Saint Sulpice-Sévère

Disciple de Saint Martin, Prêtre et Confesseur

Fête : 29 janvier 5ᵉ siècle • saint

Résumé

Magistrat aquitain de noble lignée, Sulpice-Sévère quitte le monde à la mort de sa femme pour devenir le disciple fervent de saint Martin de Tours. Historien célèbre surnommé le 'Salluste chrétien', il consacre sa vie à la prière, à la pauvreté et à l'écriture des vertus de son maître. Après un bref égarement doctrinal, il s'impose un silence pénitentiel jusqu'à sa mort vers 420.

Biographie

SAINT SULPICE-SÉVÈRE, DISCIPLE DE SAINT MARTIN

Vers 420. — Pape : saint Boniface Ier. — Roi des Francs : Pharamond.

L'historien de saint Martin, Sulpice-Sévère, fut un grand homme par sa naissance, son savoir et son humilité chrétienne. Saint Paulin de Nole en parle comme d'un prêtre orné des vertus les plus remarquables. Originaire de l'Aquitaine, il fut dans sa jeunesse une des gloires de la magistrature, et il comptait dans sa famille plusieurs consuls romains. Un avenir de gloire et de bonheur s'ouvrait devant lui, lorsque, douloureusement atteint dans ses plus chères affections par la mort de sa jeune femme, il résolut de quitter le monde, où il était heureux et honoré, pour vivre dans la solitude.

La renommée de saint Martin était parvenue jusqu'à lui, quelques-uns prétendent même qu'il fut converti par la prédication du saint évêque de Tours. Quoi qu'il en soit, il vint le trouver à Marmoutier pour être témoin de ses vertus, lui demander ses conseils, et aussi, paraît-il, dans le dessein secret de faire connaître par ses écrits la sainteté du grand évêque, si elle répondait à la hauteur de sa réputation. Saint Martin accueillit le jeune gentilhomme avec une grande bonté; il le reçut à sa table, lui présenta l'eau pour se laver les mains, et le soir il voulut lui-même laver ses pieds. Sulpice, touché d'une si profonde humilité, déjà subjugué par une si grande sainteté, ne sut pas résister, et à partir de ce moment, son esprit et son cœur subirent avec la docilité d'un enfant, l'ascendant des vertus du saint évêque.

Leur entretien roula sur la vanité du monde et sur les avantages de le quitter pour suivre Jésus-Christ. A l'appui de ses paroles, saint Martin cita l'exemple de Paulin, qui venait d'abandonner de grands honneurs et des richesses immenses pour embrasser, dans toute leur rigueur, les conseils évangéliques.

Sulpice répondit avec empressement aux exhortations du grand évêque, et plus tard il se lia d'une sainte amitié avec celui qu'il lui proposait pour modèle. Ils entrèrent en relations et s'excitèrent mutuellement à la vertu et au mépris du monde. Mais cette affection ne l'emporta jamais sur celle qu'il avait vouée à saint Martin. Il revenait constamment à Marmoutier pour le voir, pour l'entendre, et il devint un de ses plus fervents et plus chers disciples.

Dans ces nombreuses visites il connut saint Clair, ce très-noble enfant, comme il l'appelle, que saint Martin aima d'un si profond et si pur amour.

Il raconte qu'étant un jour plongé dans un de ces demi-sommeils dans lequel on se sent dormir, saint Martin lui apparut, revêtu d'une robe blanche, le visage rayonnant et les yeux brillant d'un éclat inaccoutumé. Le saint évêque, dit-il, tenait à la main et me présentait, en souriant, le livre que j'ai écrit sur lui. J'embrassai ses genoux, et, selon ma coutume, je demandai sa bénédiction. Je sentis alors sa main s'appuyer doucement sur ma tête... j'entendis les paroles solennelles de la bénédiction, et, comme il traçait sur ses lèvres le signe de la croix qui lui était habituel, il disparut et, devant moi, il fut enlevé au ciel. Peu après, je vis le saint prêtre Clair, son disciple, mort depuis quelques jours, s'avancer par le même chemin que son maître. Je voulus les suivre, et, comme je faisais des efforts pour monter avec eux, je m'éveillai.

