Saint Pélérin d'Auxerre
Premier évêque d'Auxerre, Martyr et Apôtre de l'Auxerrois
Résumé
Premier évêque d'Auxerre et martyr à Bouhy, saint Pélérin vit ses restes dispersés entre l'abbaye de Saint-Denis, Prague et Auxerre au fil des siècles. Malgré les pillages calvinistes et les profanations révolutionnaires, ses reliques furent préservées et authentifiées par plusieurs évêques successifs. Son culte reste vivant dans le Nivernais et l'Auxerrois.
Biographie
RELIQUES DE SAINT PÉLERIN.
Après le martyre de saint Pélérin, quelques chrétiens inhumèrent avec respect ses restes précieux à Bouhy, lieu de son supplice. Son corps y reposait encore au temps de saint Germain, et bientôt on éleva une église sur son tombeau. Plus tard, le corps du saint apôtre de l'Auxerrois fut transporté à Saint-Denis, proche Paris, et il ne resta à Bouhy que sa tête et les vertèbres.
On dit que ce fut le roi Dagobert Ier qui obtint pour le monastère de Saint-Denis le corps du saint évêque d'Auxerre, et qui l'y fit transporter. En 1144, lorsque l'abbé Suger fit construire la partie de l'église de Saint-Denis qui regarde l'orient, un des autels fut mis sous l'invocation de saint Pélérin, et consacré par Hugues de Montaigu, évêque d'Auxerre.
Dans le siècle suivant, il se fit plusieurs distractions des ossements renfermés dans la châsse de saint Pélérin. Jeanne d'Evreux, veuve de Charles le Bel, en obtint, en 1346, de Guy, abbé de Saint-Denis, et les remit en 1342 aux Jacobins d'Auxerre, après les avoir fait renfermer dans une châsse d'argent. L'empereur Charles IV en avait aussi obtenu une partie ; ce fut celle qu'on transporta à Prague en 1373. La paroisse de la Roche-en-Bregny, à deux lieues de Saulieu, prétendait aussi posséder un bras du Saint. L'église de Sens avait un reliquaire renfermant un morceau des vêtements de saint Pélérin, imbibé de son sang ; et la cathédrale d'Auxerre possédait, dans une croix d'argent, un des bras de son premier évêque, avant le pillage de son trésor par les Calvinistes.
Le reste du corps, déposé à Saint-Denis, échappa à une semblable profanation par les soins que prirent alors les religieux de transporter à Paris tous leurs reliquaires. Ce fut en 1570 que Charles de Lorraine, abbé de Saint-Denis, le fit rapporter dans le monastère ; il plaça dans une nouvelle châsse le corps de saint Pélérin. Dom Georges Vièle, parlant de la Chartreuse de Basseville, auprès de Clamecy, rapporte qu'on y conservait de son temps un morceau de l'étoile de saint Pélérin. Plusieurs églises des environs de Paris obtinrent de l'abbaye de Saint-Denis quelques parcelles des précieuses reliques du saint Martyr.
Dominique Séguier, évêque d'Auxerre, désirait réparer la perte que son église avait éprouvée, lors du pillage des Calvinistes, en lui procurant d'autres reliques du saint apôtre de l'Auxerrois ; il s'adressa donc au monastère de Saint-Denis pour obtenir ce qu'il désirait, et en consentit, en 1634, à lui donner la moitié d'un des fémurs du Saint ; il le fit enchâsser dans un reliquaire d'argent doré de la valeur de 2 000 livres, et en fit don à son église en 1636. Ce fut neuf ans plus tard, en 1645, que les habitants de Bouhy, reconstruisant leur autel, trouvèrent, en creusant les fondations, un débris de sépulcres qui renfermait la tête et les vertèbres d'un grand corps humain et le corps d'un petit enfant. Le cardinal, pour s'assurer que c'étaient des restes de saint Pélérin, écrivit aux religieux de Saint-Denis, qui ouvrirent leur châsse et reconnurent qu'ils possédaient le corps du Saint, mais sans la tête et les vertèbres.
