Saint Antoine de Padoue (Ferdinand)

Apôtre et Thaumaturge

Fête : 13 juin 13ᵉ siècle • saint

Résumé

Né à Lisbonne en 1195, Ferdinand devint Antoine en rejoignant les Franciscains pour chercher le martyre. Prédicateur prodige et thaumaturge, il combattit l'hérésie en France et en Italie par son éloquence et ses miracles éclatants. Il mourut à Padoue à 36 ans et fut canonisé moins d'un an après sa mort.

Biographie

SAINT ANTOINE DE PADOUE,

APÔTRE ET THAUMATURGE

Si per merita Antonii res perdita quæ fortunam dominant respiciant recuperantur, quantum a fortiori recuperationitur ejus intercessione quæ ad salutem pertinent!

Si par les mérites de saint Antoine on retrouve, quand on les a perdues, les choses qui regardent la fortune temporelle, à combien plus forte raison recouvre-t-on par son intercession celles qui regardent le salut !

*Serm. ser. S. Ant. de Padoue.*

Saint Antoine de Padoue naquit en 1195, à Lisbonne, capitale du Portugal, l'une des plus anciennes villes du monde, le jour de la fête de l'Assomption. Il avait pour père Martin de Bouillon et pour mère Thérèse ou Marie-Thérèse de Tavera. Tout fait présumer que Martin de Bouillon, ou, selon d'autres, de Bullones, de Bulhan, de Bulhem, n'était pas d'origine portugaise, et qu'il appartenait à la famille du fameux Godefroy de Bouillon, duc de Lorraine, roi de Jérusalem, conquérant des Saints Lieux.

Marie-Thérèse de Tavera était aussi de la plus haute lignée ; elle descendait, paraît-il, de Froïla ou Fruela, roi des Asturies, qui régnait au huitième siècle. Les Tavera sont d'ailleurs célèbres en Espagne et en Portugal ; il y eut un Didacus de Tavera, archevêque de Séville, un Jean de Tavera, cardinal-archevêque de Tolède.

Saint Antoine reçut au baptême le nom de Ferdinand. Selon un antique usage du Portugal, on le baptisa solennellement huit jours après sa naissance. Les fonts sur lesquels on lui conféra le Sacrement de la régénération subsistent encore ; on les conserve avec un soin religieux dans l'église de Notre-Dame. L'un des degrés en pierre qui servent à monter au chœur de la cathédrale porte maintenant, comme au XIIᵉ siècle, l'empreinte miraculeuse d'une croix qu'y traça le doigt du Saint, un jour que le démon lui apparut sous une forme horrible. Enfin, Jean II, roi de Portugal, grand admirateur d'Antoine, a transformé en une église splendide la maison où naquit le saint thaumaturge. On l'appelle aujourd'hui l'église de Saint-Antoine.

Ferdinand fut élevé dans la crainte de Dieu et dans la pratique de toutes les vertus. Ses parents, pieux eux-mêmes et fervents chrétiens, guidèrent avec une tendre sollicitude ses premiers pas dans la voie du salut. Sa mère surtout, la vertueuse Thérèse de Tavera, qui, en demandant un fils au Seigneur, avait plutôt songé à la gloire du Très-Haut qu'à l'honneur de son nom, l'offrit à Dieu en lui donnant la vie, et, dès qu'il put balbutier quelques mots, lui apprit à répéter les noms bénis de Jésus et de Marie. Pleine de dévotion à la Reine du ciel, elle n'entretenait son fils bien-aimé que de sa puissance et de sa bonté, l'habituant ainsi de bonne heure à mettre en elle sa confiance et son amour.

SAINT ANTOINE DE PADOUÉ, APÔTRE ET THAUMATURGE.

Ferdinand répondit à l'affection de sa mère. Tout en lui présageait un cœur d'or et une intelligence d'élite ; avec son cœur il aima Dieu, avec son intelligence il le comprit. Il n'était heureux que quand on lui parlait de la Trinité sainte, de la sainte Vierge et des Saints ; et l'ardeur avec laquelle il récitait ses prières faisait l'admiration de tous. On peut dire que son éducation se fit à l'église, au pied des autels, et que sa science fut basée tout d'abord sur la connaissance des choses de la religion. Il apprit rapidement le latin, et en général tout ce qu'on enseignait dans les écoles du temps : les humanités, la rhétorique et la philosophie. Tout ce qui avait rapport à la religion, à l'histoire ecclésiastique et à la liturgie, était pour lui l'objet d'une prédilection marquée.

Son ardeur au travail, l'énergie avec laquelle il abordait des études souvent rebutantes, mais surtout sa modestie, sa douceur et sa piété, faisaient la consolation de ses maîtres et l'admiration de tous ses camarades. On le citait comme un modèle de toutes les vertus, et il méritait mieux encore que les éloges dont on le comblait. Voici comment l'un de ses principaux biographes parle de cette première période de sa glorieuse vie :

« Il aurait vivement désiré occuper la place de son Sauveur attaché à la croix, et celle de son prochain, quand il le voyait dans l'affliction et le besoin. Il faisait marcher de front, dans son esprit et dans son cœur, l'obéissance aux lois de sa patrie et aux commandements de ses parents, les sentiments de révérence envers les évêques et les prêtres, la soumission à ses maîtres, le respect pour les vieillards, l'amour de la pureté, de la retraite, de l'humilité, de la souffrance, de la douceur, de la charité, de la tempérance, des jeûnes, de l'abstinence, et l'horreur du mensonge même joyeux. Il ne riait jamais aux éclats, et ne proférait aucune parole inutile ; il était l'ennemi déclaré de la vanité, des jeux bruyants, du faste, de la vengeance, des haines, des murmures, des jugements téméraires... Que devait donc être ce soleil annoncé par une aussi brillante aurore ! ? »

Cependant l'enfant atteignait l'adolescence, l'âge où les passions fermentent, le moment des rêves trompeurs et des illusions, époque critique de la vie, écueil dangereux sur lequel viennent échouer tant de belles âmes qui paraissaient grandir pour le ciel. Toutes les séductions environnaient Antoine. Riche, d'une naissance illustre, d'un extérieur agréable, il était exposé à toutes les attaques du monde, dans une ville qui, alors comme aujourd'hui, était un véritable lieu de délices. Il ne succomba pas ; non pas que les âmes d'élite comme la sienne ne soient aussi exposées que les autres aux périls, aux tentations, aux chutes ; il eut fort à lutter sans doute contre lui-même et contre le démon, son cœur fut le jouet de grandes incertitudes ; mais Dieu était avec lui, et Dieu ne l'abandonna jamais. Dans les moments où il se sentait faiblir, il se recommandait au Très-Haut et à la Reine des anges, sa patronne, et il lui demandait avec larmes aide et protection. Puis un jour, élevé par la grâce au-dessus du monde et de lui-même, il résolut de ne pas attendre plus longtemps pour se consacrer à Dieu, et il s'en fut demander l'habit au couvent des Chanoines réguliers de Saint-Augustin, à Lisbonne.

Les Chanoines réguliers de Saint-Augustin, chez qui avait été élevé le bienheureux Antoine, jouissaient dans toute la contrée d'une grande réputation de science et de piété. L'abbé, nommé Pélage, touché de la candeur, de la modestie et de l'ardente foi du jeune homme, le reçut à bras ouverts et lui donna l'aumusse blanche des novices.

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Antoine était heureux : il n'avait à penser qu'à Dieu. Sous les grandes arcades et dans les longs couloirs silencieux, il se promenait lentement, les bras croisés sur sa poitrine, les yeux levés au ciel, l'âme abîmée dans un immense amour. On ne le laissa pas longtemps jouir de la paix qu'il désirait avec tant d'ardeur. Ses parents et ses amis, durant l'année de son noviciat, le tourmentèrent sans cesse pour le ramener au monde, dont il avait dédaigné les joies. Tous les moyens leur furent bons : caresses et menaces, flatteries et railleries amères ; on lui parla de ses richesses, de l'éclat de son nom, de l'obscure pauvreté qui l'attendait au couvent ; si bien que le jeune novice, harcelé de toutes parts, fatigué d'une lutte incessante qui arrachait son âme aux joies pures du sanctuaire, résolut de s'éloigner de Lisbonne et d'aller chercher ailleurs la tranquillité qu'il n'y pouvait trouver.

Il réfléchit et pria longtemps avant de se décider ; puis enfin, il demanda à ses supérieurs la permission de passer au couvent de Coïmbre. Le prieur la lui accorda, non sans peine ; il lui en coûtait de se séparer d'un novice aussi pieux, aussi soumis à la Règle, aussi ardent au travail. À Coïmbre, comme à Lisbonne, Antoine fit l'admiration des autres religieux. En même temps, ses progrès dans la vertu comme dans la science devenaient plus rapides. Déjà, à Lisbonne, il s'était appliqué à l'étude de la théologie et des saintes Écritures ; débarrassé maintenant des obsessions et des récriminations de ses parents, seul à seul avec Dieu, méditant sans cesse l'infinie puissance du Père et l'infinie bonté du Fils, il avait des choses du ciel une connaissance presque pleine et entière. On eût dit que l'Esprit-Saint était descendu sur lui comme autrefois sur les Apôtres, pour lui donner le don des langues, une science immense et une éloquence irrésistible. Les plus savants docteurs du couvent avaient honte de leur ignorance, en présence de ce jeune novice qui semblait posséder les secrets de Dieu ; les plus saints religieux aussi se trouvaient trop mondains, comparés à cet austère serviteur du Christ, si humble, si pauvre, si occupé de jeûnes, de veilles, de retraites et de mortifications.

D'ailleurs, le Très-Haut prenait déjà soin d'affirmer aux yeux du monde la sainteté de son serviteur par des miracles éclatants. Un jour qu'il était occupé, près de l'église, à quelque humble besogne, il entendit tout à coup retentir la cloche qui annonce l'élévation. Il se mit à genoux, et il vit tout à coup les murs de pierre s'ouvrir devant lui, et le prêtre lui apparaître debout sur les marches de l'autel, accomplissant le saint sacrifice.

Un jour, il soignait un frère malade, qui poussait des cris affreux ou des éclats de rire nerveux et saccadés, plus effrayants encore. L'idée lui vint que le malheureux devait être sous la puissance du démon, et, en effet, il le délivra sur-le-champ en le couvrant de son manteau.

Une autre fois encore, tandis qu'il assistait, en qualité de diacre ou de sous-diacre, le prêtre à l'autel, il aperçut l'âme d'un religieux franciscain, venu de Rome avec saint Zacharie, qui s'élevait dans les airs sous la forme d'un oiseau blanc, traversait le purgatoire et pénétrait, les ailes toutes grandes, dans le royaume des élus.

Les Chanoines Augustins de Sainte-Croix de Coïmbre avaient conçu des vertus d'Antoine une si haute estime qu'ils écrivaient de lui, dans leurs archives, deux ans à peine après qu'il les eut quittés : *Vir utique famosus, doctus et pius, magna litteratura ornatus, et gloria meritorum stipatus* : « C'était assurément un homme remarquable, savant et pieux, d'une science immense, et qu'une gloire méritée accompagnait déjà partout ! ».

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Cependant le saint patriarche d'Assise venait d'envoyer en Portugal, l'an 1216, saint Zacharie et saint Gauthier avec quelques autres Frères Mineurs. Le roi Alphonse II leur avait donné la chapelle du saint abbé Antoine, à une demi-lieue de Coïmbre, et leur avait fait élever un couvent. Comme ils venaient souvent quêter au couvent des Augustins, Antoine ne tarda pas à les connaître, et, par conséquent, à admirer l'austérité de leur vie apostolique. Il aimait à s'entretenir avec eux, et se sentait au cœur un immense désir de les imiter. Ce fut bien autre chose encore, quand eut lieu la solennelle translation des corps de cinq religieux Franciscains qui venaient d'être martyrisés au Maroc. En apprenant la glorieuse histoire de ces cinq apôtres, il voulait, lui aussi, donner son sang pour le Christ, en propageant sa foi. Jour et nuit, il rêvait la palme du martyre, qu'il croyait ne pouvoir mieux mériter que sous l'habit de Frère Mineur.

Mais il n'osait se décider de lui-même à quitter l'Ordre des Augustins, où l'avait tout d'abord appelé la volonté de Dieu. Il voulait attendre qu'il plût au Seigneur de lui manifester clairement ses intentions, et il redoublait de prières pour obtenir cette grâce. Le Seigneur l'exauça enfin : un jour que, retiré dans sa cellule, il épanchait son âme dans le cœur de son Dieu, saint François lui apparut et lui ordonna, au nom du Très-Haut, de prendre l'habit de frère mineur, pour travailler à la gloire du Christ et au bien des âmes. Le lendemain même, Antoine se présentait au couvent de Saint-Antoine des Oliviers et se faisait admettre au nombre des novices (juillet 1220).

