Saint Léobard (Libert)
Reclus en Touraine
Résumé
Originaire d'Auvergne, Léobard renonce à un mariage arrangé après la mort de ses parents pour se consacrer à Dieu. Il s'établit comme reclus près de l'abbaye de Marmoutier en 571, où il passe sa vie dans la prière, le travail manuel et la transcription de textes sacrés. Reconnu pour ses miracles, notamment la guérison des fiévreux, il meurt en 593.
Biographie
SAINT LÉOBARD OU LIBERT, RECLUS EN TOURAINE (593).
Léobard, appelé vulgairement Libert, était né en Auvergne d'une famille honnête. Son cœur se trouva tourné vers Dieu dès sa première jeunesse par un heureux penchant que la grâce lui avait donné. Il fut envoyé aux écoles publiques lorsqu'il fut en âge de pouvoir étudier les lettres humaines, et ce qu'il fit le plus ordinairement en dehors de ses devoirs de classe, fut d'apprendre des psaumes de David, et de faire des lectures de piété dans les heures que ses compagnons employaient au divertissement. De sorte que sans savoir que Dieu le destinait à la vie cléricale et régulière, il se préparait insensiblement au ministère du Seigneur, par l'innocence de ses mœurs et par les exercices de la piété. Il sortit du collège sans y avoir contracté la corruption qui se répand ordinairement dans la société des jeunes gens qui vivent ensemble, et qui se communiquent plus souvent leurs défauts que leurs qualités.
Lorsqu'il fut en âge de majorité, ses parents le pressèrent si fortement de songer au mariage, quoiqu'ils eussent encore d'autres enfants, qu'il ne put s'en défendre. Le contrat fut passé avec la fille qu'ils lui présentèrent; les arrhes de la foi conjugale, la bague, la chaussure et les autres présents de noces furent donnés à l'épouse future, et le jour des fiançailles fut même célébré avec toutes les solennités ordinaires. Mais la mort précipitée du père et de la mère de Léobard recula cette affaire de telle sorte que quand le deuil fut expiré, il alla trouver son frère qui avait déjà sa famille séparée, pour lui remettre entre les mains toutes les marques de l'engagement qu'il avait contracté avec sa fiancée. Ayant trouvé ce frère enseveli dans le vin, il ne put tirer aucune raison de lui, et il n'en fut même pas reconnu. Il fut obligé de se retirer dans une misérable auberge et de passer la nuit dans une étable auprès de son cheval. Le chagrin qu'il avait eu de l'état où s'était trouvé son frère l'ayant réveillé vers l'heure de minuit, il se leva et se mit en prières, et passa le reste de la nuit à remercier Dieu des grâces qu'il avait reçues de sa bonté depuis qu'il lui avait donné l'être jusqu'alors.
Il accompagna sa prière de larmes si abondantes, qu'il était aisé de juger qu'il avait le cœur tout pénétré de reconnaissance pour son Créateur et son Rédempteur.
Ce fut dans cet intervalle, dit saint Grégoire de Tours, que le Tout-Puissant résolut de rompre les liens qui retenaient encore Léobard dans le monde, de sorte que dès la pointe du jour il monta à cheval pour retourner chez lui, et comme il méditait en chemin sur les moyens qu'il pourrait prendre pour se retirer, il lui vint en pensée d'aller consulter Dieu au tombeau de saint Martin de Tours, l'oracle commun de la France, et le théâtre le plus fréquent des miracles que la vertu divine opérait en ces siècles. Il prit aussitôt le chemin de la ville de Tours sans descendre chez lui, entra dans l'église de Saint-Martin, fit ses prières pendant quelques jours, après quoi il passa la Loire et alla se renfermer près de l'abbaye de Marmoutier, dans une petite loge vacante par la retraite récente d'un reclus nommé Alaric. Ce qui arriva l'an de Jésus-Christ 571, qui était la dixième année du règne des trois frères Gontran, Chilpéric et Sigebert.