Sulpice était à peine éveillé, que deux moines, arrivant de Tours, sont introduits en sa présence, et lui annoncent la mort de saint Martin. « Les larmes me vinrent aussitôt aux yeux », écrit-il à Aurélius, « et à l'heure où je vous écris je pleure encore amèrement ».

A la mort de l'évêque de Tours, il demanda comme une grande faveur la permission d'habiter sa cellule. Il y demeura pendant cinq ans, dans la prière et la solitude, achevant d'écrire la vie de son maître et de son ami.

On sait quel succès obtint cette vie de saint Martin. Elle fut bientôt connue jusque dans les solitudes de l'Orient, et saint Paulin, qui la fit connaître à Rome, où on la lisait avec une pieuse avidité, écrivait à Sulpice : « Vos discours, aussi chastes qu'éloquents, montrent bien que vous êtes l'azyme du Christ, et jamais il ne vous eût été donné d'écrire si dignement de saint Martin, si votre cœur n'eût rendu vos lèvres dignes de célébrer ses louanges ».

En écrivant, le pieux auteur ne s'était point proposé d'attirer les regards des hommes et d'appeler leurs éloges. Il a voulu, comme il le dit avec une aimable franchise, montrer que le chrétien doit chercher la vie éternelle plutôt qu'une mémoire immortelle. Et ce n'est ni en écrivant, ni en combattant, ni en philosophant qu'on atteint ce but, mais par une vie sainte.

Saint Paulin, évêque de Nole, sollicita vivement Sulpice-Sévère de venir habiter avec lui. Deux fois, l'humble prêtre avait tout préparé pour le départ, et deux fois la maladie y avait mis obstacle. Un échange de correspondance eut lieu alors entre les deux amis. Rien n'est suave et affectueux comme ces pieux entretiens. On y voit leur tendresse mutuelle et la pureté de leurs cœurs, toujours avides de faire de nouveaux sacrifices et d'acquérir de nouvelles vertus. Paulin, plein d'admiration pour les mérites de Sulpice, se plaît à les rappeler, et il trouva ainsi moyen de s'humilier lui-même en se comparant à son ami qui, « après avoir été l'admiration du barreau et avoir remporté les palmes de l'éloquence, a tout à coup secoué le joug du péché et brisé les funestes chaînes de la chair et du sang ».

Saint Sulpice avait, en effet, grandi dans la pratique du renoncement et dans l'amour de la pauvreté. Il avait vendu tous ses biens et en avait donné le prix aux pauvres. Il s'était réservé une petite terre où il établit un monastère. Retiré dans cette solitude, il recevait les pauvres, les voyageurs, et il se plaisait au milieu de quelques disciples qu'il avait réunis en communauté sur le modèle de celle de Marmoutier. Ils menaient tous une vie pénitente et mortifiée, leurs vêtements étaient faits de peaux de bêtes, leurs cheveux rasés, et ils s'appliquaient à affaiblir leurs corps par les jeûnes et les veilles, afin de donner plus de vigueur et d'énergie à leurs âmes. Sulpice ne le cédait à aucun de ses disciples dans ces pacifiques et pénibles luttes de la perfection.

Il écrivait à Paulin pour l'initier à tous les usages qui se pratiquaient dans ce petit monastère, et il lui députa un jour un de ses disciples, nommé Victor, qui avait fait à Tours son noviciat à la vie religieuse. Il l'avait chargé de remettre au saint évêque un cilice. Paulin ne voulut pas le céder en générosité à son ami, et il lui retourna une tunique de laine qui avait été tissée par sainte Mélaine. « Le jour où j'ai reçu ce vêtement », écrit-il, « je vous l'ai destiné. J'ai voulu cependant le porter avant de vous l'envoyer, afin d'en diminuer la rudesse... Il m'a semblé aussi qu'en me servant d'un habit que je regardais comme le vôtre, j'aurais quelque part aux bénédictions que vous recevez du ciel et que je pourrais véritablement dire que j'étais revêtu de votre vêtement ».

Tels étaient les échanges que l'amitié suggérait à ces deux saints ! Une autre fois saint Sulpice a choisi un cuisinier pour son ami, et il le lui annonce dans un gracieux et charmant badinage : « J'ai appris », dit-il, « que tous les cuisiniers ont renoncé à vous servir. — Ils dédaignent sans doute de préparer de maigres ragoûts. — Je vous envoie, de mon office, un jeune garçon fort habile à cuire la fève, à assaisonner quelques herbes avec du vinaigre et à préparer des plantes aromatiques.

