Le Vénérable Richard

Abbé de Saint-Vannes de Verdun

Fête : 14 juin 11ᵉ siècle • vénérable

Résumé

Abbé de Saint-Vannes de Verdun au XIe siècle, Richard fut un grand réformateur monastique dans le nord de la France et en Belgique. Connu pour sa douceur surnommée 'Grâce de Dieu', il échappa miraculeusement à un assassinat avant de finir sa vie après un pèlerinage à Jérusalem. Il mourut en 1046 après avoir prêché la Trêve de Dieu.

Biographie

LE VÉNÉRABLE RICHARD,

ABBÉ DE SAINT-VANNES DE VERDUN (1046).

Au nombre des saints dont Dieu se servit pour rétablir dans le nord de la France l'état monastique, que de longues guerres et surtout les invasions des Normands et des Hongrois avaient presque entièrement anéanti, il faut compter le bienheureux Richard, abbé de Saint-Vannes de Verdun.

Il naquit d'une illustre famille du royaume, et fit de brillantes études à Reims, dont les écoles jouissaient à cette époque d'une grande réputation. Richard y acquit la vertu et la science, et s'y fit admirer par les aimables qualités de son cœur. L'archevêque de Reims, voulant l'attacher à son église, le nomma chanoine et précenteur de sa métropole ; mais Richard sentait que Dieu l'appelait à un autre genre de vie et à une retraite plus entière du monde. Il était tout pénétré de cette idée, lorsqu'un jour le noble comte Frédéric, parent de l'empereur saint Henri, vint lui communiquer le dessein qu'il avait formé de quitter le siècle pour embrasser l'état religieux. Richard vit dans cette rencontre un avertissement du ciel. Il communiqua à son tour à Frédéric les sentiments dont son âme était remplie, et tous deux, le cœur plein de joie, se rendirent à l'abbaye de Saint-Vannes, à Verdun.

A la mort de l'irlandais Finden, qui gouvernait cette communauté, l'évêque de Verdun, Haimon, choisit Richard pour lui succéder. Le nouvel abbé ne tarda pas à se concilier le respect et l'affection des religieux par la sagesse et la fermeté qu'il déploya dans son administration. Il y avait dans ses manières comme un charme irrésistible, qui lui gagnait tous les cœurs ; aussi beaucoup lui avaient-ils donné le surnom de Grâce de Dieu, pour indiquer ce don particulier que le ciel lui avait départi. La réputation de l'humble abbé de Saint-Vannes devint telle que beaucoup de princes, de prélats et de nobles seigneurs, lui confiaient la direction ou la Réforme des monastères qui leur étaient soumis, ou qui se trouvaient dans leurs États. Sur la demande de Baudri, évêque de Liège, il entreprit la Réforme de l'abbaye de Lobbes qui, pour le temporel, dépendait de ce diocèse. Baudouin, comte de Flandre, lui soumit aussi, dans la même intention, les monastères de Saint-Amand, de Saint-Bertin, de Saint-Josse-sur-Mer, et plusieurs autres. Gérard Ier, évêque de Cambrai et d'Arras, qui avait pour Richard une affection toute particulière, lui confia la Réforme de celui de Saint-Vaast d'Arras, où le vénérable abbé eut à déployer toutes les ressources de son zèle et de sa prudence.

Cette œuvre importante du rétablissement de la discipline soulevait quelquefois des oppositions très-vives, et qui, sans être générales, n'en devenaient pas moins un obstacle au bien. Plus d'une fois même, la vie des saints réformateurs ne fut pas en sûreté dans ces asiles de la religion, où, à côté d'âmes pieuses, douces et pacifiques, on trouvait aussi des natures ardentes, des caractères inflexibles et souvent d'anciens hommes d'armes, à qui la violence n'était pas encore tout à fait étrangère. Richard rencontra, au monastère de Saint-Vaast d'Arras, un de ces religieux que la passion poussa à un attentat horrible et que le repentir conduisit ensuite à l'héroïsme de la vertu. Leduin, c'était son nom, ne supportait qu'avec un dépit mal dissimulé les changements apportés par le Bienheureux dans certaines pratiques contraires aux prescriptions de saint Benoît. Ce sentiment, nourri dans son cœur, y souleva une de ces tempêtes qui deviennent d'autant plus terribles,

