Saint Jonas de Gethopher
Un des douze petits prophètes
Résumé
Prophète hébreu du VIIIe siècle av. J.-C., Jonas fut envoyé par Dieu à Ninive pour prêcher la pénitence. Après avoir tenté de fuir par mer et passé trois jours dans le ventre d'un grand poisson, il accomplit sa mission, provoquant la conversion de la cité assyrienne. Son histoire est considérée par l'Église comme une préfiguration de la Résurrection du Christ.
Biographie
SAINT JONAS DE GETHOPHER,
UN DES DOUZE PETITS PROPHÈTES.
610 avant Jésus-Christ. — Roi d’Israël : Sellum.
De même qu’il fut d’abord enjoint à Jonas de prêcher aux Ninivites, et que néanmoins sa prédication ne fut entendue par eux qu’après sa sortie du ventre de la baleine; de même, bien que la prophétie eût été d’abord envoyée aux Gentils, elle ne leur parvint qu’après la résurrection de Jésus-Christ.
Saint Augustin, *Ep. ad Deogratias*.
L’empire assyrien avec ses deux capitales toujours ennemies, Babylone, fondée par l’oppresseur Nemrod, et Ninive, fondée par le proscrit Assur, résumait depuis le déluge l’idéal de la domination universelle, tel du moins qu’on pouvait le concevoir à une époque où la centralisation moderne était inconnue. Tous les groupes de nationalités asiatiques gravitaient autour de cet empire, non comme des sujets relevant immédiatement d’un roi, mais par un système de vassalités intermédiaires, qui descendaient par gradations successives jusqu’aux derniers échelons pour remonter au centre commun.
Au rapport des anciens, Ninive, bâtie sur le Tigre, était d’une grandeur démesurée; c’était comme toute une contrée enfermée de murs. Ces murs, de cent pieds de haut, avaient une épaisseur telle qu’on pouvait aisément y faire passer trois chars de front; ils étaient en outre flanqués de quinze cents tours hautes de deux cents pieds. L’intérieur de cette enceinte n’était point tout occupé par des maisons; outre de grandes places, il y avait d’immenses jardins, des bocages, des temples. Du temps de Jonas, il fallait trois jours de chemin pour parcourir la ville entière.
Fière de son étendue, gorgée des richesses de l’Asie dont elle était la maîtresse, Ninive s’était livrée à la corruption, trop ordinaire dans les grandes villes. Le cri de ses désordres était monté jusqu’à Celui qui, du haut du ciel, contemple tous les enfants des hommes. La vengeance était proche; la miséricorde la prévint et envoya un missionnaire vers Ninive pour y prêcher la pénitence.
Jamais mission prophétique n’avait revêtu jusque-là un pareil caractère. Élie et Élisée avaient visité Damas pour y porter l’ordre de Jéhovah. Mais Damas n’était qu’une cité vassale dans l’immense système de l’empire assyrien, et d’ailleurs les deux prophètes y étaient appelés pour des intérêts purement internationaux, et qui concernaient spécialement le peuple d’Israël. Jonas est envoyé à Ninive pour un but plus élevé. Il va parler à cette capitale idolâtre au nom d’un Dieu qui lui est inconnu : c’est la prise de possession des empires humains par Jéhovah.
Sa parole se fit donc entendre à Jonas, fils d’Amathi et natif de Gethorent, malgré les censures du clergé. En 1574, le roi de France, Henri III, s’enrôla dans cet Ordre avec toute sa cour. Il n’y a pas un siècle qu’on trouvait encore de ces fanatiques en Italie et dans le midi de la France.
