Saint Nectaire (Victorin)

Premier évêque connu de Poitiers et Martyr

Fête : 2 novembre 3ᵉ siècle • saint

Résumé

Premier évêque connu de Poitiers à partir de 290, Nectaire (souvent identifié à Victorin) était probablement d'origine orientale. Écrivain ecclésiastique et commentateur des Écritures, il soutint les fidèles avant de mourir martyr en 304 sous Dioclétien. Son existence est confirmée par une inscription funéraire antique retrouvée à Poitiers.

Biographie

SAINT NECTAIRE OU VICTORIN,

PREMIER ÉVÊQUE CONNU DE POITIERS ET MARTYR

393. — Pape : Saint Marcellin. — Empereurs romains : Dioclétien et Maximien.

*Amor scientiam Scripturarum.*

*Aimez la science des Écritures.*

*Saint Jérôme.*

C'est vers 290 que les Pictons reçurent leur autonomie religieuse. Nectaire ou Nectarius, leur premier évêque, apparaît alors, et son nom, parvenu jusqu'à nous sous la forme grecque latinisée, autorise à croire qu'il était originaire d'Orient par lui ou par sa famille. Faut-il ne faire qu'un même personnage de lui et d'un saint Victorin qui aurait vécu dans le même temps, et dont le nom semble être une traduction latine de l'appellation grecque donnée à Nectarius ? L'affirmative ne nous est pas douteuse sur cette question, controversée jusqu'ici, et qui le sera peut-être encore, mais que nous semblent résoudre certaines particularités d'un grand poids. À cette époque de migrations forcées, où les évêques étaient les premiers destinés au martyre, et souvent obligés de se soustraire aux recherches des bourreaux, quoi d'étonnant qu'un évêque d'Orient, chassé de son siège par une de ces persécutions formidables qui épouvantèrent la dernière moitié du IIIe siècle, se soit réfugié sur des plages lointaines où son zèle pût s'exercer encore à la tête d'une nouvelle Église ? Cela expliquerait comment saint Jérôme ne s'était pas trompé en qualifiant Victorin d'évêque de Poitiers, aussi bien que le martyrologe romain en indiquant sa fête sous ce titre au 2 novembre.

En dépit des temps si difficiles qu'il dut traverser, notre saint Nectaire ne mêla pas moins son nom à ceux des écrivains qui marchèrent sur les traces de Tertullien, de saint Justin et de saint Méliton, pour la prédication de la foi et la réfutation des hérésies. D'après saint Jérôme, il s'appliqua, selon la légitime préoccupation de sa charge pastorale, à développer le sens des saintes Écritures au profit de la morale pratique, et composa des commentaires sur la Genèse, l'Exode et le Lévitique ; il publia aussi des expositions sur les prophéties d'Isaïe, d'Ézéchiel et d'Habacuc. Le choix de ces études allait bien aux besoins des chrétiens persécutés, et devait servir de consolation, autant que d'enseignement, à ceux qu'il fallait soutenir à la fois contre l'ignorance des mystères et la vanité de l'idolâtrie. Mais de ces écrits rien ne nous est resté. Au jugement de saint Jérôme, ils valaient mieux pour le fond que pour le style, l'auteur réfléchissant beaucoup mieux qu'il n'écrivait, et ne rendant sa pensée qu'avec une assez remarquable difficulté. La langue latine lui était beaucoup moins familière que le grec, ce qui confirme notre opinion sur son origine orientale, et

2 NOVEMBRE.

explique comment, en donnant la préférence pour ses *Expositions* à un idiome que son peuple devait mieux comprendre, il a mieux réussi pour le sens des choses que pour l'expression.

Saint Nectaire ne donna pas seulement des témoignages de sa foi par des enseignements théologiques. Il la confirma encore par un glorieux martyre, l'un des derniers qui signalèrent la sixième persécution ordonnée en 303 par Dioclétien. C'était l'avant-dernière année du règne de ce tyran, la quatorzième de l'épiscopat de Nectaire, qui, de l'avis unanime des historiens, l'avait commencé en 290. En dépit de la fureur des païens, qui ne fut jamais plus grande que dans ce dernier combat livré au christianisme, les fidèles purent garder ses restes et les ensevelir ; sans doute, on n'attendit pas que la paix donnée à l'Église par Constantin permît de lui rendre un hommage public ; mais on se borna à signaler sa sépulture par une simple et modeste inscription, dernièrement retrouvée, et quiconque voulut prier sur son tombeau put le reconnaître à ces quatre mots gravés sur une étroite pierre : HIC REQUIESCIT NECTARIUS ANTISTES. Un tel monument vaut toutes les assertions historiques dont les parchemins nous manquent aujourd'hui. Tout fait croire que le saint corps fut déposé, avant la fin du même siècle, dans l'église de Saint-Hilaire, construite en 308. C'est de là que, par suite des invasions normandes, on le transféra au monastère de Long-Rhée, dépendant de la célèbre collégiale du diocèse d'Auxerre. Là comme à Poitiers, le saint évêque était honoré le 19 juillet. C'était donc le jour de sa translation, et non celui de sa mort (qui était du 2 novembre, comme nous l'avons vu). Ces reliques y furent gardées jusqu'aux jours où les Calvinistes, portant la désolation dans le saint lieu, les profanèrent et s'emparèrent de la chasse d'argent qui les contenait.

