Saint Israël du Dorat
Chanoine régulier et Prévôt
Résumé
Saint Israël était un chanoine régulier du Dorat renommé pour sa science et son humilité au tournant de l'an mil. Professeur à Limoges et restaurateur de l'abbaye de Saint-Junien, il se distingua par sa charité héroïque envers les pauvres et les victimes du Mal des Ardents. Il mourut en 1014 après avoir formé une génération de saints disciples.
Biographie
CHANOINE DE L'ÉGLISE COLLÉGIALE DU DORAT, AU DIOCÈSE DE LIMOGES.
Guidé par une aimable et profonde modestie, saint Israël travaillait pour les hommes sans aucun souci de la gloire humaine.
Éloge du Saint.
Saint Israël naquit vers l'an 950 au comté de la Marche, près de Scotorium (Le Dorat, département de la Haute-Vienne). Ses parents étaient illustres non seulement par leur naissance, mais encore par la pureté de leurs mœurs et par la fermeté de leur foi. Ils firent vœu d'offrir à Dieu leur enfant et de le lui donner pour toujours. Tout jeune encore, Israël puisa à
l'école des chanoines réguliers du Dorat les premiers éléments des lettres divines et humaines, et, lorsqu'il y eut été complètement initié, il fut admis, à l'âge de quinze ans environ, au nombre des chanoines de cette église.
Sous leur direction, son esprit, semblable à ces bonnes terres qui ne reçoivent la semence que pour la multiplier, élaborait par la méditation et par le travail personnel les leçons de ces savants maîtres. Épris de la vérité sous toutes ses formes, et s'occupant de préférence aux études qui mènent directement à Dieu, il ne négligea point celles qui visent plus immédiatement aux intérêts de ce monde, et bientôt il posséda tout à la fois la double science des séculiers et des clercs; en sorte que dans tout ce pays on n'eût pu trouver personne qui lui fût comparable. Par la vigueur du talent et par la profondeur du savoir, il surpassa tous les autres clercs de ce diocèse, et il fut, au dire de son biographe, l'homme le plus remarquable de cette province de la Marche et du Limousin.
Une précieuse qualité brilla tout d'abord dans le jeune chanoine, et frappa tous les regards; elle charma le chapitre du Dorat, non moins peut-être que l'ouverture d'esprit et que l'aptitude si distinguée d'Israël pour toute sorte de sciences: c'était une charmante humilité dans ses rapports avec ses confrères et une parfaite soumission aux ordres de ses supérieurs. Plein de déférence et de respect pour ses maîtres, il honorait en eux l'autorité de l'âge et de l'expérience; il avait pour les anciens chanoines les attentions les plus délicates, écoutait volontiers leurs instructions et leurs remontrances, et s'empressait de mettre à profit leurs avertissements et leurs conseils. Il eut éminemment cette droiture de cœur du bon écolier et du parfait novice, qui ne sépare point sans nécessité l'amour de la science d'avec l'estime et l'affection pour les maîtres qui en sont les dépositaires.
Plein de charité envers ses confrères, et animé d'un saint zèle pour la décence dans la célébration des rites sacrés, Israël prenait volontiers la place et remplissait avec empressement l'office des chanoines obligés de s'absenter du chœur au moment des cérémonies. Sa véritable patrie était la maison de Dieu; jamais son esprit n'y fut en défaut ni sa pensée distraite: chants à exécuter, leçons à lire, cérémonies à observer, il prévoyait tout et pourvoyait à chaque détail avec un tel soin et une telle maturité, que la moindre prescription du cérémonial était accomplie en son lieu et à son heure avec une convenance parfaite. Grâce à sa vigilance, la célébration des offices dans l'église du Dorat ne laissait rien à désirer aux clercs les plus réguliers et les plus instruits.
Le jeune chanoine était animé de cet esprit de Dieu qui relève et vivifie toutes les actions, même les plus humbles. Loin de venir dans le saint lieu l'âme vide et le cœur muet, Israël fut dès l'adolescence pénétré de la grande pensée qui inspira toute sa vie: procurer par la prière et par les œuvres le salut du peuple de ces contrées. C'est elle qui sans cesse le ramenait dans le sanctuaire, c'est elle qui soutenait et multipliait ses forces.
