Sainte Marie la Douloureuse
Vierge et Martyre
Résumé
Vierge recluse à Woluwe-Saint-Pierre au XIIIe siècle, Marie fut faussement accusée du vol d'une coupe d'argent par un homme dont elle avait repoussé les avances. Condamnée à mort, elle fut enterrée vivante et transpercée d'un pieu. Son innocence fut prouvée sept ans plus tard par la guérison miraculeuse et les aveux de son calomniateur.
Biographie
SAINTE MARIE, SURNOMMÉE LA DOULOUREUSE,
VIERGE ET MARTYRE
*Castitas pulchra possessio est qua nec feris non vastatur et ab igne non comburitur.*
La chasteté est une belle possession que les bêtes féroces ne ravagent pas et que le feu ne brûle pas.
S. Ephrem, *De Castitate.*
Marie naquit dans le village de Woluwe-Saint-Pierre, près de Bruxelles, de parents très-pieux et dont elle était l'unique consolation. À l'exemple de la Reine des Vierges dont elle portait le nom et pour qui elle avait une tendre dévotion, elle résolut de consacrer à Dieu sa virginité et de se dévouer entièrement à son service. Une vie de pénitence et de retraite lui plaisait, et Dieu, qui avait mis en elle ce désir, lui donna les moyens de l'exécuter. Ayant donc obtenu la permission de ses parents, qui applaudissaient eux-mêmes à sa généreuse résolution, elle alla vivre à quelque distance, dans une petite habitation contiguë à une église dédiée à la Mère du Sauveur. Là, sous la protection de Dieu et de la sainte Vierge, et à la grande satisfaction des habitants du pays, qui savaient, dans ces temps de foi vive et sincère, apprécier ce que c'était que la prière et la pénitence, elle commença le nouveau genre de vie auquel le ciel l'avait appelée. Il y avait déjà plusieurs années qu'elle habitait ce lieu dans une application continuelle aux choses de Dieu, et vivant des aumônes que lui donnaient à l'envi les personnes pieuses de la contrée, lorsqu'un infâme libertin conçut l'horrible pensée de la faire tomber dans le crime. Poussé par l'esprit du mal qui le possédait, il n'eut pas honte de faire à la vertueuse recluse des propositions coupables ; mais elle les rejeta aussitôt avec énergie et indignation. « Le démon », dit ici le biographe de la Sainte, « était jaloux de ses vertus, et en excitant la passion de l'homme pervers, il voulait tout à la fois l'enfoncer encore davantage dans le bourbier du vice et renverser l'édifice de sainteté que construisait la pieuse Marie ; mais il ne parvint qu'à donner à l'Église de Jésus-Christ une martyre de plus, et bientôt après un nouvel exemple de la puissance de l'intercession des Saints auprès de Dieu ».
En effet, le perfide tentateur, voyant qu'il ne pouvait rien obtenir par ses paroles, eut recours à la ruse. Ayant su que la pieuse fille allait quelquefois chez un respectable père de famille des environs, qui la recevait avec empressement, à cause de sa piété et afin que par ses prières elle attirât les bénédictions du ciel sur ses enfants, il entra furtivement dans cette maison, un jour qu'elle s'y trouvait, et enleva une coupe d'argent qu'il déposa avec adresse dans le petit sac dont se servait Marie. L'innocente jeune fille, après avoir édifié la famille qui la recevait, retourna pleine de joie dans sa demeure, emportant avec les petites provisions que la charité de son hôte lui avait données, la coupe fatale qui allait devenir la cause de sa mort. Bientôt, en effet, on remarqua qu'un vase en argent avait disparu, et l'on fit de toutes-parts, pour le retrouver, des recherches inutiles. Pendant ce temps, l'infâme calomniateur était allé près de la demeure de Marie, l'accusant de ce larcin, et lui déclarant qu'elle ne pourrait échapper aux poursuites de la justice qu'en cédant à sa passion. Stupéfaite en entendant une pareille calomnie, la pieuse fille se remet promptement de sa première émotion, et déclare de nouveau qu'elle aimerait mieux mourir mille fois que de consentir à ce qu'il lui propose. Et comme le malheureux la menaçait de la traduire devant les juges : « Ce serait bien mal à vous », répond-elle avec l'assurance et le calme de la vérité, « de livrer une innocente au danger de la mort, lorsque j'ai la conscience que je n'ai point commis ce vol ». Alors cet homme, saisissant adroitement le petit sac qui était à la portée de sa main, en retire la coupe et la présentant à Marie : « Vous voilà convaincue par un témoin oculaire », s'écrie-t-il, « obéissez donc à ce que je demande de vous, je vous soustrairai à la justice et il ne vous sera fait aucun mal ».