« Je vous le donne avec ses défauts et ses qualités, non comme un esclave, mais comme un fils... J'aurais voulu moi-même vous servir à sa place : tenez compte de ma bonne volonté et accordez-moi un souvenir au milieu de vos bienheureux repas ».

Saint Sulpice avait conservé une si douce mémoire et une si tendre affection pour son maître dans la vie spirituelle, que chaque année il revenait, du fond de l'Aquitaine, visiter le sépulcre de saint Martin et les lieux qu'il avait sanctifiés.

Une si constante et si affectueuse fidélité pour la mémoire du saint évêque n'empêcha point Sulpice de tomber dans l'hérésie des Millénaires, quelques-uns disent des Pélagiens. Il était alors avancé en âge. Son humilité et la grâce divine le préservèrent de l'opiniâtreté, il reconnut bientôt son erreur, la pleura amèrement, et il se condamna au silence jusqu'à la fin de sa vie, voulant ainsi expier la faute qu'il avait commise par ses discours. Il prouva ainsi que tout coopère au bien de ceux qui aiment Dieu : par sa pénitence, il s'éleva à un plus haut degré de vertu et il mérita de la sorte une plus brillante couronne.

A la saison des lis, Sulpice-Sévère avait la coutume d'en cueillir quelques-uns et de les suspendre aux murs de la cellule qu'il avait choisie pour son tombeau. Après sa mort, ses disciples respectèrent un de ces lis qu'il y avait lui-même placé. Il tombait déjà en poussière, lorsqu'au jour anniversaire de ses funérailles, on vit tout à coup sa tige se redresser, sa blanche corolle s'entraina d'épanouir comme aux plus belles matinées de l'été.

Saint Sulpice mourut vers l'an 420. Il composa plusieurs ouvrages pleins d'onction et qui respirent partout la sainteté de leur auteur. Son style est pur et élégant ; en le lisant, on sent que l'étude qu'il avait faite dans sa jeunesse des auteurs du siècle d'Auguste ne lui fut pas inutile. Outre la Vie de saint Martin, il écrivit une Histoire sacrée depuis l'origine du monde jusqu'à l'an 400 de Jésus-Christ. Il composa encore Trois Dialogues, dont les deux premiers traitent des vertus de saint Martin, et le dernier des merveilles des solitaires de l'Orient. Nous possédons aussi quelques Lettres dont la piété et la grâce feront longtemps regretter la perte des autres. L'élégance et la précision qui règnent dans tous ses écrits l'ont fait surnommer le Salluste chrétien.

On confondit longtemps l'historien de saint Martin avec saint Sulpice-le-Sévère, archevêque de Bourges. Les moines de Marmoutier eux-mêmes ne faisaient qu'un seul personnage de ces deux Saints dans leur office liturgique. Il n'en est rien cependant, et notre Sulpice ne fut jamais revêtu du caractère épiscopal. C'est l'opinion du cardinal Baronius, qui a prévalu partout aujourd'hui.

Une autre question peut se présenter ici : Sulpice-Sévère a-t-il obtenu légitimement les honneurs que l'Église rend aux Saints ? Nous ne dirons point ici avec Dom Martenne, que si l'évêque de Bourges a obtenu un culte public, c'est « peut-être parce qu'on lui a attribué les actions et les vertus du disciple de saint Martin »; mais nous tenons à prouver que, de temps immémorial, Sulpice-Sévère a été honoré comme un saint par l'église de Tours. Guibert, abbé de Gembloux, près Namur, mort en 1208, a écrit sa vie, et après avoir raconté sa chute dans l'hérésie, son repentir et sa pénitence, il ajoute : « Qui donc pourrait douter, je ne dis pas de son salut, mais de sa sainteté, sans douter en même temps de la miséricorde de Jésus-Christ ? » Et il le montre dans sa solitude, expiant dans le silence et par ses larmes son moment d'égarement et d'erreur. Éprouvé dans le creuset par le feu de son amour, dit-il, purifié par l'abondance de ses larmes, il fut complètement lavé de son péché, car il devint plus blanc que la neige. Cet arbre qui avait donné tant de fruits excellents, fut un instant renversé par le vent de l'hérésie, mais il ne demeura pas à terre, et Dieu soufflant de nouveau sur lui, le releva ; il tomba enfin, chargé de nouveaux fruits, et il est demeuré là où il est tombé.