Grande fut la douleur des Chanoines Augustins, quand ils apprirent cette détermination. Ils s'étaient bercés de l'espoir que leur jeune frère serait un jour l'honneur de leur Ordre ; ils s'étaient habitués à l'entourer de soins et d'affection, et tout à coup il les abandonnait. Le prieur, en lui donnant l'autorisation qu'il ne pouvait lui refuser, ne lui cacha pas son mécontentement, et l'un des chanoines, à qui il faisait ses adieux, lui dit avec aigreur : « Allez, vous deviendrez peut-être un Saint » ; à quoi Antoine répondit humblement : « Le jour où vous apprendrez ma canonisation, vous serez les premiers à en rendre grâces à Dieu ».

Les bons Pères ne purent se consoler de la perte d'Antoine, et le chagrin tout paternel qu'ils en avaient ressenti d'abord, se changea peu à peu en ressentiment mal contenu et en sourde hostilité. Il fallut que le pape Grégoire IX intervînt par deux brefs adressés, l'un à l'évêque de Viseu, l'autre à la communauté des Augustins de Coïmbre, pour faire cesser les mauvais procédés dont ils usaient à l'égard des Frères Mineurs.

Le nouveau franciscain reçut, avec l'habit de l'Ordre, le nom d'Antoine, en l'honneur du saint abbé à qui était dédié le premier couvent Séraphique en Portugal. C'était aussi un moyen pour lui de vivre plus inconnu et d'échapper aux poursuites sans cesse renouvelées de ses parents et de ses amis mondains.

Durant son noviciat, Antoine se livra tout entier à la prière, à la contemplation, aux œuvres d'obéissance et d'humilité. Quand il eut prononcé ses vœux, se souvenant qu'il n'était entré dans l'Ordre Séraphique que dans le désir d'y gagner la palme du martyre, il demanda à ses supérieurs la permission de passer en Afrique pour y prêcher la vérité aux Maures. Ses

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supérieurs le laissèrent partir ; mais Dieu ne voulut pas de son dévouement ; dans son éternelle sagesse, il avait décidé qu'Antoine convertirait les infidèles de l'Europe chrétienne, et non ceux de l'Asie et de l'Afrique mahométanes. À peine arrivé au terme de son voyage, Antoine se vit en proie à une maladie cruelle, qui mit plus d'une fois ses jours en danger, et le força, au printemps, de se rembarquer pour le Portugal, où il comptait retrouver la force et la santé. La traversée fut malheureuse : une violente tempête le jeta sur les côtes de Sicile.

Antoine débarqua à Tauromenium, ancienne ville épiscopale de la province de Messine. Là, ayant appris que saint François allait tenir le Chapitre général de l'Ordre dans la ville d'Assise, il résolut de s'y rendre, quoiqu'il fût encore affaibli par suite de sa maladie. Des Frères Mineurs de toutes les parties de l'Europe y étaient rassemblés. Antoine ne pouvait assez remercier le Seigneur de l'avoir amené au sein de cette imposante réunion. Il était heureux de contempler ces vaillants soldats du Christ, toujours prêts à verser leur sang pour leur Dieu, pauvres, austères, sans souci du monde qui avait les yeux fixés sur eux, plus grands dans leur humilité que les rois dans leur orgueil, et surtout le vénérable patriarche d'Assise, que l'Europe entière honorait déjà comme un Saint, et qui en avait le calme et la sérénité.

Quand vint la distribution des charges et des dignités, Antoine, nouveau venu dans l'Ordre, encore inconnu, et que sa modestie retenait dans l'ombre, fut complètement oublié. Il s'en réjouit au fond du cœur, car il n'avait pris l'habit de franciscain que pour être humilié, et non pas pour être exalté. C'est alors qu'il rencontra le Père Gratien, un saint homme, ministre de la province de Bologne. Ce vénérable Père cherchait un aumônier pour dire la messe à quelques religieux qui vivaient d'une vie contemplative au sein d'un ermitage ; il avait remarqué à l'assemblée la science d'Antoine, dont l'humilité lui avait tout d'abord gagné le cœur. Sur sa réponse qu'il était revêtu du sacerdoce, il l'emmena pour en exercer les fonctions au petit monastère de Saint-Paul, sur la montagne du même nom.

Le couvent était admirablement bien situé. Au sommet de la montagne, suspendu pour ainsi dire entre la terre et le ciel, aucun bruit mondain n'y pénétrait, et l'âme ravie pouvait y écouter dans le silence et la paix les grandes harmonies de la nature célébrant la grandeur et la puissance de son Créateur. C'était là ce qu'Antoine avait toujours désiré ; il se fit donner par un religieux une petite cellule creusée dans le roc, sur le flanc de la montagne, et il y venait, ses devoirs d'aumônier remplis, passer les jours et les nuits dans une perpétuelle méditation, interrompue seulement par des pratiques austères. Il vivait de pain et d'eau, et portait sous ses vêtements une chemise de crin, âpre et rude, que l'on conserve encore à Padoue dans une chasse en argent. Ses mortifications l'affaiblissaient tellement qu'il pouvait à peine se soutenir. Mais si le corps était débile, l'âme était vaillante et robuste, se retrempant sans cesse dans la prière et se préparant, par un commerce de tous les instants avec Dieu, à lutter victorieusement contre l'hérésie et toutes les vanités du monde.

Antoine vécut ainsi pendant un an dans la solitude et la contemplation, soumis à la Providence de Dieu, dont il ne douta jamais un moment. Il cachait sa grande science sous le voile d'une excessive modestie ; et tout désireux qu'il était de travailler à la gloire du Seigneur et au salut des âmes, il avait peur du monde, et le spectacle qu'il aurait sous les yeux l'effrayait. Il savait aussi que les hommes sont portés à admirer les vertus mêmes qu'ils ne mettent pas en pratique, et que souvent ils distribuent à pleines mains

les éloges et la gloire à ceux qui châtient leurs vices avec le plus de vigueur, et la pensée qu'il pourrait pécher par orgueil le faisait tomber à genoux.

Le temps approchait cependant, où le pieux Antoine allait mettre en lumière les dons précieux qu'il avait reçus du ciel. En 1222, Antoine accompagna les Frères du mont Saint-Paul qui se rendaient à Forli, avec des religieux de Saint-Dominique, pour y recevoir les ordres sacrés. C'était l'usage, après une ordination, d'adresser quelques paroles aux jeunes clercs qui venaient d'être sacrés ministres du Très-Haut. L'évêque de Forli pria le gardien du mont Saint-Paul de se charger de cette mission, ou de la confier à un de ses religieux. C'est sur Antoine que tombèrent les yeux de son supérieur, et c'est lui qui reçut l'ordre, au nom de la sainte obéissance, de monter en chaire et de prononcer le discours d'usage. Il s'y résigna à contre-cœur, s'estimant indigne d'un tel honneur ; mais il fallait obéir ; il sollicita la bénédiction de l'évêque et se prépara à parler. Aucun des assistants ne se doutait qu'il eût étudié ou seulement lu les saints livres, et ses frères se le figuraient plus volontiers à la cuisine, occupé à relaver la vaisselle du couvent, que plongé dans les ouvrages des docteurs de l'Église.

Il prit pour texte ce passage de l'office du jeudi saint : *Christus factus est pro nobis obediens usque ad mortem*. Sa parole d'abord calme, sans éclat, presque hésitante, s'anima en quelque sorte malgré lui, et devint rapide, énergique, enflammée. Ce moine, exténué par les souffrances et les privations, à l'aspect misérable, avait l'autorité d'un apôtre et l'éloquence d'un prophète ; la voix puissante, le geste superbe, il dominait toute cette assemblée, à qui, par sa seule attitude, il semblait dire : « Écoutez, enfants des hommes, car je suis celui qui parle au nom du Seigneur ». On l'écoutait en effet, dans une religieuse admiration. Les assistants muets, étonnés, hors d'eux-mêmes, versaient des larmes de bonheur, et, en même temps, en voyant briller en lui un rayon de la divine sagesse, ils se sentaient pénétrés d'un saint respect. Une nouvelle vie allait commencer pour Antoine.

Le bruit public et les rapports des supérieurs d'Antoine ne tardèrent pas à apprendre au saint patriarche François quel avait été le succès du premier sermon prononcé par le jeune religieux et quelles magnifiques espérances on pouvait fonder sur un tel début. Presque aussitôt il lui confia la difficile mission de travailler à la conversion et au salut des âmes (1222). Antoine était alors âgé de vingt-sept ans.

Du jour où il commença son pénible et glorieux labeur, jusqu'au jour où il cessa de prêcher, une multitude attentive et pieuse se pressa à ses sermons. Il évangélisa d'abord les principales villes de la Romagne et de la Lombardie. Le succès couronna ses efforts au-delà de toute espérance ; les pécheurs sanglotaient dans les églises où il parlait, et les conversions les plus inattendues s'opéraient par ses soins. D'ailleurs, la nature et la grâce semblaient l'avoir formé pour la prédication. Voici quel portrait en trace un de ses biographes :

« Il avait un extérieur poli, des manières aisées, un air intéressant. Sa voix était forte, claire, agréable, et sa mémoire heureuse. À ces avantages, il joignait une action pleine de grâce ; il savait, en variant à propos le son de sa voix, s'insinuer dans l'âme de ses auditeurs. Il était versé dans la connaissance de l'Écriture, qu'il avait le talent d'appliquer avec beaucoup de justesse aux matières qu'il traitait. Le texte sacré devenait entre ses mains une source féconde de lumières, et il en développait le sens et l'esprit avec une facilité et une énergie admirables. Mais son éloquence tirait sa princi-

pale force de l'onction avec laquelle il prononçait ses discours. L'amour dont il était embrasé pour la pratique de toutes les vertus, le faisait parler avec un zèle auquel on ne pouvait résister. Ses paroles étaient comme autant de traits qui allaient percer le cœur de chacun de ses auditeurs. Il communiquait aux autres de sa plénitude, et il n'était pas étonnant qu'après avoir allumé dans son âme le feu de la divine charité, il l'allumât de feu dans celle de tous ceux qui l'écoutaient ! »

Il y avait un an déjà qu'Antoine parcourait et évangélisait les villes et les villages du Nord de l'Italie, quand saint François lui demanda d'enseigner la théologie aux Frères Mineurs, et même aux laïques qui désireraient s'instruire sous sa direction. Voici la lettre qu'il lui adressa à cette occasion :

« À mon très-cher frère Antoine, salut et bénédiction en Notre-Seigneur Jésus-Christ.

« Je désire que vous enseigniez à nos frères la sainte théologie ; mais ayez soin, en même temps, de développer en eux comme en vous l'esprit de prière et d'oraison, selon les ordonnances de la Règle que nous professons. Adieu ! »

En vertu de cet ordre, tout en continuant ses prédications, Antoine professa la théologie, d'abord en France, à Montpellier, puis à Bologne et à Padoue, et, en dernier lieu, à Toulouse, et dans quelques autres villes de France. Un certain nombre de ses historiographes l'ont appelé le premier lecteur (*lector*) de l'Ordre, parce que les quelques Frères Mineurs qui commençaient alors à enseigner en Angleterre et à Bologne, n'y étaient pas, comme lui, autorisés par saint François. Partout une foule de jeunes gens avides de science se pressèrent à ses leçons ; et malgré les efforts qu'il fit pour demeurer inconnu, quoiqu'il ne songeât jamais à lui-même, mais aux âmes de ses auditeurs, sa renommée allait croissant de jour en jour.

En 1224, Antoine se rendit à Verceil pour y prêcher une station. Ce fut seulement alors que commencèrent ses rapports avec le savant abbé de Saint-André. Tous deux trouvèrent à ce commerce un profit et un charme inexprimables : aussi pieux que modeste, Antoine connaissait à fond la théologie mystique, et l'abbé, la théologie dogmatique ; ils se doublèrent en quelque sorte l'un de l'autre, pour la plus grande gloire de Dieu et de la religion, et pour le profit des âmes. Une étroite affection les unissait, et l'abbé disait d'Antoine dans un de ses livres : « L'amour franchit souvent les bornes en-deçà desquelles la science demeure ; c'est ce que j'ai observé dans Antoine, frère mineur avec qui j'ai eu longtemps des relations d'amitié : il n'avait pas une connaissance bien profonde des sciences mondaines, mais par la pureté de son âme et le feu de son amour, il a surpassé les plus grands théologiens, et l'on peut dire de lui comme de saint Jean-Baptiste : Il fut comme une lampe qui brille en se consumant ; le feu de son amour le brûlait, et par l'exemple de sa sainte vie, il rayonnait sur le monde ».