Pierre de Broc, alors évêque d'Auxerre, transporta lui-même ces restes à Saint-Denis, pour les confronter avec ceux que possédait ce monastère. Pierre de Broc s'était contenté de renvoyer à Bouhy la tête et les vertèbres, sans rendre aucune ordonnance au sujet de la supplique des habitants. Soixante-neuf ans après, les fidèles de la paroisse de Bouhy firent de nouvelles démarches auprès de Mgr de Caylus, et le prièrent de rendre une ordonnance définitive, après avoir consulté tous les procès-verbaux.
Mgr de Caylus acquiesça à leur juste demande ; il se rendit à Bouhy, examina de nouveau les reliques, en présence d'une foule considérable, accourue des pays voisins, et rendit une ordonnance par laquelle il déclara la relique authentique et digne de la vénération des fidèles, et sur-le-champ il la vénéra lui-même, le 1er mai 1715. Dans cette translation, Mgr de Caylus retira une portion de la relique, qu'il donna à son église cathédrale, et une autre portion à l'église paroissiale de Saint-Pélérin, d'Auxerre.
Le curé de Bouhy était à cette époque le sieur Deschez, qui depuis devint chanoine de la collégiale de Sainte-Eugénie, de Varzy ; dans la cérémonie de la translation de 1715, il eut soin d'extraire pour lui une portion des reliques de saint Pélérin, qu'il conserva avec soin jusqu'en 1733. À cette époque, il en fit don au chapitre de Sainte-Eugénie, et Mgr Nicolas Colbert, faisant alors la visite de la collégiale, renferma cette relique, avec d'autres, dans une châsse d'ébène et la munit de son sceau. Cette châsse fut une de celles qu'on transporta le 9 octobre 1792 de la collégiale à l'église paroissiale de Saint-Pierre, de Varzy, dans le trésor de laquelle elle est encore déposée.
Le 4 mai 1854, M. l'abbé Crounier, vicaire général de Nevers, passant à Varzy, vérifia les reliques de saint Pélérin, reconnut le sceau de Mgr de Caylus, appliqué en cire rouge sur l'ouverture du reliquaire ; et, comme ce sceau était en partie brisé, il le remplaça par celui de Mgr Dufêtre, évêque de Nevers. Quant à la partie du chef de saint Pélérin que l'église de Bouhy avait conservée, Jean-Loup Rimbault, habitant du bourg, fut assez heureux pour la soustraire aux profanations des agents révolutionnaires de 1793 ; il en donna quelques morceaux à ses amis, afin qu'en cas d'accident on ne fût pas exposé à tout perdre. En 1817, M. Gandri, curé de Bouhy, ayant appris que plusieurs personnes possédaient des reliques de saint Pélérin, les engagea à
SAINT PHAL OU FIDOLUS, ABBÉ D'ISLE, EN CHAMPAGNE. 565
venir les lui remettre, et un procès-verbal, daté du 12 mai de la même année, constate que la plus grande partie de ces reliques furent déposées entre ses mains. M. Hurlault, son successeur, s'occupe activement à découvrir le reste de ces reliques, de concert avec M. Vée, curé de Dampierre-sous-Bouhy (1828).
Le sieur Rimbault étant décédé à Entrains, sa veuve rapporta à M. Vée, curé d'Entrains, un morceau du temporal gauche qui avait été gardé par le défunt. Outre ce morceau du chef de saint Pélérin, l'église d'Entrains possède une partie du tibia provenant de la cathédrale d'Auxerre. Dans la reconnaissance qui eut lieu le 18 mars 1828, M. Hurlault avait conservé pour lui un fragment du chef de saint Pélérin ; transféré plus tard à Courcelles, il en fit don à l'église de sa nouvelle paroisse.
*Hagiologie nivernaise* par Mgr Crouvier.
Événements marquants
- Martyre et inhumation à Bouhy
- Translation du corps à Saint-Denis par le roi Dagobert Ier
- Consécration d'un autel à Saint-Denis en 1144
- Dispersion des reliques vers Prague, Auxerre et la Roche-en-Bregny au XIVe siècle
- Sauvetage des reliques durant les guerres de religion et la Révolution