« Si vous ne croyez pas à mon témoignage », continue-t-il, « croyez au moins aux habitants du saint monastère de Marmoutier. Chaque année, en effet, ils célèbrent solennellement sa fête. Moi-même, j'y ai assisté plusieurs fois le 29 janvier. Qu'on respecte donc comme elle le mérite la croyance d'une si grande église, et que l'iniquité qui voudrait enlever à notre Saint la gloire et la beauté que le Seigneur lui a données, ferme la bouche ».

Le martyrologe de Du Saussay s'exprime ainsi au 29 janvier : « Le même jour, dans l'Aquitaine, au bourg de Primlau, fête de saint Sévère-Sulpice, prêtre et confesseur, remarquable par sa doctrine et sa sainteté. Il écrivit dans un style très-pur les actions de saint Martin, qu'il fit revivre non moins par ses actions que par sa plume. Il honora la pauvreté d'une manière admirable ; d'une humilité profonde, il mérita que saint Paulin de Nole fît un magnifique éloge de ses brillantes qualités et de la règle de vie qu'il s'était tracée ».

Pierre des Noëls et Godescard le placent aussi au nombre des Saints.

Dom Martenne dit : « Quand nous n'aurions pas d'autres preuves de la sainteté de Sulpice-Sévère que l'étroite union qu'il a eue avec saint Martin et avec saint Paulin, évêque de Nole, nous ne pourrions douter qu'il n'ait été un des plus grands saints de son temps ».

Les éditions du martyrologe romain de 1594 et de 1630 confondent l'historien de saint Martin avec l'archevêque de Bourges. Voici comment elles s'expriment : « A Bourges, fête de saint Sulpice-Sévère, évêque, disciple de saint Martin, remarquable par ses vertus et par son savoir ».

Lorsque le pape Urbain VIII fit réimprimer le martyrologe en 1630, il ne laissa pas subsister cette erreur, et il fit effacer seulement ces mots : *disciple de saint Martin*.

C'est donc l'archevêque de Bourges, connu sous le nom de Sulpice-le-Sévère, que l'Église romaine entend uniquement honorer à la date du 29 janvier. Par le fait de cette suppression, Sulpice-Sévère fut-il réellement dépouillé des honneurs rendus aux saints ? Nous ne le pensons pas. En effet, dans son bréviaire, imprimé en 1685, Mgr Amelot, archevêque de Tours, n'en continue pas moins de faire la fête de saint Sulpice-Sévère au 29 janvier ; mais dans la légende il n'existe plus aucune confusion, le Saint est honoré comme *confesseur non pontife*.

Ne pourrait-on pas conclure de ce fait que le Pape, en retranchant ces mots : *disciple de saint Martin*, qui se trouvaient à la suite du nom du saint évêque de Bourges, a simplement voulu rectifier une erreur historique, et qu'il n'a nullement entendu priver l'historien et le disciple de saint Martin des honneurs que lui rendait l'Église de Tours ? Cette supposition, que Benoît XIV paraît favoriser dans son *Traité de la Canonisation*, semble d'ailleurs la seule justification possible de l'archevêque de Tours, maintenant dans ses livres liturgiques la tradition de son Église qui honorait d'un culte spécial saint Sulpice-Sévère depuis plus de cinq siècles.

Quoi qu'il en soit, nous pouvons en toute assurance suivre les exemples d'humilité, de renoncement et de piété du disciple de saint Martin, et nous pourrons nous-mêmes arriver ainsi à un éminent degré de sainteté. Concluons donc qu'il nous importe avant tout de l'imiter, et disons, en terminant cette courte dissertation, avec les Bollandistes : Ce que nous avons dit est suffisant pour qu'on ne nous accuse pas d'avoir voulu ravir à Sulpice-Sévère les honneurs célestes, et aussi pour qu'on ne nous reproche pas de les lui rendre s'il n'y a aucun droit.

L'abbé Rolland, *Aumône, du pens. des Frères des Ecoles chrét. de Tours*.