Antoine aussi aimait tendrement le savant abbé, et chaque fois qu'il passait en Piémont, il ne manquait jamais de lui faire visite. À l'heure de sa

mort, il apparut tout à coup au théologien, qui, perdu dans sa chambre au milieu de ses livres, souffrait d'un violent mal de tête. Antoine l'embrassa avec affection et lui dit : « J'ai laissé mon âme à Padoue, et je retourne dans ma patrie ». Puis il le délivra de sa douleur et s'évanouit comme un fantôme. L'abbé, s'imaginant qu'Antoine retournait en Portugal, parcourut le couvent et fut fort étonné d'apprendre que personne ne l'avait vu ; quelques jours après, tout s'expliquait : il recevait de Padoue la nouvelle qu'Antoine était mort, précisément à l'heure où il lui était apparu.

Cependant Antoine parcourait la France et l'Italie, et prêchait la foi du Christ dans les villes et les villages, toujours suivi d'une foule immense de peuple, qui voyait en lui un ange descendu du ciel, et écoutait sa parole comme ils eussent écouté celle de Dieu lui-même. Quoique né en Portugal, il s'exprimait en français et en italien avec une prodigieuse facilité. Les résultats qu'il obtint sont presque au-dessus de l'imagination : les pécheurs se convertissaient par milliers, et les prêtres qui accompagnaient Antoine ne pouvaient suffire à entendre les confessions.

« Quand le bon frère prêchait », dit un ancien auteur, « tous les travaux étaient aussitôt suspendus, comme aux jours de fête ; les juges, les avocats, les négociants laissaient leurs occupations pour aller l'entendre. On accourait des villes et des campagnes : les plus grandes dames quittaient leurs demeures, et n'hésitaient pas à se lever au milieu de la nuit pour marcher à la lueur des torches et venir prendre leurs places le plus près possible de la chaire du prédicateur. Alors on se pardonnait réciproquement toutes les offenses, les débiteurs se trouvaient libérés, les prisons s'ouvraient, les voleurs restituaient ce qu'ils avaient dérobé, les pécheurs se convertissaient, les hérétiques abjuraient leurs erreurs, et les infidèles recevaient la lumière de l'Évangile. Et parmi tous ces milliers d'auditeurs qui se réunissaient autour du missionnaire, on n'entendait pas le moindre chuchotement ni le plus léger bruit. Enfin les églises étaient tellement remplies et les sacrements tellement fréquentés, que les prêtres ne pouvaient suffire aux fonctions du saint ministère ; et bienheureux était le fidèle qui parvenait à baiser ou à toucher seulement le bas des vêtements du Saint, et à recevoir une parole de sa bouche vénérée ».

À cette époque Frédéric II s'apprêtait à porter la guerre en Italie, contre la sainte Église ; les chemins étaient remplis de partisans et de bandits qui ne se faisaient pas faute de piller et de tuer à l'occasion. Deux d'entre eux vinrent un jour entendre le Père Antoine, par manière de passe-temps, ne se doutant pas de ce qui allait en résulter pour eux. L'un de ces hommes, devenu vieux, disait à un frère mineur : « Nous entendîmes sortir de sa bouche enflammée des paroles ardentes qui nous brûlaient le cœur : chaque mot du divin prédicateur venait comme un trait nous frapper en pleine poitrine ; pour ma part, j'aurais mieux aimé recevoir cent blessures. Avec des pleurs et des gémissements, nous sommes allés faire à ses pieds notre confession générale ; je ne saurais vous dire avec quelle douceur paternelle il nous reçut, quels sages conseils il nous donna, avec quelle foi et quelle éloquence il nous parla de l'éternelle félicité réservée aux vrais chrétiens, et des peines éternelles qui seraient le juste châtiment des méchants et des impies. Il m'a ordonné pour pénitence d'aller douze fois en pèlerinage au tombeau des apôtres Pierre et Paul ; voyez : je m'acquitte avec bonheur de cette douce obligation, et j'ai confiance dans les paroles du saint homme qui m'a promis la bienheureuse éternité ».

À cette époque, l'hérésie des Albigeois commençait à exercer ses ra-

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vages dans le midi de la France. Semblable à un fléau contagieux, elle se répandait dans les villes et les villages, et faisait de nombreuses victimes. Saint François s'en émut ; son cœur saigna à la pensée des malheurs que des milliers d'hommes se préparaient pour l'éternité, et il songea à arrêter les progrès du mal. Il choisit pour cette grande mission Antoine, et le chargea d'aller fonder des couvents de l'Ordre et prêcher la vraie foi dans la Provence et le Languedoc. Antoine partit fort de l'appui du Seigneur.

A peine arrivé, il se mit résolument à l'œuvre ; sans cesse ni trêve, il frappa l'hérésie jusqu'à la réduire presque à l'impuissance. Ses sermons, tantôt passionnés et brûlants, tantôt serrés comme l'argumentation d'un logicien, quelquefois piquants et spirituels, étaient toujours éloquents. Il provoquait à une lutte courtoise les docteurs Albigeois ; mais jamais aucun d'eux n'osa se mesurer avec lui : on l'appelait le marteau des hérétiques. Les conversions étaient fréquentes ; chaque sermon en provoquait un grand nombre. On voyait, quand il avait cessé de parler, une foule d'hommes et de femmes s'approcher de lui avec des larmes dans les yeux, et lui demander, au nom du Seigneur, pardon et absolution pour leurs erreurs. C'est qu'à la lumière de sa science et de son éloquence, ils avaient vu clair dans les ténèbres de leur âme ; ils comprenaient maintenant l'énormité de leur faute, et si pour tous le repentir n'était pas encore venu, du moins une crainte salutaire du courroux de Dieu préparait les voies.

Ce grand succès des prédications d'Antoine est confirmé, non-seulement par les témoignages du temps, mais encore par les nombreuses fondations religieuses qu'il commença ou acheva dans le midi de la France. C'est grâce à lui que de nombreux couvents de Frères Mineurs purent s'établir et se maintenir au centre même d'un pays hérétique. D'ailleurs il ne s'épargnait pas la fatigue. Sa messe dite, il confessait jusqu'à l'heure de son sermon ; après le sermon, il revenait au confessionnal, et y demeurait jusqu'au soir. Ses journées se passaient à prêcher, à catéchiser, à donner de sages conseils, à absoudre ; et tout entier à ces œuvres de charité et d'amour, il oubliait le boire et le manger. Souvent il faisait son premier repas à la nuit tombante. La nuit, au lieu de prendre le repos qui lui eût été si nécessaire, il s'adonnait à l'étude et à la méditation ; il préparait ses sermons, composait des ouvrages sur les psaumes, qui sont restés parmi les meilleurs, les plus savants et les plus pieux commentaires des livres saints ; et son biographe ne craint pas d'affirmer que sa vie, hélas, trop courte, a été plus remplie que celle de bien des vieillards.

On peut dire de ce grand prédicateur du moyen âge ce que l'évangéliste saint Luc a dit des Apôtres : « Ils prêchaient, et le Seigneur confirmait leurs paroles par d'éclatants prodiges ». La vie d'Antoine a été, en effet, comme une suite non interrompue de miracles. Ses biographes les ont notés avec soin, et l'Église en a approuvé et reconnu un grand nombre. Nous en citerons seulement quelques-uns des plus saillants et des plus remarquables.

A Montpellier, où il exerçait la fonction de lecteur, il prêchait un jour de grande fête, en présence de tout le clergé et d'une foule de peuple. Tout à coup il se souvint qu'il avait été désigné pour chanter l'Alléluia qui précède l'Évangile. Il s'interrompt aussitôt, se couvre la tête de son capuchon, et penché sur le bord de la chaire, ses lèvres remuent comme prononçant des paroles qu'on n'entend pas dans l'église : on les entendait ailleurs ; il y a plus, son corps même, que ses auditeurs croyaient encore apercevoir, était aussi ailleurs : dans son couvent, où il chantait l'Alléluia au milieu du

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chœur. Quelques moments après, il relevait la tête, rejetait en arrière son capuchon, et reprenait son sermon à l'endroit où il l'avait laissé.

Ce miracle, constaté par une foule de témoignages irrécusables, se renouvela une autre fois à Limoges, dans des circonstances analogues.

Il prêchait une station à Bourges, et une si grande multitude de peuples se pressait à ses sermons, que les églises de la ville étaient incapables de la contenir ; on résolut de se réunir en plein air, au pied d'une petite éminence. Tout à coup les éclairs brillent, le tonnerre gronde, des nuages noirs s'étendent sur l'azur du ciel qu'ils obscurcissent et cachent bientôt tout entier. La foule effrayée voulait fuir et chercher un abri ; Antoine la tranquillisa : « Demeurez en paix », dit-il aux assistants, « pas une goutte de pluie ne vous atteindra ». Et il continua à parler comme s'il eût été en chaire, dans une cathédrale. L'orage s'abattit autour de la pieuse assemblée avec furie, mais laissa intacte la place qu'elle occupait.

Une pieuse femme, à la nouvelle que saint Antoine venait prêcher dans son village, devint presque folle de joie, et dans son empressement d'arriver à temps pour l'entendre, au lieu de coucher son enfant dans son petit berceau, elle le déposa sans y prendre garde dans une chaudière pleine d'eau bouillante. Le sermon terminé, elle fut fort étonnée de voir quelques personnes du voisinage lui demander où était son enfant. Pressentant un malheur, elle court à la maison ; le berceau était vide ; mais quel n'est pas son étonnement en voyant le pauvre petit être jouer en souriant dans l'eau de la chaudière, et lui tendre les bras. Elle tomba à genoux et rendit grâces à Dieu, qui, sans doute en faveur du pieux Antoine, l'avait si miraculeusement sauvé.

Une autre fois encore, remplie aussi de dévotion, désirait vivement entendre un sermon que le Saint devait faire hors de la ville ; mais son mari lui défendit d'accompagner la foule et de sortir de la maison. Toute attristée de ce refus, elle monte dans sa chambre, et ouvrant une fenêtre qui regardait du côté de l'éminence où prêchait Antoine, elle s'efforça, du moins, de voir un peu ce qui s'y passait. Alors, par un prodige manifeste, elle entendit la voix du saint prédicateur, aussi distinctement que si elle se fût trouvée auprès de lui. Son mari lui demanda pourquoi elle demeurait si longtemps à cette fenêtre, et sur sa réponse qu'elle écoutait le sermon du Père, il se mit à rire ; mais cependant, curieux de se rendre compte de la chose par lui-même, il s'approcha de la fenêtre, et à son grand étonnement, il entendit comme sa femme les paroles d'Antoine. La chronique ajoute que ce seul fait décida de sa conversion, et que, dans la suite, au lieu de contrarier son épouse dans ses exercices de piété, il voulut assister avec elle à tous les sermons du missionnaire franciscain.

En 1226, Antoine reçut de ses supérieurs l'ordre de se rendre à Arles, où se tenait alors le Chapitre général de la province. Les religieux et les prêtres de la ville le reçurent avec le respect que méritaient ses vertus, ses travaux apostoliques et les merveilles que Dieu opérait par son entremise, et il fut choisi à l'unanimité pour adresser aux Pères assemblés les exhortations d'usage. Ce fut pour le Seigneur une nouvelle occasion de manifester par un éclatant prodige la sainteté de son serviteur. Comme Antoine prêchait le 14 septembre, jour de l'Exaltation de la sainte Croix, sur la passion du Christ, au moment même où il prononçait ces mots : « Jésus de Nazareth, roi des Juifs », un vénérable religieux, nommé Monald, aperçut tout à coup au-dessus de la porte du chapitre, saint François d'Assise, enveloppé dans un tourbillon de lumière, et bénissant ses enfants. On n'espérait plus

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revoir le glorieux fondateur de l'Ordre, que l'on savait être en ce moment retenu à Assise par une cruelle maladie, et les bons Pères ne manquèrent pas de faire honneur de cette précieuse visite au bienheureux Antoine.

