Saint Mommolin de Constance

Abbé de Saint-Bertin, Évêque de Noyon et de Tournai

Fête : 16 octobre 7ᵉ siècle • saint

Résumé

Moine de Luxeuil et chancelier de Clotaire II, Mommolin devint le premier abbé de Sithiu avant de succéder à saint Éloi sur le siège de Noyon. Il se distingua par son humilité, son zèle missionnaire en Flandre et sa charité envers les pauvres. Il mourut en 685 après un épiscopat marqué par de nombreux miracles.

Biographie

SAINT MOMMOLIN, ABBÉ DE SAINT-BERTIN, PUIS ÉVÊQUE DE NOYON ET DE TOURNAI

685. — Pape : Jean V. — Roi de France : Thierry III.

Le cloître est une maison de sagesse dont le fondement est la pauvreté, dont les murailles sont l'obéissance et la continence, dont le faîte est l'humilité, et le fruit est l'amour fraternel.

Hugo Card., sup. Paulin. XLVII.

Mommolin naquit vers la fin du VIe siècle à Constance, ville située près du lac du même nom. Craignant, dès son enfance, les dangers des biens et des distinctions du monde, il ne chercha que les richesses et les honneurs du ciel. À peine avait-il achevé le cours de ses études, qu'il résolut de quitter sa famille pour aller travailler à son salut dans la retraite. Ayant communiqué son dessein à deux de ses condisciples, nommés Bertin et Ebertram, ceux-ci, animés des mêmes sentiments, le suivirent au monastère de Luxeuil (Haute-Saône), où Omer, parent de Bertin, s'était déjà retiré.

Cette communauté, gouvernée alors par saint Eustaire (ou Eustase), successeur de saint Colomban, comptait jusqu'à six cents religieux. Elle était encore dans toute sa ferveur première. Chacun de ses membres, animé de l'esprit de son pieux fondateur, pratiquait avec une sainte émulation les conseils de l'Évangile. Admis au nombre des frères, les trois jeunes hommes répondirent fidèlement aux grâces du ciel. En peu de temps ils acquirent les vertus qui rendent l'âme agréable à Dieu, et les connaissances nécessaires à ceux qui travaillent au salut du prochain : aussi furent-ils bientôt jugés dignes d'être élevés au sacerdoce.

Bien qu'ils n'eussent d'autre désir que de servir Dieu dans le silence et l'obscurité du cloître, Mommolin et ses compagnons, trahis par leur réputation de piété et l'éclat de leurs talents, furent appelés à la cour de Clotaire II. Au moment où ils s'éloignèrent de Luxeuil, il y avait environ deux ans que saint Walbert avait succédé à saint Eustaire, entré déjà dans les tabernacles éternels (2 mai 665).

La première fois que Mommolin parut devant Clotaire, il donna un mémorable exemple d'humilité chrétienne. Ce prince lui ayant demandé

SAINT MOMMOLIN DE CONSTANCE, ABBÉ.

le nom de ses ancêtres, le Saint, dont la naissance était fort illustre, garda le silence, craignant que cet aveu ne lui suggérât des sentiments d'orgueil. Cette modestie ne fit que donner un nouveau lustre à son mérite, et Clotaire le nomma bientôt chef de l'école Palatine et chancelier du royaume. Dans ces deux charges, qui étaient les deux plus importantes de la cour, Mommolin usa de son crédit pour la gloire de la religion et de l'Église, et pour le bonheur de l'État. Il exerça une salutaire influence sur l'esprit des grands. Ses conseils, et surtout l'exemple de ses vertus, éveillèrent dans le cœur de plusieurs nobles seigneurs des sentiments de contrition et de pénitence.

Cependant, Dieu destinait Mommolin à des fonctions non moins dignes de sa charité et de son zèle. Omer, son ancien condisciple à Luxeuil, devenu évêque de Thérouanne (Pas-de-Calais), avait besoin, pour relever de ses ruines cette église depuis longtemps vacante, de vertueux et actifs coopérateurs. Saint Fuscien et saint Victoric, et plus tard, saint Victrice, évêque de Rouen, avaient défriché cette partie du champ du Père de famille ; mais les ronces et les épines y avaient reparu. L'absence de pasteurs y avait ramené, avec la barbarie des mœurs, les coupables pratiques de l'idolâtrie. Ayant fait appel au dévouement sacerdotal de Mommolin, de Bertin et d'Ebertram, Omer obtint sans peine qu'ils quittassent la cour, et vinssent le seconder dans son œuvre de réparation.

Les nouveaux apôtres travaillèrent à la conversion de ces peuples, avec une foi, un zèle et une ardeur incomparables. Ils ne se bornaient pas à leur annoncer le royaume des cieux, ils cherchaient à leur en mériter l'entrée par leurs prières et l'austérité de leurs pénitences. « Dès l'aube du jour jusqu'à son déclin », dit l'auteur de la Vie de notre Saint, « ils prêchaient l'Évangile, donnaient des soins charitables aux malades. La nuit, ils prenaient quelques courts instants de repos, sur la cendre et le cilice ». Aussi, leur ministère fut-il béni : leurs travaux unis à ceux d'Omer firent bientôt rentrer ce peuple sous le joug de la foi.

Dès l'arrivée de nos missionnaires dans son diocèse, Omer les avait établis sur une colline, appelée encore aujourd'hui Motte de Saint-Mommolin. Après huit années passées dans ce premier séjour, le grand nombre de religieux que leurs vertus y avaient attirés, les engagea à fonder ailleurs un établissement plus considérable. Ils se retirèrent donc dans un domaine que l'évêque de Thérouanne avait reçu des mains d'un riche et puissant seigneur païen, récemment converti au christianisme avec toute sa famille. Ce domaine, situé sur les bords de l'Aa, et nommé Sithiû, était une sorte d'île, au milieu d'un vaste marécage, et où l'on ne pouvait guère aborder qu'en nacelle. On raconte que, pour le choix de cet emplacement, Mommolin et ses compagnons avaient résolu de s'en rapporter à la volonté de Dieu. Dans cette vue, les trois moines montèrent dans une petite barque, et la laissèrent aller au gré des eaux, pendant qu'ils récitaient ou chantaient des psaumes. La barque prit terre, dit-on, au moment où Bertin prononçait ces paroles du Roi-Prophète : Hæc requies mea in sæculum sæculi : hic habitabo quoniam elegi eam. Ils étaient arrivés dans l'île de Sithiû.

