Saint Jean XIX (Évêque de Cambrai et d'Arras)

Évêque de Cambrai et d'Arras

Fête : 5 aout 9ᵉ siècle • saint

Résumé

Ancien chantre à la cour de l'empereur Lothaire, Jean devint évêque de Cambrai et d'Arras en 866 après une longue vacance du siège. Prélat zélé et ami d'Hincmar de Reims, il participa à de nombreux conciles et protégea les biens de l'Église contre les pillages. Il mourut en 879, laissant une réputation de sainteté confirmée par des guérisons miraculeuses.

Biographie

S. JEAN XIX, ÉVÊQUE DE CAMBRAI ET D'ARRAS

Quid, o homo, in omnibus es prudens, et circa te ipsum es insipiens?

Ô homme ! pourquoi être prudent en toute chose, et être insipide en ce qui te regarde toi-même ?

S. Bernard, Serm. de Miseria humana.

Il y avait près de trois ans que les Églises de Cambrai et d'Arras étaient sans pasteur, par les intrigues de l'empereur Lothaire qui prétendait y placer des hommes indignes, lorsqu'enfin Dieu mit un terme à cette calamité. Ce fut dans le palais même de ce prince qu'il alla chercher l'homme selon son cœur, qui devait gouverner ces deux diocèses et les édifier par ses vertus. C'était le prêtre Jean, attaché à la cour en qualité de chantre de la chapelle. Il avait su conserver, dans cette charge alors importante, une sainte indépendance et la fidélité la plus inviolable. Aussi fut-il reçu à Cambrai et à Arras avec les témoignages de la joie et du respect. Hincmar, archevêque de Reims, assisté de Bertulphe de Trèves et d'Odon de Beauvais, lui donna la consécration épiscopale (866). Le nouveau Pontife s'acquitta avec zèle de tous les devoirs de son ministère, et répara par sa prudence les maux qu'avaient causés l'opiniâtreté de Lothaire et la longue vacance du siège. Affligé des scandaleux désordres du jeune empereur, auprès duquel il avait vécu plusieurs années, il en gémissait amèrement devant le Seigneur et demandait, pour cette âme égarée par les passions, la grâce d'une conversion sincère.

Ce vénérable évêque, pendant son épiscopat, assista à plusieurs conciles où il se fit remarquer par son esprit de conciliation et de charité. On le rencontre à Soissons en 866, à Troyes en 867, à Verberie en 869, à Douzi en 871, à Châlon-sur-Saône en 875, et enfin à Ponthion en 876. Aussi zélé pour la défense des droits de son Église que pour la sanctification des âmes, saint Jean s'opposa énergiquement aux entreprises de quelques hommes violents qui profitaient des troubles publics pour s'emparer des biens ecclésiastiques, et en particulier de ceux de l'abbaye de Lobbes. Il eut également soin des reliques que la sacrilège cupidité des Normands forçait à renfermer dans les places fortes du royaume.

Flodoard, dans son Histoire de l'Église de Reims, et d'autres auteurs anciens, signalent les rapports intimes qui existaient entre l'archevêque Hincmar et le vénérable Jean, qui était un de ses suffragants. Ils étaient unis par une étroite amitié et avaient une égale ardeur pour travailler à la sanctification des peuples et à la gloire de l'Église. On voit, dans une lettre rapportée par Baldéric dans sa chronique de Cambrai et d'Arras, que Hincmar remercie l'évêque Jean des services qu'il lui a rendus, et le prie de lui envoyer un sermon de saint Augustin ainsi que le commentaire de Bède sur les Proverbes.

VIES DES SAINTS. — TOME IX.

5 AOÛT.

Après un épiscopat de treize ans, rempli de tribulations et de mérites, ce digne évêque remit son âme à son Créateur, le 5 août 879, laissant à son peuple une réputation de sainteté que des miracles ont confirmée. On rapporte, entre autres faits extraordinaires, qu'un homme, affligé depuis son enfance d'une contraction de nerfs, et qu'on avait amené sur un chariot près du tombeau du Saint, y trouva la guérison de son infirmité.

Le corps de saint Jean fut déposé d'abord dans l'église de Sainte-Croix, à Cambrai ; mais, dans la suite, Gérard Ier de Florines, le transporta dans l'église de Notre-Dame, qu'on avait réparée et agrandie.

Tiré des Vies des Saints des diocèses de Cambrai et d'Arras, par l'abbé Destembes.

