Saint Josué

Général des Hébreux et Conquérant de la Terre Promise

Fête : 4 septembre • saint

Résumé

Successeur de Moïse, Josué mena les Hébreux à la conquête de la Terre Promise. Il est célèbre pour avoir traversé le Jourdain à pied sec, fait tomber les murs de Jéricho et arrêté la course du soleil lors de la bataille de Gabaon. Il mourut à 110 ans après avoir organisé le partage du pays entre les douze tribus.

Biographie

SAINT JOSUÉ,

GÉNÉRAL DES HÉBREUX ET CONQUÉRANT DE LA TERRE PROMISE.

1690-1580 avant Jésus-Christ.

Le Jeune des Hébreux est la figure de Jésus de l'humanité : la terre promise à Israël s'ouvre devant l'épée du premier ; le ciel promis à l'homme s'ouvre devant la croix du second.

Dortas, Histoire de l'Église.

Celui qui devait constituer définitivement les Hébreux en leur donnant une patrie, c'était Josué. Vaillant dans la guerre, pénétrant et sage dans le conseil, maniant les esprits avec dextérité et la parole avec éloquence, il avait fixé l'attention et l'estime de Moïse : il fut élu d'en haut pour continuer l'œuvre de ce grand homme, et il soutint l'honneur d'un tel choix par la fermeté de son caractère et l'héroïsme de son dévouement. Afranchis du joug de l'Égypte, échappés aux dévorantes solitudes de l'Arabie, les Hébreux étaient campés dans les plaines de Moab, non loin de la mer Morte; Moïse venait de s'éteindre sur la cime du mont Nébo, après avoir promené un long et sympathique regard sur le pays de Chanaan, objet de vœux si longtemps et si ardemment nourris. Alors Jéhovah dit à Josué : « Mon serviteur Moïse est mort; va, franchis le Jourdain à la tête de tout le peuple, et entre dans la contrée que je destine aux fils d'Israël. Toute cette étendue que fouleront vos pas, je vous la donnerai, selon les promesses faites à Moïse. Le pays des Hethéens vous appartient, depuis le désert d'Égypte et le Liban jusqu'au fleuve de l'Euphrate et de la grande mer, qui sont vos limites. Nul ne pourra résister à Israël tant que tu vivras; comme je fus avec Moïse, je serai avec toi, sans te délaisser jamais. Sois ferme et courageux, car tu feras à ce peuple le partage de la terre que je lui donnerai, ainsi que j'en ai pris l'engagement avec ses ancêtres ».

Cette terre, promise aux patriarches, et où leurs descendants allaient habiter en maîtres, était alors d'une fécondité merveilleuse. Située sous une latitude encore plus méridionale que la portion aujourd'hui française de l'Afrique, elle présente ses vallons et ses collines aux feux d'un soleil toujours chaud. La Méditerranée y envoie de l'Occident ses brises rafraîchissantes; le Liban avec ses cèdres la protège contre les vents froids du nord; une chaîne de montagnes, qui la borne au midi et court ensuite à l'est, au-delà du Jourdain, arrête dans leur marche ces flots d'air brûlant qui s'exhalent des sables de l'Arabie. Les pluies y sont rares, si ce n'est aux saisons de l'automne et du printemps; en été, il n'y a que de fortes rosées. Mais des sources abondantes jaillissent du flanc des montagnes, et le creux des vallées verdit sous cette humidité sans cesse entretenue par la nature. Le sol, admirablement diversifié, présente des plaines propres à la culture, des collines pierreuses où peuvent croître les vignes et les arbres fruitiers, et dont le pied, couvert d'herbe épaisse, nourrirait facilement de nombreux troupeaux. Le pays avait en abondance l'huile et le miel, l'orge et le froment, et toutes les productions savoureuses et délicates des contrées méridionales.

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dionales. Aussi des flots d'hommes purent se presser bientôt entre ses frontières étroites, sans avoir à souffrir des rigueurs de la misère et de la faim.

Près d'abaisser sous ses armes les frontières de cette belle contrée, Josué envoya devant lui deux braves chargés de reconnaître le point où devait s'opérer l'invasion. Il était alors à Sétim, à deux lieues au-delà du Jourdain, au nord et non loin de la mer Morte. Vis-à-vis, en-deçà du fleuve, à deux lieues également, se trouvait Jéricho, la première ville qu'il fallait emporter. C'est là que les deux explorateurs se rendirent, au péril de leur vie. Ils s'arrêtèrent devant une maison qui donnait sur les remparts, chez une femme de mœurs équivoques, et qui avait nom Rahab. Le roi fut promptement informé que des espions israélites étaient entrés dans la ville sur le soir ; il envoya dire à Rahab : « Livre les hommes qui te sont arrivés et que tu as dans ta demeure, car ce sont des espions venus pour reconnaître le pays ». Mais cette femme, déjà instruite de la secrète mission de ses hôtes et gagnée à leur croyance, les fit monter à la hâte sur la terrasse de sa maison, et les cacha sous des pailles de lin qui y étaient répandues.