Là s'éleva un nouveau monastère qui reçut d'abord le nom du Prince des Apôtres, et fut placé par Omer sous la direction de Mommolin. Le Saint y devint pour les religieux un modèle accompli des plus austères vertus. Jaloux de leur inspirer l'amour de la pauvreté, il réserva au soulagement des malheureux les biens que le riche fondateur de Sithiû avait mis à sa disposition. Pour lui, après de longs jeûnes, il prenait pour toute

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nourriture de l'eau et du pain d'orge détrempé dans les larmes de la pénitence. Il ne se bornait pas à rassasier la faim des indigents, il se montrait leur consolateur, leur ami, et, s'ils étaient malades, leur médecin. Lorsqu'un infirme se présentait devant lui, il se mettait à genoux, et priait le Seigneur de lui accorder en même temps la guérison de l'âme et celle du corps ; puis il le soignait de ses mains et lui rendait souvent la santé. À la vie du religieux, Mommolin continua de joindre la vie apostolique, quittant souvent son monastère pour aller évangéliser les peuples.

Le Seigneur lui donna bientôt l'occasion de faire servir d'une manière plus efficace encore au salut des âmes, son zèle, ses vertus et son expérience. L'Église de Noyon venait de perdre saint Eloi, l'un de ses plus glorieux évêques (663). Le Pontife mourant avait sollicité de Dieu un saint pasteur pour son Église : il mérita d'être exaucé. Par une bienveillante disposition de la Providence, Mommolin fut appelé, d'une voix unanime, à recueillir l'héritage de cet admirable évêque.

Vainement l'humilité du saint abbé de Sithifi opposa-t-elle des obstacles aux désirs du clergé et du peuple : il dut se résigner à courber les épaules sous le fardeau que Dieu lui imposait. L'Église de Noyon retrouva, dans le nouvel évêque, la charité et le zèle de saint Eloi. « On le voyait », dit un auteur, « sans cesse occupé à semer dans les cœurs la divine parole de Jésus-Christ, à racheter les captifs, et à secourir les veuves et les orphelins. Sa sollicitude pour les souffrances de l'âme et du corps fut constante et inaltérable ». Ces paroles rappellent et résument toute la vie de saint Eloi. C'est que Mommolin avait toujours les yeux fixés sur ce modèle accompli, dont il cherchait à reproduire en lui tous les traits. Voulant faire partager au peuple sa vénération pour son illustre prédécesseur, Mommolin leva de terre ses restes précieux que la corruption n'avait pas encore atteints, et les transféra solennellement dans la cathédrale de Noyon.

Mommolin veilla avec une égale sollicitude sur toutes les parties de son vaste diocèse. Il mit à la tête des monastères des hommes d'une vertu éprouvée, et d'un caractère assez énergique pour y maintenir la discipline. Il appela auprès de lui Ebertram, son ancien condisciple et coopérateur, et lui confia le monastère de Saint-Quentin en Vermandois. Plusieurs fois il se rendit à Tournai, où, de concert avec saint Amand, l'apôtre du nord de la France, il réussit à extirper les dernières racines de l'idolâtrie. Le Saint était doux et humble de cœur ; cependant, dit un auteur de sa Vie, « l'imposante majesté de sa figure jetait l'effroi dans l'âme des pécheurs impénitents, des hérétiques et des infidèles ». Jamais il n'usa de flatterie envers les grands. Lorsque les courtisans venaient le visiter à Noyon, il les exhortait vivement à se préserver de la corruption du siècle. Souvent il leur disait, avec saint Jean l'Évangéliste : « N'aimez ni le monde, ni les choses qui sont dans le monde. Le monde passe, sa convoitise passe aussi ; mais celui qui fait la volonté de Dieu demeure éternellement ».

La mort de Mommolin fut aussi sainte que sa vie avait été édifiante. À ses derniers moments, il adressa ces touchantes paroles aux fidèles chrétiens qui environnaient sa couche : « Je sais, mes bien-aimés enfants, que ma mort est proche. Puisse-je trouver le divin Maître aussi propice que mon désir de le voir est ardent ! Après mon dernier soupir, que mon corps reçoive une modeste sépulture en dehors de la ville, en attendant le jour de la résurrection glorieuse. Pour vous, si vous m'aimez, pensez souvent à la sévère justice du souverain Juge. Craignez qu'il ne vous surprenne dans le péché ».

SAINT BERCHAIRE D'AQUITAINE, ABBÉ ET MARTYR. 397

Ayant proféré ces paroles, le Bienheureux reçut avec une tendre dévotion le corps et le sang de Jésus-Christ, qui fut quelques instants après sa récompense éternelle.

Ainsi mourut, après vingt-six ans d'épiscopat (685), le digne successeur de saint Eloi, le vertueux Pontife qui, de son vivant, reçut le beau titre d'homme apostolique. Malgré sa défense, on fit ses obsèques avec une grande solennité. Ses restes vénérés furent inhumés dans l'église Saint-Georges, qui porta ensuite le nom des saints Apôtres, et enfin celui de Sainte-Godeberthe. Plus tard, ils furent transférés dans la cathédrale de Noyon, où ils sont encore vénérés de nos jours. Pendant la Révolution, ces précieuses reliques furent sauvées par le zèle d'un pieux fidèle nommé Eustache, qui les enfouit dans le préau du cloître de la cathédrale. Le culte du Bienheureux remonte au moins au Xe siècle. Sa fête était autrefois de précepte dans tout le diocèse de Noyon.

On le représente portant à la main un livre ouvert. — « Ce pourrait bien », dit à ce propos le P. Cahier, « n'être qu'un attribut général de l'épiscopat, mais je soupçonne une autre cause. Ce Saint est invoqué en Flandre pour les enfants bègues ou qui tardent à parler, et la raison en est peut-être originairement dans l'espèce d'onomatopée que renferme son nom comme expression du bégaiement. Cela étant, ce livre ouvert serait une sorte d'épreuve présentée aux petits clients pour juger de leur prononciation.

Vie des Saints du diocèse de Beauvois, par M. l'abbé Sabatier.

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## SAINT BERCHAIRE D'AQUITAINE,

## ABBÉ DE HAUTVILLERS ET DE MONTIER-EN-DER, MARTYR AU DIOCÈSE DE LANGRES

VIIe siècle.

Souvenons-nous de l'exemple de Jésus-Christ mourant : le ciel ne s'ouvre qu'à ceux qui ont généralement déposé toute haine, toute animosité au pied de la croix.

Éloge du Saint.