Saint Bonaventure raconte ainsi cette merveille : « Quoique saint François ne pût pas assister en personne au Chapitre des provinces, il est vrai de dire néanmoins que les règlements qu'il avait prescrits pour ces assemblées, les prières ferventes qu'il adressait au ciel pour leur succès, et la bénédiction qu'il leur envoyait, le rendaient, pour ainsi dire, présent partout. Quelquefois même, Dieu, par un effet de sa toute-puissance, l'amenait miraculeusement au milieu de ses enfants. C'est ce qui eut lieu à Arles. Pendant que l'excellent prédicateur Antoine, ce brillant confesseur du Christ, parlait aux Pères sur la passion du Sauveur et sur l'inscription de sa croix ainsi conçue : *Jésus de Nazareth, roi des Juifs*, un des religieux, nommé Monald, d'une vertu éprouvée, se sentit poussé, par l'inspiration divine, à regarder vers la porte capitulaire. Il vit alors le bienheureux François élevé en l'air, les bras étendus en croix et bénissant l'assemblée... Il faut donc croire », ajoute saint Bonaventure, « que le Seigneur, qui, par sa vertu et sa puissance, conduisit saint Ambroise aux obsèques du glorieux pontife saint Martin, voulut aussi que les vérités annoncées par Antoine, son prédicateur, et spécialement celles qui regardaient la passion de Jésus-Christ, reçussent une nouvelle approbation de la présence de son serviteur François, qui savait si bien porter la croix et la prêcher aux autres ! ».

Après la tenue du Chapitre d'Arles, Antoine fut nommé gardien du couvent de Limoges. Là, il apprit qu'un jeune novice, qui avait étudié à l'université de Montpellier, et sur lequel on avait fondé les plus grandes espérances, pris d'un découragement subit, voulait entrer dans le monde. Le saint homme le fit venir auprès de lui, l'embrassa avec effusion, et lui souffla sur la figure, lui dit : « Mon fils, recevez le Saint-Esprit ». À ces mots, le novice tomba à terre comme frappé de la foudre ; on s'empresse autour de lui, on le relève pâle et tremblant ; et tout à coup il se met à raconter qu'il vient d'être transporté dans les célestes royaumes, qu'il s'est mêlé aux chœurs des anges, et qu'il a vu des merveilles infinies. Il parle davantage ; mais saint Antoine l'arrête : « Mon fils », lui dit-il, « vous écrirez pour la plus grande gloire de Dieu ce que vous voulez nous raconter ». Depuis ce jour, le novice cessa d'être tourmenté par l'esprit malin, et il est devenu l'un des plus vénérables religieux de l'Ordre.

Une pieuse femme, qui faisait les commissions des Frères Mineurs, rentra un jour assez tard à la maison. Son mari, homme grossier et mal élevé, la reçut avec des outrages et des coups, et la traita si cruellement qu'elle en perdit connaissance ; le misérable en profita pour lui couper ses cheveux, qu'elle avait très-beaux et auxquels elle tenait beaucoup. Le lendemain, Antoine, miraculeusement averti par le Seigneur, vint voir la pauvre femme, qui pleurait et regrettait la perte de sa chevelure ; il la consola, l'exhorta à la résignation et lui promit d'intercéder pour elle auprès de Dieu. En effet, rentré au couvent, il fit assembler les frères à la chapelle, et se mit en prières avec eux ; au même instant les cheveux de la malade renaissaient aussi beaux et aussi longs que jamais.

Antoine venait de fonder le couvent de Brives, et, les religieux y affluant de tous côtés, il arriva un jour que les vivres manquèrent et qu'il fallut recourir à la charité publique. Le Saint envoya prier une bonne dame du voi-

sinage de lui donner pour ses frères quelques oignons de son jardin. Il pleuvait à torrents, et le jardin était assez éloigné de la maison. Néanmoins, elle donna ordre à sa domestique d'aller chercher les légumes et de les porter au couvent. La servante obéit, et, au grand étonnement de sa maîtresse, revint à la maison sans avoir une goutte de pluie sur ses vêtements ; cependant l'eau n'avait pas cessé de tomber, et il avait fallu plus d'une demi-heure de course pour aller au couvent et en revenir.

Une autre fois, c'est à l'abbaye de Solignac qu'Antoine accomplit un miracle non moins étonnant. Un religieux, sans cesse tourmenté par le démon, avait versé ses chagrins dans le cœur du saint homme, et l'avait prié d'intercéder pour lui auprès de Dieu. Antoine ôte son manteau, le jette sur les épaules du religieux, et aussitôt, à ce seul contact, le démon de l'impureté, qui s'était établi dans son âme, s'enfuit à tout jamais ; et ce que n'avaient pu ni les jeûnes, ni les macérations, la toute-puissante intervention du saint apôtre l'avait accompli en un instant.

Entre les titres innombrables du saint apôtre à la vénération des fidèles, il faut placer au premier rang le zèle qu'il montra toujours pour la purification des âmes, et les nombreuses conversions qu'il provoqua. Où l'éloquence de la parole ne suffisait pas, il affirmait la vérité de la religion par des miracles ; et c'est ainsi qu'il a fait rentrer dans le giron de l'Église une foule de pécheurs et d'hérétiques. Les docteurs Albigeois n'osaient pas paraître devant cet homme, en qui se réalisait de nouveau cette promesse que le Christ avait faite à ses Apôtres : « Je mettrai en vous une sagesse et une puissance telles, que vos ennemis ne pourront rien contre vous ».

L'histoire a conservé le souvenir d'un prodige éclatant que le Saint accomplit à Toulouse, et que l'on désigne ordinairement sous le nom de miracle de la mule. Un hérétique, nommé Guiald, assez influent dans la ville et d'un caractère très-obstiné, osa un jour discuter avec notre grand Saint sur un des points les plus importants de la religion. Il connaissait d'ailleurs parfaitement la bible, parlait l'hébreu, et, fort de sa science, prétendait triompher du Père. Mais, bientôt battu dans la discussion, en présence d'un grand nombre d'Albigeois et de catholiques, il essaya de se tirer d'affaire par un subterfuge : « Laissons les discours », dit-il, « et venons aux faits ; je possède une mule, je vais pendant trois jours la priver de nourriture. Dans trois jours, soyez ici avec une hostie consacrée ; moi, de mon côté, j'amènerai ma mule et je lui offrirai à manger. Si, dédaignant le foin que je lui présenterai, elle se tourne vers vous, je reconnaîtrai la supériorité de votre religion et je me convertirai ». — Le Saint accepte la proposition. Au jour convenu, qui se trouvait être un jour de marché, Antoine, après avoir célébré le saint sacrifice de la messe, et prié Dieu avec ferveur, accourt au rendez-vous, l'ostensoir sacré à la main. La mule arrivait, conduite par l'hérétique, qui avait eu soin de la faire suivre par la nourriture qu'elle préférait. Antoine marche au-devant d'elle, le visage inspiré, entouré de chrétiens chantant des hymnes et des prières : « Au nom de ton créateur, que je porte dans mes mains », lui dit-il, « je t'ordonne de l'adorer avec humilité, afin que les hérétiques voient avec confusion que les animaux eux-mêmes sont forcés de reconnaître la divinité de Celui que le prêtre immole tous les jours sur l'autel ». Aussitôt la mule, quittant son conducteur, se prosterne à terre, et, plaçant sa tête sur les pieds d'Antoine, reste immobile dans cette position. Décrire la rage et la confusion des Albigeois aussi bien que la joie des catholiques, est impossible. Un immense concert d'actions de grâces s'élève vers le ciel ; Guiald, fidèle à sa parole, reconnaît la religion

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du saint thaumaturge et provoque la conversion de toute sa famille et d'un grand nombre d'hérétiques. Il fit même, par la suite, construire, à l'endroit où avait eu lieu le miracle, une belle église qui fut placée sous l'invocation de l'apôtre saint Pierre. L'un de ses neveux éleva aussi une chapelle, où une inscription, gravée sur la façade, rappelait le miracle de la mule !.

Un miracle non moins éclatant, que le Saint accomplit à Rimini, décida aussi de la conversion d'un grand nombre d'hérétiques. Comme les yeux des ennemis de la foi se fermaient obstinément à la lumière, malgré les sermons les plus éloquents, les raisonnements les plus serrés et les preuves les plus convaincantes, Antoine déclara du haut de la chaire que ceux qui voudraient l'accompagner jusqu'à l'embouchure du fleuve, verraient des choses merveilleuses. Quand on fut arrivé sur les bords de la Marecchia, Antoine, élevant la voix, promena ses regards sur l'étendue des eaux, et s'écria :

« Poissons de la mer et du fleuve, écoutez : puisque les hommes ne veulent pas entendre la parole de Dieu, c'est à vous que je vais l'annoncer ». Aussitôt, des profondeurs du fleuve, des abîmes de la mer, les petits mêlés aux gros, une multitude de poissons s'approchent du rivage. Ils arrivaient de tous les côtés par troupes innombrables, serrés les uns contre les autres, la tête hors de l'eau, les yeux tournés vers le prédicateur, qui leur parla ainsi : « Quelles actions de grâces, ô poissons, ne devez-vous pas rendre à Celui qui vous a donné pour demeure cette immense étendue d'eau ! C'est à lui que vous devez ces profondes retraites où vous vous réfugiez pendant la tempête ; c'est lui qui, à l'époque du déluge universel, lorsque tous les hommes et tous les animaux qui n'étaient pas dans l'arche périrent, vous a conservé l'existence. Vous avez sauvé le saint prophète Jonas, vous avez fourni à saint Pierre et à Notre-Seigneur Jésus-Christ de quoi payer le cens, enfin, vous avez servi de nourriture au Roi des rois. Louez donc et bénissez le Seigneur, qui vous a favorisés entre toutes les créatures ».

A ces mots les poissons s'agitent, battent de la queue, ouvrent la bouche et témoignent par mille signes qu'ils veulent rendre hommage au Très-Haut, et lui payer le tribut de leurs muettes louanges. Les assistants ne pouvaient contenir leur admiration et leur étonnement : « Louons Dieu, mes frères », s'écria Antoine en se tournant vers les assistants, « louons Celui que des poissons révèrent plus que ne le font, les hommes créés à sa divine ressemblance ». Les hérétiques étaient confondus ; ils se jettent en foule aux pieds du saint homme, et ne consentent à quitter la place qu'après avoir reçu de lui l'absolution de leurs péchés. Tous ceux qui assistèrent à ce miracle, rentrèrent ce jour-là même dans le sein de l'Église. — Le souvenir de ce prodige s'est perpétué en Italie et même en France, et le Père Papebroeck nous

dit qu'il a vu de ses yeux, le 26 novembre 1660, une antique chapelle élevée sur le lieu même où il s'accomplit. Des peintres célèbres l'ont représenté sur la toile.

Le saint Père, après cette éclatante manifestation de la toute-puissance de Dieu, demeura encore quelques jours à Rimini pour affermir dans la foi les nouveaux convertis, et les instruire des principaux dogmes de la religion.

Les hérétiques n'eurent jamais d'ennemi plus intrépide et plus redoutable, plus habile à profiter de leurs fautes, plus capable de dévoiler leurs fourberies et leurs mensonges. Aussi essayèrent-ils souvent de ternir sa renommée par la calomnie, ou même de se débarrasser de lui par l'assassinat. Un jour, ils versèrent du poison dans l'eau qu'il devait boire et dans la soupe qu'il devait manger. Antoine en fut averti par le Seigneur : « N'avez-vous pas honte », leur dit-il, « de recourir à ces misérables moyens, et croyez-vous que l'éternelle vigueur de la religion catholique doive s'affaiblir, si je meurs ? » Les empoisonneurs, qui savaient qu'il ne pouvait pas y avoir de traîtres parmi eux, étaient confondus : « Mangez et buvez », répondirent-ils, « puisqu'il est dit dans l'Évangile : Vous pourrez boire sans danger des breuvages mortels ; et, si le poison ne produit sur vous aucun effet, nous sommes prêts à reconnaître que votre religion est la véritable. Antoine fit un signe de croix, mangea et but : « Ce n'est pas, Seigneur », s'écria-t-il, « ce n'est pas pour vous braver que j'absorbe ce poison, c'est pour donner à votre gloire une nouvelle occasion de se manifester ». Il n'éprouva pas la moindre douleur, et les hérétiques, qui avaient voulu le faire mourir, rentrèrent dans le giron de l'Église catholique.