Elle dit ensuite aux officiers du roi, touchant les deux étrangers : « Il est vrai, je les ai reçus, mais sans savoir d'où ils venaient ; ils sont sortis vers l'heure où l'on ferme les portes de la ville, et j'ignore où ils sont allés ; mais poursuivez-les vite, et vous les atteindrez ». En effet, les officiers coururent sur leurs traces par la route qui conduisait au gué du Jourdain ; d'ailleurs, on tint fermées les portes de la ville, afin que les espions ne puissent sortir désormais s'ils n'étaient pas évadés. Il faut convenir que Rahab ne tint ni un langage vrai ni une conduite patriotique. Mais, sans doute, elle agit et parla sous l'empire de la crainte universellement répandue parmi ses compatriotes et sous l'impression des merveilles opérées par le ciel en faveur des Hébreux ; c'est l'explication, sinon l'excuse de ses paroles et de ses actes. Quoi qu'il en soit, elle rejoignit ses hôtes, et leur dit : « Je vois que Dieu vous a livré ce pays ; car vous avez jeté la terreur parmi nous, et le courage de tous les habitants de la contrée s'est évanoui. Nous savons qu'à votre sortie d'Égypte Dieu a séché sous vos pas les eaux de la mer Rouge, et quelles choses vous avez fait éprouver aux deux rois amorrhéens, Og et Séhon, qui habitaient au-delà du Jourdain, et qui sont tombés sous vos coups. Ces nouvelles nous ont effrayés, notre cœur s'est abattu, et votre arrivée nous trouve sans force ; vraiment le Seigneur votre Dieu est celui qui règne en haut dans le ciel, en bas sur la terre. Faites-moi donc, en son nom, le serment de traiter la maison de mon père avec la même compassion que je vous ai montrée ; donnez-moi un signal assuré pour sauver mon père et ma mère, mes frères, mes sœurs et tout ce qui leur appartient, et pour dérober nos vies à la mort ». C'était l'accomplissement des paroles de Moïse, qui avait promis aux enfants d'Israël que Jéhovah ferait marcher l'effroi devant eux et livrerait à leurs armes l'ennemi glacé d'une terreur inexprimable.

Les deux envoyés prirent l'engagement voulu, et jurèrent sur leur tête qu'il ne serait fait aucun mal à Rahab, ni à ses parents, pourvu qu'elle-même restât fidèle à son serment. Alors elle suspendit à sa fenêtre une corde le long de laquelle ses hôtes devaient glisser pour s'enfuir ; car la campagne s'étendait au pied de sa maison bâtie sur le mur de la ville. Et elle leur dit : « Gagnez les montagnes, de peur que les émissaires ne vous rencontrent : demeurez-y cachés trois jours, jusqu'à ce qu'ils reviennent ; ensuite vous reprendrez votre chemin ». Charmés de ces bons conseils, ils lui donnèrent la nouvelle assurance de leur protection. Descendus au pied

des murailles de Jéricho, ils se réfugièrent dans les montagnes voisines, et attendirent l'espace de trois jours que les émissaires rentrassent dans la ville, lassés de recherches infructueuses et abandonnant leur proie. Ce délai expiré, ils regagnèrent le camp des Hébreux, et rendirent compte à Josué de leur mission. « Le Seigneur a mis toute cette contrée dans nos mains, et tous les habitants sont plongés dans la crainte et la stupeur ».

Cependant Josué avait fait tous les préparatifs de l'invasion. Les tribus de Ruben et de Gad et la demi-tribu de Manassé avaient obtenu de Moïse les pays de Jaser et de Galaad, précédemment habités par les Amorrhéens, le long de la rive orientale du Jourdain, mais à condition d'aider leurs frères dans les travaux de la conquête et de marcher même les premières à l'ennemi. Elles furent donc invitées à laisser leurs familles et leurs troupeaux sous une garde assez forte, et à grossir de leurs plus vaillants hommes l'armée d'expédition. Elles devaient supporter tous les périls réservés aux autres tribus, et ne s'asseoir dans la paix de leurs foyers qu'après la soumission du pays et le partage définitif des terres. Tous répondirent au général : « Nous ferons ce que tu nous as prescrit ; nous irons où tu nous enverras. Comme nous avons obéi en tout à Moïse, nous t'obéirons ; seulement, que Dieu soit avec toi comme il fut avec Moïse ! Quiconque te résistera et voudra contredire à tes ordonnances, qu'il meure ! Sois ferme, et agis avec un mâle courage ». Les troupes étaient animées, l'union doublait leurs forces ; on sentait approcher l'heure solennelle et suprême.

Avant de se mettre en marche, Josué dit au peuple : « Venez et entendez la parole de Jéhovah, votre Dieu. Vous reconnaîtrez à ce signe que Jéhovah, le Dieu vivant, est avec vous, et qu'il exterminera sous vos yeux les Chananéens, vos ennemis : l'arche de l'alliance du Maître de l'univers passera le Jourdain à votre tête ; quand les prêtres qui portent l'arche toucheront du pied les eaux du fleuve, les flots d'en bas s'écouleront, laissant leur lit à sec ; les flots d'en haut s'arrêteront comme une masse solide ». Les hérauts d'armes avaient transmis les ordres du général et fixé leur place aux diverses tribus. Le défilé s'ouvrit. Les prêtres s'avancèrent portant l'arche d'alliance. On était au printemps, dans le premier mois de l'année hébraïque. Les pluies de la saison et les torrents de neiges fondues, tombés des montagnes, avaient considérablement grossi le Jourdain, qui coulait à pleins bords. Cependant les prêtres n'eurent pas plus tôt posé le pied dans les flots, que les eaux supérieures, s'amoncelant sur elles-mêmes, remontèrent de plusieurs lieues vers leur source, tandis que les eaux inférieures suivirent la pente naturelle qui les entraînait au lac Asphaltite. L'arche fit une halte au milieu du fleuve tari, afin de donner à la multitude le temps de le traverser. En effet, la multitude, frappée d'étonnement, passa sans obstacle d'une rive à l'autre ; le même bras qui tenait le Jourdain suspendu, agissant sur le courage des peuples indigènes, déconcertait toute résistance : nul obstacle n'arrêta les conquérants.