Berchaire naquit en Aquitaine de parents nobles et riches, vers l'an 636. Il donna, dès son enfance, des marques sensibles de la sainteté qui devait éclater en lui toute sa vie. Son honnêteté, sa modestie, sa douceur et son obéissance étaient si grandes, qu'il gagnait le cœur de tous ceux qui le voyaient. Saint Nivard, cet illustre archevêque de Reims, en fut lui-même charmé. Dans un voyage qu'il fit en Aquitaine, il eut occasion de connaître les parents de Berchaire, dans un riche domaine qu'ils habitaient. Reçu au sein de cette famille, il entretint Berchaire et admira les grâces dont le ciel l'avait prévenu. Comme il vit qu'il pouvait rendre des services considérables à l'Église ou à l'État, s'il joignait la science à la piété, il exhorta son père

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à ne rien épargner pour le faire étudier. Le succès répondit au désir et à l'attente de ce grand homme. Berchaire se livra à l'étude avec tant d'application qu'il surpassa bientôt tous ses condisciples. Ensuite, aspirant toujours à une plus haute perfection, il sortit de son pays et alla trouver saint Nivard, dont la sagesse et la piété l'avaient mis en grand crédit à la cour de Childéric. Cet homme de Dieu fut ravi d'avoir l'occasion de reconnaître dans la personne du fils, les bons offices qu'il avait reçus du père et de la mère dans son voyage de Guyenne. Il l'embrassa comme son enfant, et, pour le rendre capable des plus hauts emplois, il le mit sous la conduite de saint Rémacle, évêque de Maëstricht. Sous sa direction, Berchaire avança rapidement dans la connaissance de la religion et la pratique de la sainteté.

Dieu lui inspira de se retirer au monastère de Luxeuil, en Bourgogne, qui florissait alors sous la conduite de saint Walbert. Quoique cette maison fût remplie de Saints, Berchaire ne laissa pas d'en être un des plus beaux ornements. Son historien avoue qu'il n'a point de termes pour exprimer l'excellence de son humilité, de sa modestie, de sa mansuétude, de son obéissance et de sa charité. Il s'estimait le dernier de tous, et, dans ce sentiment, il n'y avait point d'office si bas dans la maison auquel il ne s'appliquait avec joie pour l'amour de Jésus-Christ. Dieu fit éclater son obéissance par un grand miracle, rapporté par tous ceux qui ont parlé de lui : un jour, faisant l'office de célébrer, son abbé l'appela et lui commanda de venir lui parler. Prompt à obéir, il ne prit pas même le temps d'arrêter la liqueur qu'il transvasait, et vola où son devoir l'appelait, tenant encore à la main l'instrument qui servait à boucher l'ouverture par où le liquide s'échappait ; mais la liqueur ne se répandit pas pour cela, car, après avoir rempli le vase, elle s'éleva au-dessus en forme de colonne, sans avoir rien pour la soutenir. Tous les spectateurs admirèrent ce prodige et celui qui en était l'auteur ; mais le Saint attribua au mérite du commandement de son supérieur ce qui était dû au mérite de son obéissance prompte et aveugle.

Lorsqu'il se fut rendu parfait dans toutes les pratiques de la vie monastique, il revint trouver saint Nivard, qui désirait ardemment avoir d'excellents religieux dans son diocèse pour y établir de nouveaux monastères. Un jour qu'ils allaient ensemble à Epernay y chercher un lieu propre à ce dessein, le bienheureux prélat se sentit tellement pressé de sommeil qu'il fut obligé de se reposer sous un arbre auprès de Hautvillers, et de s'y endormir. Pendant son sommeil, Berchaire aperçut une blanche colombe qui, après s'être perchée un moment sur cet arbre, décrivit trois fois un cercle, comme pour marquer la place d'un édifice. Saint Nivard vit aussi la même chose en songe ; ce qui fit croire à ces saints personnages que Dieu avait choisi ce lieu pour la construction de l'abbaye. Elle y fut donc bâtie avec les libéralités du saint archevêque ; saint Berchaire en fut le premier abbé, et la gouverna quelque temps avec beaucoup de prudence et de sainteté.

Bientôt après, saint Nivard acheva de vivre, et alla recevoir dans le ciel la récompense de ses aumônes et de son sage gouvernement. Son corps fut enterré dans ce monastère, et s'y rendit éclatant par des miracles. Saint Berchaire, dont le zèle et la charité ne connaissaient point de bornes, fonda encore sur la Voire, d'autres disent : Vogre, Vègre, Laine, un monastère de religieuses, dont les premières furent huit captives qu'il racheta.

SAINT BERCHAIRE D'AQUITAINE, ABBÉ ET MARTYR.

On l'appela vulgairement Puellemontier. De plus, il fit élever divers oratoires dans la forêt de Der, entre autres un à Louze. Enfin, il bâtit sur la même rivière et dans la même forêt une seconde abbaye de religieux, appelée Montier-en-Der. Ce fut là qu'après un voyage à Jérusalem il choisit sa demeure pour jusqu'à la fin des siècles. Mais, lorsqu'il ne pensait qu'à porter ses chers disciples à la perfection de la vie monastique par ses exemples, ses remontrances et ses corrections paternelles, il trouva dans sa cellule même l'honneur d'un glorieux martyre. Il avait déclaré peu de temps auparavant dans une exhortation à ses chères filles de Puellemontier, que sa mort était proche, et que c'était là la dernière fois qu'il leur parlerait. L'effet montra bientôt la vérité de sa prophétie. Il y avait parmi ses religieux un jeune homme nommé Daguin, qu'il avait levé des fonts baptismaux, et auquel il s'était particulièrement appliqué pour en faire un serviteur de Dieu. C'était néanmoins un hypocrite. Il arriva qu'il fit une faute considérable qui méritait bien la correction. Le saint abbé l'en reprit selon son devoir, et lui en fit porter la pénitence. Daguin, ne pouvant souffrir cette juste sévérité, entra la nuit secrètement dans sa chambre, et, poussé par une fureur diabolique, il lui donna un coup de couteau dont il le blessa mortellement. Il alla ensuite jeter son couteau dans le vivier de l'abbaye, pensant cacher son parricide, en cachant l'instrument qui lui avait servi pour le commettre; mais le couteau, au lieu d'enfoncer, nagea sur l'eau comme si cet élément eût eu horreur de participer à un crime si détestable. Ce prodige épouvanta tellement l'assassin, que, perdant en même temps le sens et le jugement, il courut lui-même à l'église sonner la cloche pour appeler les religieux. C'était une heure indue où la communauté ne devait pas s'assembler. Chacun en fut surpris. Ils se lèvent au plus tôt et courent à la chambre de leur abbé pour savoir la cause de ce signal. Alors ils le trouvèrent nageant dans son sang, et prêt à rendre l'âme. Une partie court à l'église pour voir qui avait sonné, et s'étant saisis de Daguin, qui avoua aussitôt son péché, ils l'amènent à leur bienheureux abbé pour savoir de lui-même ce qu'ils en devaient faire. Le Saint, voyant en sa présence celui qui lui ôtait la vie, ne s'en émut point, mais lui pardonna de tout cœur son parricide; il l'avertit seulement d'aller à Rome s'en faire absoudre par le Pape. Il fit voir par là qu'il était le véritable disciple de Celui qui recommande d'oublier les injures et de pardonner à ses ennemis, et qui, étant sur l'arbre de la croix, pria avec tant d'instance pour ceux qui l'avaient crucifié. Il survécut deux jours à ses blessures et rendit son âme à Dieu dans la nuit de Pâques. C'était le 27 mars, vers la fin du VIe siècle.

