé en extase, les bras étendus en croix : c'est là qu'on vint plusieurs fois, de la part du pape Paul V, lui offrir la mitre et la crosse, mais on ne put jamais triompher de sa résistance : « Je veux faire mon salut dans mon petit coin », disait-il à ses compagnons, « car il faut mourir, et souvent lorsqu'on y pense le moins. Je n'ai plus que quelques jours de vie », disait-il encore, « nous voici à la fin ».

Il prévoyait en effet sa mort comme prochaine et l'annonçait ouvertement ; aussi se préparait-il avec soin à ce redoutable passage, lorsque les affaires de l'Institut l'obligèrent de se rendre à Agnone, dans l'Abruzze, pour une nouvelle fondation. Il voulut profiter de cette occasion pour visiter Lorette, cette sainte maison habitée par la sainte Vierge et où le Verbe s'est fait chair. À force d'instances, il obtint des gardiens la faveur d'y rester la nuit en prières. Lorsqu'il implorait la protection de la Reine du ciel pour son Ordre, Adorno, son ancien compagnon, lui apparut en habit religieux, mais tout resplendissant de lumière. Il l'assura, d'un visage riant, de la protection de la très-sainte Vierge, et lui dit qu'il jouissait déjà de la gloire ; qu'il l'y suivrait bientôt, et que deux autres religieux mourraient aussitôt après lui.

Le lendemain le Saint continua son voyage ; en arrivant à Agnone, il dit ces paroles prophétiques : *Hæc est requies mea in sæculum sæculi* : « Voici le lieu de mon repos pour les siècles des siècles » ; mais on ne le comprit pas, car il se portait à merveille. Il rencontra un jeune homme qui menait une vie licencieuse, et l'avertit de se convertir au Seigneur, lui disant qu'il était temps de sortir de la voie qui le conduisait à la perdition éternelle. Ce jeune insensé accueillit en riant ses avis, et lui répondit en se moquant de ses menaces. « Eh bien ! reprit le Saint avec un regard sévère, puisque tu te railles de ce dernier appel de la miséricorde de Dieu, avant une heure tu tomberas dans les mains de sa justice ! » Il mourut en effet avant que l'heure fût écoulée, et sans avoir voulu faire pénitence, au grand effroi de tous ceux qui furent témoins de cet épouvantable châtiment.

Le premier jour de juin, il fut pris d'une fièvre qui parut d'abord peu considérable, mais qui bientôt devint assez violente pour le forcer de se mettre au lit. Il se prépara aussitôt à la mort. On l'entendait répéter souvent : « Seigneur Jésus, que vous êtes bon ; Seigneur, ne me refusez pas ce sang précieux que vous avez répandu pour moi. — Ô paradis ! ô paradis !... » s'écria-t-il en se soulevant sur son lit comme pour s'élancer où le portaient tous ses désirs. Le mardi 3 juin, avant-veille de la Fête-Dieu, il demanda le saint Viatique, après avoir fait une confession générale de tous ses péchés. Quoique très-faible, il sortit néanmoins du lit dès qu'il vit arriver son Dieu, et le reçut à genoux avec la plus grande ferveur. Il songea ensuite à faire ses adieux à ses frères, qu'il laissait pour quelque temps dans l'exil, en leur adressant une lettre dans laquelle il les exhortait à la fidélité à leur Règle, ainsi qu'à l'amour et à la pratique de toutes les vertus. Il avait son crucifix d'une main, une image de la très-sainte Vierge de l'autre, et, regardant attentivement ce Frère divin, cette céleste Mère, il passa la dernière heure de sa vie dans la douce contemplation de la chère société qui l'attendait

là-haut. Le mercredi, une heure avant le coucher du soleil, son âme brûlant de prendre son vol sur les ailes de l'amour vers le sein de son Bien-Aimé, on l'entendit s'écrire : « Allons ! Allons ! — Et où voulez-vous aller, Père François ? » lui dit-on. — « Au ciel, au ciel ! » répondit-il d'une voix claire et le visage plein de joie. Il y partit en prononçant ces paroles, le 4 juin 1608, à l'âge de quarante-quatre ans et sept mois. Pour satisfaire à la dévotion du peuple, qui venait en foule le visiter, il fallut laisser exposé pendant trois jours son saint corps, qui fut ensuite transporté à Naples, où il est encore religieusement conservé. Ses miracles et ses vertus déterminèrent Clément XIV à le béatifier, le 10 septembre 1769. Pie VII le canonisa solennellement le 27 mai 1807, et il a inséré son office dans le Bréviaire romain. On a sa vie écrite en italien par le Père Augustin Concelli, du même Ordre.

On le représente agenouillé devant un ostensoir, parce qu'il passait les nuits entières devant l'autel, et qu'il donna à ses disciples la règle de maintenir, dans leurs communautés, l'adoration perpétuelle du Très-Saint Sacrement.

Nous avons tiré cet abrégé des continuateurs de Ribadeneira et de Godescard.

Événements marquants

  • Naissance à Villa Santa Maria le 13 octobre 1563
  • Guérison miraculeuse de la lèpre à 22 ans
  • Ordination sacerdotale à Naples
  • Fondation de l'Ordre des Clercs réguliers mineurs en 1588
  • Approbation de l'Ordre par Sixte-Quint le 1er juillet 1588
  • Voyages missionnaires en Espagne (1594)
  • Élection comme Général de l'Ordre
  • Mort à Agnone le 4 juin 1608

Miracles

  • Guérison subite de la lèpre après un vœu à Dieu
  • Prédiction d'une tempête et survie des passagers
  • Guérisons par le signe de la croix
  • Expulsion de démons
  • Prophétie de la mort subite d'un jeune homme impénitent

Citations

Hæc est requies mea in sæculum sæculi

— Paroles prophétiques à Agnone

Allons ! Allons ! Au ciel, au ciel !

— Dernières paroles