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## SAINT ÉMYGDE, MARTYR,

### ÉVÊQUE D'ASCOLI PICENO, DANS LA MARCHE D'ANGÔNE (303 ou 304).

Saint Emygde naquit à Trèves, d'une famille illustre. À l'âge de vingt-trois ans, malgré l'opposition de ses parents, il embrassa la religion de Jésus-Christ et la professa avec une inébranlable énergie jusqu'à la fin de sa vie. Méprisant tous les plaisirs de la terre, il s'appliqua tout entier au service de Dieu. Il brûlait d'une charité ardente et, pour gagner des âmes à Jésus-Christ, il se rendit à Rome. Un habitant de l'île de Tibre lui offrit l'hospitalité, et il le récompensa en guérissant sa fille atteinte depuis cinq ans d'une maladie mortelle. Ce fut en lui donnant le Baptême qu'il opéra ce prodige. Peu après, ayant rendu, en présence du peuple, la vue à un aveugle que ce miracle convertit, il fut arrêté et conduit au temple d'Esculape. Là il se déclara serviteur de Jésus-Christ, guérit en son nom un grand nombre de malades, détruisit les autels et jeta dans le Tibre la statue brisée du dieu. Trois mille infidèles se convertirent ; le préfet, averti, entra en grande colère et proféra des menaces contre Emygde. Celui-ci, averti par un ange, s'échappa et alla trouver le pape Marcellin qui l'ordonna évêque et l'envoya à Ascoli Piceno (Marche d'Ancône).

Sur la route, le Saint opéra grand nombre de prodiges et obtint de nombreuses conversions. Quand il entra dans Ascoli, les idoles firent entendre des gémissements lamentables et indiquèrent comme cause de leur douleur l'étranger qui venait d'arriver. Le peuple, irrité, se mit à sa recherche et le conduisit devant le préfet de la ville, qui mit tout en œuvre pour lui faire adorer Jupiter. Il lui offrit même de lui donner sa fille en mariage. Saint Emygde refusa, convertit cette fille, et, ayant fait sortir de l'eau d'un rocher, la baptisa avec quinze cents autres personnes. Le préfet fit trancher la tête à l'évêque, dont on vit le corps se relever, prendre sa tête et marcher jusqu'à un oratoire, l'espace de trois cents pas. Plus tard, les reliques de saint Emygde furent transportées dans une église plus vaste, et elles sont encore aujourd'hui l'objet d'un culte particulier pour les habitants d'Ascoli et pour beaucoup d'étrangers qui viennent les vénérer.

Acta Sanctorum.

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## SAINT VIATRE DE TREMBLE-VIF,

### MOINE DE SAINT-MESMIN, PRÈS D'ORLÉANS, PUIS SOLITAIRE AU DIOCÈSE DE BLOIS (Milieu du VIe siècle).

La Sologne (Secolaunia) est un petit pays de l'ancienne France, dans l'Orléanais, aujourd'hui dans le département de Loir-et-Cher, entre la Loire et le Berry. Ce pays est couvert de marais

LE B. ROGER LE FORT, ÉVÊQUE D'ORLÉANS ET CONFESSEUR. 339

(on en compte environ 1 200, occupant 17 000 hectares), de landes, de bruyères, de terres incultes; les fièvres y sont fréquentes et la population rare.

Du temps que saint Mesmin gouvernait le monastère de Micy (aujourd'hui Saint-Mesmin), près d'Orléans, plusieurs religieux de cette maison se retirèrent dans les landes de la Sologne, pour y servir Dieu avec plus de liberté d'esprit. Parmi eux était Viatre, originaire du Berry. Arrivé dans la solitude, il marqua l'emplacement de sa cellule et le lieu où il voulait mourir, par la plantation d'un tremble, dont l'église et le bourg de l'endroit prirent ensuite le nom pittoresque de Tremble-Vif (Tremulus vetus, en latin) ; la tradition du pays ajoute que cet arbre miraculeux se renouvela d'âge en âge dans un des piliers du temple. Le culte du bienheureux patron s'est perpétué de même ; et cette contrée l'invoque avec une pieuse confiance. On lui attribue particulièrement le pouvoir de guérir les fièvres, si communes au milieu des marécages insalubres de la Sologne.

L'église fut bâtie, ou du moins reconstruite, grâce aux libéralités de deux époux natifs du Berry, et non moins fervents que riches. Le mari était paralytique depuis dix ans, la femme, aveugle depuis quinze ; l'un et l'autre durent leur guérison complète à l'intercession de saint Viatre, et lui en témoignèrent généreusement leur reconnaissance : ainsi parle la naïve légende.

