Saint Jacques le Mineur (Apôtre)
Apôtre et Évêque de Jérusalem
Résumé
Cousin de Jésus et premier évêque de Jérusalem, Jacques le Mineur était surnommé le Juste pour sa vertu exemplaire. Membre des Esséniens et pilier de l'Église primitive, il fut précipité du pinacle du Temple et lapidé en l'an 61 sous le grand prêtre Ananus. Sa mort fut considérée par beaucoup comme la cause de la ruine de Jérusalem.
Biographie
SAINT JACQUES LE MINEUR, APÔTRE
61. — Pape : Saint Pierre. — Empereur : Néron.
Priez avec foi et sans défiance, car celui qui est dans la défiance est semblable au flot de la mer qui est agité et emporté s'il est là par le vent.
Ep. Jac., 1, 6.
Saint Jacques, de la tribu royale de Juda, naquit à Cana, onze ou douze ans avant Notre-Seigneur Jésus-Christ. Il était communément appelé le Juste, à cause de la haute réputation de vertu qu'il s'était acquise parmi le peuple, et aussi parce qu'il appartenait à la secte des Esséniens, qui étaient les religieux ou les Justes de ce temps-là. Bien qu'il ne fût pas de la tribu sacerdotale, on lui permettait néanmoins d'entrer dans le lieu du temple où les prêtres seuls avaient droit d'entrer, et qui s'appelait *Sancta*. Quelques auteurs disent qu'il entrait aussi, pour faire ses prières, dans le sanctuaire appelé *Sancta sanctorum*, bien que cela n'eût jamais été permis qu'au grand prêtre, et seulement une fois l'année.
Secondement, il était appelé Oblias, c'est-à-dire le Rempart du peuple. Aussi, comme nous l'apprend Eusèbe, d'après Hégésippe et Clément d'Alexandrie, les plus sages des Juifs se persuadaient que la prise et le pillage de
SAINT JACQUES LE MINEUR, APÔTRE.
cette grande ville, et le nombre infini de maux dont la nation juive fut alors accablée, étaient la punition du crime commis contre la personne de saint Jacques, en le faisant mourir.
Troisièmement, les fidèles le nommaient ordinairement le Frère du Seigneur : l'apôtre saint Paul, écrivant aux Galates, leur dit : « Qu'étant allé à Jérusalem voir saint Pierre, il n'avait point vu d'autre apôtre que Jacques, frère du Seigneur ». Ce n'est pas qu'il fût fils de la Sainte Vierge, comme l'impie Helvidius a eu l'effronterie de le dire : car cette Mère adorable étant demeurée perpétuellement vierge, selon la foi de l'Église, elle n'a pu avoir d'autre fils que celui qu'elle a conçu par la seule opération du Saint-Esprit. Ce n'est pas non plus qu'il fût fils de saint Joseph, par une autre femme, comme quelques autres auteurs l'ont écrit : car c'est le sentiment commun des fidèles que saint Joseph était vierge lorsqu'il épousa Notre-Dame, et qu'il a conservé la fleur de sa virginité jusqu'à sa mort. D'ailleurs, les Évangélistes nous apprennent que saint Jacques était fils d'une Marie qui suivait Notre-Seigneur, et qui assista sur le Calvaire à son crucifiement : vivant en même temps que la Sainte Vierge, elle ne pouvait pas être épouse de saint Joseph. Saint Jacques est donc appelé Frère du Seigneur, selon la manière de parler des Hébreux, parce qu'il était son proche parent et son cousin, sa mère étant nièce de saint Joachim et de sainte Anne, et cousine germaine de la Sainte Vierge.
Il avait trois frères, dont l'Évangile fait mention et qui sont aussi appelés Frères de Jésus-Christ, à savoir : Joseph, Simon et Jude, dont le dernier est du nombre des douze Apôtres, et, dans son Épître canonique, se nomme lui-même frère de Jacques, s'estimant plus honoré de cette qualité que les personnes du monde ne le sont de leurs plus grandes alliances ; quant à Joseph, frère de Jacques, c'est probablement ce Joseph, autrement dit Barsabas, et surnommé aussi le Juste, qui fut proposé, avec saint Mathias, pour remplir la place du traître Judas. Cependant il semble que le nom de Frère du Seigneur ait surtout appartenu à saint Jacques, et que ce soit le nom par lequel on le distinguait des autres Apôtres, comme on le peut voir dans les plus anciens auteurs, et même dans l'historien Josèphe, cité par Eusèbe ; peut-être parce qu'il était l'aîné de ses cousins ; que son insigne piété le rendait plus conforme à la vie et à la sainteté du Sauveur ; ou enfin, qu'il lui ressemblait, dit-on, parfaitement de visage ; en effet, les fidèles allaient exprès à Jérusalem pour le voir : en le regardant, ils croyaient encore voir Celui qui était monté dans le ciel, et qui n'était plus visible parmi les hommes.