On le représente : 1° percé d'un glaive ; 2° parfois près d'un tonneau ou d'un baril d'où la boisson s'épanche et surmonte les bords du vase placé sous le robinet.

## CULTE ET RELIQUES.

Saint Berchaire fut inhumé au cimetière commun derrière l'église; on accourut de toutes parts à ses funérailles. Les miracles qui se firent à son tombeau déterminèrent dans la suite à le transférer dans la basilique qu'il avait dédiée aux saints apôtres Pierre et Paul. On le déposa sous une arcade creusée dans la muraille, derrière l'autel, à l'orient. Longtemps il en découlait une huile que l'on recueillait dans un vase et qui rendait la santé aux malades.

Au IXe siècle, à l'approche des Huns et des Normands qui ravageaient les Gaules, pillaient et incendiaient les monastères, les religieux de Montier-en-Der enlevèrent les reliques de leur glorieux

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fondateur et les transportèrent secrètement sur les bords de la Saône, dans un lieu qui n'est point désigné. Après la conversion des Normands, elles furent solennellement reportées au monastère. Aujourd'hui son corps repose encore à peu près entier dans l'église conventuelle, devenue église paroissiale de Montier-en-Der.

Une partie considérable de la tête du Saint fut donnée à l'église de Châteauvillain (Haute-Marne) qui est sous son invocation. Cette insigne relique a disparu à la Révolution, et l'on n'a plus à Châteauvillain qu'une verrière du Martyr régulièrement authentiquée.

L'église de Montiéramey (canton de Lusigny, Aube) possède aussi plusieurs ossements de ce saint religieux. Il est patron de La Chaise (canton de Soulaines, arrondissement de Bar-sur-Aube), au diocèse de Troyes.

Comme saint Berchaire était mort le jour de Pâques, et que cette solennité exclut toute fête de Saint, on décida, lors de la réinstallation de ses reliques, que le jour même où elle avait lieu, et qui coïncidait avec la dédicace de l'église du monastère, serait consacré à la mémoire du martyre de saint Berchaire. C'est ainsi que son nom est mentionné le 16 octobre dans les martyrologes, bien qu'il soit mort dans le temps pascal. Sous le roi Robert, ses reliques furent solennellement apportées à un Concile d'Aire, suivant un usage de l'époque, qui tendait à donner plus de pompe et d'autorité à ces sortes d'assemblées. Ce fait prouve combien le nom du Saint était vénéré.

Nous avons complété cette biographie, avec la Vie des Saints de Troyes, par M. l'abbé Defer; les Vies des Saints de la Haute-Marne, par M. l'abbé Godard; la Vie des Saints de Franche-Comté, par les professeurs du collège Saint-François-Xavier, de Besançon.

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## SAINT BERTRAND, ARCHIDIACRE DE TOULOUSE,

## DIX-NEUVIÈME ÉVÊQUE DE L'ANCIEN SIÈGE DE COMMINGES

SAINT BERTRAND, ARCHIDIACRE DE TOULOUSE.

au prochain, fermant l'oreille aux propos qu'on tenait contre lui, ne fâchant et ne méprisant qui que ce fût, prompt à écouter, lent à parler et à se fâcher, il se fit aimer de tous, riches et pauvres, grands et petits, et il fit aimer le Dieu qui avait mis ces vertus en lui et dont il conservait si précieusement les dons.

Guidé par cette lumière que Dieu fait briller aux yeux de toute âme qu'il envoie sur la terre, Bertrand put traverser sans naufrage les années périlleuses de la jeunesse. Fidèle à la grâce qui le conduisait, il nous prouva que si Dieu nous trace quelquefois une route pénible, il nous donne aussi le fil qui doit nous conduire à travers les épreuves, et nous mène au port en dépit des difficultés du chemin. Bertrand fut doué de tous les biens que le monde estime : biens trompeurs, dont la possession fait si souvent oublier à ceux qui en jouissent qu'ils ne sont ordinairement que des écueils : biens fragiles, qui ont endormi sur le bord de la route tant d'âmes qui, à leur réveil, s'en sont vues dépouillées : biens misérables, qui ont endurci tant de cœurs et attaché tant d'intelligences à la terre comme à leur patrie, tandis qu'elle n'en était que le marche-pied.

Bertrand fut riche de ces biens du monde ; et ce furent pour lui de véritables richesses, car il s'en servit pour s'élever à la source de tout bien qui est Dieu. Loin de céder à la douceur de leurs amorces, il s'en fit des vertus, car la vertu c'est la force ; c'est au combat que Dieu connaît ses serviteurs. Notre Saint justifia ainsi le nom qu'il avait reçu de ses parents, car Bertchram signifie illustre au combat. Mais les agitations du monde ne convenaient point à cette âme fidèle. Soldat de Jésus-Christ, il se sentait appelé à d'autres combats que ceux où il voyait couler le sang de ses frères. Il voulut, comme le soldat chrétien qu'il s'était donné pour modèle, s'attacher indissolublement au Seigneur ; et, se vouant au service des autels, il s'enrôla sous la bannière du Chef suprême des nations, du Conquérant pacifique des âmes. Bertrand apporta, dans ce nouvel état, les vertus qui l'avaient distingué sous l'habit militaire. Il devint chanoine et bientôt après archidiacre de l'église de Toulouse. Et ce fut dans cette église, illustrée par des martyrs et des confesseurs, que Dieu fut le chercher pour le placer sur le siège de Comminges.