Les reliques de ce patron vénéré, après avoir subi plusieurs vicissitudes, ont été reconnues de nouveau en 1617, et renfermées dans une splendide châsse d'argent, donnée par M. Deloynes d'Auteroche, alors principal propriétaire de la paroisse de Tremble-Vif.

La fête de saint Viatre est marquée au 5 août. Depuis quelques années, la paroisse a été autorisée à quitter son nom et à prendre celui du saint Patron qu'elle honore toujours.

Sainte de Blois, par Dupré, bibliothécaire.

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## LE BIENHEUREUX ROGER LE FORT,

## SOIXANTE-QUINZIÈME ÉVÊQUE D'ORLÉANS ET CONFESSEUR (1367).

Le bienheureux Roger reçut le jour au château de Ternes, dans la Marche ; Guillaume de La Chapelle, archevêque de Toulouse et cardinal, était son oncle. Il avait enseigné à l'Université d'Orléans, et au moment de sa promotion il appartenait à l'Église de Bourges en qualité de doyen. La manière dont il fut élu mérite d'être racontée.

Le jour où le clergé et le peuple devaient procéder à l'élection, le bienheureux Roger se trouva dans l'église, et il fut à même de remarquer l'empressement scandaleux avec lequel les chanoines s'agitaient, sans être retenus par la crainte des devoirs et des difficultés inhérents à l'épiscopat. On rapporte que, sur le ton de la plaisanterie, il dit à l'un d'eux qui entrait au Chapitre : « Et moi aussi je désirerais que messires les électeurs se souvinssent de moi pour l'affaire présente ». Le chanoine porta immédiatement le propos à l'assemblée ; le candidat improvisé conquit aussitôt tous les suffrages. Alors le président, qui connaissait depuis longtemps le mérite et la valeur de Roger, se leva et dit aux électeurs : « Mes frères, le ciel et la terre sont témoins que vous avez choisi et demandé messire Roger pour évêque. Quant à moi, conformément à votre avis, je déclare, au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, que celui que vos vœux désignent doit être en effet le Pontife de cette cité, car c'est un homme d'une figure angélique, d'une sainteté et d'une sagesse éminentes. Soyez convaincus que c'est ainsi qu'en juge l'Esprit-Saint lui-même, à qui vous ne sauriez résister sans vous rendre coupables ». Après cette allocution, Roger fut élu évêque d'Orléans à l'unanimité. Or, tandis que les chanoines donnaient leurs suffrages, le serviteur de Dieu, effrayé de la tournure que prenaient les choses, se mit à réclamer et à dire qu'il n'aspirait nullement à un tel honneur, que les paroles tombées de ses lèvres n'étaient pas sérieuses, et qu'on se trompait étrangement si l'on croyait qu'il fût propre aux fonctions épiscopales. Néanmoins la voix du peuple vint ratifier le choix du Chapitre, et l'élu dut s'incliner devant la volonté d'en haut.

Les registres du Vatican font foi que Roger fut présenté à la Chambre apostolique le 13 mai 1321. Jean XXII confirma son élection. Son sacre eut lieu le 13 juin de la même année, ainsi que la mainlevée de la régale.

En 1324, le bienheureux Roger passa plusieurs jours à l'abbaye de Saint-Mesmin. La même année, il éleva la fête de la Conception de la sainte Vierge au rite annuel, et la suivante, en vertu

6 AOÛT.

d'une commission apostolique, de concert avec l'archevêque de Vienne, il fit la visite du monastère de Longpont.

Roger le Fort fut transféré à Limoges et ensuite au siège patriarcal de Bourges. Il mourut en 1367, âgé de quatre-vingt-dix ans, le 5 août, selon le martyrologe d'Orléans.

Extrait des Évêques d'Orléans, par V. Pelletier.

Événements marquants

  • Chantre de la chapelle à la cour de l'empereur Lothaire
  • Consécration épiscopale par Hincmar de Reims en 866
  • Participation aux conciles de Soissons (866), Troyes (867), Verberie (869), Douzi (871), Châlon-sur-Saône (875) et Ponthion (876)
  • Opposition aux spoliations des biens de l'abbaye de Lobbes
  • Protection des reliques contre les Normands

Miracles

  • Guérison d'un homme affligé d'une contraction de nerfs près de son tombeau

Citations

Quid, o homo, in omnibus es prudens, et circa te ipsum es insipiens?

— S. Bernard, Serm. de Miseria humana (en exergue)