Josué avait reçu l'ordre de transmettre à la postérité la mémoire de ce fait prodigieux, au moyen d'un monument simple, mais significatif : il devait entasser dans la plaine douze pierres tirées du lit du Jourdain. Il choisit donc douze hommes, un de chaque tribu, et pendant que l'arche stationnait au milieu du fleuve, il leur commanda d'emporter chacun une forte pierre, afin d'en faire un monceau destiné à rappeler un si grand jour aux générations futures. Puis, l'armée entière ayant accompli son merveilleux passage à travers le courant desséché, les prêtres eux-mêmes se retirèrent, portant sur leurs épaules l'arche préservatrice. Au moment où

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ils atteignirent la rive occidentale, les eaux, affranchies de contrainte, n'obéirent plus qu'à leur naturelle pesanteur et reprirent leur marche régulière.

Entre le fleuve et Jéricho s'étend une campagne d'environ deux lieues. A partir du Jourdain, elle s'élève par degrés très-sensibles que séparent l'un de l'autre des plaines toutes unies. Aujourd'hui le sol en est triste et aride : c'est un sable blanc dont la surface paraît empreinte des sels que les évaporations de la mer Morte répandent dans le voisinage. Les Hébreux s'avancèrent jusqu'à une demi-lieue de Jéricho, sur les hauteurs qui dominent la ville, dans le lieu même où fut bâti plus tard un hameau nommé Galgala. Josué fit réunir en cet endroit les pierres monumentales qu'on avait extraites du Jourdain, et il dit au peuple : « Lorsque vos fils, un jour, interrogeant leurs pères voudront savoir ce que ces pierres signifient, vous leur direz pour les en instruire : Israël a traversé à pied sec le lit du Jourdain, Jéhovah notre Dieu desséchant les eaux devant nous, jusqu'à ce que nous fussions passés, comme il avait fait de la mer Rouge, qu'il dessécha sous nos pas, afin que tous les peuples de la terre connaissent son bras tout-puissant et que vous craigniez à jamais le Seigneur votre Dieu ». C'est, en effet, au souvenir impérissable de cette merveille que le grand poète de la nation hébraïque demandait aux flots du Jourdain et de la mer Rouge s'ils n'avaient pas vu la face ou senti la main de Jéhovah, lorsque l'épouvante leur fait rebrousser chemin, et si le Dieu d'Israël n'avait pas assez distingué sa cause de celle des vaines idoles en suspendant le cours de la nature par ces éclats inimitables de la puissance souveraine.

Le passage du Jourdain opéré d'une manière si inouïe eut deux résultats : il fixa sur Josué l'universelle confiance des Hébreux, qui voyaient revivre dans la main de leur nouveau chef les prodiges accomplis autrefois par le libérateur Moïse ; ensuite il jeta l'irrésolution et la terreur au milieu des populations indigènes, qui ne se sentaient plus la force de soutenir une cause combattue par le ciel. A ce double titre, la conquête fut rapide et facile, tandis qu'elle eut pu coûter cher aux envahisseurs et les arrêter longtemps.

Les Israélites restèrent quelques temps à Galgala. Un jour que Josué se trouvait dans la campagne, il aperçut tout à coup devant lui un homme debout, une épée nue à la main. Il l'adorda. « Es-tu des nôtres », lui dit-il, « ou de nos ennemis ? » — « Nullement », reprit l'inconnu ; « mais je suis le prince de l'armée de Jéhovah, et je viens à ton secours. Ote ta chaussure, car la terre que tu foules est sainte ». Josué se prosterna plein de respect, et fit ce qui lui était ordonné. La vision poursuivit : « J'ai livré à tes coups Jéricho, son roi et tous ses défenseurs. Que toute l'armée fasse le tour de la ville au son de la trompette, une fois par jour, six jours de suite ; le septième, vous ferez sept fois le tour de la ville, et les prêtres, marchant devant l'arche d'alliance, sonneront de la trompette. Puis, lorsque la voix des instruments aura fait entendre à vos oreilles de plus longs éclats, alors la multitude entière poussera un formidable cri d'ensemble ; les murailles de la ville tomberont d'elles-mêmes, et chacun entrera par la brèche qui sera devant lui ».

Josué transmit aux prêtres et aux soldats les ordres qu'il venait de recevoir. La marche du peuple autour de Jéricho devait rester constamment silencieuse jusqu'à l'heure suprême où le cri du triomphe sortirait de toutes les poitrines. Le général ajouta : « Que la ville soit anathème, et ce qu'elle renferme dévoué au Seigneur. Que la seule Rahab ait la vie sauve

avec tous ceux qui se trouvent dans sa maison, parce qu'elle a caché les explorateurs envoyés par nous. Du reste, gardez-vous de retenir quelque chose de la ville maudite, de peur que vous ne soyez coupables de prévarication et que vous n'entrainiez dans le trouble et le péché toute l'armée d'Israël. Tout ce qu'il y aura d'or et d'argent, de vases d'airain et de fer, sera consacré à Jéhovah et mis en réserve dans ses trésors ».

Le siège de Jéricho s'ouvrit, mais selon le plan que le guerrier mystérieux avait tracé à Josué. Il dura sept jours. Les opérations commençaient dès le matin. Les hommes de guerre marchaient en tête : puis venait l'arche portée par des prêtres, pendant que d'autres prêtres sonnaient de la trompette ; enfin toute la multitude suivait sans confusion et sans cris. Le tour de la ville achevé, on rentrait dans le camp. Cette stratégie nouvelle dut paraître bien inoffensive aux assiégés. Cependant, le septième jour, les évolutions se multiplièrent. À la septième fois qu'on passa sous les murailles, de longs éclats de trompettes se firent entendre ; un cri formidable s'éleva du sein de l'armée, les remparts tombèrent d'eux-mêmes. Les Hébreux montèrent à l'assaut, chacun par la brèche qu'il avait devant lui. C'est ainsi que le souffle de Dieu renversa toutes ces pierres où Jéricho mettait fièrement sa vaine espérance, afin de faire comprendre à tous les siècles que la véritable force des peuples n'est pas dans les murailles qui hérissent les villes, ni dans le fer qui arme les bras, mais dans la foi qui remplit et agite les âmes.