Partout où passait le Saint, les mêmes prodiges l'accompagnaient, et non-seulement les hérétiques, mais les pécheurs le redoutaient comme la foudre ; on l'appelait « l'effroi des tyrans ». Et vraiment, jamais titre ne fut mieux mérité. Lorsque l'Italie entière tremblait au seul nom du féroce Eccelin, et que, maître déjà de Vicence, de Brescia, de Castel-Fonte, cet homme cruel menaçait d'envahir toute la contrée, quand les habitants de Padoue, effrayés, croyaient déjà voir à leurs portes les gibets et les échafauds, Antoine, se dévouant pour ses concitoyens, annonça qu'il allait trouver le tyran. Il part, arrive à Vérone, se présente dans le palais où le misérable, entouré de bandits, comme lui, était assis sur un trône de soie et de velours. Il marche droit à Eccelin, et sans s'effrayer de tout cet appareil, il s'écrie : « Tyran cruel, chien enragé, que la colère du ciel s'appesantisse sur ta tête ! jusqu'à quand verseras-tu ainsi à torrents le sang des chrétiens ? Songe, songe au jour du jugement ; il s'approche, et la peine sera terrible... » Eccelin tremblait de la tête aux pieds, et il était si pâle qu'il ne paraissait plus avoir une goutte de sang dans les veines : « J'ai vu sortir des yeux de ce moine », disait-il à ses soldats, « des éclairs si menaçants, que j'ai craint un moment d'être sur-le-champ précipité dans l'enfer ». Il se confessa, demanda humblement pardon de ses crimes et promit de s'amender, et témoigna, durant toute sa vie, une grande vénération pour l'homme de Dieu.

Malheureusement il ne tint ses promesses qu'à moitié, et le saint religieux, défenseur intrépide des chrétiens et des Italiens, ne cessait de fulminer contre lui les discours les plus éloquents. Eccelin voulut l'éprouver ; il lui envoya par quelques-uns de ses officiers un présent considérable, avec ordre de le tuer, s'il l'acceptait, mais de respecter sa vie, s'il le refusait. Les messagers du tyran abordent très-humblement Antoine, et lui disent : « Votre fils Eccelin vous prie en grâce d'accepter ce cadeau, et vous demande aussi d'intercéder pour lui auprès de Dieu ». Antoine refusa avec indignation :

VIES DES SAINTS. — TOME VI.

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« C'est le fruit du meurtre, du pillage et des rapines que vous portez dans vos mains ; je vois encore du sang sur cet or ; sortez de chez moi, maudits, et ne souillez pas plus longtemps ma maison de votre présence ».

Ils s'en retournèrent tout confus, et racontèrent à Eccelin les résultats de leur mission : « C'est vraiment un homme de Dieu et un Saint », dit-il, « qu'il prêche contre nous comme il voudra ; nous le laisserons en paix ». Et tant qu'Antoine vécut, la frayeur et le respect que lui inspirait le grand thaumaturge, l'arrêtèrent dans ses débordements.

Plus tard, après la mort d'Antoine, sa toute-puissante intercession délivra Padoue de la tyrannie sanglante du tyran, et donna la victoire à l'armée du Pape et des républiques italiennes.

On ne sait où s'arrêter dans cette longue suite de prodiges ; il faudrait, pour être complet, prendre la vie du Saint jour par jour, depuis sa naissance jusqu'à sa mort. Tout ce qu'il y a au monde de plus grand et de plus admiré des hommes, tout ce que Dieu entassa jamais de faveurs sur la tête de ses plus chers enfants, zèle et foi des Apôtres, patience des Martyrs, sagesse des Docteurs, éloquence des Pères de l'Église, courage des Confesseurs, pureté des Vierges, piété des Anges, il a tout rassemblé en lui dans une magnifique harmonie. Ajoutez à cela les miracles les plus étonnants, les prodiges les plus éclatants accomplis en présence de milliers de spectateurs, les hérétiques confondus et convertis, les pécheurs effrayés et repentants, les tyrans domptés ou contenus, les démons expulsés, des extases merveilleuses, des visions sublimes, des entretiens de tous les instants avec les puissances du ciel, la vie éternelle devinée et connue par avance, voilà quel fut Antoine, voilà ses titres à l'admiration et au respect des siècles.

Il connut les secrets des cœurs, et sut lire dans l'avenir comme dans un livre ouvert. Il y avait au Puy, en France, un notaire mondain et déréglé, athée déclaré, ne songeant qu'à satisfaire ses passions, et se souciant fort peu d'ailleurs de ce qu'on pensait de lui. On lui témoignait en général fort peu d'estime ; Antoine seul ne passait jamais auprès de lui sans le saluer, et même sans se jeter à ses pieds. Ces marques de respect qu'il savait ne pas mériter, et qu'il considérait comme une dérision, contrariaient vivement le notaire débauché, qui faisait tout son possible pour éviter la rencontre d'Antoine. Mais en dépit de ses précautions, il se trouva de nouveau en sa présence, et à la vue du Bienheureux, se prosternant devant lui selon sa coutume, il entra dans une violente colère, et lui demanda, avec des menaces et des injures, ce que signifiait cette façon d'agir : « J'ai souvent prié Dieu », répondit Antoine, « de m'accorder la faveur de mourir martyr, et je sais que je n'obtiendrai pas cette grâce. Mais le Seigneur vous le réserve ; il vous sera donné de verser votre sang pour la foi, et voilà pourquoi je me jette à vos pieds, et pourquoi je vous demande de penser à moi quand vous serez entré dans l'éternel royaume ». Le notaire se mit à rire en entendant cette prédiction, et continua son chemin.

Quelque temps après, l'évêque du Puy partit pour Jérusalem, et le notaire, entraîné par cet exemple, distribua ses biens aux pauvres, et accompagna le prélat. Arrivé en Orient, il se sentit tout à coup animé de l'ardeur des Apôtres, et se mit à proclamer bien haut la vérité de la religion chrétienne ; il déclara que Jésus-Christ était le seul vrai Dieu, et que Mahomet n'était qu'un imposteur et un faux prophète. Les Maures furieux se saisirent de lui et le firent périr dans les supplices. La prophétie d'Antoine était réalisée.

Dans cette même ville du Puy, une femme pieuse, sur le point d'accoucher, vint se recommander aux prières du Saint. Antoine se souvint d'elle

Dans ses oraisons, et quelques jours plus tard, il lui déclara qu'elle mettrait au monde un fils, dont la vie vertueuse ferait la gloire de sa famille et de l'Ordre Séraphique, que cet enfant, après avoir passé plusieurs années dans le sacerdoce, terminerait par le martyre une sainte existence. Tous ces événements se réalisèrent de point en point : la pieuse dame accoucha d'un garçon nommé Philippe ; il entra dans un couvent de Saint-François, et vers la fin de sa vie, fut envoyé par ses supérieurs en Palestine, où les Turcs le firent périr dans les supplices.

Dès sa jeunesse, et même dès sa plus tendre enfance, Antoine avait toujours témoigné pour la Mère de Dieu la plus grande dévotion et le plus parfait amour. C'est en présence de la Vierge immaculée qu'il avait fait vœu de chasteté, et jamais la toute-puissante Reine des anges ne l'abandonna dans ses besoins. Antoine célébrait surtout avec respect les grandes fêtes de l'Immaculée-Conception et de l'Assomption de Marie. Il fut récompensé de cette piété à la Mère de Dieu par de célestes apparitions. Un jour qu'il venait de lire le martyrologe d'Usuard, où l'on parle de l'Assomption en corps de la Vierge comme d'une chose douteuse, Antoine, le cœur gonflé de tristesse et révolté de cette téméraire assertion, se mit à genoux dans sa cellule et demanda à Dieu de pardonner aux hommes qui avaient osé émettre de semblables opinions. Tout à coup une lumière éblouissante emplit la chambre du Bienheureux, et il voit apparaître la Reine des anges entourée de son cortège éternel de séraphins et de chérubins. En même temps il entendit une voix qui disait : « Mon fils, assurez-vous que je suis véritablement montée au ciel en corps et en âme, et n'hésitez pas à publier partout cette vérité ». Quelques écrivains prétendent que cette apparition de la Vierge à saint Antoine eut lieu une nuit qu'il ne voulait pas assister aux Matines de saint Jérôme, où étaient émis les mêmes doutes sur l'Assomption de Marie.

Une autre fois, c'est à Padoue que la Reine des anges apparaît à Antoine, et le sauve d'un péril imminent. Le démon, furieux d'être toujours vaincu dans les luttes qu'il tentait contre le glorieux serviteur de Dieu, le saisit à la gorge, et le serre si violemment, qu'Antoine va mourir, si un secours surnaturel ne le délivre. Il songe à Marie, et au plus fort de l'étreinte, il râle plutôt qu'il ne dit ces paroles de l'hymne : *O gloriosa Domina, excelsa super sidera* : « ô glorieuse Reine, plus élevée que les astres ». Aussitôt le démon lâche prise et s'enfuit, et Antoine, ouvrant les yeux, aperçoit la sainte Vierge toute resplendissante de lumière, debout au milieu de sa cellule.

Nous ne pouvons passer sous silence les immenses services qu'il a rendus à l'Ordre dont il faisait partie. En France, en Italie, il a fondé un nombre incalculable de couvents, ou rehaussé l'éclat de ceux qui existaient avant lui. Sa seule présence dans un monastère y attirait aussitôt une foule de novices, et quand on l'avait entendu parler des charmes de la vie religieuse, on se sentait irrésistiblement entraîné à consacrer à Dieu le reste de ses jours.

En 1227, il fut envoyé à Rome par le provincial de Sicile, pour assister au grand conseil général, où l'on devait proposer au pape Grégoire IX quelques doutes sur les dispositions primitives de la Règle de l'Ordre. Antoine y prêcha à plusieurs reprises, et comme on connaissait sa science profonde de la théologie mystique, on regardait toutes ses paroles comme des oracles. Le souverain Pontife voulut discuter spécialement avec lui les doutes qui étaient soumis à sa décision par l'assemblée, et il est probable que les lettres apostoliques qu'il adressa en cette occasion aux Frères Mineurs sont en partie l'œuvre d'Antoine.

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Le souverain Pontife, de plus en plus émerveillé du savoir et de la prudence d'Antoine, aurait voulu le conserver toujours auprès de sa personne. Il l'engagea fort à demeurer à Rome ; mais le saint homme refusa, et demanda, au contraire, à Grégoire IX la permission de se retirer sur le mont Alverne. Le Bienheureux y passa quelques mois dans la solitude, jouissant de la vue directe de Dieu, presque sans cesse plongé dans de sublimes extases. Il n'en sortait guère que pour aller prêcher, les dimanches et les jours de fêtes, dans les églises du voisinage.

Au commencement de l'année 1231, Antoine revint à Padoue, sur l'invitation du cardinal Raynal, protecteur de l'Ordre, qui devint Pape dans la suite, sous le nom d'Alexandre IV. Quoique très-fatigué et d'une santé chancelante, il reprit son cours de théologie, et s'appliqua, dans des leçons publiques, à combattre les erreurs des hérétiques appelés Cathares et Catharins. En même temps, il écrivait ses sermons sur les Saints, et se préparait, par la méditation, à prêcher le Carême de 1231.

Comme s'il eût senti venir la mort, il redoublait de zèle et faisait des prodiges d'activité. Cette station quadragésimale fut de beaucoup la plus féconde en conversions et en miracles. Elle commença le 5 février. Antoine prêchait tous les jours, et malade et souffrant, il semblait puiser dans l'ardeur de sa foi et de sa charité des forces surnaturelles. On accourait à ses sermons de toutes les villes et de tous les villages des alentours à plusieurs lieues à la ronde ; les routes étaient couvertes de pèlerins avides d'entendre cette voix éloquente, dont les accents remuaient le monde. Plus de trente mille personnes se pressaient autour de la chaire du thaumaturge ; des évêques, des prélats, des religieux de tous les Ordres, le clergé et la noblesse de Padoue tenaient à honneur d'assister à ses sermons. On attendait dans le recueillement et le silence que le saint homme arrivât. À son approche, pas un bruit, pas un frémissement, pas un souffle ; tous les yeux se fixaient avec une avide curiosité sur ce beau visage pâle et souffrant ; dès qu'il parlait, tous les esprits recevaient avec bonheur la semence céleste qu'il versait sur eux ; et quand il descendait de la chaire, si quelques hommes robustes ne l'eussent protégé contre les démonstrations de respect et d'admiration de la multitude, il eût infailliblement succombé sous le poids des transports de foi et d'amour.

Dire les résultats de cette dernière prédication est presque impossible ; les hérétiques convertis, les pécheurs les plus endurcis ramenés au bien, les femmes perdues faisant pénitence, les prisonniers délivrés, les pauvres secourus, les malades guéris, etc., etc., tels sont en deux mots les nouveaux titres que conquit Antoine à la vénération des hommes. Dans cette grande ville de Padoue, où s'était rassemblé un clergé si nombreux, il n'y avait pas assez de prêtres pour entendre les confessions des fidèles. Des miracles s'accomplissaient tous les jours ; ici Antoine guérit un pauvre enfant paralytique ; là c'est une dame noble de Padoue, qui en se rendant au sermon du Saint, tombe dans un fossé profond et bourbeux, et en sort sans accident, parce qu'elle s'est recommandée à Dieu, par les mérites de l'apôtre ; une autre fois, ce sont des voleurs, au nombre de vingt-deux, qui, au milieu d'un sermon, viennent se jeter aux pieds d'Antoine, en donnant toutes les marques d'une véritable contrition, et en demandant pardon de leurs iniquités ; ou bien encore, c'est une femme aussi vertueuse que belle, mortellement frappée par son mari dans un accès d'injuste jalousie, et que le Saint rappelle à la vie, en faisant sur elle le signe de la croix.