Son bonheur était de se trouver près de Dieu, et de préparer par la prière son âme aux grands combats qu'il se disposait à livrer pendant toute sa vie contre la misère et contre l'ignorance de ce siècle de fer. Aussi la prière publique était-elle pour lui pleine d'attraits, et les grandes solennités de l'Église avaient-elles le don de l'émouvoir profondément, tant elles s'harmonisent avec l'ardeur de ses désirs et la vivacité de sa foi. Dans cette vie si bien remplie par des pensées élevées, si intimement consacrée à la gloire de Dieu et au soulagement des hommes, les soins du corps trouvaient peu de place : Israël les réduisait aux attentions strictement nécessaires pour la conservation des forces et de la santé ; il ne donnait qu'avec une parcimonie et une sobriété extrêmes à la nature ce qui lui était indispensable pour se soutenir et pour réparer ses pertes.
Cette rigueur envers soi-même, loin de l'endurcir au spectacle des souffrances d'autrui, n'avait fait que lui donner plus de pénétration pour les comprendre, plus de charité pour les soulager. Rarement celui qui n'a pas souffert, soit par un libre choix de sa volonté, soit par les nécessités de sa condition, se trouve doué de ce tact et de ce dévouement qu'exigent les œuvres héroïques de la charité : saint Israël s'en était fait comme une seconde nature, et il n'eut que de trop nombreuses occasions d'exercer son amour envers les membres souffrants de Jésus-Christ. Aux indigents et aux étrangers, aux ignorants et aux malades de l'un et de l'autre sexe, Israël prodigua son temps, ses labeurs et ses ressources de toutes sortes. Son grand amour pour les pauvres, animé par la foi la plus vive, lui inspira des pratiques de mortification qui eurent les plus utiles résultats. Elles furent fécondes, parce qu'elles ne laissèrent dépenser dans les satisfactions des sens aucune parcelle du temps ni de l'activité que Dieu avait départis à son serviteur, et moralisatrices, parce que l'héroïsme de cette conduite fut comme une prédication continue aux yeux des hommes de ce temps, esclaves aveugles, pour la plupart, de leurs frivoles intérêts. Saint Israël y ajouta une pratique qui dut être pour les autres chanoines comme pour tout le peuple de la province un salutaire enseignement. Il avait conservé la libre disposition des biens qu'il tenait de sa famille, en même temps qu'il jouissait des revenus de sa prébende canoniale. Prenant sur ses ressources particulières le peu qu'il fallait à son entretien, il ne voulut s'approprier aucun des mets qui lui étaient servis au réfectoire, sur la table commune ; mais, considérant tout ce qui appartenait au monastère comme le patrimoine des pauvres, il faisait libéralement distribuer aux indigents et aux malades la part qui lui était servie, tout en prenant soin de l'assaisonner de très utiles instructions.
Plein de charité envers ses confrères, et animé d'un saint zèle pour la décence dans la célébration des rites sacrés, Israël prenait volontiers la place et remplissait avec empressement l'office des chanoines obligés de s'absenter du chœur au moment des cérémonies. Sa véritable patrie était la maison de Dieu; jamais son esprit n'y fut en défaut ni sa pensée distraite: chants à exécuter, leçons à lire, cérémonies à observer, il prévoyait tout et pourvoyait à chaque détail avec un tel soin et une telle maturité, que la moindre prescription du cérémonial était accomplie en son lieu et à son heure avec une convenance parfaite. Grâce à sa vigilance, la célébration des offices dans l'église du Dorat ne laissait rien à désirer aux clercs les plus réguliers et les plus instruits.
Le jeune chanoine était animé de cet esprit de Dieu qui relève et vivifie toutes les actions, même les plus humbles. Loin de venir dans le saint lieu l'âme vide et le cœur muet, Israël fut dès l'adolescence pénétré de la grande pensée qui inspira toute sa vie: procurer par la prière et par les œuvres le salut du peuple de ces contrées. C'est elle qui sans cesse le ramenait dans le sanctuaire, c'est elle qui soutenait et multipliait ses forces.