Lorsque les députés de l'église de Comminges vinrent le demander à l'évêque Izarn et au chapitre de Saint-Étienne, tous se réjouirent de l'élévation du saint homme ; mais leur joie fut mêlée de douleur, car ils voyaient s'éloigner un frère chéri. Bertrand reçut la consécration épiscopale à Auch, des mains de l'archevêque Bernard de Montaut, dont l'église était métropole de dix villes épiscopales. Et les députés ramenèrent vers la cité de Comminges leur nouvel évêque, « cet homme connu par toute sorte de bonnes œuvres, qui ne devait sa dignité ni aux présents, ni aux prières, cet homme remarquable par le lis de la chasteté, agréable par son humilité, plein d'œuvres de miséricorde ». Bertrand commença par relever les murs de sa cathédrale. Il bâtit aussi un cloître où il réunit ses chanoines, sous la Règle de Saint-Augustin.

L'église de Comminges posséda environ cinquante ans son pasteur vénéré ; et, pendant ce demi siècle, il dirigea dans les voies de Dieu le peuple qui lui avait été confié, l'instruisant, priant pour lui, l'édifiant par ses exemples, guérissant les malades par la vertu de ses miracles. Saint Bertrand assista, en 1093, au Concile de Bordeaux ; en 1100, au célèbre concile de Poitiers, où le roi Philippe fut excommunié, ce qui excita une telle fureur parmi le peuple, que des pierres furent lancées sur les évêques qui,

VIES DES SAINTS. — TOME XII.

46 OCTOBRE.

ôtant leurs mitres, demeurèrent inébranlables sur leurs sièges; en 1119, à la consécration du cimetière de Sainte-Marie d'Auch, pendant laquelle les moines de Saint-Orens, furieux de se voir déboutés de leurs prétentions par le pape Calixte II, et dépouillant l'habit monastique, envahirent en armes l'église, cherchant à l'incendier et à massacrer les évêques; et en 1122, à la consécration d'une église, dédiée à Saint-Orens, dans le diocèse de Toulouse.

Il visitait encore les paroisses de son diocèse quand il sentit approcher la fin de son pèlerinage. Il fut saisi d'une fièvre violente, et voyant ses forces l'abandonner il se fit porter vers sa cathédrale. Il voulait revoir avant de mourir ce temple que ses mains avaient relevé, ce peuple qui s'était rassemblé autour de lui comme les poussins sous l'aile de leur mère. Sa maladie étant devenue plus grave, il voulut être porté par ses chanoines devant l'autel de la Vierge Marie, l'auguste patronne de son église. Et, plein d'une douce joie, et comme certain de la récompense, car il avait bien combattu, il consolait ceux qui l'entouraient et les instruisait encore. Enfin, leur ayant donné sa dernière bénédiction, il termina glorieusement sa dernière journée; et les anges, qui attendaient en silence ce moment suprême, s'envolèrent, emportant avec eux cette âme fidèle, devant Celui qui devait la couronner. Ainsi mourut, le 16 octobre 1130, le saint patron de Comminges, laissant, dans sa longue carrière, l'exemple de toutes les vertus, mais principalement d'une chasteté dont l'éclat ne fut jamais terni, d'une humilité profonde et sincère, et d'une charité sans bornes.

La vie de saint Bertrand avait été remplie de charité et d'humilité, et Dieu avait couronné du don des miracles ces vertus qui sont le fondement de la vie chrétienne. Nous allons en rapporter quelques-uns auxquels la mort même ne mit point un terme :

Une femme avait un enfant dont le père, pour se dispenser de l'entretenir, disait partout qu'il n'était point à lui. Cette mère malheureuse se présenta un jour tout éplorée à l'évêque et lui dit : Charitable père, l'enfant que vous voyez entre mes bras se meurt de faim, parce que je n'ai pas de quoi le nourrir et que celui de qui je l'ai eu refuse de le reconnaître pour son fils et de lui donner des aliments. Ordonnez-lui, par l'autorité que Dieu vous a donnée, de nourrir cette pauvre créature. Le saint évêque, ayant fait venir l'homme, lui reprocha sa cruauté contre nature, lui disant que puisqu'il avait donné la vie à cet enfant, il devait la lui conserver, et ne point ajouter, ainsi qu'il le faisait, un second crime au premier. Cet homme nia qu'il fût le père de l'enfant et soutint que la plainte de cette femme était une calomnie. Alors Bertrand fit apporter un vase d'eau froide, la bénit, y mit une pierre, et dit à l'homme : Au nom de Notre-Seigneur Jésus-Christ, retirez cette pierre de l'eau; si vous êtes innocent Dieu nous le montrera. L'homme plongea la main dans l'eau froide, en retira la pierre, et sa main parut brûlée comme si elle avait cuit dans l'eau bouillante. Alors il confessa son crime, reconnut son enfant et se chargea de le nourrir; et tous furent saisis de crainte en voyant ainsi confondre l'imposture.

Un jour, le saint évêque voyageait avec quelqu'un, qui s'était mis en sa compagnie se croyant plus en sûreté. Un soldat, qui voulait du mal à cet homme, courut à lui, et l'arracha de dessus son cheval et des côtés du Saint. Bertrand pria le soldat de lui rendre son compagnon qu'il lui enlevait d'une main sacrilège; mais le ravisseur méprisa sa prière. Alors l'évêque gémit et le frappa d'excommunication, et, sur-le-champ, le soldat se sentit frappé aux yeux d'une plaie qui lui venait du ciel. Comme l'impie Caïn il fut saisi

SAINT BERTRAND, ARCHIDIACRE DE TOULOUSE.

d'un tremblement continuel des paupières, ce qui le força à rendre son prisonnier sans l'avoir maltraité.

Des femmes occupées à enlever les mauvaises herbes des champs virent passer le saint évêque qui, selon l'usage, leur donna sa bénédiction. Seigneur, lui dirent-elles, écoutez la prière de vos servantes; une mauvaise plante, qu'on nomme ivraie, croît d'ordinaire dans ces lieux en si grande quantité, qu'elle étouffe les moissons et empêche les champs de produire du bon grain, et même de rendre la semence qu'ils ont reçue. Veuillez, saint père, bénir ces champs et maudire cette herbe nuisible, afin que la stérilité en disparaisse et que par vos mérites l'abondance y règne désormais. Le Saint lança sa malédiction sur l'ivraie, et cette plante ne parut plus dans cette terre.