Maîtres de Jéricho, les Hébreux la traitèrent avec une suprême rigueur. Non-seulement les hommes capables de porter les armes, mais les vieillards, les enfants et les femmes, tout périt par l'épée ; les animaux mêmes furent égorgés. Ce que l'épée n'avait pas atteint, le feu le dévora. La malheureuse ville eut à supporter toutes les conséquences d'un anathème absolu. L'or, l'argent, le fer et l'airain furent seuls réservés pour servir plus tard aux pompes du culte religieux. Ensuite Josué prononça des imprécations sur les débris de Jéricho : « Maudit soit devant le Seigneur », dit le capitaine hébreu, « maudit soit l'homme qui relèvera et rebâtira la ville de Jéricho ! Lorsqu'il en jettera les fondements, qu'il perde son premier-né ; qu'il perde le dernier de ses fils lorsqu'il en posera les portes ! » Cette imprécation ne fut pas vaine : longtemps après, sous le règne d'Achab, un israélite de Béthel essaya de rebâtir la cité maudite ; on commençait les travaux quand son fils aîné mourut ; on les terminait quand son dernier fils lui fut enlevé.

Au milieu du carnage et de l'incendie, le serment qui garantissait à Rahab la vie sauve ne fut point oublié. Elle-même avait arboré le signal convenu. Josué lui envoya les deux guerriers qu'elle connaissait pour la protéger et la faire sortir de la ville avec tous ses parents. Cette famille fut ensuite incorporée à la nation ; Rahab épousa Salmon, de la tribu de Juda, et même son nom se rencontra dans la généalogie de Jésus-Christ. Doublement heureuse, elle put échapper aux désastres de la conquête où périrent ses compatriotes, et surtout à l'erreur et au vice, principes funestes de la mort des âmes.

Josué se hâta de mettre à profit l'incroyable terreur qu'inspirait au loin la ruine si prompte de Jéricho. Il fut servi dans ses desseins par l'isolement où se placèrent d'abord ses ennemis pour lui résister. Non-seulement les sept peuplades qui occupaient le pays n'opposèrent pas aux envahisseurs des forces coalisées ni un élan simultané ; mais chacune d'elles ne sut pas même lutter avec ensemble, au moins dès les commencements de la con-

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quête; car autant elle avait de villes importantes, autant elle formait de groupes politiques, dont le chef prenait le titre de roi et se maintenait dans une totale indépendance à l'égard de ses voisins. Toutefois, une ligue s'organisa, mais trop tard pour sauver les intérêts menacés. Josué marcha contre la ville de Haï, à quelques lieues de Galgala, où il avait établi son quartier général. Après un léger échec, il s'en rendit maître et lui fit subir le sort de Jéricho: elle fut livrée aux flammes, et sa population passée au fil de l'épée. On réserva seulement les richesses et les troupeaux. Puis une cérémonie religieuse plaça les vainqueurs sous la protection de Dieu, en les confirmant dans le respect de la loi. Un autel fut dressé sur le mont Hébal, selon le rit prescrit: des victimes y furent immolées. Les prêtres, les juges, les officiers de l'armée, les anciens du peuple, la multitude entière, étaient rangés autour de l'arche d'alliance. Josué bénit la foule, et récita les paroles de gloire et de malheur prononcées par Moïse sur les exécuteurs fidèles et les violateurs du pacte solennellement conclu avec Dieu, rappelant ainsi les conditions auxquelles était attachée la prospérité nationale.

Les coups redoublés qui venaient d'abattre Haï et Jéricho effrayèrent les habitants de Gabaon, métropole de quelques bourgades, et désormais la plus rapprochée des lieux où tombait l'orage. Ils usèrent de ruse: quelques-uns des leurs vinrent au camp en chaussures et en habits vieux, et couverts de poussière, et portant parmi leurs provisions des pains entièrement desséchés. Ils se présentèrent comme ambassadeurs d'un pays lointain, et, grâce à cette fraude, ils purent faire alliance avec les Hébreux, qui ne se semblaient pas disposés à la clémence envers les indigènes. Aussi, lorsque la ruse fut découverte, l'armée voulait traiter sévèrement et surtout piller le petit royaume de Gabaon; mais les chefs firent respecter la parole donnée, bien qu'elle eût été surprise. Les Gabaonites eurent la vie sauve, à condition toutefois qu'ils fourniraient à jamais des hommes pour les plus humbles travaux et le bas service du temple.

Mais Gabaon n'avait pas échappé à tous les périls. En traitant avec l'étranger, elle venait de donner un fâcheux exemple et d'ouvrir le chemin de Jérusalem. Le roi de cette dernière ville entreprit de remédier à ce double mal en punissant de suite ceux qui en avaient posé la cause. Il n'osait pas attaquer les Hébreux, parce que les forces de la ligue nationale n'étaient pas encore réunies; mais, soutenu par quelques princes voisins, il mit le siège devant Gabaon. Josué reçut une députation de ses nouveaux alliés, qui lui demandaient de prompts secours. En effet, il partit à la tête de ses meilleurs soldats, et, après une marche forcée, il tomba sur les assiégeants à l'improviste et avec vigueur. Ceux-ci, déconcertés par cette subite attaque, ne songèrent qu'à fuir; l'épée les décima; le ciel même se déclara contre eux, et une pluie de pierres en abattit un grand nombre. C'est alors que, dans l'enthousiasme de la victoire et saisi par cette puissance du sentiment religieux qui élève l'homme à une hauteur inaccoutumée et le fait entrer dans la familiarité de Dieu, Josué sollicita le temps d'achever en ce jour la défaite des ennemis, et donna des ordres à la nature: « Soleil, arrête-toi sur Gabaon », dit-il, « et toi, lune, n'avance pas sur la vallée d'Aïalon ». La nature entendit cette parole prononcée avec une foi énergique, Jéhovah daignant obéir à la voix d'un homme et combattant pour Israël.