Son bonheur était de se trouver près de Dieu, et de préparer par la prière son âme aux grands combats qu'il se disposait à livrer pendant toute sa vie contre la misère et contre l'ignorance de ce siècle de fer. Aussi la prière publique était-elle pour lui pleine d'attraits, et les grandes solennités de l'Église avaient-elles le don de l'émouvoir profondément, tant elles s'harmonisent avec l'ardeur de ses désirs et la vivacité de sa foi. Dans cette vie si bien remplie par des pensées élevées, si intimement consacrée à la gloire de Dieu et au soulagement des hommes, les soins du corps trouvaient peu de place : Israël les réduisait aux attentions strictement nécessaires pour la conservation des forces et de la santé ; il ne donnait qu'avec une parcimonie et une sobriété extrêmes à la nature ce qui lui était indispensable pour se soutenir et pour réparer ses pertes.
Cette rigueur envers soi-même, loin de l'endurcir au spectacle des souffrances d'autrui, n'avait fait que lui donner plus de pénétration pour les comprendre, plus de charité pour les soulager. Rarement celui qui n'a pas souffert, soit par un libre choix de sa volonté, soit par les nécessités de sa condition, se trouve doué de ce tact et de ce dévouement qu'exigent les œuvres héroïques de la charité : saint Israël s'en était fait comme une seconde nature, et il n'eut que de trop nombreuses occasions d'exercer son amour envers les membres souffrants de Jésus-Christ. Aux indigents et aux étrangers, aux ignorants et aux malades de l'un et de l'autre sexe, Israël prodigua son temps, ses labeurs et ses ressources de toutes sortes. Son grand amour pour les pauvres, animé par la foi la plus vive, lui inspira des pratiques de mortification qui eurent les plus utiles résultats. Elles furent fécondes, parce qu'elles ne laissèrent dépenser dans les satisfactions des sens aucune parcelle du temps ni de l'activité que Dieu avait départis à son serviteur, et moralisatrices, parce que l'héroïsme de cette conduite fut comme une prédication continue aux yeux des hommes de ce temps, esclaves aveugles, pour la plupart, de leurs frivoles intérêts. Saint Israël y ajouta une pratique qui dut être pour les autres chanoines comme pour tout le peuple de la province un salutaire enseignement. Il avait conservé la libre disposition des biens qu'il tenait de sa famille, en même temps qu'il jouissait des revenus de sa prébende canoniale. Prenant sur ses ressources particulières le peu qu'il fallait à son entretien, il ne voulut s'approprier aucun des mets qui lui étaient servis au réfectoire, sur la table commune ; mais, considérant tout ce qui appartenait au monastère comme le patrimoine des pauvres, il faisait libéralement distribuer aux indigents et aux malades la part qui lui était servie, tout en prenant soin de l'assaisonner de très utiles instructions.
Plein de charité envers ses confrères, et animé d'un saint zèle pour la décence dans la célébration des rites sacrés, Israël prenait volontiers la place et remplissait avec empressement l'office des chanoines obligés de s'absenter du chœur au moment des cérémonies. Sa véritable patrie était la maison de Dieu; jamais son esprit n'y fut en défaut ni sa pensée distraite: chants à exécuter, leçons à lire, cérémonies à observer, il prévoyait tout et pourvoyait à chaque détail avec un tel soin et une telle maturité, que la moindre prescription du cérémonial était accomplie en son lieu et à son heure avec une convenance parfaite. Grâce à sa vigilance, la célébration des offices dans l'église du Dorat ne laissait rien à désirer aux clercs les plus réguliers et les plus instruits.
Le jeune chanoine était animé de cet esprit de Dieu qui relève et vivifie toutes les actions, même les plus humbles. Loin de venir dans le saint lieu l'âme vide et le cœur muet, Israël fut dès l'adolescence pénétré de la grande pensée qui inspira toute sa vie: procurer par la prière et par les œuvres le salut du peuple de ces contrées. C'est elle qui sans cesse le ramenait dans le sanctuaire, c'est elle qui soutenait et multipliait ses forces.