## UN MOT SUR LES ORIGINES DE L'ÉGLISE DE POITIERS.

Saint Martial, après avoir, au premier siècle, établi son siège à Limoges et fondé un autre foyer du christianisme à Poitiers, n'eut d'abord aucune raison d'instituer en ce dernier lieu un évêché, soit que la chrétienté nouvelle n'y fût pas encore assez considérable malgré son importance relative, soit qu'il espérât un peu plus tard voir quelque apôtre y venir de Rome, avec laquelle cependant les communications étaient aussi rares que difficiles. Le territoire des Lemovices et des Pictons n'en forma donc qu'un seul pour les attributions religieuses, et pendant plus d'un siècle et demi les deux peuples furent du même diocèse. Cette longue union put bien venir aussi de l'opposition souvent énergique faite par l'autorité romaine aux rapides progrès du christianisme chez les Poitevins. Cette intimité dut persuader à saint Martial de n'y pas précipiter la présence d'un évêque. Il mourut sans avoir pu réaliser cette partie essentielle de son plan, et bientôt après, les persécutions étant survenues, ses successeurs à Limoges durent y renoncer comme lui, et garder la direction des deux provinces. Ainsi les deux peuples limitrophes, très distincts par le sol, le caractère et les habitudes populaires, mais très-unis par la même foi, restent sous la même houlette pastorale, et les évêques d'*Augustoritum* (Limoges) sont les mêmes que ceux de *Limonum* (Poitiers).

Des causes de haute gravité déterminèrent enfin, vers la fin du IIIe siècle, la division de ce trop vaste diocèse de Limoges en deux Églises indépendantes l'une de l'autre. Déjà cette délimitation avait été prescrite en beaucoup d'autres lieux, soit par les Papes, soit par les Conciles. Le pape saint Denys, entre autres, avait renouvelé en 271 un décret antérieur réglant la juridiction des évêques et des curés, et prescrivant à chacun de garder les limites désormais invariables de son diocèse ou de sa paroisse.

Nous arrivons ainsi vers la fin du IIIe siècle. Il s'en fallait que la Gaule eût conservé la paix religieuse que les empereurs lui avaient laissée au commencement. Le nombre des chrétiens s'était considérablement accru ; le triomphe de la foi sur la philosophie païenne, dont les sectes si variées étaient autant d'ennemis pour elle, aussi bien que l'antagonisme intéressé des prêtres idolâtres, avait suscité des haines violentes, et les empereurs, qui trouvaient dans leurs hideuses passions autant de prétextes à combattre une doctrine si gênante, s'étaient presque tous évertués à l'abolir. Les sanglantes contestations des trente tyrans, l'anarchie qui précéda de peu la défaite et la chute de Valérien, n'avaient pas empêché celui-ci d'ordonner une persécution qui fut la huitième, et s'étendit sur toute la surface des Gaules. C'est donc simultanément et à la rigueur des persécutions et au besoin d'autant plus grand d'exercer une plus active surveillance sur le clergé et les fidèles en des circonstances où l'unité devint plus nécessaire, qu'il faut attribuer la séparation en deux diocèses du territoire qui n'en avait fait qu'un jusqu'alors.

Pour nous résumer, la ligue apostolique de saint Martial apparaît à l'origine primo-séculaire de l'Église de Poitiers ; celle de saint Nectaire ou Victorin ouvre, vers la fin du IIIe siècle, le catalogue de l'épiscopat de cette même Église, qui vient de conquérir par la force des circonstances son autonomie religieuse.

M. l'abbé Auber, Origines de l'Église de Poitiers. Poitiers, chez Dupré, 1866.

Événements marquants

  • Début de l'épiscopat en 290
  • Rédaction de commentaires sur l'Ancien Testament
  • Martyre lors de la persécution de Dioclétien en 303-304
  • Translation des reliques au monastère de Long-Rhée suite aux invasions normandes

Citations

HIC REQUIESCIT NECTARIUS ANTISTES

— Inscription funéraire

Date de fête

2 novembre

Époque

3ᵉ siècle

Décès

304 (quatorzième année de son épiscopat) (martyre)

Patron(ne) de

Autres formes du nom

  • Nectarius (la)
  • Victorin (fr)
  • Victorinus (la)

Prénoms dérivés

Nectaire, Victorin