La victoire remportée par Josué sous les murs de Gabaon entraîna d'autres succès. Toute la partie méridionale de Chanaan fut attaquée et soumise dans cette première campagne. A la vérité, le capitaine hébreu ne suivait pas un plan propre à donner de la stabilité à ses conquêtes: au lieu,

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d'occuper sans retour les villes vaincues, il les abandonnait après en avoir exterminé ou mis en fuite les habitants : soit qu'il craignît d'amoindrir ses forces et d'exposer aux attaques de l'ennemi des garnisons disséminées, soit que, ne pouvant satisfaire en même temps toutes ses troupes, d'ailleurs difficiles à conduire, il craignât d'éveiller des jalousies et des murmures, s'il accordait de suite aux unes le repos et le sol qui manquaient aux autres. Il fallait donc promener d'abord des armes triomphantes sur toute la contrée où l'on méditait de s'établir, disperser les populations indigènes en les frappant d'épouvante, et, après cette prise de possession sommaire, procéder au partage général du pays et s'y asseoir définitivement.

Josué n'avait employé qu'une année à parcourir en vainqueur le sud de la Palestine ; mais il ne lui fallut pas moins de cinq ans pour subjuguer le nord. La ligue des princes menacés rassembla des troupes nombreuses près des eaux de Méroun, entre le lac de Tibériade et la source du Jourdain ; elle comptait beaucoup sur sa cavalerie et ses charriots de guerre. Les Hébreux n'avaient pas de chevaux, et ils ignoraient l'art de la défense contre ces chars armés de fers tranchants, qu'on précipitait au milieu des bataillons pour les entamer et les rompre. Josué suppléa par l'activité aux forces qui lui manquaient ; après s'être religieusement assuré du secours de Dieu, il tomba sur les confédérés avec tant de violence et d'imprévu, qu'ils n'eurent pas le temps de se rallier pour faire une résistance sérieuse. Il en périt un grand nombre ; les autres, fuyant la colère du vainqueur, se dispersèrent dans les places fortes qui tenaient encore.

Les travaux de la conquête achevés, Josué s'occupa du partage définitif des terres. Déjà quelques tribus avaient leur lot sur la rive orientale du Jourdain. Des hommes habiles reçurent l'ordre de parcourir le pays, d'en faire le plan et de le diviser en telles portions, qu'il y eut moins d'étendue là où il y aurait plus de fertilité. Ensuite le sort décida de la position respective des douze enfants d'Israël. Siméon et Juda occupèrent le sud, ayant à leurs frontières l'Idumée et l'Arabie Pétrée. Au nord, Azer et Nephtali eurent pour confins la Phénicie et la Syrie. Entre ces points extrêmes et entre le Jourdain et la Méditerranée, les autres fils du patriarche trouvèrent leur place : Joseph figura dans le partage au chef de ses deux fils Ephraïm et Manassé ; Lévi n'eut pas un lot séparé comme les autres : des villes lui furent réservées sur divers points de la Palestine. Chaque tribu dut répéter pour elle-même ce qu'on avait fait pour tout le peuple : diviser ses terres en autant de cantons principaux qu'elle comptait de familles dans son sein, puis les subdiviser en portions applicables aux citoyens. Par cette opération primitive et par les règlements qui en maintinrent le résultat, ce petit peuple hébreu résolvait en naissant, il y a quarante siècles, un problème où le génie des nations modernes hésite, se fatigue et s'épouvante : favoriser l'agriculture et supprimer le prolétariat en morcelant la propriété.

Usé de fatigues encore plus que de vieillesse, bien qu'il fût d'ailleurs d'un âge fort avancé (cent dix ans), Josué mourut en recommandant à ses frères l'exacte observation de la loi. Ses derniers regards purent se reposer avec quelque joie sur le rôle providentiel qu'il venait de remplir : les Chananéens étaient vaincus sans retour ; les Israélites s'étaient fait une patrie ; la religion voyait ses cérémonies observées ; le gouvernement civil et politique, tracé d'avance par Moïse, était en vigueur ; la nation était fondée avec les éléments d'une vie durable. Elle vécut, malgré de rudes épreuves, jusqu'au moment où les aigles romaines l'étreignirent dans leurs serres

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sanglantes, et la précipitèrent, déchirée en lambeaux, sur tous les marchés d'esclaves que possédait l'empire.

Les enfants d'Israël ensevelirent Josué à Tamnath-Saré, sur la montagne d'Ephraïm, au versant septentrional du mont Guas. Du temps de saint Jérôme, on montrait encore ce tombeau, sur lequel on avait gravé l'image du soleil. Longtemps oublié depuis, il vient d'être retrouvé : ses restes ont été vus et décrits par MM. de Saulcy et Guérin.

Josué avec Caleb, comme chefs des explorateurs envoyés par Moïse pour reconnaître la Palestine, portent habituellement la grosse grappe de raisin qui fut montrée aux Israélites comme échantillon de la fécondité du pays. — On le représente aussi ordonnant au soleil de s'arrêter sur la ville de Gabaon.

## CULTE. — ÉCRITS.

La mémoire de Josué a toujours été en bénédiction parmi le peuple de Dieu ; l'Écriture déclare qu'il succéda à Moïse, non-seulement dans la puissance, mais principalement dans l'esprit de prophétie ; qu'il fut prédestiné pour sauver les élus de Dieu, pour renverser ses ennemis et pour acquérir à Israël l'héritage que le Seigneur lui avait préparé. Aussi les Juifs l'ont-ils toujours honoré comme un sauveur, et les chrétiens comme une image du divin rédempteur de nos âmes. Les Juifs célébraient sa mort par un jeûne public établi au vingt-sixième jour de Nisan, qui était le premier mois de leur année ecclésiastique. Les chrétiens honorent sa mémoire le 4e jour de septembre que les Grecs ont choisi comme répondant au commencement de l'indiction impériale ou année grecque.