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phère, que l’on croit être la même ville que Jotapate, en Palestine, dans la tribu de Nephtali. « Lève-toi », lui dit le Seigneur, « et va à Ninive, la grande cité. Prêche-lui la pénitence, parce que ses crimes sont montés jusqu’à moi ». Épouvanté d’une telle mission, Jonas se leva, courut à Joppé, trouva un navire phénicien qui faisait voile pour Tharsis, paya le prix de son passage et s'embarqua pour cette destination lointaine, fuyant ainsi devant l’ordre divin qu'il n'avait point le courage d'accomplir. Quand le vaisseau eut quitté le rivage, le Seigneur déchaîna sur les flots un vent furieux ; la tempête éclata dans toute sa violence, et le navire risquait d'être submergé. Les nautonniers, dans leur effroi, imploraient leurs dieux, et jetaient à la mer toute la cargaison du navire pour l'alléger. Cependant Jonas, descendu dans l'intérieur du vaisseau aussitôt après son embarquement, ne soupçonnait rien et dormait d'un profond sommeil. Le pilote s'approcha de lui : « Quoi », dit-il, « tu dors au milieu de cette tempête ! Lève-toi, et invoque sur nous la miséricorde du Dieu que tu adores. Peut-être daignera-t-il se souvenir de nous, car nous allons périr ». Cependant le danger croissait de minute en minute. À cette époque, et en souvenir de Caïn, le premier meurtrier, les hommes croyaient qu'un grand péril était le signe de la présence d'un grand coupable. Les matelots se dirent donc entre eux : « Tirons au sort pour savoir quel est le criminel qui attire cette calamité sur nos têtes ! » Le sort fut jeté, et il tomba sur Jonas. « Qui es-tu ? » lui demandèrent les nautonniers ; « quelle est ta patrie ? où vas-tu ? qu'as-tu fait enfin pour provoquer le courroux du ciel ? » — « Je suis hébreu », répondit Jonas. « Jéhovah, le Dieu que j'adore, est celui qui a créé la terre et les flots, et j'ai mérité sa colère ». Il leur raconta ensuite la mission dont il avait été chargé par le Seigneur, et sa désobéissance. « Pourquoi as-tu agi de la sorte ? » lui dirent-ils ; « que ferons-nous maintenant pour apaiser les flots furieux ? » Car la mer grossissait toujours et les vagues passaient par-dessus le navire. « Prenez-moi », leur dit Jonas, « et jetez-moi à la mer, elle s'apaisera ensuite, car je sais que cette effroyable tempête a été déchaînée contre moi ». Cependant les matelots ne pouvaient se résoudre à cette cruelle extrémité, ils se courbaient sur leurs rames et s'efforçaient de diriger le navire vers la côte. Mais ce fut en vain, la mer redoublait de fureur et l'ouragan soulevait les flots jusqu'au ciel. Alors les nautonniers firent au Seigneur cette prière : « Jéhovah, nous vous en supplions, ne nous faites point périr à cause de ce coupable, et ne faites point retomber sur nous la responsabilité de sa mort ! C'est vous qui l'avez voulu ». Puis ils prirent Jonas et le lancèrent dans les flots. À l'instant même le vent tomba et la mer devint calme. Dans leur effroi, ces hommes immolèrent un sacrifice à Jéhovah, et lui firent des vœux qu'ils devaient accomplir quand ils auraient touché la terre.
Cependant le Seigneur avait ménagé, près du navire, la présence d'un énorme poisson, qui, au moment où Jonas tombait à la mer, ouvrit sa mâchoire gigantesque et l'engloutit tout vivant. Trois jours et trois nuits Jonas demeura dans cette prison ambulante. Dans le ventre du monstre marin, il implorait la miséricorde du Dieu qu'il avait offensé. « Seigneur », disait-il, « les profondeurs de l'abîme se sont ouvertes pour me recevoir, vous m'avez plongé au cœur de l'Océan, et les gouffres des eaux m'environnent. J'ai mérité d'être effacé du nombre des vivants, et pourtant, j'en conserve l'espoir, je reverrai votre Temple saint. L'onde m'enveloppe comme un manteau, l'abîme sur ma tête, l'abîme au-dessous de moi, partout l'onde vengeresse. Je suis descendu plus profondément que les racines des monta-
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gnes; des barrières infranchissables me séparent du séjour des vivants, et pourtant, ô mon Dieu, vous me tirerez de ce cachot infect, et vous me rendrez le salut et la vie! » Ainsi pria Jonas, et le Seigneur ordonna au monstre marin d'approcher de la terre, et le poisson docile rejeta Jonas sur le rivage.