À la fin de cette station si longue, si féconde en prodiges, il semble

qu'Antoine ait dû éprouver le besoin de prendre quelques semaines de repos ; il continua, au contraire, à exercer son ministère dans les bourgs et les villages voisins de Padoue, et ne cessa son œuvre de charité que quand le temps des travaux champêtres fut venu. Alors seulement il songea à se préparer à paraître devant Dieu, car le temps de sa mort approchait.

Campo san Pietro, ou Campietro, petit village situé à trois lieues de Padoue, et où se trouve un ermitage placé sous l'invocation de saint Jean-Baptiste, est la retraite où le grand Saint résolut de passer les derniers jours de sa vie. Il y fut reçu, au commencement de juin 1231, par un pieux gentilhomme nommé Tiso, seigneur de Campietro, avec le respect qu'on eût témoigné à un ange et à un envoyé du ciel. Par les soins de Tiso, on construisit sur les troncs et les branches d'un vaste noyer trois cellules, l'une pour Antoine, les deux autres pour ses deux compagnons, frère Luc et frère Roger. Ce fut là la dernière habitation du thaumaturge. Enfermé jour et nuit dans son étroite cabane de planches, il repaissait son esprit et son cœur de célestes contemplations. Aucun bruit aux alentours, partout la paix et le repos, quoique de nombreux pèlerins vinssent encore demander au Saint des prières ou des conseils ; le seigneur de Campietro obtenait parfois de lui quelques moments d'entretien, et il eut le bonheur insigne de recevoir de ses mains l'habit du Tiers Ordre.

Les forces d'Antoine s'affaiblirent tout à coup ; un jour que, selon son habitude, il se rendait au petit couvent des Frères Mineurs de l'endroit pour y prendre son frugal repas, il sentit subitement ses jambes lui manquer, et il lui fallut, pour arriver jusqu'au réfectoire, le secours de ses deux compagnons. Il essaya de se mettre à table, mais le mal s'aggrava ; il perdit presque connaissance, et les religieux durent le transporter bien vite sur un de leurs pauvres lits. La vie s'en allait rapidement ; des nuages semblaient s'amonceler devant les yeux d'Antoine, et il voyait les ténèbres de la mort s'épaissir autour de lui. Il s'en réjouissait d'ailleurs, comme l'ouvrier qui a bien rempli sa journée, et qui va recevoir la récompense méritée de ses peines et de ses fatigues, et sa figure témoignait une félicité indicible.

Après quelques minutes de repos, Antoine appela près de lui frère Roger, et le pria, s'il n'y voyait pas d'empêchement, de le faire transporter à Padoue. On envoya chercher un chariot, que l'on arrangea du mieux que l'on put, et on y plaça le Saint, malgré les supplications des moines de Campietro, qui réclamaient l'honneur de le soigner.

Comme on approchait de Padoue, on rencontra un frère mineur, chargé par le gardien du couvent de la ville, de s'informer de l'état du malade. À la vue d'Antoine, si faible et si languissant, le religieux craignit que l'empressement et la douleur bruyante des habitants n'empirât encore sa situation, et il conseilla à Antoine de s'arrêter chez les frères qui desservaient le cloître des Clarisses, en dehors de la ville. Le thaumaturge consentit à tout ce qu'on voulut, et on le conduisit au monastère de l'Arcella.

Cependant l'affaiblissement faisait des progrès rapides, et l'auguste malade, se sentant défaillir, demanda le saint-sacrement de l'Eucharistie. Frère Roger s'empressa de le lui administrer au milieu des pleurs de tous les religieux. Quelques instants après, Antoine entonna de sa voix mélodieuse l'hymne : *O Gloriosa Domina*, qui exprimait si bien les sentiments de son âme envers la Reine des vierges ; puis, levant les yeux au ciel, il murmura : « Je vois mon Dieu, il m'appelle à lui ».

Quand on lui apporta les saintes huiles, il dit au prêtre : « Je possède cette onction au dedans de moi ; mais quoiqu'il ne soit pas nécessaire que

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vous me la fassiez extérieurement, je la recevrai avec plaisir et elle sera utile à mon âme ». Et tandis qu'il la recevait en effet avec la foi la plus vive et les plus grandes marques de componction, il chantait avec ses frères les psaumes de la pénitence ; puis il garda un silence absolu pendant une demi-heure environ, et tout à coup, au milieu des sanglots des assistants, il remit son âme entre les mains de Dieu, et s'endormit de l'éternel sommeil le 13 juin 1231, un vendredi, un peu avant le coucher du soleil.

Antoine était alors âgé de trente-six ans ; il avait passé quinze années de sa vie chez ses parents, dix autres parmi les Chanoines réguliers, et onze chez les Frères Mineurs. Aux yeux du monde, cette carrière peut paraître courte ; aux yeux de Dieu, elle était longue, parce qu'elle abondait en mérites, et l'on peut appliquer au Saint ces paroles dictées par le Saint-Esprit : « Quand même le juste serait enlevé par une mort prématurée, il entrerait néanmoins dans le lieu du repos. Ce qui rend la vieillesse honorable, ce n'est pas la longueur de la vie ni le nombre des années ; mais la prudence de l'homme lui tient lieu de cheveux blancs, et la vie sans tache est une heureuse vieillesse. Comme le juste a plu au Seigneur, il en a été aimé, et Dieu l'a ôté de la société des pécheurs parmi lesquels il vivait. Ayant peu vécu, il a rempli le cours d'une longue vie, car son âme était agréable au Très-Haut ; c'est pourquoi elle a été promptement tirée du milieu de l'iniquité ».

Les Frères Mineurs résolurent de garder secret aussi longtemps que possible la mort du saint apôtre. Ils craignaient un trop grand concours de peuple et le tumulte qui pourrait en résulter. Mais Dieu s'était déjà chargé de répandre la triste nouvelle, et, en moins d'une heure, toute la ville de Padoue la connaissait. C'étaient les petits enfants, qui sans avoir été avertis par personne, se réunissaient par groupes et parcouraient les rues en criant : « Le saint Père est mort, le saint prédicateur est mort, saint Antoine est mort ! » Cette nouvelle, publiée par ces bouches innocentes, bouleversa toute la ville et remplit de tristesse tous les habitants. Les bourgeois abandonnent leurs boutiques, les ouvriers leurs travaux ; on se précipite au milieu des rues, on se questionne, et une vague rumeur désignant le couvent de l'Arcella comme le lieu où se trouve la dépouille mortelle du Saint, hommes, femmes et enfants s'y précipitent. Des jeunes gens armés, du quartier appelé la Tête du Pont, y étaient déjà arrivés, afin de garder le corps du Saint et d'empêcher tout enlèvement. C'était un tumulte effroyable ; au milieu des pleurs et des sanglots, on se poussait, on se bousculait, pour voir encore une fois celui qui avait été le Père spirituel de Padoue.

D'un autre côté, diverses maisons religieuses se disputaient déjà les précieuses reliques. Les Clarisses, dont Antoine avait été le directeur spirituel, demandaient aux magistrats de la ville, comme une juste compensation à leur douleur, la permission de le conserver dans leur couvent. Les religieux de Sainte-Marie réclamaient le corps comme leur propriété ; Antoine, disaient-ils, avait, en mourant, manifesté le désir d'être enseveli au couvent de Sainte-Marie ; et c'était leur devoir d'exiger qu'on obéît à ses dernières volontés. En conséquence, ils se mirent en mesure d'emporter le cadavre ; mais les bourgeois, qui veillaient jour et nuit autour du couvent, ne les laissèrent pas approcher.

Il fallait en finir cependant : on s'en remit à la décision de l'évêque, et l'évêque n'osant pas prendre, seul, une résolution aussi grave, assembla son conseil. Un certain nombre de chanoines opinèrent pour qu'on laissât le corps d'Antoine chez les Clarisses ; mais la majorité était d'un avis contraire,

et l'évêque se rangeant du côté du plus grand nombre, pria instamment le gouverneur de la ville et les principaux habitants de permettre la translation du corps.

Les magistrats intervinrent, en effet, pour appuyer la proposition de l'évêque ; mais tous leurs efforts, loin de calmer l'agitation de la foule, ne firent que l'exciter davantage encore. Les citoyens de la Tête du Pont s'obstinaient dans leur dessein de garder le corps du saint apôtre ; prières et menaces, rien n'eut prise sur eux, et ils déclarèrent qu'ils étaient prêts à tout plutôt que de se laisser enlever. Ils résolurent même de l'enfermer dans leurs maisons, où il leur serait plus facile de le garder jour et nuit.

L'évêque, craignant les suites du conflit qui pourrait s'élever, eut recours à un expédient assez habile, pour les détourner de leur projet. Il leur fit entendre qu'en l'absence du provincial, il ne convenait pas de prendre aucune décision, et qu'il fallait attendre son arrivée. Lui seul, en sa qualité de supérieur de l'Ordre, avait le droit de désigner le lieu où devait être enseveli l'un de ses membres. On se soumit aux raisons données par le prélat, et l'agitation s'étant un peu apaisée, les Frères Mineurs purent faire sortir la foule du couvent, dont ils barricadèrent solidement les portes.

Au milieu de la nuit, il se fit tout à coup un grand tumulte ; le peuple, qui était demeuré autour du couvent, demandait impérieusement qu'on lui en ouvrît l'entrée, et qu'on lui permît de voir le corps du Saint. Sur le refus des moines, on enfonce les barricades ; le passage est libre enfin, le flot de la multitude se précipite. Tout à coup, comme s'il rencontrait une digue insurmontable, il s'arrête ; une force invincible le retient ; le Dieu qui dit à la mer : « Tu n'iras pas plus loin », cloue en place cette foule furieuse. La force manque aux plus audacieux, ils demeurent stupéfaits et comme aveuglés ; la porte est là, toute grande ouverte, et ils n'y peuvent parvenir ; elle est éclairée par une vive lumière venue de l'intérieur des appartements, et ils ne la voient plus.

Le lendemain, de tous les villages voisins de nouveaux pèlerins arrivent à l'Arcella ; quelques-uns seulement ont le bonheur de pénétrer et de toucher le corps du Saint ; les autres font passer des anneaux, des bijoux, des vêtements pour qu'on les pose sur le corps, et qu'ils soient bénis par ce contact.

Cependant les frères, craignant que la chaleur ne hâtât la décomposition du corps, l'avaient enfermé dans un cercueil provisoire, et recouvert d'un peu de terre. Le bruit court dans le peuple que le Saint a disparu ; alors un effroyable tumulte éclate ; bourgeois, paysans, magistrats, se ruent par toutes les portes et par toutes les fenêtres ; ils menacent les frères ; quelques-uns lèvent sur eux des bâtons et des épées ; tous veulent voir le corps, ou du moins savoir ce qu'il est devenu ; ils ne s'apaisent un peu que lorsqu'ils ont découvert la caisse où il a été déposé.

Enfin le provincial si impatiemment attendu est annoncé, et le soir même de son arrivée, les habitants de Padoue, confiants dans sa justice, accourent de tous côtés autour de lui, et promettent de se soumettre à sa décision. Le provincial écoute complaisamment toutes les réclamations, et il permet aux habitants de la Tête du Pont de continuer à garder le corps du Saint. Puis, quand il voit que l'exaltation ne se calme pas, et que les bonnes raisons n'ont aucune influence sur ces esprits inquiets, il va trouver le premier magistrat de la ville, lui expose son embarras, et réclame la protection des lois. Aussitôt on envoie de la troupe armée à l'Arcella, avec ordre de remplacer, même de vive force, la garde bourgeoise. On convient, en outre,

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que le clergé seul et l'évêque décideront souverainement de la sépulture du Saint.