Josué est l'auteur du livre de nos Bibles qui porte son nom. On ne sait pas au juste l'année qu'il le commença ; mais il est certain qu'il ne l'acheva qu'après la tenue de l'assemblée qu'il avait convoquée à Sichem (aujourd'hui Napiouse, ville de Palestine), puisqu'il en parle fort au long dans ce livre. Il contient ce qui s'est passé de plus remarquable depuis la mort de Moïse jusqu'à la sienne, c'est-à-dire durant l'espace d'environ dix-sept ans qu'il gouverna Israël. On peut le diviser en trois parties : la première (I-XIII) est une histoire de la conquête de la terre de Chanaan ; dans la seconde (XIII-XXIII), Josué fait le partage de la terre promise ; dans la troisième (XXIII et XXIV), il raconte la manière dont il renouvela l'alliance entre le Seigneur et son peuple.

Saint Jérôme, dans le dénombrement abrégé qu'il fait des livres de l'Ancien et du Nouveau Testament, dit de Josué qu' « il décrit mystiquement le royaume spirituel de la céleste Jérusalem et de l'Église dans les bourgs, les villes, les montagnes, les sources, les torrents, et les limites de la Palestine ».

Les Juifs se servent encore aujourd'hui d'une formule de prières qu'ils récitent ordinairement au sortir de la synagogue et dont ils font honneur à Josué.

Nous avons tiré le fond de cette biographie : des Femmes de la Bible, par Mgr Darboy ; de l'Histoire de l'Église, par Ducros ; de l'Histoire des Auteurs sacrés et ecclésiastiques, par Dom Remy Cellier et des Soirées de l'Ancien Testament, par Balthus.

## SAINT GÉDÉON OU JÉROBAAL,

## JUGE ET GÉNÉRAL DES HÉBREUX.

1309 avant Jésus-Christ.

De même que Gédéon, Jésus-Christ ne veut pour soldats que ceux qui usent de ce monde comme en passant ; avec douze Apôtres il marche à la conquête de l'univers, ayant pour armes la trompette de la prédication et le flambeau de la foi.

Éloge de Gédéon.

Lorsque Dieu eut appelé à lui Débora la prophétesse (1356 avant Jésus-Christ), Israël entra de nouveau dans les voies de l'iniquité, et provoqua la

SAINT GÉDÉON OU JÉROBAAL, JUGE ET GÉNÉRAL DES HÉBREUX. 387

colère de Dieu par de criantes ingratitudes. Elle ne tarda pas à éclater d'une manière bien sensible aux prévaricateurs. Ils tombèrent cette fois entre les mains des Madianites. Ceux-ci entraient tous les ans sur leurs terres et inondaient tout le pays. Leur nombre était si grand, qu'on les comparait à des nuées de sauterelles; ils portaient avec eux leurs pavillons, conduisaient leurs troupeaux, campaient au milieu des champs. Une contrée ruinée, une autre était envahie. Ils désolaient les bourgs et les villages, et s'en retournaient pour revenir au moment opportun. Après sept années consécutives de vexations, les enfants d'Israël ouvrirent les yeux, pleurèrent leurs ingratitudes et supplièrent la divine Miséricorde de les délivrer des mains de leurs cruels ennemis. Le souverain Maître daigna les écouter.

Dans Ephra, petite ville de la tribu de Manassès, était un homme d'un âge mûr, appelé Gédéon. Il s'occupait à battre son blé dans un pressoir, de peur d'être surpris par les Madianites, lorsque tout à coup il aperçut un personnage dans lequel paraissait quelque chose de divin; il était assis sous un chêne, non loin de sa demeure; c'était un messager céleste sous la forme d'un voyageur. L'inconnu ayant abordé Gédéon, il le salua et lui dit : « Le Seigneur est avec vous, ô le plus brave des enfants d'Israël ! » — « Si le Seigneur est avec nous », reprit Gédéon, « pourquoi donc sommes-nous si misérables? Où sont les merveilles du Tout-Puissant que nous ont tant de fois racontées nos pères? » L'ange jeta sur Gédéon un regard plein de bonté et de douceur, et lui dit : « Non, le Seigneur ne vous a pas abandonnés; c'est vous, Gédéon, qu'il a choisi. Allez, servez-vous du courage qu'il vous a donné, et vous délivrerez Israël de la persécution des Madianites. Sachez que c'est moi qui vous ai choisi de la part du Très-Haut pour être l'instrument de ses miséricordes; c'est moi qui vous envoie ». — « Mais, je vous en prie, mon Seigneur, comment ferai-je pour délivrer Israël, moi dont la famille est la moindre de la tribu de Manassès, et qui suis, en outre, le dernier de la famille de mon père? » — « Lorsque l'homme s'humilie, c'est alors qu'il devient capable de grandes choses. Je serai avec vous », reprit l'envoyé céleste, « et vous frapperez les nombreuses armées des Madianites, comme si vous n'aviez à combattre qu'un seul homme ». — « S'il en est ainsi », reprit Gédéon, « si vous êtes l'envoyé du Seigneur, ne vous offensez pas et souffrez, je vous prie, que je vous demande un signe qui m'assure que vous êtes ce que vous dites, et que je croie. Ne quittez point cette place; je reviens à l'instant. Je vous apporterai de la nourriture, que je vous offrirai ». — « Allez », lui dit l'ange, « j'attendrai votre retour ». Gédéon part aussitôt, entre dans sa maison, fait cuire un chevreau, prépare des pains azymes et s'empresse de revenir. Il place le repas sous le chêne et l'offre au voyageur. « Prenez ces viandes et ces azymes », lui dit l'ange, « placez-les sur la pierre qui est devant vous, et soyez attentif ». Alors, du bout de la baguette qu'il tenait à la main, il toucha les viandes, un feu subit sortit de la pierre, dévora l'holocauste, et l'ange disparut. Gédéon crut qu'il mourrait, parce qu'il avait vu un ange et qu'il lui avait parlé; mais le Seigneur le rassura, et il ne pensa plus qu'à mettre à exécution les ordres qu'il venait de recevoir.