La jeune fille était comme hors d'elle-même ; elle ne pouvait en croire ses yeux ni ses oreilles. Se jetant aussitôt par la pensée dans les bras du Dieu qui connaît la vérité et qui sonde le cœur et les reins, elle repoussa avec une énergique indignation le calomniateur et le tentateur, qui se dirigea à l'instant vers la maison du juge de la contrée. Là il formule son accusation contre la Sainte et présente, comme pièce de conviction, la coupe qu'il avait trouvée dans le sac. « D'ailleurs », ajoutait-il, « cette femme est une magicienne qui ensorcelle les hommes ; j'ai été moi-même tellement fasciné par ses artifices et ses séductions, que je ne peux plus ni boire, ni manger, ni trouver de repos ».
Le juge qui, comme tous les habitants de la contrée, connaissait la grande vertu de la pieuse Marie, ne voulait point ajouter foi à ce qu'il entendait, et paraissait disposé à repousser l'accusateur; mais le malheureux, qui voyait que sa proie allait lui échapper, présenta de nouveau la coupe qu'il tenait dans ses mains et força le magistrat de procéder contre la prétendue coupable avec toute la rigueur des lois de cette époque contre les voleurs. Pendant que ces choses se passaient, Marie s'était hâtée de venir auprès de ses parents pour leur dire tout ce qui était arrivé. Ceux-ci la consolèrent avec empressement et l'exhortèrent à mettre sa confiance en Dieu et en la très-sainte Vierge, sa patronne et la consolatrice des âmes affligées. Tandis qu'ils s'efforçaient de la rassurer en lui disant que son innocence serait bientôt reconnue, on vit arriver à la porte de la modeste habitation le juge du lieu, que le calomniateur avait contraint à cette mesure rigoureuse. Les parents aussitôt se mettent en devoir de justifier leur fille, et de montrer combien est invraisemblable, absurde même l'accusation portée contre elle; mais le juge déclare que malgré tout, pour satisfaire à la loi, il faut qu'il procède à son jugement. Quelques hommes d'armes alors s'approchent de l'innocente victime, l'attachent avec des liens et se disposent à la conduire à la prison publique. Le père et la mère étaient dans une désolation inexprimable et ne voulaient point laisser s'éloigner leur enfant. Marie, de son côté, en voyant ses parents repoussés, ne put s'empêcher de répandre des larmes en abondance. Tous ceux qui la voyaient dans cet état, ne pouvaient aussi retenir leurs sanglots, et convaincus de l'innocence de la pieuse fille, ils lui donnaient le nom de Douloureuse.
Après avoir passé quelque temps dans la prison, où l'on espérait que la crainte lui arracherait des aveux, l'innocente accusée fut amenée devant le juge, qui l'interrogea sur la coupe. « Il est vrai », répond Marie, « que cette coupe a été trouvée dans mon sac; mais elle y a été mise par une autre personne sans que j'en eusse connaissance ». En entendant ces paroles, le calomniateur se lève, et interpellant le juge, il lui montre comment sa victime vient d'avouer son crime en cherchant malicieusement à en rejeter sur un autre la responsabilité.
À cette époque encore, et surtout dans certaines localités, le vol était sévèrement puni, et il n'était pas rare de voir condamner ceux qui s'en rendaient coupables à la peine capitale. Trop faible pour résister aux instances impérieuses du calomniateur de la jeune vierge, ou trompé peut-être par ses mensonges habilement déguisés, le juge prononça contre la jeune fille une sentence de mort qui devait être immédiatement exécutée. Marie l'entendit avec calme et résignation, remettant à Dieu le soin de dévoiler son innocence. Le jour approchait de son déclin quand on la conduisit au lieu de son supplice. La petite habitation, où pendant quelques années elle avait servi Dieu avec tant de bonheur, se trouvait sur le chemin. Quand on y fut arrivé, elle demanda permission, avant de mourir, de dire une dernière prière à la très-sainte Vierge. Le juge y consentit, et Marie, l'âme navrée de douleur, tomba sur ses genoux. Elle supplia la douce Reine du ciel, celle qui est le refuge de tous les affligés, de lui venir en aide dans ses angoisses, et demanda en même temps le pardon pour tous ceux qui avaient pu contribuer en quelque chose à sa mort. Elle demanda encore que ceux qui viendraient en ce lieu rendre leurs hommages à la très-sainte Vierge, fussent préservés de douleurs ou blessures, de contusions et de condamnations; et cela en considération de la douleur, peine et anxiété de son âme.