Son bonheur était de se trouver près de Dieu, et de préparer par la prière son âme aux grands combats qu'il se disposait à livrer pendant toute sa vie contre la misère et contre l'ignorance de ce siècle de fer. Aussi la prière publique était-elle pour lui pleine d'attraits, et les grandes solennités de l'Église avaient-elles le don de l'émouvoir profondément, tant elles s'harmonisent avec l'ardeur de ses désirs et la vivacité de sa foi. Dans cette vie si bien remplie par des pensées élevées, si intimement consacrée à la gloire de Dieu et au soulagement des hommes, les soins du corps trouvaient peu de place : Israël les réduisait aux attentions strictement nécessaires pour la conservation des forces et de la santé ; il ne donnait qu'avec une parcimonie et une sobriété extrêmes à la nature ce qui lui était indispensable pour se soutenir et pour réparer ses pertes.
Cette rigueur envers soi-même, loin de l'endurcir au spectacle des souffrances d'autrui, n'avait fait que lui donner plus de pénétration pour les comprendre, plus de charité pour les soulager. Rarement celui qui n'a pas souffert, soit par un libre choix de sa volonté, soit par les nécessités de sa condition, se trouve doué de ce tact et de ce dévouement qu'exigent les œuvres héroïques de la charité : saint Israël s'en était fait comme une seconde nature, et il n'eut que de trop nombreuses occasions d'exercer son amour envers les membres souffrants de Jésus-Christ. Aux indigents et aux étrangers, aux ignorants et aux malades de l'un et de l'autre sexe, Israël prodigua son temps, ses labeurs et ses ressources de toutes sortes. Son grand amour pour les pauvres, animé par la foi la plus vive, lui inspira des pratiques de mortification qui eurent les plus utiles résultats. Elles furent fécondes, parce qu'elles ne laissèrent dépenser dans les satisfactions des sens aucune parcelle du temps ni de l'activité que Dieu avait départis à son serviteur, et moralisatrices, parce que l'héroïsme de cette conduite fut comme une prédication continue aux yeux des hommes de ce temps, esclaves aveugles, pour la plupart, de leurs frivoles intérêts. Saint Israël y ajouta une pratique qui dut être pour les autres chanoines comme pour tout le peuple de la province un salutaire enseignement. Il avait conservé la libre disposition des biens qu'il tenait de sa famille, en même temps qu'il jouissait des revenus de sa prébende canoniale. Prenant sur ses ressources particulières le peu qu'il fallait à son entretien, il ne voulut s'approprier aucun des mets qui lui étaient servis au réfectoire, sur la table commune ; mais, considérant tout ce qui appartenait au monastère comme le patrimoine des pauvres, il faisait libéralement distribuer aux indigents et aux malades la part qui lui était servie, tout en prenant soin de l'assaisonner de très utiles instructions.
Étant devenu prévôt du monastère, chaque fois qu'il se levait de table, il mettait à profit la présence de la communauté pour dire quelques mots en faveur des deux grandes œuvres qu'il avait surtout à cœur : l'avancement spirituel de ses religieux et le soulagement des pauvres. Il avertissait et reprenait doucement ceux qui s'étaient rendus coupables d'infractions à la règle, et il engageait vivement tous les chanoines réguliers à une diligente observation des institutions canoniques. Prenant ensuite la parole en faveur des indigents, pour lesquels il venait de prélever la part qui lui était servie au nom de la communauté, il recommandait que l'aumône leur fût faite avec soin, et que nul ne fût négligé. Il avait toujours dans la mémoire et souvent sur les lèvres cette belle parole de Salomon : « Qu'il prête à usure à Notre-Seigneur celui qui ne ferme pas les yeux sur le pauvre et qui en a compassion ». Il aimait à répéter cette parole de l'Évangile : « Que votre lumière luise aux yeux des hommes, afin que, voyant vos bonnes œuvres, ils glorifient votre Père céleste, qui est dans les cieux ! » Cependant, soit par humilité et par amour pour cette parole du Sauveur : « Que votre main gauche ignore ce que fait votre main droite », soit par la conviction qu'il était plus opportun de subvenir aux pressants besoins des malades à ces heures de la nuit où ils sont le plus abandonnés, Israël consacrait le temps du repos à l'accomplissement des œuvres de charité : aussitôt après avoir
célébré avec une grande dévotion l'office des nocturnes, au moment où les autres chanoines regagnaient leur couche et où tout dormait dans la cité, excepté la douleur et le besoin, seul, au milieu de la nuit, il allait çà et là, cherchant la demeure des malades, leur prodiguait ses soins et ses conseils, et leur distribuait les remèdes, les aumônes et les secours de tout genre dont il avait eu le soin de se munir. Après avoir tout épuisé, il s'informait avec empressement de ce qui pouvait encore être nécessaire, et il ne manquait point de l'envoyer sans retard.