La nuit suivante, il prit avec lui dix serviteurs, et alla, par ordre du Seigneur, vers l'autel de Baal, le renversa, coupa par le pied les arbres qui l'entouraient; et, en ayant dressé un à l'endroit où il avait vu le sacrifice consumé par le feu du ciel, il y offrit un holocauste. Mais le lendemain, les habitants, à la vue de leur autel renversé, entrèrent en fureur. Ils coururent chez Joas, père de Gédéon : « Livrez-nous votre fils », s'écriaient-ils,

1er SEPTEMBRE.

« il mérite la mort, il a détruit l'autel de Baal ». — « Vous badinez », dit le père de l'accusé à ses compatriotes. « Quoi ! vous vous faites les vengeurs de Baal ! Ce dieu, sans doute, ne pourra se défendre si vous ne lui prêtez vos bras !... Vous croyez donc bonnement que s'il veut punir le téméraire qui a renversé son autel, il sera forcé de mendier votre secours ? Croyez-moi, laissez à Baal le soin de ses intérêts ; s'il est dieu tout-puissant, son ennemi est un homme mort, qui ne verra pas le jour de demain ». Ce discours calma leur fureur, et on ne parla plus de mettre Gédéon à mort. C'est ainsi que Dieu choisit souvent les plus faibles pour faire de grandes choses, afin d'humilier les superbes et de montrer sa puissance à ceux qui comptent sur leurs propres forces.

Pendant que les Madianites et leurs alliés passaient le Jourdain, comme à l'ordinaire, pour venir camper dans les belles vallées de Jezraël, l'esprit du Seigneur se saisit de Gédéon. Celui-ci sonna de la trompette, assembla auprès de lui la maison d'Abiézer, c'est-à-dire ses parents, sa famille, ses concitoyens. Il envoya ensuite dans les tribus d'Israël, annonçant qu'il allait marcher contre les Madianites. Peu de temps après, il était à la tête de trente-deux mille hommes. Alors il fit cette prière : « Seigneur, s'il est vrai que, par mon ministère, vous devez sauver Israël, donnez une preuve de la vérité de ma mission. Je vais étendre une toison de laine sur la place ; si la terre demeure sèche et que la rosée ne tombe que sur la toison, ce sera une marque que vous affranchirez votre peuple par mon ministère ». Le prodige arriva selon que le général l'avait demandé. Il en sollicita un second : « Seigneur », dit-il, « ne vous mettez pas en colère si je vous demande encore un prodige. Faites maintenant que la terre soit trempée de rosée et que la toison seule demeure sèche ». Le Seigneur se rendit aux désirs de son serviteur.

Le général ne balança plus : à la tête de son armée, il alla camper à la vue des Madianites qui s'étendaient dans la vallée de Jezraël, au nombre de cent trente-deux mille. « Vous avez trop de monde », lui dit le Seigneur, « Madian ne sera pas livré entre vos mains. Israël s'attribuerait l'honneur de la victoire ; il dirait : C'est par mes propres forces que j'ai secoué le joug de l'oppression. Faites donc publier par tout le camp que ceux qui éprouvent quelque crainte s'en retournent chez eux ». A cet avertissement, vingt-deux mille se retirèrent. « C'est encore trop de soldats », lui dit le Seigneur. « Un torrent va se présenter à vous : mettez de côté ceux qui prendront de l'eau dans le creux de la main pour la porter à la bouche, et de l'autre ceux qui mettront les genoux en terre pour boire à leur aise : vous renverrez ces derniers ». Il s'en trouva neuf mille sept cents, en sorte que l'armée de Gédéon, composée de trente-deux mille hommes, était réduite à trois cents. « C'est avec ce petit nombre », lui dit le Tout-Puissant, « que je délivrerai mon peuple, et que je vous donnerai la victoire sur Madian ». Gédéon mit sa confiance en Dieu, duquel il attendait tout le succès de l'entreprise. Sûr de vaincre, il n'attendait que l'ordre du combat, et ses hommes ne soupiraient qu'après le moment où il les mènerait à l'ennemi. Telles étaient les dispositions de l'armée, lorsque Gédéon, accompagné d'un seul de ses domestiques, nommé Phara, partit secrètement durant la nuit ; il se glissa, sans être aperçu, si près de la garde avancée des ennemis, qu'il était à portée d'entendre ce que disait la sentinelle. Leur multitude paraissait innombrable et semblable à des nuées de sauterelles qui remplissaient toute l'étendue de la vallée. Leurs chameaux, couchés au milieu de leur camp, paraissaient si nombreux, qu'ils pouvaient être com-

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parés aux grains de sable qui couvrent les bords de la mer. Cependant deux Madianites s'entretenaient ensemble ; l'un racontait un songe qu'il avait eu : « Je m'imaginais », disait-il, « voir durant mon sommeil un pain d'orge cuit sous la cendre ; ce pain me paraissait rouler du haut de la colline dans notre camp ; je l'ai vu passer jusqu'à la tente du général, la culbuter de son poids et la renverser par terre ». — « Ce songe est sérieux », répondit le soldat madianite à qui il parlait ; « voici sans doute ce qu'il nous annonce : Ce pain d'orge est l'épée de l'israélite Gédéon, fils de Joas ; le Dieu qu'il adore lui a livré Madian et tous ses alliés ; c'en est fait, nous sommes perdus ». Le général hébreu, après avoir entendu ces paroles, rendit grâces au Seigneur, et reprit le chemin de son camp.