Notre Saint était un jour dans un petit bourg au bord de la Neste, y trouva un pêcheur auquel il commanda d'aller prendre une certaine quantité de poisson qu'il lui fixa. Le pêcheur obéit et eut bientôt pris le nombre qui lui avait été indiqué sans pouvoir le dépasser, bien qu'il prolongeât sa pêche. L'homme de Dieu renouvela ce prodige trois fois dans la même maison. Enfin, une dernière fois il ordonna au pêcheur d'aller en prendre en grande quantité; cet homme, confiant en la vertu du Saint dont il avait éprouvé la puissance, courut jeter ses filets, et il revint après quelques instants, courbé sous le poids d'une pêche abondante, au logis où était encore le saint prélat plein de bonnes œuvres et de libéralité: ce dont les assistants furent grandement émerveillés.

La tradition nous dit que l'endroit où s'est opéré le miracle de la pêche est celui où s'élève aujourd'hui le château de Boucoulan, dans le territoire de Tibiran, au confluent de la Neste et de la Garonne, et que saint Bertrand résidait quelquefois dans ce lieu, pour se reposer des fatigues de son glorieux apostolat.

Les comtes de Comminges et de Bigorre étaient en guerre. Sancius-Parra de Olcia, qui commandait pour le comte de Bigorre, vint avec son armée dans le pays de Comminges, qu'il ravagea jusqu'à sous les murs de Lugdunum. Bertrand, voyant ses enfants dans la désolation de ce qu'on leur enlevait les animaux destinés à l'agriculture, vint prier Sancius de les leur rendre. Celui-ci refusa à moins qu'on ne lui en payât la valeur. Le pontife redoublant d'instances lui dit: Rendez-les-moi, je vous paierai avant que vous ne mouriez. Sancius les lui rendit et ils se séparèrent. Bertrand mourut, et Sancius s'en alla plus tard combattre les Sarrasins en Espagne. Il fut fait prisonnier, chargé de chaînes et jeté dans un cachot obscur, d'où on devait le transporter au-delà de la mer, avec d'autres compagnons d'infortune. Une nuit qu'il gémissait sur son sort, il vit sa prison s'illuminer d'une grande lumière, et il entendit une voix lui dire: « Sancius, levez-vous et venez». — « Qui êtes-vous, seigneur», répondit-il? et la voix continua: « Je suis l'évêque Bertrand, auquel vous avez rendu les bœufs de son peuple, je viens accomplir ma promesse». — Alors les chaînes du captif se brisèrent, il se leva, ils sortirent tous deux et se trouvèrent au lever de l'aurore sur la montagne d'Esquito, près d'Olcie, dans la vallée d'Aspe. Là, saint Bertrand recommanda à Sancius de visiter, chaque année, avec dévotion, l'église où reposait son corps, et l'ayant salué il disparut. Sancius ayant rassemblé les gens du pays se fit connaître d'eux, et leur raconta comment il avait été délivré de la prison: tout le monde en rendit gloire à Dieu et à saint Bertrand, et lui-même il fut fidèle à venir, chaque année, remercier son libérateur. C'est ce miracle qui a donné lieu à l'institution du Jubilé

[ANNEXE: CULTE ET RELIQUES.]

Bertrand fut enseveli, suivant sa recommandation expresse, au pied de l'autel de Notre-Dame, et bientôt « le parfum de ses vertus s'exhalant de son tombeau, proclama la gloire du souverain Roi dans l'humilité de son serviteur ».

La renommée des miracles qui s'opérèrent par l'intercession du bienheureux pontife se répandit au loin ; le pape Alexandre III, qui se trouvait à Toulouse, fit procéder à la canonisation.

Le culte de saint Bertrand se répandit dès l'origine dans plusieurs diocèses de France, dans les congrégations de chanoines réguliers dont il avait fait partie, et qu'il institua à Lugdunum et jusqu'à Gratz et Voraw, en Styrie.

Il existait aux environs d'Auch une église qui lui était dédiée ; l'église a disparu, mais son souvenir est rappelé par une croix qui porte le nom de Croix de saint Bertrand.

Les reliques de saint Bertrand avaient pu être soustraites à la fureur des hérétiques et transportées à Lectoure. Elles furent rendues par le chapitre de cette ville, et cette restitution fut longtemps fêtée le 31 mars. Le bâton pastoral du Saint, vulgairement appelé l'adicorne, et que l'on conservait avec soin, fut pris dans l'invasion de 1393. Le chapitre, qui tenait beaucoup à cette relique, fit des réclamations au roi afin d'en obtenir la restitution ; cette démarche obtint le succès désiré.

En 1733, sous l'épiscopat de Mgr du Bouchel, notre Saint reçut un hommage touchant de ses compatriotes. Depuis longtemps l'Île-Jourdain, cette fille des ancêtres de saint Bertrand, désirait posséder une de ses reliques ; elle lui fut accordée ; et, le 5 septembre, le son de toutes les cloches de la collégiale et du couvent de Valcabrère annonça l'arrivée des députés de l'Île, chanoines, consuls, nobles et bourgeois qui venaient recevoir une part de ce trésor.

L'Île conserve encore aujourd'hui une grande dévotion envers notre Saint ; sa fête s'y célèbre avec pompe ; ses reliques, sauvées à la Révolution par une main pieuse, et reconnues authentiques par le cardinal d'Issard, en 1836, sont encore portées en procession à travers les rues de la ville, dans le riche pavillon qui vint les chercher en 1753 ; son antienne est chantée tous les dimanches devant sa chapelle. La tradition y a conservé le souvenir du lieu où naquit notre Saint. Le château de son père a disparu, mais la maison bâtie sur son emplacement porte le nom de maison de saint Bertrand. Il y a aussi, à une petite distance de la ville, une fontaine à laquelle le peuple a donné son nom, parce qu'il croit que saint Bertrand, allant dire la messe dans une église contiguë, y puisait l'eau nécessaire au saint sacrifice. Lorsqu'ils sont atteints par la maladie, les compatriotes de notre Saint ont recours à l'eau de cette fontaine à demi cachée dans les ronces qui bordent le chemin ; ils la font bénir et elle les guérit. Arrens, dans la vallée d'Azun ; Barcelone et les chanoines réguliers de Sainte-Geneviève, à Paris, obtinrent également de ses reliques.