Enfin elle pria pour elle-même, afin qu’après cette vie passagère, elle méritât d’être introduite, par la Reine des Vierges, dans le glorieux Paradis, avec la double couronne de la virginité et du martyre. Sa prière achevée, Marie se leva et marcha tranquillement jusqu’au lieu du supplice. Là, le bourreau lui lia les pieds et les mains, et fit ensuite un trou dans la terre. Pendant tous ces apprêts funèbres, les nombreux spectateurs qui environnaient l’innocente victime, répandaient des larmes en abondance. L’exécuteur lui-même disait, en s’adressant à la jeune fille : « Marie, intercédez pour moi, je vous prie, auprès de Dieu ». — « Je prie Dieu », lui répondit-elle, « qu’il vous pardonne ce que vous allez faire ainsi que tous vos péchés. Je pardonne aussi de tout mon cœur à ceux qui ont pu m’offenser par leurs paroles et leurs actions, et je me propose de demander leur grâce auprès du Dieu miséricordieux ».
Cependant le calomniateur de Marie la Douloureuse était là au milieu de la foule, considérant d’un œil sec tous les apprêts du supplice. Quand ils furent terminés, le bourreau saisit la jeune fille et la plaça dans le trou qu’il avait pratiqué. L’ayant alors recouverte de terre, il prit un pieu quadrangulaire, en posa le bout, taillé en pointe, sur le corps, puis trois hommes, armés de lourds marteaux, l’enfoncèrent avec violence. Un moment après, le supplice de l’innocente vierge était achevé et celui de son calomniateur allait commencer. En effet, ce malheureux, rentré dans sa demeure, chercha vainement le sommeil ; son âme, livrée aux remords, était agitée par les visions les plus épouvantables. Bientôt même il jeta des cris horribles et devint si furieux qu’on fut obligé de lui lier les pieds et les mains pour l’empêcher de s’arracher la vie. Pendant sept ans, ce grand coupable resta dans cet état, qui était pour tous une preuve sensible de la vengeance du ciel. Ses parents et ses amis avaient déjà fait tout ce qui était en leur pouvoir pour le rappeler à la raison et à la confiance en Dieu, lorsqu’un jour ils conçurent le projet de le conduire à l’église, près de laquelle avait habité Marie la Douloureuse. Quand il fallut descendre le malade du chariot sur lequel on l’avait amené, il entra dans une telle fureur, que ses amis, désespérant de le pouvoir faire pénétrer dans l’église, sonnèrent la cloche pour appeler des habitants à leur secours. Ceux-ci les aidèrent à conduire leur malheureux parent devant l’autel de la sainte Vierge, et tous ensemble y adressèrent au ciel une fervente prière. Aussitôt l’esprit mauvais qui possédait cet homme l’abandonna : celui-ci, se sentant guéri, tomba lui-même à genoux et adressa sa prière à la sainte Mère de Dieu et à la bienheureuse Marie la Douloureuse. En même temps il avoua publiquement le crime dont il s’était rendu coupable envers l’innocente recluse, et tous ceux qui étaient présents adorèrent la justice et la miséricorde de Dieu qui s’étaient manifestées sur lui d’une manière si éclatante.
L’auteur presque contemporain, qui rapporte la vie de la vierge de Woluwe-Saint-Pierre, signale un grand nombre de guérisons miraculeuses opérées de son temps et dont les détails étaient connus de tout le monde. Ces faits prodigieux se sont reproduits encore très-souvent depuis cette époque, surtout dans la chapelle près de laquelle elle avait habité. Ce fut pour cette raison que, sur la demande de douze prélats, le pape Urbain V accorda en 1363 des indulgences « en faveur des fidèles qui visiteraient la chapelle de Sainte-Marie, vulgairement appelée la Douloureuse, dans la paroisse de Woluwe, au diocèse de Cambrai, à différents jours de l’année ». Cette Bulle fut publiée l’année suivante par Pierre André, évêque de Cambrai ; elle le fut de nouveau en 1611 par Mathias Hovius, archevêque de Malines, diocèse auquel appartient depuis la paroisse de Woluve-Saint-Pierre. Le corps de la bienheureuse Martyre repose dans cette église, sous le maître-autel : elle y était surtout honorée le 17 juin, qui est probablement le jour de sa mort. Des auteurs la fixent à l'année 1290, d'autres à 1294, sous Jean II, duc de Brabant.
Nous avons emprunté cette biographie aux Vies des Saints de Cambrai et d'Arras, par l'abbé Destombes.
Événements marquants
- Consécration de sa virginité à Dieu
- Vie de recluse près d'une église dédiée à la Vierge
- Accusation calomnieuse de vol d'une coupe d'argent par un libertin éconduit
- Condamnation à mort par un juge sous la pression du calomniateur
- Supplice par enterrement vivante et transpercement par un pieu
- Guérison miraculeuse et aveu du calomniateur sept ans après le crime
Miracles
- Guérison de la folie et délivrance démoniaque du calomniateur devant l'autel
- Nombreuses guérisons opérées dans sa chapelle
Citations
Castitas pulchra possessio est qua nec feris non vastatur et ab igne non comburitur.
Je prie Dieu qu’il vous pardonne ce que vous allez faire ainsi que tous vos péchés.