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## SAINT SULPICE SÉVÈRE, ÉVÊQUE DE BOURGES (591).

Remi, évêque de Bourges, mourut en 584. Après son passage à une vie meilleure, la cité des Bituriges fut la proie d'un incendie qui en réduisit en cendres la plus grande partie ; ce qui avait échappé aux barbares y périt. Sulpice lui succéda, favorisé par le roi Gontran. Comme un grand nombre de prétendants effraient des présents pour briguer cette dignité sacrée, on rapporte que le roi leur fit cette réponse : « Ce n'est pas l'usage de notre gouvernement de vendre le sacerdoce à prix d'argent, comme ce n'est pas votre devoir non plus de l'acheter ; nous ne voulons pas, pour notre part, encourir le reproche honteux de cupidité ; évitez, de votre côté, d'être assimilés à Simon le Magicien ; Sulpice sera votre évêque, parce que telle est la volonté de Dieu ». Sulpice fut donc mis en possession du siège de Bourges : c'était un homme de noble race, l'un des premiers sénateurs des Gaules, très-versé dans l'éloquence et dans la poésie. Il gouverna son église avec zèle, tant pour le maintien de la discipline que pour l'accroissement de la piété et de la ferveur. Il assista au second concile de Mâcon, où présida saint Prisque de Lyon, et mourut en 691, la septième année de son épiscopat. On l'enterra dans l'église de Saint-Julien de Bourges, d'où son corps fut ensuite transporté dans celle de Saint-Ursin, premier évêque de la ville. Il passait pour un des meilleurs poètes et des plus éloquents orateurs de son temps ; mais la pureté édifiante de ses mœurs donnait encore plus de poids à ses discours.

Voyez saint Grégoire de Tours, *Histoire française*, liv. VI, c. 39 ; la *Gallia Christiana*, et Benoît XIV, *Diss. sen prof. in Martyrologium rom*.

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## SAINTE-SABINE OU SAVINE, DE TROYES, VIERGE (313).

Sainte Savine était sœur de saint Savinien, mais Savin leur père l'avait eue d'une seconde épouse. Comme elle pleurait l'absence de son frère, un ange vint l'avertir en songe, bien qu'elle fût encore païenne, que si elle voulait chercher son frère, elle le trouverait jouissant des plus grands honneurs. Alors prenant avec elle Maximiniole, sa sœur de lait, et, quittant les idoles, son père et la maison paternelle, elle entreprit un voyage bien long à la vérité, mais que le ciel avait ordonné. Elle vint d'abord à Rome, fut recueillie par une femme pieuse nommée Justine, qui l'instruisit dans la religion chrétienne et la présenta au pape saint Eusèbe (346) pour être baptisée. En même temps elle voua sa virginité au Christ. Elle demeura environ cinq ans dans la ville éternelle : elle y guérit deux malades perclus des jambes. Un second avertissement du ciel lui fit entreprendre le voyage de Troyes pour voir son frère. En passant à Ravenne, ayant reçu l'hospitalité chez un citoyen noble de cette ville, elle guérit sa fille qui était à l'extrémité, et donna cette vierge à Jésus-Christ.

Enfin, elle arriva à la distance d'un mille de la ville de Troyes, et, fatiguée de son long voyage, elle se reposa ; ayant vu passer un homme du pays, nommé Lucérius, elle lui demanda où elle pourrait trouver Savinien, son frère, absent depuis si longtemps. Cet homme lui apprend qu'il a souffert le martyre dans la persécution d'Aurélien, puis il lui indique du doigt l'endroit de sa sépulture. Sainte Savine se rendit en ce lieu, et là, épuisée par la fatigue de la route et désireuse d'aller rejoindre son frère bien-aimé dans le sein de Dieu, elle se mit à prier et rendit son âme à Dieu au milieu des ardeurs de son oraison, âgée de quarante-huit ans, le 29 janvier. Lucérius étant revenu sur ses pas, la trouva sans vie ; il convoqua le clergé et la fit ensevelir dans un faubourg de la ville, situé à l'ouest. Peu d'années après, Maximiniole fut ensevelie à côté d'elle.

Une croix de fer placée sur le bord de la route de Sens indique, d'après la tradition, l'endroit précis où expira Savine. On l'appelle la Croix-la-Motte.

