Sainte Godeberte
Vierge
Résumé
Sainte Godeberte est la patronne de Noyon, où elle fonda un monastère au VIIe siècle après avoir été fiancée au Christ par saint Éloi. Invoquée contre les épidémies et les fléaux climatiques, son culte est marqué par de nombreux miracles, dont l'arrêt d'une épidémie de typhoïde en 1866. Ses reliques et sa clochette historique sont conservées à la cathédrale de Noyon.
Biographie
RELIGUES ET CULTE DE SAINTE GODEBERTE.
Dieu voulut témoigner de la sainteté de sa fidèle servante par le grand nombre de miracles qu'il accomplit bientôt sur son tombeau.
On a toujours invoqué sainte Godeberte dans les calamités. Toutes les fois que, dans les sécheresses ou les pluies excessives, sa châsse a été exposée, on a vu, avant la fin de la neuvaine, les effets de la protection de la Sainte. Un fait éclatant s'est produit en 1866. La fièvre typhoïde faisait d'affreux ravages ; trois cents personnes avaient été atteintes. Le 23 mai, un des notables de Noyon, dont le fils venait d'être victime du fléau, alla trouver le curé et lui dit : « Nos pères, dans les calamités, recouraient à sainte Godeberte ; jamais on n'a imploré en vain sa protection. Comment se fait-il qu'on n'ait point encore exposé sa châsse et commencé la neuvaine ? » Le lendemain, au son des cloches, la châsse fut exposée et on commença une neuvaine de prières. À dater de ce jour, 24 mai, pas un seul nouveau cas de fièvre typhoïde n'a été constaté. On fit observer ce fait à MM. les médecins de la localité ; aucun n'a pu le contester. Une procession solennelle d'actions de grâces, présidée par Mgr Giguoux, eut lieu six semaines après. La châsse de sainte Godeberte y fut portée en triomphe, au milieu d'une foule immense et profondément émue.
L'élévation du corps de sainte Godeberte eut lieu le 27 avril 1168, par Bauduin, évêque de Noyon, qui transféra les reliques à la cathédrale.
Pendant la Révolution, les reliques de sainte Godeberte furent enfouies dans le préau du cloître de la cathédrale, par un pieux fidèle nommé Eustache. Après le rétablissement du culte, elles furent reconnues et authentiquées par l'autorité épiscopale. Elles sont aujourd'hui contenues dans une châsse en bois qui a la forme d'une église. Son chef est à part dans un reliquaire d'un goût exquis donné en 1852 par M. Ch. Hannonet de la Grange.
Une relique de la Sainte a été donnée récemment à l'église de Salency par M. Carbonnier, ancien vicaire de Noyon.
On peut considérer comme une espèce de relique de sainte Godeberte la clochette qui va être prochainement appendue dans sa chapelle, à la cathédrale de Noyon.
La tradition raconte que notre Sainte s'en servait pour convoquer ses religieuses aux exercices de la communauté. Au point de vue historique, cette tradition est conforme à l'usage qu'on suivait en Écosse dans les monastères régis, comme celui de Noyon, par la règle de saint Colomban. Au point de vue archéologique, rien n'empêche de faire remonter ce curieux monument au VIIe siècle. Cette clochette portative, faite en feuilles de métal battu, jointes par des clous rivés, et ayant la forme d'un tronc pyramidal à base rectangulaire, mesure vingt-six centimètres de haut sur vingt de large à son extrémité inférieure. L'anse plate, recourbée en arc, offre une ornementation qui ressemble à ce qu'on appelle arête de poisson.
Le trésor de la cathédrale de Noyon prétendait posséder l'anneau d'or dont saint Éloi fiança sainte Godeberte à Jésus-Christ. Il est mentionné par un inventaire de 1462.
Sainte Godeberte est la patronne de la ville de Noyon, où son culte a toujours été populaire. On l'invoque spécialement dans les fléaux publics et aux époques de pluie trop abondante ou de sécheresse continue. En souvenir de la contagion qu'elle fit cesser, dans le cours de sa vie, on l'invoqua souvent dans les pestes si fréquentes des XIVe et XVe siècles, occasionnées par la misère et les maux de toute nature qu'engendraient les guerres incessantes de ces malheureuses époques.
Le monastère de Sainte-Godeberte, détruit par les Normands, ne put jamais se relever de ses ruines, quoiqu'il y restât encore quelques religieuses au Xe siècle. Les bâtiments étaient à peu près abandonnés, en 977, lorsque l'évêque Lindolphe Ier en fit don au Chapitre de la cathédrale, qui contracta l'obligation de déléguer quatre de ses membres pour chanter l'office près du corps de sainte Godeberte. Ce fut sans doute pour se soustraire à ce dérangement qu'on transféra, en 1167, dans la cathédrale, le précieux dépôt qui était resté quatre siècles et demi dans l'oratoire de Saint-Georges. C'est aussi à cette époque que le Chapitre fit construire, au même emplacement, une église paroissiale qui prit le nom de Sainte-Godeberte. Elle continua à être un rendez-vous fréquenté de pèlerinage, à cause d'une fontaine qui était salutaire aux enfants malades. Cette fontaine n'existe plus, mais on garde le souvenir de son emplacement.