Alors la voix du Seigneur se fit de nouveau entendre. « Lève-toi, » répétait Jéhovah, « prends la route de Ninive, la grande cité, et accomplis près de ses habitants la mission dont je t'ai chargé ». Jonas se leva donc, et obéissant cette fois à l'ordre divin, il arriva à Ninive. Or, comme nous l'avons dit, cette capitale était une immense cité de trois journées de chemin. Le Prophète y entra, en parcourut un tiers le premier jour, en criant sur son passage : « Encore quarante jours et Ninive sera détruite ! » Les habitants crurent à la parole de Dieu et résolurent d'apaiser sa colère. Le roi de Ninive voulut entendre Jonas. Touché de ses avertissements et de ses menaces, il se leva de son trône, dépouilla les insignes de sa dignité, se revêtit du sac de la pénitence et s'assit sur la cendre. Par ses ordres, les princes de sa cour publièrent par toute la ville la proclamation d'un jeûne solennel. « Que les hommes, ni les animaux ne prennent, durant ce jour, aucun aliment », dirent-ils ; « que les troupeaux ne soient menés ni aux pâturages ni aux fontaines. Que les hommes revêtent le sac de la pénitence ; qu'ils implorent de tout leur cœur la miséricorde divine ; qu'ils abandonnent le sentier du crime ; qu'ils purifient leurs mains de toutes les œuvres d'iniquité ! Qui sait si Dieu ne daignera point pardonner à notre repentir, oublier ses rigueurs et nous laisser la vie ? » Et Dieu vit leur pénitence, il agréa cette conversion sincère ; sa clémence prévalut sur sa justice, et il ne voulut point infliger aux pénitents les châtiments qu'il avait annoncés aux coupables.
Cependant l'âme du Prophète était en proie au plus profond chagrin. Il voyait que sa prédiction ne serait point réalisée, et, dans son désespoir, il disait au Seigneur : « Grand Dieu ! n'était-ce point là ce qui me faisait résister à votre ordre, alors que j'étais encore en Judée, ma patrie ? C'était pour cette raison que je voulus m'enfuir à Tharsis, car je sais que vous êtes le Dieu de la clémence et de la miséricorde. La patience et la bonté triomphent dans vos conseils, et la malice des hommes ne sert qu'à vous procurer la joie de pardonner. Maintenant donc, Seigneur, je vous prie, rappelez à vous mon âme ; la mort m'est devenue plus douce qu'une vie déshonorée ». Jéhovah dit à son serviteur : « Penses-tu que ta plainte soit juste ? » Et il n'ajouta rien à cette réponse. Cependant Jonas sortit de la cité et vint se reposer sur une éminence d'où il voulait observer quel serait le sort de Ninive. Il s'assit à l'ombre d'un arbuste dont le feuillage, ménagé par la bonté de Dieu, le protégeait contre les ardeurs du soleil. Or, Dieu permit qu'un ver piquât au matin la racine de l'arbuste, et le feuillage se dessécha. Le vent brûlant du midi et les rayons dévorants de l'astre du jour accablèrent bientôt Jonas. Il se plaignit de cette chaleur intolérable et regrettait l'ombrage bienfaisant dont il avait joui la veille. Le Seigneur lui dit alors : « Tu aurais voulu sauver la vie de cet arbuste que tu n'avais ni arrosé ni planté, qu'une nuit a vu naître et qu'une nuit a vu mourir ; et moi je n'aurais pas épargné Ninive, la grande cité, où respirent en ce moment plus de cent vingt mille enfants qui ne savent encore distinguer leur main droite de leur main gauche, sans compter d'innombrables troupeaux, créatures innocentes, qui tiennent de moi la vie ».
On ne connaît pas d'autres circonstances de la vie du prophète Jonas.
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Apparemment que Dieu, dans sa bonté, daigna écouter sa prière, tout injuste qu'elle était, et qu'il le retira bientôt après de ce monde qui était devenu son ennui. Aussi bien sa mission était terminée, et il était juste que le Serviteur fidèle reçût promptement son salaire. On croit que Jonas mourut vers l'an 761 avant Jésus-Christ.
Il n'est pas une classe de monuments dans l'antiquité chrétienne où l'histoire de Jonas ne soit reproduite. On la trouve dans les bas-reliefs des sarcophages, sur les pierres sépulcrales, dans les fresques des catacombes, sur des médaillons de métal, sur des lampes, sur des pierres gravées, sur des fonds de coupe de verre, sur des dyptiques.
Jonas est représenté, tantôt introduit par un des hommes de l'équipage dans la gueule du monstre, tantôt rejeté par ce monstre sur la plage, tantôt couché ou assis sous l'ombrage d'où il attend le sort réservé à Ninive, tantôt enfin reposant tristement, soit sous l'arbuste desséché, soit sans aucun abri. Assez souvent ces quatre phases de son histoire sont réunies dans le même tableau, comme dans une fresque du cimetière de Saint-Calliste, où elles se voient distribuées dans quatre compartiments distincts.