Le 16 juin, le conseil épiscopal entendit toutes les réclamations, et donna les derniers ordres pour l'ensevelissement. On recommanda à l'autorité civile de prendre toutes les mesures de précautions nécessaires contre les perturbateurs, et d'assurer la sécurité des frères. On établit la nuit un pont de bateaux en face même de l'Arcella, pour éviter la Tête du Pont, quartier des séditieux. Le lendemain, il faillit y avoir une véritable bataille, les habitants de la Tête du Pont se jetèrent sur les ouvriers, et essayèrent de détruire leurs travaux ; les troupes accoururent et se disposèrent à charger sur les émeutiers. Les Frères Mineurs et les Clarisses, dans la plus vive anxiété, eurent alors l'heureuse idée de demander à Dieu, par l'intercession du Saint, la cessation de tous ces troubles. Leurs ferventes prières furent exaucées, les agitateurs déposèrent les armes, et implorèrent, avec leur pardon, la permission de se réunir aux habitants de la ville pour célébrer avec eux les funérailles du bienheureux Antoine. On ne songea plus qu'à donner à la cérémonie le plus d'éclat et le plus de splendeur possible ; il y avait quatre jours déjà qu'Antoine était entré dans l'éternité.

Une immense procession partit du palais épiscopal pour aller chercher les précieuses reliques. En tête marchait l'évêque de Padoue, accompagné de tout le clergé séculier et de tous les Ordres religieux de la ville et des environs. Puis venait le gouverneur de Padoue, la noblesse et la magistrature, les délégués de la bourgeoisie, suivis d'une foule innombrable. Les cérémonies d'usage accomplies par le prélat, on rentra à Padoue ; les notables et les magistrats portaient le corps sur leurs épaules. On traversa les faubourgs, le quartier du Pont et les principales rues de la ville, et on arriva enfin à l'église de Sainte-Marie, qui devint par la suite l'église du Saint, la *Chiesa del Santo*.

Ce fut pour les habitants et pour la ville une fête splendide ; les maisons étaient tendues de draps blancs, les chemins jonchés de fleurs. À chaque pas s'accomplissait quelque miracle éclatant ; et, suivant la parole de l'Évangile, les aveugles voyaient, les sourds entendaient, les boiteux marchaient, les muets parlaient. L'église ne put contenir toute la foule ; la plus grande partie du peuple dut rester en dehors des portes. L'évêque officia, prononça l'absoute, et scella le tombeau où l'on venait de déposer les reliques du Saint (17 juin).

Le lendemain, les habitants des faubourgs, ceux-là mêmes qui s'étaient opposés si violemment à la translation du corps, vinrent pieds nus, leur clergé en tête, prier au tombeau d'Antoine et y déposer leurs offrandes. Ce pieux exemple fut suivi par les différentes paroisses ; des processions s'organisaient, et tous les jours les fidèles se rendaient, en tenue de pénitents, à l'église Sainte-Marie. Toutes les classes se confondaient dans une dévotion touchante, nobles et bourgeois, soldats et prêtres montraient le même empressement. Les dons de toute nature, en or, en argent, abondaient sous toutes les formes ; et le tombeau en fut bientôt littéralement couvert. En même temps, la renommée d'Antoine commençait à remplir tout le monde catholique ; on ne parlait que des prodiges qui s'accomplissaient chaque jour par son intercession ; de toute l'Italie, de l'Espagne, de la France, de l'Allemagne, de la Hongrie, de la Slavonie, des pèlerins se mettaient en route pour venir payer au Saint le tribut de leur admiration et de leurs hommages. Les Frères Mineurs ne pouvaient suffire à entendre les confessions des fidèles ; et ainsi s'accomplissait la prédiction du Saint quelques

semaines avant sa mort : « Ô Padoue », disait-il en regardant du haut d'une colline sa patrie d'adoption, « ville célèbre entre toutes les villes, ta renommée retentira dans tout l'univers ! »

Un mois ne s'était pas écoulé depuis la mort d'Antoine, et déjà on l'invoquait partout comme un Bienheureux et un Saint. Aussi l'évêque, le clergé, la magistrature et les habitants de Padoue songèrent-ils à demander sa canonisation, et ils envoyèrent à cet effet une ambassade à Rome. Le Pape connaissait déjà par la renommée publique les miracles qui s'accomplissaient au tombeau du thaumaturge ; il avait d'ailleurs aimé et respecté Antoine pendant sa vie ; il ne pouvait qu'accueillir favorablement la députation. Il chargea donc l'évêque de Padoue, le prieur des Bénédictins et celui des Prédicants, de faire une enquête sur les événements merveilleux qui s'étaient succédé avec tant de rapidité depuis la mort du Bienheureux ; puis, ce premier travail terminé, au mois de février 1232, l'évêque et le clergé choisirent deux chanoines et deux frères mineurs, le sénat et les principaux citoyens désignèrent deux chevaliers, qui reçurent la mission d'aller porter à Rome une nouvelle supplique, et de hâter la canonisation d'Antoine.

Le Pape réunit immédiatement le Sacré Collège ; deux cardinaux, désignés pour faire le rapport, le firent en des termes qui confirmaient la vérité des attestations des premiers commissaires. Cependant quelques prélats paraissaient voir avec peine qu'on se pressât tant de trancher une affaire aussi importante ; ils témoignaient des craintes et des hésitations, fort honorables d'ailleurs, et étaient d'avis qu'on fournît aux accusations, s'il devait s'en présenter, le temps de se produire. Mais, pendant son sommeil, le cardinal, qui demandait avec le plus d'instance l'ajournement, eut une vision à la suite de laquelle il devint l'un des plus ardents défenseurs de la canonisation immédiate d'Antoine. Le Saint-Père consacrait une église, et au milieu de la cérémonie on s'aperçut que les reliques destinées selon l'usage à être scellées sous l'autel, faisaient défaut. Le Pape alors, se retournant vers les cardinaux, montra un cadavre encore récent, étendu sur la pierre de l'église et caché sous un voile, et il leur ordonna d'en enlever quelques parcelles pour la consécration. On enleva le linceul, et aussitôt de ce corps déjà en décomposition s'exhala un parfum délicieux ; la figure était encore intacte : on reconnut les traits du bienheureux Antoine, et tous les assistants accoururent s'agenouiller alentour en criant : « Antoine est saint ! Antoine est saint ! »

Le lendemain, le cardinal raconta son rêve à ses familiers, et quelques jours plus tard, comme les députés de Padoue venaient le supplier de ne plus combattre leur juste demande, sans leur donner même le temps de parler, il leur dit : « J'ai changé d'opinion depuis la dernière réunion du consistoire ; Antoine est digne d'être mis au rang des saints, et soyez certain maintenant que je vous appuierai de toutes mes forces auprès du souverain Pontife ». Il tint parole, et fit si bien qu'il ramena tous les autres opposants, et qu'il rédigea avec eux une supplique au Pape, pour le prier de ne pas laisser plus longtemps cette grande affaire pendante.

C'était le plus ardent souhait de Grégoire IX ; tout heureux de voir enfin les difficultés aplanies, il fixa au 30 mai, jour de la Pentecôte, la cérémonie de la canonisation. Elle devait avoir lieu à Spolète, où se tenait alors la cour pontificale. Toute la chrétienté voulut y être représentée ; et le monde entier y envoya des députés ; les supérieurs de tous les Ordres religieux, beaucoup de provinciaux Franciscains, des princes, des gentil-

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hommes, tout le Sacré Collège, rehaussèrent par leur présence l'éclat de cette belle fête. Le Pape officia ; puis, après les prières d'usage, il ordonna qu'on fît publiquement la lecture des prodiges opérés par l'intercession d'Antoine.

Quand le prêtre eut quitté l'estrade, Grégoire IX, debout sur son trône, déclara, au nom de la très-sainte Trinité, qu'Antoine était inscrit au catalogue des Saints, et que sa fête serait célébrée le jour anniversaire de sa mort, c'est-à-dire le 13 juin. On chanta le *Te Deum laudamus*, puis le Pape entonna l'antienne : « Ô doctor optime, ô docteur excellent, lumière de l'Église, priez pour nous, saint Antoine ! » Enfin, on récita la prière que le Bienheureux avait composée lui-même, et qu'on dit encore aujourd'hui le jour de sa fête.

Quelque temps après, le Pape envoya des bulles à tous les évêques de la chrétienté, pour leur enjoindre d'honorer par un service annuel la mémoire du confesseur.

Un premier office de saint Antoine fut composé, dit-on, par Grégoire IX lui-même ; un autre, par frère Julien de Spire, en 1249 ; un troisième, enfin, par le Père Azzoguidi en 1737, approuvé par la congrégation des Rites, en 1741. L'office rimé ne fut guère conservé depuis lors, que par les Pères de la stricte Observance. Au couvent d'Ara-Cœli, à Rome, on le récite encore ; il est bien supérieur en beauté et en onction à l'office nouveau.

On invoque saint Antoine de Padoue dans le danger de faire naufrage et pour retrouver les choses que l'on a perdues ; et il y a une infinité de personnes qui assurent avoir ressenti visiblement son assistance en cette nécessité. Les femmes stériles, les femmes enceintes et les voyageurs ont aussi en ce grand saint un très-puissant protecteur.

On le représente portant le Saint-Sacrement et avec un âne agenouillé devant lui ; avec l'enfant Jésus entre ses bras ; portant un lis ; portant un crucifix qui se ramifie en branches de lis ; guérissant un homme qui avait la jambe coupée ; on représente aussi quelquefois sa langue rayonnante entre les mains de saint Bonaventure.

## CULTE ET RELIQUES. — SES ÉCRITS.

Quand saint Antoine fut mort, en 1231, ses précieux restes furent, comme nous l'avons vu, déposés avec grand honneur dans l'église des Frères Mineurs de la ville. Mais, après la canonisation du Saint, et à la suite des miracles nombreux qui s'accomplissaient tous les jours sur son tombeau, les magistrats et les habitants de Padoue résolurent de lui élever un temple digne de lui et capable de contenir les nombreux pèlerins qui accouraient de tous les points de l'Europe pour le vénérer.

On se mit à l'œuvre avec ardeur, sous la direction du célèbre architecte Nicolas Pisano. Malheureusement il fallut s'arrêter en 1237, quand le féroce tyran Eccelin se fut fait livrer par l'empereur Frédéric II la ville de Padoue. Ce fut une triste époque pour cette cité et pour l'Italie tout entière ; le pape Alexandre IV, digne neveu de Grégoire IX, et, comme lui, défenseur intrépide des droits de la chrétienté et de son peuple, prêcha la croisade contre les barbares du Nord et contre les tyrans. Les plus nobles seigneurs italiens, le marquis d'Este, le comte Boniface et Tiso, seigneur de Campietro, accoururent à sa voix. Les républiques de Mantoue, de Venise, de Bologne, de Ferrare s'unirent à lui contre l'ennemi commun.

Grande fut la joie des habitants de Padoue quand ils virent du haut de leurs murailles s'avancer à leur secours l'armée de la délivrance. On se rendit en procession au tombeau de saint Antoine pour obtenir la victoire par son intercession.

Une nuit, le Père Luc Belladi, ancien compagnon de l'apôtre, veillait, dans la chapelle qui lui est consacrée, avec le Père Barthélemy Conradin, gardien du couvent de Padoue, et quelques autres religieux. Agenouillés sur la pierre, ils chantaient les psaumes sacrés, et, les yeux pleins de larmes, ils conjuraient le bienheureux thaumaturge de venir en aide à leur infortunée patrie. Tout à coup, au milieu du silence et des ténèbres, une voix sortit du tombeau : « Courage et pa-

SAINT ANTOINE DE PADOUE, APÔTRE ET THAUMATURGE. 635

tience », disait-elle, « Padoue sera délivré le jour de l'Octave de ma fête ». Cette bonne nouvelle, bientôt répandue dans toute la ville, remplit de joie les malheureux Padouans, et la confiance des asségeants dans leurs forces s'en accrut encore.

La prédiction ne tarda pas à se réaliser ; le cardinal légat Octavien Ubaldini commanda l'attaque des faubourgs qui furent pris, après un combat acharné, le 19 juin 1256. Le lendemain, toute la ville était au pouvoir des croisés.

Les Padouans se montrèrent reconnaissants au Saint de leur avoir donné la victoire, et dès l'année suivante, quand le calme fut bien rétabli, ils décidèrent que saint Antoine serait considéré comme le patron de la ville, qu'on lui élèverait une statue sur la place des Comices, que le trésor municipal fournirait chaque année une somme de quatre mille livres, jusqu'à l'entier achèvement de l'église ; enfin que sa fête annuelle se célébrerait avec solennité, et serait suivie de huit jours de réjouissance : « J'ai vu », dit le Père Fremaut, « la procession de l'année 1682 ; elle sortit de la cathédrale, où s'étaient réunis toute la noblesse, toute la magistrature et tout le clergé de la ville et des environs, et se rendit à travers les rues jonchées de fleurs à l'église du Saint. Là, le cardinal Grégoire Barbarigo, évêque de Padoue, entonna les premières Vêpres, tandis qu'une musique magnifique faisait monter vers le ciel des accents de reconnaissance et d'amour ».