Il consacrait presque toute sa journée à la récitation de l'office divin. Il mettait aussi son plaisir à transcrire sur des parchemins qu'il polissait lui-même les Psaumes et d'autres passages de la sainte Écriture. Il était suave dans sa conversation, touchant dans ses exhortations.
Il régla sa vie de telle façon qu'en peu de temps il acquit toutes les vertus qui font les Saints.
Sa grotte, qui était trop étroite, lui causait de grandes incommodités : il prit de là occasion de creuser le roc, autant pour la rendre plus spacieuse que pour se mortifier par un travail très-pénible.
Dieu, qui n'est jamais ingrat à l'endroit de ses serviteurs, lui départit avant tant d'abondance le don des miracles que sa salive suffisait pour guérir les plaies et les maladies de peau les plus invétérées, les plus graves. Et comme il avait éteint en sa personne le feu de la concupiscence, de même, avec le seul signe de la croix, il éteignait l'ardeur des fièvres les plus dévorantes.
Un aveugle sollicita sa guérison pendant trois jours à la porte de sa cellule : à la fin, il étendit la main sur lui et lui rendit la vue.
Il y avait vingt-cinq ans qu'il luttait contre lui-même lorsqu'au mois de décembre de l'année 592, il annonça qu'avant l'équinoxe de l'année suivante il passerait à une vie meilleure. Un jour de dimanche, en effet, il dit au compagnon de sa solitude de lui préparer à manger, et d'aller voir ensuite si les fidèles sortaient de la messe. Pendant que son compagnon exécutait la dernière partie de cet ordre, saint Léobard ferma les yeux et remit son esprit entre les mains des anges.
Son corps fut d'abord enseveli dans sa cellule, dans la tombe qu'il s'était préparée lui-même. Plus tard, il fut transporté dans l'église de Saint-Paul de Clermont.
On l'a représenté creusant sa grotte sur le flanc de la colline de Marmoutier.
La fête de saint Léobard d'Auvergne se célèbre à Tours le 12 et à Saint-Flour le 13 février.
Une église fut élevée à Tours en l'honneur du pieux solitaire de Marmoutier. Cette église, construite sur le quai du Vieux-Pont, à l'angle de la rue de la Bretonnerie, non loin du pont suspendu de Saint-Symphorien et de la tour de Guise, était visitée par les fiévreux qui venaient demander au Saint leur guérison. La chapelle de Saint-Libert relevait de l'autorité du roi de France, à cause de son château de Tours qui était voisin. Elle était depuis longtemps sous la dépendance du chapitre de la cathédrale, qui, tous les ans, le vendredi de la semaine de la Passion, y faisait une station, lorsque la Révolution de 93 la détourna de sa pieuse destination. On en fit une fabrique de salpêtre. Les murs de cette petite chapelle sont encore debout. Du côté de la Loire, cet édifice est presque entièrement masqué par un petit mur de briques, récemment construit. L'entrée principale est du côté occidental. Le portail, enfoncé dans le sol, possède encore quelques chapiteaux. Sa voussure est fermée de courbes inégales et irrégulières, et l'exécution en est assez grossière. Quelques modillons fantastiques qu'on aperçoit, çà et là, accusent l'époque à laquelle elle fut construite, dans la première moitié du XIXe siècle. Aujourd'hui cette église sert de hangar, de serre-bois, et on lit sur le mur du nord : *murs à oeuvre*. Que de ruines semblables n'aurions-nous pas à déplorer, et qui, malgré les pieux souvenirs qu'elles rappellent, n'ont aucune espérance d'être relevées!