Hégésippe, auteur fort ancien, dont nous avons déjà parlé, dit que cet apôtre fut sanctifié dès le sein de sa mère. C'est un privilège que l'Écriture sainte attribue à Jérémie et à saint Jean-Baptiste, et Dieu a pu aussi l'accorder à saint Jacques ; et il est probable que cet auteur, qui vivait immédiatement après les Apôtres, et que le Martyrologe romain loue pour sa sainteté et pour la sincérité avec laquelle il a écrit l'Histoire de l'Église, n'eût pas avancé ce fait, si ce n'eût été la croyance commune des fidèles. D'après ce même auteur, Jacques ne mangea jamais rien qui eût eu vie. Il ne buvait que de l'eau, il n'usait ni de parfums, ni de bains, quoique cela fût fort ordinaire de son temps ; il priait si assidûment, qu'il s'était fait des callosités aux genoux. Saint Épiphane assure qu'il est demeuré vierge toute sa vie, et saint Jérôme, avec plusieurs autres écrivains ecclésiastiques, le propose comme un modèle d'innocence, de sainteté et de pénitence, qui donnait de l'admiration aux anges et aux hommes.
4 MAI.
Le Texte saint ne nous dit rien de lui en particulier, depuis que Notre-Seigneur l'eut appelé en sa compagnie. Seulement, d'après un certain livre d'Évangiles, dont usaient les Nazaréens, et que saint Jérôme, qui l'a traduit du grec en latin, appelle, *selon les Hébreux*, au soir de la Cène, après avoir bu le calice du Seigneur, saint Jacques déclara qu'il ne mangerait point avant que le Fils de l'Homme fût ressuscité; c'est pourquoi Notre-Seigneur lui apparut le jour même de sa résurrection, et, lui ayant demandé du pain, il le bénit, le rompit et le lui présenta, lui disant : « Ne fais plus, mon frère, difficulté de manger, parce que le Fils de l'homme est ressuscité ». Mais cette apparition ne peut être celle dont parle saint Paul, écrivant aux Corinthiens, puisqu'il ne la met qu'après l'apparition à plus de cinq cents disciples, laquelle n'arriva pas le jour même de la Résurrection, mais plusieurs jours après.
Après la descente du Saint-Esprit, lorsque le nombre des fidèles se fût multiplié à Jérusalem, saint Pierre, de son autorité et de l'avis des autres apôtres, établit saint Jacques évêque de cette ville, où sa vertu l'avait rendu l'objet du respect universel, comme nous l'apprennent Hégésippe, Eusèbe et saint Jérôme. La lettre attribuée au pape saint Anaclet dit que la cérémonie de l'ordination se fit par saint Pierre, assisté de saint Jacques le Majeur et de saint Jean, son frère ; c'est pourquoi, dans la suite, l'Église a ordonné qu'un évêque ne serait sacré que par trois évêques. Les Papes, néanmoins, peuvent dispenser de cette loi, et ils l'ont souvent fait lorsqu'ils ont envoyé des évêques porter la foi dans des pays éloignés. Il semble même assez manifeste que, lorsque les Apôtres ont ordonné des évêques, dans le cours de leurs prédications, ils n'étaient pas toujours assistés de deux autres évêques.
Saint Épiphane rapporte que saint Jacques portait sur sa tête une lame ou plaque d'or. C'était apparemment une marque distinctive de la dignité épiscopale. Polycrate, cité par Eusèbe, rapporte la même chose de saint Jean, et quelques auteurs le disent aussi de saint Marc. Il est probable que cela se fit à l'imitation du grand prêtre des Juifs.
C'est la seule marque extérieure que l'histoire ecclésiastique nous apprenne avoir été portée par les évêques dans les premiers siècles; encore ne paraît-elle pas avoir été fort usitée. La raison en est que les ministres de l'Évangile, étant recherchés par les païens avec une sorte de fureur, se donnaient de garde de se distinguer au dehors du reste des chrétiens.
Cette ordination de saint Jacques lui donna un nouveau crédit, non-seulement parmi les fidèles, mais aussi dans la compagnie des autres Apôtres. Aussi, saint Pierre ayant été délivré par un ange des prisons d'Hérode, envoya aussitôt lui en donner avis. Aussi, dans le concile que tinrent les Apôtres, touchant l'observation des cérémonies légales, à laquelle les Juifs, nouvellement baptisés, voulaient qu'on obligeât les Gentils qui se convertissaient, il opina le second, et immédiatement après saint Pierre; et son avis eut tant de poids, qu'aussitôt, sans délibérer davantage, on résolut de faire un décret conformément à ce qu'il avait dit. Saint Paul parle de lui avec beaucoup d'honneur dans l'Épître aux Galates, surtout dans le chapitre second, où, le joignant à saint Pierre et à saint Jean, il les appelle tous trois les colonnes de l'Église.