Le culte de sainte Savine s'accrut chaque jour dans de nouvelles proportions. Vers le milieu du VIIe siècle, Ragnégisile, dix-septième évêque de Troyes, fit bâtir une église en son honneur, au faubourg occidental de la ville, sur un terrain qui lui appartenait. Cette église n'existe plus ; celle qu'on admire aujourd'hui appartient à la dernière époque des constructions ogivales. Il voulut même reposer après sa mort à l'ombre de la protection de Savine, et l'on y voit encore son tombeau auprès du pilier de la chaire. Saint Frobert, fondateur de Montier-la-Celle, obtint pour ce monastère le corps de la vierge, et l'église, bâtie par Ragnégisile, fut privée de sa patronne, jusqu'à ce que, en 1655 et 1657, les religieux de Montier-la-Celle et les Chartreux du faubourg Croncels donnèrent une partie de ses reliques à l'église paroissiale de Sainte-Savine, qui en célèbre encore la translation le 29 août de chaque année.

L'église de Troyes fait l'office de sainte Savine le 28 janvier, mais le martyrologe romain en fait mention le jour suivant.

La piété des fidèles a multiplié, dans l'église paroissiale de Sainte-Savine, à Troyes, les images de la sainte patronne. Tantôt, sur un médaillon, autrefois ornement de clef de voûte, aujourd'hui fixé à la muraille du côté droit de l'autel de la Sainte-Vierge, on voit la Sainte debout au milieu d'une gloire, et tenant l'enfant Jésus sur ses bras ; tantôt, sur un autre médaillon placé à gauche du même autel, on la voit en voyage, cherchant son frère Savinien. Elle tient de la main droite un long bâton de pèlerin, et de l'autre un livre fermé, probablement l'Évangile. Sa tête est recouverte d'une espèce de capuchon, dont le bord inférieur descend sur les épaules, par-dessus le manteau. Maximiniole est près d'elle et semble la suivre ; mais elle est d'une plus petite taille et porte un tablier pour marquer la différence des conditions. Maximiniole porte aussi un long bâton de voyage et sa main gauche est appuyée sur une large escarcelle suspendue à sa ceinture.

L'église cathédrale aussi a voulu conserver aux générations à venir la mémoire de la sœur de saint Savinien, et dans la troisième fenêtre, près du chœur, on peut voir sainte Savine, le bâton dans une main, l'Évangile dans l'autre. Son manteau est rouge, et elle porte sur sa robe blanche une tunique flottante, couleur orange.

Dans la troisième chapelle qui se trouve au nord de l'église Sainte-Savine, un vitrail raconte la conversion de Sabinus, père de la Sainte. D'après la légende, le païen, privé de ses deux enfants par le Dieu des chrétiens, lui aurait adressé cette prière :

« Si c'est vous, Dieu tout-puissant, qui régnez au ciel et sur la terre ; s'il n'y a point d'autre Dieu que vous ; si vous avez seul la puissance de nous sauver, détruisez ces idoles que mes mains ont fabriquées, que jusqu'ici j'ai adorées, et qui n'ont pu me sauver, ni moi ni mes enfants ».

Tout à coup, un bruit semblable à celui du tonnerre se fait entendre du ciel, et les idoles sont réduites en poussière. Sabinus revint alors de son erreur, et plusieurs témoins de ce prodige furent détrompés et crurent au vrai Dieu.

Tiré d'un ancien Propre de Troyes, imprimé en 1649 et de l'Hagiologie de M. Defer.

VIES DES SAINTS. — TOME II.

Événements marquants

  • Carrière dans la magistrature en Aquitaine
  • Retraite du monde après la mort de sa femme
  • Rencontre et conversion auprès de saint Martin à Marmoutier
  • Vente de ses biens pour les pauvres et fondation d'un monastère
  • Rédaction de la Vie de saint Martin
  • Épisode d'adhésion temporaire à l'hérésie des Millénaires ou Pélagiens
  • Condamnation au silence perpétuel par pénitence

Miracles

  • Apparition de saint Martin lui annonçant sa mort
  • Floraison miraculeuse d'un lis desséché sur son tombeau lors de l'anniversaire de ses funérailles

Citations

Le chrétien doit chercher la vie éternelle plutôt qu'une mémoire immortelle.

— Sulpice-Sévère (propos rapporté)