14 JUIN.

qu'elles surgissent dans une âme que la grâce enveloppe pour ainsi dire de toutes parts. Une nuit donc, pendant que la communauté était plongée dans le plus profond sommeil, Leduin, accompagné d'un autre religieux à qui il avait inspiré sa haine, se lève en silence, et, prenant un glaive qu'il cache sous sa robe, il se rend auprès de Richard, qui reposait sur sa couche. Le malheureux allait frapper, quand tout à coup son bras se roidit et refusa de servir sa vengeance. Malgré la fureur qui le transportait, Leduin comprit que le ciel prenait lui-même la défense de sa victime. Cette pensée le fit aussitôt rentrer en lui-même et jeta dans son âme le trouble et le remords. Quelques heures plus tard, tous les religieux arrivèrent au chœur pour chanter l'office. Leduin, malgré la fièvre violente qui l'avait saisi et les terreurs dont son âme était remplie, se rendit à sa place ordinaire, au milieu de ses frères. Il voyait à quelques pas de lui le vénérable abbé qu'il avait voulu assassiner, et sa présence réveillait en lui les remords les plus poignants. Le souvenir de Jésus-Christ, dont on rappelait ce jour-là même la douloureuse passion, contribuait encore à inspirer à l'âme du coupable des sentiments de tristesse et de repentir. Tout à coup, au moment où l'on chantait la prière : « Seigneur, ayez pitié de nous », Leduin, quittant sa place, vient se jeter aux pieds du vénérable Richard, et répète ces paroles avec l'accent le plus touchant : « Seigneur, ayez pitié de moi ». L'abbé le relève avec bonté, et, comme l'office finissait, il le prend à l'écart et lui demande ce que signifient cette douleur et ces pleurs qu'il répand en abondance. Leduin, prosterné de nouveau contre la terre qu'il frappait de son front en signe de repentir, était suffoqué par les sanglots et avait tous les membres violemment agités. Faisant un effort sur lui-même, il prend enfin la parole pour répondre à Richard, qui le presse de lui dire le sujet d'une semblable douleur. « Mon père », dit Leduin, « j'ai péché contre le ciel et contre vous : moi qui ne voulais plus être votre fils, je me suis fait votre persécuteur ». Tirant alors le glaive qu'il tenait caché sous ses habits : « Voilà », continue-t-il, « le glaive que j'ai levé cette nuit sur votre tête pour vous frapper ; mais le Seigneur vous a défendu. J'ai tiré l'épée contre vous ; mais Celui à qui appartient la force a arrêté mon bras ; il vous a délivré de la mort et m'a délivré en même temps d'un malheur de commettre un homicide. Pardonnez-moi donc, car je suis disposé à me convertir, à me rendre à vos avertissements et à me soumettre aux règles par vous établies : seulement pardonnez-moi l'offense dont je me suis rendu coupable envers vous et priez Dieu pour moi ». Le vénérable Richard reçut avec bonté le fils pénitent que la grâce ramenait à ses pieds. Il lui donna tous les témoignages de l'affection la plus sincère et l'assurance du pardon. Dès ce jour, Leduin devint le modèle de ses frères, et, dans la suite, il fut choisi pour remplir les fonctions d'abbé sous le vénérable Richard lui-même, que des affaires importantes appelaient souvent hors de sa communauté.

Après avoir travaillé longtemps et avec grand succès à sa mission, le Bienheureux se sentit inspiré du désir d'entreprendre le voyage de Jérusalem. Il y alla avec sept compagnons qu'il édifia par son esprit de pénitence et sa tendre piété. A son retour en France, il alla prêcher dans la Normandie la Trêve de Dieu, par laquelle on cherchait à mettre un terme aux guerres continues que se faisaient beaucoup de seigneurs. Cette dernière œuvre accomplie, le digne abbé rentra dans son monastère de Saint-Vannes, où, jusqu'à la fin de sa vie, il continua de donner à ses enfants spirituels les exemples de la perfection religieuse. Il mourut entre les bras de l'évêque de Verdun, le 14 juin 1046. Il fut enterré dans un caveau sous le maître-autel de l'église de son monastère, d'où il a été depuis transféré sous un tombeau de marbre.

L'abbé Destombes : Vies des Saints des diocèses de Cambrai et d'Arras.

Événements marquants

  • Études brillantes à Reims
  • Nomination comme chanoine et précenteur à Reims
  • Entrée à l'abbaye de Saint-Vannes avec le comte Frédéric
  • Succession à l'abbé Finden à Saint-Vannes
  • Réforme des abbayes de Lobbes, Saint-Amand, Saint-Bertin, Saint-Josse-sur-Mer et Saint-Vaast d'Arras
  • Échappe à une tentative d'assassinat par le moine Leduin
  • Pèlerinage à Jérusalem avec sept compagnons
  • Prédication de la Trêve de Dieu en Normandie

Miracles

  • Paralysie soudaine du bras de Leduin alors qu'il allait frapper Richard avec un glaive

Citations

Seigneur, ayez pitié de moi

— Leduin s'adressant à Richard