Les évêques de Noyon, à leur première entrée solennelle, s'arrêtaient à l'église Sainte-Godeberte, quittaient leurs habits de voyage et, après avoir revêtu leurs vêtements pontificaux, entraient par la porte septentrionale qui ne s'ouvrait que pour cette circonstance.
L'église Sainte-Godeberte a été détruite pendant la Révolution. Le souvenir de son emplacement s'est longtemps perpétué par la procession qui y stationnait le 14 avril.
Sur le territoire de Matigny (canton de Ham), se trouve un lieu dit : Vallée de Sainte-Godeberte.
Sa fête est marquée au 13 février dans les bréviaires d'Amiens de 1746 et de 1840 (simple) ; au 5 mai, dans ceux de Noyon et de Saint-Quentin ; au 11 avril, dans le Propre de Beauvoir (double). On la célébrait à Noyon le dimanche qui suivait le 11 avril ; mais comme les fêtes réservées, qui abondent à cette époque de l'année, faisaient souvent remettre cette solennité, on a obtenu un indult (2 avril 1857) qui la fixe au cinquième dimanche après Pâques.
Le chanoine Le Vasseur, doyen du chapitre de Noyon et auteur des Annales de cette église, qui s'imaginait que la cathédrale de Noyon datait du temps de Charlemagne, a consacré un chapitre de cinq pages à résoudre cette question : Si le pourtrait de notre sainte Godeberte, qui se voit au grand portail de notre église, fut fait à l'advenant ou selon son prototype. Il se prononce, bien entendu, pour l'affirmative et y voit un portrait exact et à peu près contemporain.
On croyait reconnaître, à l'église Sainte-Godeberte, dans une pierre tumulaire portant l'effigie d'une religieuse, l'ancien tombeau de la patronne de Noyon.
Au portail gauche de la même cathédrale, aujourd'hui mutilé, on voyait jadis une domestique qui, sur le commandement de sainte Godeberte, portait dans le pan de sa robe des charbons ardents qui se changèrent en roses et en autres fleurs. Ce miracle, uniquement connu par la tradition noyonnaise, n'est pas mentionné dans le texte de Radbod.
Dans une des niches du magnifique rétable en pierre de la chapelle de Notre-Dame de Bon-Secours, à la cathédrale de Noyon, on remarque une ancienne statue de sainte Godeberte tenant un anneau à la main.
Deux tableaux assez vieux, mais de peu de mérite, conservés dans la même église, représentent, l'un le portrait de sainte Godeberte, en costume de religieuse ; l'autre, le miracle de l'incendie arrêté. Un troisième tableau, de date récente, nous montre la jeune vierge fiancée à Jésus-Christ, en présence du roi, par l'anneau de saint Éloi.
Un monument beaucoup plus curieux est conservé dans la salle haute du Trésor : c'est une armoire du XIVe siècle où sainte Godeberte est peinte à côté de saint Éloi qui la bénit. M. Viollet le Duc en a publié la chromolithographie dans son Dictionnaire du mobilier français, t. I, Meubles, pl. 1.
Une belle gravure de Picart, dans la collection des Figures de Saints, au Cabinet des estampes de Paris, t. VII, f° 212, représente sainte Godoberte debout, tenant un livre et un anneau. Cette figure est reproduite dans la biographie de la Sainte par Moutigny.
Nous ne trouvons plus à mentionner qu'un vitrail moderne de l'église de Villers-Bretonneux ; une statue de la cathédrale de Noyon, due aux offrandes spontanées des fidèles, à la suite de la cessation de l'épidémie dont nous avons parlé, et bénie le 25 février 1867 par Mgr Gignoux ; et les vitraux représentant la légende de la Sainte, que doit bientôt exécuter, pour sa chapelle, M. Claudine-Lavergne.
La Vie de sainte Godoberte, écrite longtemps après sa mort, est attribuée à Radbod II, élu évêque de Noyon en 1067. C'est une espèce de panégyrique qu'on lisait sans doute à l'église le jour de sa fête. — Nous avons emprunté la plus grande partie de la vie de sainte Godoberte à l'Hagiographie d'Amiens, par M. Corblet.
Événements marquants
- Fiançailles spirituelles à Jésus-Christ par saint Éloi en présence du roi
- Fondation d'un monastère à Noyon régi par la règle de saint Colomban
- Cessation d'une contagion durant sa vie
- Élévation du corps le 27 avril 1168 par l'évêque Bauduin
- Translation des reliques à la cathédrale de Noyon en 1167
Miracles
- Cessation immédiate de la fièvre typhoïde à Noyon le 24 mai 1866 après l'exposition de sa châsse
- Transformation de charbons ardents en roses portés par une domestique
- Arrêt d'un incendie
- Fontaine salutaire pour les enfants malades
Citations
Nos pères, dans les calamités, recouraient à sainte Godeberte ; jamais on n'a imploré en vain sa protection.