Israël, méditant jour et nuit la loi du Seigneur, prenait à peine le sommeil nécessaire à ses membres fatigués. Lorsqu'on le croyait endormi, il poursuivait ses veilles, persévérant avec une ardeur nouvelle dans l'étude et dans l'union de l'âme avec Dieu par la prière. Parfois même, interrompant son étude pour aller l'offrir jusque dans le sanctuaire à Celui pour l'amour duquel il prolongeait ses veilles, il quittait sans bruit le dortoir, et allait prier à l'église, en ayant la précaution de couvrir le sol d'une étoffe de laine, afin que le bruit des pas ne troublât point le repos de ses frères. Pour être utile au plus grand nombre, il écrivit, soit en latin, soit dans la langue familière au peuple du Dorat, une série de proses, d'hymnes et de cantiques sur les principaux traits de l'Ancien Testament et sur ceux du Nouveau, jusqu'à l'Ascension de Notre-Seigneur Jésus-Christ. Mûri dans le silence et dans l'humilité de sa retraite par la prière et par l'étude, saint Israël fut appelé à exercer au grand jour de la vie publique les vertus et les talents qu'il avait cultivés avec un modeste et infatigable courage dans la solitude.
A l'avènement d'Hilduin sur le siège épiscopal de Limoges, la sagesse et la science entouraient déjà le front d'Israël d'une auréole de gloire et de célébrité, dont les rayons, s'étendant de proche en proche, jetaient chaque jour un plus vif éclat. Personne dans la contrée n'ignorait les mérites de l'humble chanoine, et, plus que tout autre, Hilduin avait entendu célébrer les qualités d'Israël et en avait éprouvé par lui-même la valeur et la solidité. Il s'empressa de produire au dehors cette lumière, et de la faire briller sur un plus grand théâtre. Afin de l'attirer plus sûrement dans la ville de Limoges, il lui confia un poste qui convenait admirablement au zèle infatigable et à la nature expansive du talent d'Israël : il l'attacha à sa personne en qualité de professeur et de maître dans l'école du palais épiscopal.
Hilduin n'eut qu'à s'applaudir de son choix : saint Israël enseigna dans la ville de Limoges, à la grande gloire de l'école épiscopale et au grand avantage des nombreux disciples qui venaient recueillir ses leçons. Sa parole éloquente et facile les charmait ; la sagesse et la science profonde de ses enseignements élevaient leurs esprits et leurs cœurs. Témoin de ces services rendus à l'Église de Dieu et à la science, touché de cette renommée si bien méritée qu'il voyait chaque jour briller plus éclatante et plus pure, l'évêque le jugea si capable par ses talents, par sa science et par son éloquence, de remplir les plus hautes dignités ecclésiastiques, et si digne, par sa modestie, par la droiture de son esprit et par la pureté de ses mœurs, d'en être honoré, qu'il ne voulut pas le laisser simple chanoine et simple clerc ; mais il le fit entrer dans son conseil pour la gestion des différentes affaires du diocèse ; et, lui conférant successivement les divers degrés de la cléricature, il l'éleva à la dignité du sacerdoce. Ordonné prêtre, soumis à de nouveaux devoirs et à de plus rudes labeurs, saint Israël ne négligea pas les grâces de lumière et de doctrine, les dons de l'Esprit-Saint qu'il avait
reçus par l'imposition des mains de son évêque. Mais, d'après le conseil de l'Apôtre, toujours attentif à veiller sur lui-même et à s'avancer, tout en faisant avancer les autres, dans la science des choses divines, il prolongeait ses méditations et ses prières, et multipliait de plus en plus les exhortations simples et familières qu'il avait coutume d'adresser aux fidèles.