Dans tous les tableaux peints, sculptés ou gravés, Jonas est dans un état de nudité complète, excepté peut-être dans une curieuse fresque du cimetière de Saint-Calliste où il est vêtu d'une tunique et élégamment drapé dans un manteau ou pallium. Il est couché, un peu soulevé sur son coude et sous les rayons du soleil figuré par une tête radiée, selon le texte sacré : « Le soleil frappa sur la tête de Jonas, et il suait ». Ailleurs on le voit porter la main sur sa tête pour se préserver de la chaleur dont il est vivement incommodé. Nous avons un beau sarcophage, tiré du cimetière du Vatican, où la tempête, qui fut la cause de l'infortune du Prophète, est représentée par une demi-figure ailée sortant de l'anfractuosité d'une montagne et soufflant avec fureur sur le navire. Un bas-relief fait voir, à la proue, à côté de cette scène, un jeune homme qui semble répandre des larmes. Peut-être est-ce Jonas lui-même, vu au moment où sa sentence vient d'être prononcée. Sur une pierre sépulcrale des catacombes, on voit Jonas, sous la figure d'un enfant en bas-âge, seul, debout en présence du monstre à la gueule béante ; il porte la main à ses yeux, il pleure, et à l'attitude d'un petit enfant effrayé.
## CULTE ET RELIQUES. — ÉCRITS.
Le martyrologe romain indique la ville de Geth ou Gath, en Palestine (tribu de Dan), comme le lieu où le prophète Jonas reçut la sépulture. Effectivement, saint Jérôme nous apprend que de son temps on montrait encore ce tombeau dans la cité de Geth. Les Turcs confirment le sentiment de saint Jérôme, car ils ont bâti en ce lieu une mosquée sous laquelle on montre le mausolée du Prophète. Selon le témoignage d'Adrichomius, de Quaresmius, d'Eugène Ruger, etc., plusieurs villes d'Europe peuvent avoir des reliques de Jonas ; nous ne sommes nullement obligé de défendre ou d'attaquer l'authenticité de ces croyances. À Ninive, les Orientaux actuels prétendent aussi posséder le sépulcre de Jonas, mais les probabilités sont pour le tombeau de Palestine.
Si l'Église a rendu de tout temps un culte particulier à ce saint Prophète, c'est qu'elle l'a toujours regardé comme une des figures les plus frappantes de Jésus-Christ. Son histoire est fréquemment citée par les saints Pères comme figurant la résurrection du Sauveur (et avec toute sorte de raison, puisque le Sauveur s'en était fait à lui-même l'application), et aussi la résurrection universelle, vérités essentielles sur lesquelles il importait d'insister, parce qu'elles étaient violemment attaquées par les ennemis de la foi chrétienne, comme nous l'apprenons de saint Augustin.
Jonas commença à prophétiser l'an du monde 8479, sous le règne de Jéroboam, second fils de Joas et roi d'Israël. Il est le seul des Prophètes qui ait été envoyé aux Gentils. Son livre est prin-
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cipalement historique, et, au jugement de saint Augustin, ce Prophète n'a pas tant annoncé le Sauveur par ses discours que par ses travaux. Quelques auteurs ont douté que Jonas ait composé l'ouvrage qui porte son nom, parce qu'il n'y est jamais parlé de lui qu'à la troisième personne ; mais cette raison ne suffit pas pour ôter à ce Prophète le récit d'un événement que personne n'a pu mieux faire que lui, et qu'on lui attribue depuis tant de siècles.
Nous nous sommes servi, pour composer cette biographie, de l'Histoire générale de l'Église, par M. l'abbé Derrou; de la Vie des Saints, par M. l'abbé Churlocher; des Saints de l'Ancien Testament, par Beillet; de Dictionnaire des Antiquités chrétiennes, par M. l'abbé Martigny; de l'Histoire des Auteurs sacrés et ecclésiastiques, par Dom Coillier; des Saints Lieux, par Mgr Mislin; et de la Bible sous la Bible, par M. l'abbé Guinet.
Événements marquants
- Appel de Dieu pour prêcher à Ninive
- Fuite par mer vers Tharsis
- Séjour de trois jours et trois nuits dans le ventre d'un monstre marin
- Prédication à Ninive et conversion de la ville
- Épisode de l'arbuste desséché (le ricin)
Miracles
- Survie de trois jours dans le ventre d'un monstre marin
- Croissance et dessèchement instantanés d'un arbuste protecteur
Citations
Encore quarante jours et Ninive sera détruite !