---
## SAINT FAZZIO, ORFÈVRE DE VÉRONE (1272).
Fazzio naquit l'an 1190 à Vérone, dans le royaume Lombard-Vénitien, de parents vertueux qui de bonne heure l'accoutumèrent à la piété et au travail, et lui firent apprendre l'état d'orfèvre. Son activité et son zèle, lui ayant attiré la confiance du public, firent prospérer sa maison, mais éveillèrent en même temps chez ses confrères une jalousie de métier qui les anima tellement contre lui qu'ils lui firent éprouver toute espèce de désagréments. Après avoir longtemps enduré leurs persécutions, il quitta sa ville natale, se rendit à Crémone, où il fit don aux pauvres et aux églises de tout le fruit de son industrie. Il se concilia par là l'affection des habitants et fut nommé directeur du comité des pauvres.
Cependant il se dit qu'il ne suffisait pas de se soustraire à ses ennemis, mais qu'il fallait selon le commandement de notre divin Maître, se réconcilier avec eux. Il résolut donc de retourner dans sa ville natale. Ce fut avec beaucoup de peine que les Crémonais le laissèrent partir ; ils employèrent tout pour le détourner de son projet ; ils ne purent y réussir. Fazzio partit ; mais, arrivé à Vérone, il vit que la méchanceté de ses ennemis l'avait déjà prévenu. Les autorités reçurent un acte d'accusation dirigé contre lui ; on suborna de faux témoins qui, pour de l'argent, déposèrent contre lui ; et à peine arrivé il fut jeté en prison. Tout le monde était convaincu de son innocence ; cependant il demeura privé de sa liberté jusqu'à ce que la Providence suscitât pour sa délivrance un événement tout particulier.
Les Véronais furent, sans s'y attendre, attaqués par ceux de Mantoue ; et comme ils n'étaient pas en état de résister à leurs ennemis, ils implorèrent le secours de leurs voisins, entre autres des Crémonais, qui accueillirent leur demande, mais en stipulant, comme condition expresse du secours qu'ils leur envoyaient, la mise en liberté de Fazzio injustement arrêté et retenu en prison ; les autorités de Vérone y acquiescèrent d'autant plus volontiers que jusqu'alors personne ne s'était trouvé qui eût pu convaincre le vertueux prisonnier du crime dont il était accusé. Fazzio fut donc relâché avec la permission de s'établir à Vérone ou ailleurs. Il alla se fixer à Vérone.
Cet homme pieux et fervent se hâta une chapelle dans cette ville, et fonda un ordre religieux auquel il donna le nom d'O deo du Satur-E-pret. Le but était de soigner les malades, de visiter les prisonniers, de soulager et de consoler les pauvres et de pratiquer d'autres œuvres de charité.
L'évêque de Crémone, grand admirateur de la conduite irréprochable et de la sagesse du vertueux Fazzio, le nomma visiteur général des couvents de son diocèse, emploi dont il s'acquitta avec la plus grande exactitude jusqu'à l'époque de sa mort, arrivée en 1272, dans la quatre-vingt-deuxième année de son âge. Il possédait le don des miracles ; il s'en opéra aussi après sa mort par son intercession. Il est encore aujourd'hui en grande vénération à Crémone. Quoiqu'il n'ait pas été solennellement mis au nombre des Saints, il se trouve cependant dans le catalogue hagiologique d'Italie ; et le Saint-Siège a approuvé son office pour les églises de Crémone et de Vérone.
Voir les Bollandistes ; 18 janvier. ; Philipp. Ferrarius, in gen. Cet. Cremona in Gallia Cicalpina ; Merula, in sanctuaria Cremonensi ; Benoit Piltovin, Légende des Saints de Dieu, et des patrons honorés en Autriche, en Hongrie et à Salzburg ; 1922, p. 18 et suivantes.
Événements marquants
- Études des lettres humaines et des psaumes
- Fiançailles forcées par ses parents
- Mort de ses parents et rupture de l'engagement de mariage
- Pèlerinage au tombeau de saint Martin de Tours en 571
- Retraite comme reclus près de l'abbaye de Marmoutier
- Travail de transcription de la sainte Écriture
- Creusement de sa propre grotte dans le roc
Miracles
- Guérison de plaies et maladies de peau par sa salive
- Guérison des fièvres par le signe de la croix
- Restitution de la vue à un aveugle après trois jours de prière