La piété de saint Israël dans l'accomplissement des fonctions du sacerdoce, la pureté d'intention, l'esprit de justice et d'intégrité qui présidèrent à chacun de ses actes, qui inspirèrent chacune de ses démarches, sont, dit l'historien de sa vie, supérieurs à tout ce qu'aurait pu atteindre la puissance humaine. C'est qu'en effet, loin de se confier en ses propres forces, il avait l'esprit et le cœur toujours tournés vers Dieu, de la bonté duquel il obtenait, par ses prières, un redoublement de vigueur et d'énergie qui lui procurait de nouveaux succès. Toutes ces vertus, et d'autres plus nombreuses encore, rendaient chaque jour Israël plus précieux à son évêque. Déjà pénétré d'estime pour ses talents, ce prélat conçut pour le caractère et pour les vertus de l'éloquent professeur la plus vive et la plus sainte affection : non content de lui avoir ouvert son conseil et de l'avoir appelé à l'administration de son diocèse, il voulut l'attacher plus étroitement à sa personne, et il en fit son chapelain, mais avec des attributions épiscopales, comme celles des chorévêques de cette époque.
Peu de temps après, saint Israël vit s'accroître le nombre de ses obligations et de ses travaux. Le grand-chantre de l'église du Dorat étant venu à mourir, Israël fut canoniquement élu à sa place par le suffrage unanime de tout le chapitre des chanoines, vers l'an 991. Cette nouvelle dignité ne l'enorgueillit point, dit l'auteur de sa vie, mais plus que jamais il pratiqua l'humilité, eut l'avarice en horreur, et déploya en toute circonstance la plus grande générosité. Aussi nul ne saurait dire avec quelle sainteté il s'acquitta de cette charge : brillant au milieu des autres chanoines de l'éclat de toutes les vertus, les surpassant tous par son talent, il était cependant au milieu de ses inférieurs comme l'un d'eux par sa simplicité et par son ardeur infatigable à obéir à toutes les prescriptions de la règle canonique.
Saint Israël ayant accompagné son évêque à la cour de France, y fut personnellement connu du roi, qui avait la plus haute estime pour ses qualités éminentes et pour sa sainteté. Sa renommée se répandit bientôt dans toute la Gaule Cisalpine. A peine de retour, il fut demandé par les grands seigneurs et le peuple, pour être le restaurateur et le premier prévôt de l'église de Saint-Junien. Saint Israël s'empressa de rouvrir son école, de rétablir l'observance régulière, et de déployer toutes les ressources d'un esprit pénétrant, tout le zèle et toute la vigilance d'une âme infatigable. L'église de Saint-Junien devint bientôt florissante à l'égal de l'église du Dorat, qui lui servait de modèle, et dont Israël avait apporté à Saint-Junien les statuts et les règlements. En même temps qu'il dirigeait le personnel et qu'il veillait à la rénovation spirituelle de sa communauté, saint Israël relevait les murailles de l'ancienne église de Saint-Junien ; car l'édifice matériel, lui aussi, avait été profondément ravagé et presque entièrement détruit.
Quand il eut rétabli les murailles du sanctuaire, quand il eut fait refleurir l'ordre et la discipline, saint Israël s'occupa d'assurer l'avenir de son œuvre. Dans ce but, il rattacha par des liens étroits le chapitre de Saint-Junien à celui du Dorat, afin que, se servant mutuellement et d'exemple et d'appui, ces deux églises conservassent plus sûrement leur régularité et leur ferveur. Il ne négligea pour y parvenir aucun des moyens que la Providence avait mis à sa disposition, et, dans ce but, il préposa à la tête de l'une et de l'autre église deux frères, Amélius et Arnulphe, remarquables entre ses autres disciples par leur talent et par leur piété.