Ce saint Apôtre, vivant ainsi dans Jérusalem et y exerçant l'office d'évêque et de pasteur du peuple de Dieu, y obtenait des résultats merveilleux et attirait tous les jours, par les exemples de sa sainte vie et par l'éclat de ses prédications, plusieurs juifs à la connaissance de Jésus-Christ. Ananus,
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qui était alors grand prêtre, homme fier, turbulent et cruel, et de la secte des Sadducéens, ne put souffrir plus longtemps ces conquêtes que Jacques faisait sans cesse à Jésus-Christ. Il profita de l'intervalle qui s'écoula entre la mort du procurateur romain Festus et l'arrivée de son successeur Albin pour satisfaire sa haine contre Jacques et quelques autres chrétiens de considération. Il viola audacieusement les droits de la suprématie romaine et le fit comparaître devant le sanhédrin. Après lui avoir donné beaucoup de louanges, lui avoir rappelé de la manière la plus flatteuse l'estime que tout le peuple avait pour lui, il lui exposa : « que tout le monde embrassant la secte des chrétiens, le temple et le culte de Dieu allaient être entièrement abandonnés. Un Israélite aussi zélé que Jacques, pour la gloire de Dieu, devait empêcher un si grand mal ; persuadé de sa justice et de sa sainteté, il ne doutait nullement qu'il ne le fît avec beaucoup de courage. Il le priait donc, lorsqu'une foule de juifs se seraient assemblés dans Jérusalem, pour la fête de Pâques, de monter dans le lieu le plus éminent du Temple, et là, de déclarer sincèrement, devant tous les assistants, ce qu'il pensait de Jésus qui avait été crucifié. C'était lui mettre l'honneur de la synagogue entre les mains et abandonner les intérêts de la loi de Moïse ; mais il ne doutait point qu'il n'agit en cette affaire en homme de conscience ». Saint Jacques voyant là une belle occasion de prêcher Jésus-Christ, accepta volontiers cette offre, et, un jour qu'un grand nombre d'habitants et d'étrangers s'étaient assemblés, il monta sur le pinacle du temple, qui était comme un perron qui regardait sur le parvis ou sur la grande nef. Alors les prêtres lui crièrent : « Juste, dont nous honorons tous les sentiments, dites-nous ce que vous pensez de Jésus qui a été crucifié ». Ils croyaient qu'il n'aurait pas la hardiesse de le déclarer le Christ et le Messie ; mais cet Apôtre, plein de courage, s'écria : « Pourquoi me demandez-vous mon avis touchant Jésus, Fils de l'Homme ? ne l'ai-je pas déjà déclaré une infinité de fois devant tous ceux qui ont voulu avoir part à la lumière de l'Évangile ? Sachez qu'il est assis à la droite de Dieu, son Père, et qu'un jour il viendra de là juger les vivants et les morts ». Cette confession remplit les fidèles de joie ; une espèce d'applaudissement s'éleva parmi eux ; mais les prêtres et leurs partisans, se voyant trompés, furent remplis de fureur ; ils s'écrièrent dans l'assemblée que le Juste avait lui-même erré et qu'il ne fallait pas le croire ; puis, montant précipitamment au lieu où il était, ils le jetèrent en bas pour lui briser la tête. Il ne mourut pas néanmoins de cette chute ; mais, se mettant à genoux, il commença à prier Dieu pour ses persécuteurs, en disant : « Seigneur, pardonnez-leur cette faute, parce qu'ils ne savent ce qu'ils font ». Un prêtre, des descendants de Récham, fils de Réchabim, entendant cette prière, en fut si touché, qu'il dit à ces barbares : « Que faites-vous ? N'entendez-vous pas le Juste qui prie pour vous ? » Mais cela ne les empêcha pas de lui jeter des pierres pour le lapider ; un teinturier lui déchargea sur la tête un coup du levier dont il se servait pour fouler les étoffes. Ainsi mourut saint Jacques, le jour de Pâques, qui était le 10 avril de l'an 61 de Jésus-Christ.
Les Juifs attribuèrent à sa mort injuste la destruction de Jérusalem. Ananus fit périr plusieurs autres chrétiens. Le gouverneur romain le désapprouva hautement. Le roi Agrippa fit plus, il le dépouilla de la souveraine sacrificature.
VIES DES SAINTS. — TOME V. 11
1er MAI.
Événements marquants
- Naissance à Cana environ 12 ans avant J.-C.
- Appel par Notre-Seigneur comme Apôtre
- Apparition spéciale du Christ ressuscité
- Établissement comme premier évêque de Jérusalem par saint Pierre
- Présidence et avis décisif au Concile de Jérusalem
- Précipité du pinacle du Temple, lapidé et achevé par un coup de levier de foulon
Miracles
- Sanctification dès le sein de sa mère
- Ressemblance physique parfaite avec Jésus-Christ
Citations
Seigneur, pardonnez-leur cette faute, parce qu'ils ne savent ce qu'ils font.
Priez avec foi et sans défiance, car celui qui est dans la défiance est semblable au flot de la mer qui est agité et emporté s'il est là par le vent.