A l'époque de la Révolution, l'église fut pillée et la châsse du Saint dépouillée de ses ornements d'argent. Quant aux reliques, elles furent soustraites par des mains pieuses, et la châsse abandonnée fut cachée entre les piliers extérieurs au-dessus de la sacristie. L'église de Saint-Bertrand de Comminges célèbre chaque année trois fêtes en l'honneur de son glorieux patron, au milieu d'une grande affluence de pèlerins. Le 16 octobre, jour anniversaire de sa mort, ses reliques sont exposées sur l'autel à la vénération des fidèles. Le 2 mai, fête de l'Apparition du Saint. Le pape Clément V, qui avait été évêque de Comminges, plein de vénération pour son glorieux prédécesseur, voulut enrichir l'église de Comminges d'une grâce insigne, la première de ce genre qu'une église particulière eût encore reçue des vicaires de Jésus-Christ. Il institua, en mémoire de l'Apparition de saint Bertrand et de la Passion de Notre-Seigneur, un Jubilé, désigné dans la dévotion des peuples sous le nom de Grand Pardon, pour être célébré à perpétuité dans l'église cathédrale de Comminges, toutes les années où l'Invention de la Sainte-Croix se rencontrait un vendredi, et qui durerait depuis les premières Vêpres de l'Apparition, mercredi soir 1er mai, jusqu'aux secondes Vêpres de l'Invention de la Sainte-Croix, vendredi soir 3 mai.

SAINT GRAT ET SAINT ANSUTE, MARTYRS EN ROUERGUE. 403

Il fallait dans l'origine, pour gagner le Jubilé, se confesser et communier dans l'intérieur de la ville, et dans les trois jours de sa durée. Le pape Pie VI, par une bulle qui le confirmait, le prolongea de sept jours. Grégoire XVI, par un indult du 17 septembre 1839, étendit cette grâce à tous ceux qui visiteraient l'église dans les trois jours, pourvu qu'ils se fassent confessés et eussent communié dans les huit jours qui précèdent l'ouverture ou pendant sa durée, en quel lieu que ce fût. Enfin le Jubilé se termine par une procession générale dans laquelle on porte autour de la ville la grande châsse où est renfermé le corps de saint Bertrand et qui ne sort que dans cette circonstance. On évalue le nombre des pèlerins qui, en 1850, ont visité l'église, à 50,000.

Le 16 janvier, fête de la Translation des reliques, est l'anniversaire du jour où le pape Clément V vint prendre, de ses mains consacrées, le corps de saint Bertrand de la tombe où il reposait au pied de l'autel de Notre-Dame, pour l'exposer à la vénération des peuples.

Jusqu'à la Révolution on a observé quelques autres fêtes ou usages particuliers, souvenirs de quelque bienfait ou de quelque heureux événement comme toutes les fêtes catholiques. Ainsi, le 31 mars, anniversaire de la restitution des reliques qui avaient été enlevées au temps des Huguenots, messe solennelle, procession autour de l'église et du cloître, avec un reliquaire en forme de bras. Le 8 juin, jour de la délivrance de la ville ravagée par les Protestants, offices solennels, procession après Vêpres autour de la ville, fête instituée par Urbain de Saint-Gelais. Le 22 juillet, procession après la messe pour mémoire d'une autre délivrance ; fêtes d'actions de grâces dans lesquelles se confondaient deux sentiments qui firent si longtemps le bonheur et la gloire de la France : Religion et Patrie.

Quelquefois on voyait neuf jeunes filles ou neuf jeunes garçons, tenant des cierges allumés, s'avancer à genoux depuis l'entrée de l'église jusqu'au tombeau de saint Bertrand, où le prieur de la chapelle disait la messe. C'était la santé d'un malade chéri que venaient demander ces pieux et innocents pèlerins ; et les nombreux ex-voto suspendus au tombeau prouvaient qu'on ne recourait pas en vain à ce glorieux confesseur. Cette touchante manière de l'invoquer est encore en usage.

L'église de Saint-Bertrand possédait autrefois une Confrérie de Saint-Bertrand, érigée, le 1er mai 1531, par Jean de Mauléon qui, pour encourager la dévotion envers la glorieuse vierge Marie et envers notre Saint, avait concédé à ses membres de nombreuses grâces spirituelles. Cette confrérie comptait sous sa bannière les évêques, le chapitre et un nombre infini de personnes de tout rang et de toute condition, dans la ville, le diocèse et les pays voisins.

Clément V avait enrichi l'église de Comminges de nombreuses indulgences par une bulle datée de cette ville, du 16 janvier 1309, pour les jours des trois fêtes de saint Bertrand et les quatre fêtes de la vierge Marie : la Purification, l'Annonciation, l'Assomption et la Nativité. Aux fêtes de la sainte Vierge, dix ans et autant de quarantaines ; et à chacun des jours de leurs octaves, trois ans et autant de quarantaines. Aux fêtes de saint Bertrand, quinze ans et autant de quarantaines, et à chacun des jours de leurs octaves, sept ans et autant de quarantaines. Ces indulgences ont été confirmées par les papes Jean XXII, Benoît XII et Léon X.

La châsse qui renferme aujourd'hui le corps de saint Bertrand est en bois d'ébène, surmontée d'une statue d'évêque, avec quelques ornements. On possède encore de lui une mitre et son anneau pastoral, d'or, surmonté d'une pierre précieuse.

*Vie et miracles de saint Bertrand*, par Louis de Fiancette d'Agos. Saint-Gaudens, 1854.

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## SAINT GRAT ET SAINT ANSUTE, MARTYRS EN ROUERGUE (316).

La ville de Rome fut la patrie de saint Grat : c'est là qu'il naquit au sein d'une famille illustre. Après avoir quitté ses parents et dit adieu à tout ce que le monde aime et à tous les biens pour lesquels il se passionne, Grat passa dans la Gaule et se fixa au pays des Ruthènes (le Rouergue). Rempli et animé par l'esprit de Dieu, Grat offrait une vie exemplaire, la fidélité la plus constante à ses devoirs, un zèle éclairé pour la pratique du bien ; et, par tous les moyens possibles, il s'attachait à exciter à la piété les témoins de ses vertus. Grat eut pour compagnon de ses travaux Ausute, aussi dévoué que lui au service de Dieu et à celui du prochain. Jour et nuit, ils vaquaient ensemble à la prière, pendant tout le temps qu'ils ne vaquaient pas au travail. Tous les deux, ils se livraient aux rigueurs austères de la pénitence ; tous les deux, ils mortifiaient leur chair rebelle ; et, pour mieux se dompter, ils portaient, tous les deux, une lourde chaîne de fer autour de leur corps.