En 994, un terrible fléau, appelé le Mal des Ardents, vint s'abattre sur la contrée à laquelle il avait consacré sa vie. Notre Saint, loin de se laisser décourager par l'excès du mal, n'y vit qu'une occasion providentielle d'exercer son zèle infatigable. Il accueillait avec la plus grande humanité les malades qui venaient réclamer ses soins et ses prières, et leur prodiguait tous les soins que réclamait leur état : ses aliments, sa couche même, leur appartenaient. Parmi ceux qui eurent le bonheur de l'approcher, les uns se sentirent ranimés par ses soins ; les autres, plus heureux, regagnèrent sains et saufs leurs demeures, après avoir été entièrement guéris par son intercession. Porté sur les ailes de la reconnaissance, le nom d'Israël se répandit au loin plus éclatant et plus vénéré.
En 1006, saint Israël avait atteint sa cinquante-sixième année. Trop de liens rattachaient au Dorat le saint prévôt pour que le chapitre, qui naguère avait fait les plus grandes instances afin de le retenir, ne fit pas de nouveaux efforts afin de jouir au moins de ses dernières années. Amélius, qui le remplaçait en qualité de sous-chantre au Dorat, étant venu à mourir, cette perte renouvela toute la douleur que ressentaient le peuple et les chanoines de l'absence de saint Israël. Ils ne souffrirent plus qu'il s'acquittât par le ministère d'un chanoine délégué de ses anciennes fonctions, et ils réclamèrent la présence de leur vénérable chantre. Les instances réunies des habitants du Dorat furent si vives que saint Israël dut céder et venir habiter de nouveau le cloître qui avait abrité sa jeunesse, et qui avait été le confident et le témoin de ses premiers travaux. Le retour de saint Israël parmi eux mit le comble à cette prospérité spirituelle, et ce fut pour ces jeunes hommes une grâce inappréciable de la Providence que leur vie commune et leur liaison mutuelle sous la direction d'un maître qui portait si haut la vertu chrétienne et la sainteté.
C'est ainsi que le saint vieillard fut amené à passer les huit dernières années de sa vie (1006-1014) près de son berceau, et à consacrer toutes les forces de sa vieillesse à cet apostolat de l'enseignement dont rien n'avait pu le détourner durant le cours de sa vie entière. Au milieu de ces fatigues, il complétait, il perfectionnait chaque jour cette troupe de saints et savants jeunes hommes qui fut l'œuvre chérie de son cœur, l'objet de l'ambition de toute sa vie ; elle devait être au ciel le plus beau de ses titres, et elle fut sur la terre le plus noble héritage que put laisser l'homme de Dieu aux églises du Dorat et de Saint-Junien, qui ne se lassèrent jamais, dans la suite des siècles, d'en célébrer le souvenir.
Après tant de travaux, la mission de saint Israël touchait à son terme : la fin de ses jours approchait. Appesanti par les années qui l'avaient vu chaque jour accroître ses mérites, illustré par sa sainteté et par sa doctrine, l'homme de Dieu se trouva mûr pour le ciel. Son corps était amaigri par les fatigues et les privations, et toute sa chair, comme consumée ; mais son âme débordait encore d'ardeur et de vie. Enfin, accablé de vieillesse et surtout de veilles et de mortifications, admirablement préparé au dernier voyage, muni à l'avance des sacrements de l'Église, contenu par les prières de ses compagnons et absorbé continuellement dans la prière, il rendit à Dieu sa belle âme, le 31 décembre 1014.
Saint Israël est représenté en bas-relief sur le devant de l'autel de la
VIES DES SAINTS. — TOME XI.
chapelle de l'église du Dorat. Deux des principaux traits de sa vie forment le sujet des médaillons du vitrail. Dans le premier médaillon, saint Israël enseigne. Il est assis, de profil, nimbé, la main gauche appuyée sur un livre, la droite élevée. Saint Théobald et saint Gautier, nimbés, écoutent ses leçons, ayant devant eux deux autres enfants aussi nimbés, et à droite le jeune Bernard, assis sur un escabeau. A travers la fenêtre de l'école on entrevoit la ville du Dorat avec les clochers de la collégiale et du séminaire. Dans le deuxième médaillon, saint Israël visite un malade entouré de sa famille ; il est accompagné de saint Théobald et d'un autre personnage. On aperçoit également sur le ciel du médaillon la ville avec ses nombreux clochers.