Cependant la construction de l'église, interrompue depuis vingt-deux ans, était reprise avec activité en 1259. En 1263, la partie antérieure de l'édifice étant à peu près terminée, on résolut d'y transporter les reliques du Saint. Tout ce que l'art de cette époque produisait de plus beau avait été mis en œuvre pour l'ornement du nouveau temple. Le tabernacle du grand autel était tout en pierres précieuses. Des statues de marbre et de bronze, représentant de saints personnages, des tableaux de peintres célèbres décoraient les piliers et les murs. Enfin, on avait scellé dans le portail une pierre qui avait servi d'oreiller au Saint.

La cérémonie de la translation des reliques eut lieu au milieu d'un grand concours de fidèles, le 17 avril 1263 selon Fremaut, le 8 avril selon M. l'abbé Guyard. Saint Bonaventure, alors général de l'Ordre, présidait. Quand on ouvrit le tombeau, un céleste parfum s'en exhala et remplit toute l'église. Les chairs étaient tombées en poussière ; mais, au milieu de cette ruine, la langue encore intacte apparaissait rose et fraîche comme celle d'un homme vivant. Saint Bonaventure la prit dans ses mains, et versant des larmes d'attendrissement, il s'écria : « Ô langue bénie, qui as toujours béni le Seigneur, et qui as enseigné aux autres à le bénir, c'est maintenant que l'on voit clairement de quel prix tu es aux yeux de Dieu ». Puis il la baissa avec respect et la remit aux magistrats de la ville, qui la reçurent sur un plateau d'or.

Quelques années plus tard, un général de l'Ordre, abusant de son pouvoir, exigea qu'on lui remît les précieuses reliques ; comme on s'y était refusé, il vint les prendre. Chose merveilleuse ! lorsqu'il eut en mains la chasse qui les contenait et qu'il se disposa à sortir de la sacristie, il ne put en trouver la porte. Alors, tout effrayé, il cacha la sainte langue dans un calice, et vint aux pieds de l'autel demander pardon à Dieu de sa tentative coupable. Dans la suite, un moine, à qui il avait confié son secret, révéla l'endroit où le général de l'Ordre avait déposé le reliquaire. On le replaça dans la sacristie, en chantant : *Gaude, felix Padua* ; « réjouis-toi, heureuse Padoue ».

En 1319 eut lieu une seconde translation des reliques de saint Antoine. L'église se trouvait alors presque achevée. On plaça l'arche au milieu de la principale nef de l'église.

En 1350, le cardinal Guido de Montfort, de Limoges, ayant été sauvé miraculeusement d'un grand danger, par l'intercession du Saint, apporta à Padoue une magnifique chasse en argent, fabriquée à ses frais, et destinée à contenir la langue de l'Apôtre. Le 14 février, le vénérable cardinal déscella l'arche, formée par les soins de saint Bonaventure, en tira les ossements précieux, et les déposa dans le coffre d'argent qu'il plaça ensuite dans l'ancien tombeau de marbre.

L'année suivante, le Chapitre général de Lyon décida que chaque année on célébrerait, le 15 février, la fête anniversaire de la translation des reliques de saint Antoine. Quelques années plus tard, le pape Martin V accorda une indulgence de cinq ans aux fidèles qui viendraient en pèlerinage au tombeau du Saint.

Dès cette époque, le nom du grand thaumaturge était honoré dans toute l'Europe, et même dans le monde entier. De l'Allemagne, de l'Espagne, du Portugal et de la France accouraient de pieux pèlerins à Padoue.

L'église élevée au Saint est l'une des plus belles du monde. Wadding prétend qu'elle fut élevée sur l'emplacement d'un ancien temple de Janus. Quand les statues des faux dieux furent remplacées par la croix du Sauveur, l'édifice s'appela d'abord *Mides major*, le grand temple ; mais en 1229, Jacques Corrado, évêque de Padoue, lui donna le titre de Sainte-Marie, mère du Sauveur : *Sancto Maria, mater Domini*. Le temple actuel s'appelle l'Église du Saint : la *Chiesa del Santo*.

« L'église du Santo », dit M. l'abbé Guyard, « a 280 pieds de long, 131 de large, et 110 de haut. La partie antérieure présente une multitude de colonnes, plusieurs coupoles et quatre campaniles... Outre le chœur, dont les décorations sont extrêmement remarquables, la seconde partie du temple renferme neuf chapelles... Le grand dôme qui couvre le chœur, fut construit en 1424, à l'aide des offrandes des fidèles. Il est soutenu par huit fortes colonnes. C'est le fameux Laurent de Lendenara qui sculpta les figures dont sont ornées les stalles du chœur.

Le tombeau du Saint, placé au milieu de la chapelle qui lui est plus spécialement consacrée,

13 JUIN.

est un véritable édifice. En 1482, on éleva le grand autel, qu'on revêtit de vert antique, et on l'orna de trois statues : celle de saint Antoine, celle de saint Bonaventure, et celle de saint Louis, évêque de Toulouse, et de bas-reliefs en bronze, ouvrage de Donatello, artiste florentin du xiv siècle. En 1488, le sculpteur Bellano, de Padoue, décora également le chœur de précieux bas-reliefs en bronze. Après ces grands artistes sont venus Andrés Riccio, qui sculpta le magnifique candélabre d'airain qui est dans le chœur, et Tiziano Aspetti, qui en fit les quatre Anges ; Vincentio Calumbo et Vincentio Calonna, qui placèrent les jeux d'orgue sur deux grandes voûtes à côté du chœur ; en 1532, la république de Padoue fit construire la merveilleuse chapelle où est le tombeau de saint Antoine ; chacun des arcs est décoré d'un bas-relief en marbre. Trente-six lampes d'argent, offertes par des princes et des rois, brûlent continuellement devant l'autel du Santo. Chaque jour l'église s'enrichit de nouveaux objets donnés à la fabrique par l'inépuisable générosité des fidèles. Il y a une de ses reliques à Saint-Pierre-de-Roye, au diocèse d'Amiens.

Quand on songe au petit nombre d'années que saint Antoine a passées sur la terre ; quand on réfléchit aux voyages multipliés qu'il a entrepris, au temps qu'il a employé à ses leçons de théologie et surtout à la prédication et aux autres fonctions du ministère sacerdotal, on est vraiment surpris qu'il ait pu laisser à l'Église et à la postérité tant d'écrits si admirables et si utiles. — Voici la liste de ces précieuses productions : nous rencontrons d'abord quatre instructions assez étendues pour les dimanches de l'Avent. — Elles sont suivies d'un sermon pour le dimanche dans l'octave de la Nativité. — Il y a ensuite quatre exhortations pour les quatre premiers dimanches après l'Épiphanie. — Les dimanches de la Septuagésime, de la Sexagésime et de la Quinquagésime nous offrent des plans de discours assez développés. — Alors s'ouvre une série d'instructions pour chacun des jours de Carême, jusqu'au Jeudi Saint inclusivement. Ce sont des matériaux pour une station quadragésimale complète. — À la suite de ce Carême, on trouve des sermons pour tous les dimanches de la Quadragésime, pour le dimanche de la Passion, pour celui des Rameaux, pour le Vendredi Saint et pour le jour de Pâques. Il y a, en outre, quatre grandes instructions pour le premier dimanche de Carême, deux pour le second dimanche, une pour le troisième et une pour le quatrième. Ces homélies sont l'explication de l'épître de chacun de ces dimanches. — Maintenant, le Saint va nous fournir des plans de discours pour tous les dimanches de Pâques à la Trinité, et de la Trinité jusqu'à l'Avent. C'est la partie la plus considérable de ses sermons. — Enfin, se présentent les exhortations pour les fêtes des saints. Elles commencent par une instruction sur la Cène du Seigneur, *de carne Domini*. Ensuite, il y a neuf sermons sur les Apôtres, quatre sur les évangélistes, six sur les martyrs, cinq pour la Toussaint, trois pour les confesseurs, sept pour les vierges et un pour le jour des Morts. Ces sermons, ainsi que la plupart des précédents, ne sont, à proprement parler, que des canevas ou des plans d'instructions. Le Saint les a rédigés avec soin, mais, quand il prêchait, il se livrait ordinairement à l'improvisation pour les détails de son sujet et le développement de ses idées. — Outre ce grand nombre de sermons, on attribue à saint Antoine deux autres ouvrages très-importants : le premier est un petit commentaire mystique sur toutes les parties de l'Ancien et du Nouveau Testament, depuis la Genèse jusqu'à l'Apocalypse de saint Jean ; le second, est une concordance morale de la Bible, en cinq livres. C'est bien probablement le premier essai fait en ce genre, et c'est un travail des plus remarquables. Il a dû coûter beaucoup à l'auteur ; et aujourd'hui même, malgré les belles concordances que nous possédons, il peut encore rendre de véritables services aux prédicateurs. Les commentaires sur les saintes Écritures respirent la plus suave piété et une connaissance admirable du cœur humain et des voies de la perfection.

Tous ces ouvrages de saint Antoine ont été rassemblés et réunis avec ceux de saint François d'Assise, en un très-fort volume in-folio, par les soins du révérend Père Jean de La Haye, de l'Ordre Franciscain. Ils parurent d'abord à Paris, en 1641 ; puis ils furent réimprimés à Lyon, en 1653 ; et enfin, ils ont été édités, en dernier lieu, à Pedeponti, près Ratisbonne, en 1739.

Depuis cette époque, on a découvert un nouvel ouvrage de saint Antoine de Padoue : c'est une suite de sermons sur les psaumes. Il y en a deux cent soixante-dix-huit. Ils furent trouvés, en 1757, dans le trésor de l'église des Franciscains de Bologne, par le Père Azzoguidi. Ce savant religieux s'empressa de les publier en un petit volume in-folio. Il y a joint une ancienne Vie de saint Antoine presque inconnue jusqu'alors, et qu'il a enrichie de curieuses notes historiques, chronologiques et critiques. Le manuscrit de Bologne paraît réunir les preuves d'authenticité désirables en pareille matière. Tout indique qu'il a été écrit par le Saint lui-même. C'est donc un monument digne du plus grand respect.

Les écrits de saint Antoine de Padoue figurent au nombre des richesses inestimables que le moyen âge a transmis à la société moderne. Ils méritent, à une foule de points de vue, de fixer la sérieuse attention des philosophes, des théologiens, des orateurs, des politiques chrétiens et de tous ceux qui veulent se mettre à même d'apprécier justement deux grandes époques de l'histoire ecclésiastique et profane : la fin du XIVe siècle et la première partie du XIIIe.

Wadding ; Cardoso ; Vie de saint Antoine de Padoue, par l'abbé Guyard, vicaire général de Montauban ; Esprit des Saints, par l'abbé Grimes.

SAINT RAGNELERT, VOLGAIREMENT SAINT RAMBERT. 637

Événements marquants

  • Naissance à Lisbonne en 1195
  • Entrée chez les Chanoines réguliers de Saint-Augustin
  • Entrée chez les Frères Mineurs (Franciscains) en 1220
  • Mission de prédication contre les Albigeois en France
  • Premier sermon remarqué à Forli en 1222
  • Enseignement de la théologie à Montpellier, Bologne, Padoue et Toulouse
  • Rencontre avec Eccelin le tyran à Vérone
  • Mort au monastère de l'Arcella près de Padoue
  • Canonisation par Grégoire IX le 30 mai 1232

Miracles

  • Prédication aux poissons à Rimini
  • Miracle de la mule s'agenouillant devant l'Hostie à Toulouse
  • Bilocation entre une église et son couvent à Montpellier
  • Langue restée intacte après sa mort
  • Guérison d'une jambe coupée
  • Protection de la foule contre la pluie pendant un sermon

Citations

Je vois mon Dieu, il m'appelle à lui.

— Dernières paroles rapportées

Ô langue bénie, qui as toujours béni le Seigneur...

— Saint Bonaventure lors de la translation des reliques

Date de fête

13 juin

Époque

13ᵉ siècle

Décès

13 juin 1231 (naturelle)

Invoqué(e) pour

Retrouver des objets perdus, Protection contre les naufrages, Stérilité, Délivrance des prisonniers

Autres formes du nom

  • Ferdinand (pt)
  • Marteau des hérétiques (fr)
  • Effroi des tyrans (fr)

Prénoms dérivés

Antoine, Ferdinand

Famille

  • Martin de Bouillon (père)
  • Marie-Thérèse de Tavera (mère)