Pendant le temps de la nuit, Gédéon, toujours conduit par l'esprit du Seigneur, assemble sa petite troupe autour de lui et l'anime par ces paroles : « Soldats, du courage, ne perdons pas de temps ; les Madianites sont à nous, le Seigneur les a livrés entre nos mains ». Il dit, et divisant ses hommes en trois corps, il leur mit en main des vases de terre renfermant une lampe allumée, et des trompettes, leur prescrivant l'usage qu'ils devaient en faire. Chaque corps marche à l'ennemi du côté qui lui est assigné. Le moment arrivé, Gédéon donne le signal convenu. Au même instant, les vases se heurtent et se brisent avec un fracas épouvantable ; on élève en l'air les flambeaux allumés que l'on tient de la main gauche ; et les trompettes, dans la main droite, retentissent avec force. Ce bruit, qui cause l'effroi, est interrompu de temps en temps pour faire place à ces mots que les Israélites, dans leurs trois différents postes, font retentir : « L'épée du Seigneur et l'épée de Gédéon ! » Ils continuent, et de faire sonner les trompettes, et de crier alternativement : « L'épée du Seigneur et l'épée de Gédéon ! » tenant toujours leurs flambeaux à la main. Le glaive du Tout-Puissant était en effet suspendu sur le camp des Madianites. Une frayeur soudaine s'était répandue dans le cœur de tous les soldats ; tout y était dans le tumulte, le désordre et la confusion ; chacun fuyait au milieu des ténèbres d'une sombre nuit ; on se culbutait, on s'égorgeait sans pouvoir se reconnaître ; c'est ainsi que le reste de la nuit se passa. En quelques heures, la vallée se trouva teinte de sang, et Israël n'avait pas tiré l'épée. Le jour parut, et les malheureux, échappés au carnage, s'enfuyaient, laissant dans leur camp une quantité prodigieuse de morts. Au bruit de cette victoire, les troupes que Gédéon avait congédiées se rassemblèrent, se joignirent aux tribus d'Azer, de Nephtali et de Manassès ; de toutes parts on tomba sur les fuyards et on en fit un grand carnage. D'un autre côté, le général envoya des émissaires à la tribu d'Ephraïm, pour lui dire d'occuper les passages le long du Jourdain, et de contribuer au triomphe d'Israël. En sorte que de cette prodigieuse multitude, de cette armée formidable de Madianites, il n'y eut que quinze mille qui repassèrent de l'autre côté du fleuve, encore la plupart furent-ils mis à mort par ceux qui étaient à leur poursuite.

Les enfants d'Ephraïm, jaloux de la gloire que Gédéon s'était acquise, lui firent des reproches amers de ce que lui, qui n'était que de la tribu de Manassès, avait battu les Madianites sans partager, avec Ephraïm, l'honneur du combat. Mais il sut les calmer par sa modestie : « Qu'ai-je fait », dit-il, « qui égalât les brillants avantages que le Seigneur vous a fait remporter sur l'ennemi ? Un raisin d'Ephraïm ne vaut-il pas mieux que toutes les vendanges d'Abiézer ? » Cette réponse humble et flatteuse les apaisa.

Gédéon, après avoir congédié ses braves soldats, était revenu dans sa patrie. Alors les magistrats, les anciens de toutes les tribus, vinrent trouver

4e SEPTEMBRE.

leur libérateur, apparemment dans la ville d'Ephra, son séjour ordinaire. Ils le félicitèrent au nom de tout le peuple, comme étant leur sauveur, leur libérateur et l'homme de la droite de Dieu ; et si la modestie de ce grand homme n'eût égalé son courage, au lieu du nom de juge, il eût porté dès lors celui de roi. « Nous venons », dirent-ils, « vous offrir, dans tous les Israélites, de fidèles et dévoués serviteurs ; soyez notre juge, notre prince. Non-seulement nous vous présentons la couronne, mais nous voulons que de vous elle passe à votre fils, au fils de votre fils et à vos descendants les plus reculés ». — « Non », reprit le modeste général, « je ne serai pas votre roi, et mon fils ne portera pas le sceptre d'Israël. Me préserve le ciel de me parer d'un titre que notre Dieu s'est réservé ; c'est lui qui est notre roi, c'est lui qui nous gouvernera, c'est à lui que nous obéirons ». Lorsque les ambassadeurs se furent retirés, Gédéon ne s'occupa plus qu'à remplir les devoirs de sa charge. Il avait environ trente ans de judicature lorsqu'il mourut. Il laissa une nombreuse famille. On l'enterra à Ephra, dans la sépulture de Joas, son père. Les fidèles Israélites donnèrent des larmes sincères à leur libérateur.

Les représentations de Gédéon rappellent principalement le prodige de la toison, qui est regardée par les saints Pères comme figure prophétique de la maternité virginale de Marie.

Nous avons tiré le fond de cette biographie d'un ouvrage anonyme intitulé : *Les Merveilles de l'Histoire du peuple de Dieu*.

Événements marquants

  • Succession de Moïse à la tête des Hébreux
  • Passage miraculeux du Jourdain à pied sec
  • Prise de Jéricho après la chute des murailles
  • Victoire à Gabaon avec l'arrêt du soleil
  • Partage de la Terre Promise entre les douze tribus
  • Mort à l'âge de cent dix ans

Miracles

  • Ouverture des eaux du Jourdain
  • Chute spontanée des murailles de Jéricho
  • Arrêt du soleil et de la lune sur Gabaon
  • Pluie de pierres sur les ennemis

Citations

Soleil, arrête-toi sur Gabaon, et toi, lune, n'avance pas sur la vallée d'Aïalon.

— Texte source (Livre de Josué)