## CULTE ET RELIQUES.
Le corps de saint Israël fut déposé dans un tombeau, à l'orient du monastère, avec tous les honneurs dus à son rang et toute la vénération due à sa sainteté. Les habitants du Dorat élevèrent en l'honneur du Saint, sur son tombeau, une chapelle en bois qui devint bientôt le théâtre de nombreux miracles qui la rendirent populaire dans toute la province de la Marche. La sainteté d'Israël étant ainsi attestée par un grand nombre de prodiges, les chanoines du Dorat commencèrent, peu après sa mort, avec le consentement des évêques de Limoges, de célébrer sa mémoire par un culte religieux. Le corps de saint Israël reposa, jusqu'en 1136, dans l'oratoire élevé par la piété des fidèles ; on l'a remplacé depuis par une chapelle en pierre. Le 27 janvier 1130, le corps du Saint fut levé de terre au milieu d'un grand concours de peuple, et transporté processionnellement dans la basilique dédiée au prince des Apôtres, et déposé dans la crypte souterraine qui prit le nom de Sépulcre. Plusieurs miracles opérés le jour de cette translation augmentèrent la vénération des fidèles envers saint Israël.
Une Confrérie ayant été établie au Dorat « pour veiller en priant auprès des reliques du Saint pendant la durée de l'Ostension », elle fut confirmée, le 22 juillet 1659, par le pape Alexandre VII, et enrichie de précieuses indulgences par le pape Pie IX, le 16 février 1869. La fête principale de la Confrérie a lieu le 13 septembre, jour de la fête du Saint.
Le 20 mars 1659, par les soins et à la prière des chanoines et de la ville entière du Dorat, Mgr de La Fayette, évêque de Limoges, accorda à Mgr de Salaignac, évêque de Sarlat, l'autorisation de transporter les saintes reliques de la crypte dans l'église supérieure, et de les établir dans une chasse dorée au côté du maître-autel, où elles furent transportées, le 13 septembre de la même année, avec la plus grande solennité. Le chapitre du Dorat envoya aux chanoines de Saint-Junien un os des côtes de saint Israël.
L'office de saint Israël fut inséré pour la première fois, en 1669, dans le Propre du diocèse de Limoges. Il fut également mis dans celui des Chanoines réguliers de la Congrégation de France, au 8 février.
En 1793, les reliques furent sauvées de la profanation ; on les descendit dans la crypte, et, après les avoir déposées dans une excavation au-dessous de la chapelle du milieu, on les recouvrit soigneusement. En 1802, on enleva la chasse du lieu où elle avait été déposée pour la replacer auprès de l'autel. Le 12 juin 1862, les reliques furent examinées et reconnues authentiques. Le tombeau de saint Israël, vide de son précieux dépôt, fut transporté, en 1825, dans la chapelle du cimetière du Dorat, que l'on venait de reconstruire sur les ruines de l'ancienne ; et enfin, le 28 juin 1871, il fut de nouveau rendu aux regards et à la vénération des fidèles, dans la chapelle récemment consacrée au culte de saint Israël et de saint Théobald : on le voit au côté gauche (côté de l'Évangile).
Extrait de la Vie de saint Israël et de saint Théobald, par l'abbé Raugerie, professeur de philosophie au petit séminaire du Dorat.
Événements marquants
- Naissance vers 950 au comté de la Marche
- Admission au chapitre du Dorat à l'âge de 15 ans
- Élection comme grand-chantre du Dorat vers 991
- Nomination comme professeur à l'école épiscopale de Limoges par l'évêque Hilduin
- Restauration de l'église et du chapitre de Saint-Junien
- Dévouement auprès des malades lors du Mal des Ardents en 994
- Retour définitif au Dorat en 1006
Miracles
- Guérisons de malades lors de l'épidémie du Mal des Ardents en 994
- Nombreux miracles posthumes sur son tombeau au Dorat
Citations
Qu'il prête à usure à Notre-Seigneur celui qui ne ferme pas les yeux sur le pauvre et qui en a compassion