Dieu bénit des existences aussi saintes et admirables que celles de Grat et d'Ausute. Le lieu solitaire où elles s'écoulaient sans bruit et loin du monde devint illustre par les miracles que Dieu

16 OCTOBRE.

se plut à y opérer, à la prière de ses serviteurs : Capdense, où Grat et Ansute vivaient dans la retraite, fut visité par des malades et des infirmes de toutes sortes, accourant en foule auprès d'eux pour obtenir sa santé et la guérison de leurs misères morales et physiques ; et ils les guérissaient, en invoquant sur eux le nom de Jésus-Christ.

Le démon ne put pas soutenir la vue d'un spectacle si édifiant, qui confirmait, d'une manière éclatante, et la vie sainte de Grat et d'Ansute, et la vérité de la religion qu'ils professaient. Aussi enfiamma-t-il de colère contre Grat et Ansute les païens qui vivaient autour d'eux, en leur montrant la conduite des deux serviteurs de Dieu, comme une injure vivante à leur propre conduite ; et les progrès de la religion de Grat et d'Ansute parmi eux, comme un indice certain de leur lâcheté et de leur faible attachement à leurs divinités. Le sort de Grat et d'Ansute fut donc arrêté. Les païens se rassemblèrent, les saisirent et les chargèrent de chaînes ; puis ils leur tranchèrent la tête.

Saint Grat et saint Ansute sont honorés, le 16 octobre, dans le diocèse de Rodez. On pense que leur glorieux martyre eut lieu à Saint-Grat, près Villefranche, l'une des paroisses du diocèse de Rodez, sous la persécution de Dioclétien. La plus grande partie de leurs reliques sont vénérées, de nos jours, dans l'église de Saint-Grat, où l'on montre même un casque qui aurait, à ce qu'on croit, appartenu à saint Grat, ainsi que sa lourde chaîne de fer.

Ce Saint est invoqué, et avec succès, pour la guérison de la folie.

Notice due à l'obligeance de M. Labbé Bousquet, chanoine de Rodez.

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## SAINT ELOPHE, MARTYR PRÈS DE SOULOSSE,

## AU DIOCÈSE DE SAINT-DIÉ (362).

Notre Saint naquit au diocèse de Toul. Pendant que l'empereur Julien persécutait l'Église de Jésus-Christ, des Juifs réunis, par ses ordres, à des païens, s'étant saisis d'Elophe, le jetèrent en prison avec trente-trois autres chrétiens. Par un effet de la puissance divine, la porte de la prison s'ouvrit pendant la nuit, Elophe s'échappa et ses compagnons le suivirent. Il vint à Toul où il rendit à sa mère les derniers devoirs. Il ne tarda pas à y être inquiété, non-seulement par les soldats juifs et païens, mais par les principales autorités qui le menacèrent de la mort, s'il ne renonçait à sa religion. Il s'enfuit à Grand (Vosges), et arriva, croit-on, dans cette ville au moment où Julien lui-même s'y trouvait. Elophe se livrait là aux œuvres d'une sainte charité. Traversant un jour la petite rivière de Vaire, il aperçut des juifs réunis à des païens pour offrir leurs adorations à des idoles. Ces juifs manquaient alors aux prescriptions de la loi mosaïque, comme déjà leurs pères l'avaient fait autrefois. Il reprit avec zèle les uns et les autres, et, profitant de la circonstance, il leur annonça le Verbe de vérité, par les mérites de qui les pécheurs reçoivent le pardon et la paix. Il le fit avec tant de zèle et d'onction que, sans parler des femmes, près de six cent vingt hommes se convertirent et reçurent le baptême. Ce qu'ayant appris Julien, oubliant la douceur hypocrite qu'il affectait, et se laissant emporter par sa haine contre Jésus-Christ, il ordonna que le saint confesseur fût décapité. Comme son frère Encaire, Elophe ramassa sa tête et la porta jusqu'au sommet de la montagne voisine où, trouvant une pierre de couleur blanche, il se reposa dessus. C'est de là que cette montagne est appelée de Saint-Elophe, située entre Fromentières et Grand, à six milliaires de chacune de ces deux villes, ayant Toul au nord et Grand au midi.

Les miracles qui s'opérèrent en cet endroit, où les chrétiens s'étaient inhumé le corps du martyr, les portèrent ensuite à y construire une église qui, pendant de longues années, servit de paroisse à plusieurs villages d'alentour. Saint Gérard, évêque de Toul, ayant connu, par ces prodiges dont une partie fut témoin, de quel crédit saint Elophe jouissait auprès de Dieu, jugea convenable de diviser ses reliques. Il en fit trois parts, dont une pour sa cathédrale ; une, qui contenait le chef du martyr, pour Brunon, archevêque de Cologne, frère de l'empereur Othon Ier ; et la troisième pour demeurer dans l'église où, jusque-là, le tout avait reposé. Les Protestants d'Allemagne, en 1587, et les Suédois, en 1633, brisèrent la châsse de la petite église pour en enlever les lames et les ornements d'argent qui la couvraient, mais ils abandonnèrent les reliques sans les détruire. Les fidèles eurent soin de les recueillir avec dévotion, et plus tard on les plaça dans

SAINT DULCIDE, ÉVÊQUE D'AGEN ET CONFESSEUR. 407

un très-beau reliquaire offert par M. Simon Sallet, seigneur de Lifol et de Villouxel, trésorier de Lorraine.

On compte plusieurs églises ou chapelles placées sous le vocable de saint Elophe. La ville de Neufchâteau tient ce bienheureux en grande vénération et l'invoque, dans les calamités publiques, par des supplications solennelles.

Extrait de l'Histoire du diocèse de Toul et de celui de Nancy, par M. l'abbé Guillaume.

Événements marquants

  • Naissance à Constance à la fin du VIe siècle
  • Entrée au monastère de Luxeuil avec Bertin et Ebertram
  • Chancelier du royaume sous Clotaire II
  • Missionnaire dans le diocèse de Thérouanne avec saint Omer
  • Fondation du monastère de Sithiu (Saint-Bertin)
  • Élection au siège épiscopal de Noyon après saint Éloi (663)
  • Mort après vingt-six ans d'épiscopat en 685

Miracles

  • La barque guidée par les eaux vers l'île de Sithiu
  • Guérisons d'infirmes par la prière et les soins manuels

Citations

N'aimez ni le monde, ni les choses qui sont dans le monde. Le monde passe, sa convoitise passe aussi ; mais celui qui fait la volonté de Dieu demeure éternellement.

— Saint Mommolin (citant Saint Jean)