Saint Patrocle (Parre)
Martyr en Champagne
Résumé
Issu d'une illustre famille de Troyes, Patrocle (ou Parre) choisit la vie solitaire avant d'être arrêté lors de la persécution d'Aurélien au IIIe siècle. Après avoir miraculeusement échappé à ses bourreaux en traversant la Seine, il fut décapité sur une colline alors qu'il priait. Son culte, très vivant en Champagne, s'est étendu jusqu'en Allemagne au Xe siècle.
Biographie
SAINT PATROCLE OU PARRE, MARTYR EN CHAMPAGNE (259-273).
Saint Parre appartenait, dit-on, à l'une des plus illustres familles de Troyes; il était jeune lorsqu'il perdit ses parents. Le premier usage qu'il fit de sa liberté fut de suivre l'attrait qui le portait à la vie solitaire. Il se retira à une demi-lieue de la ville dans une maison de campagne qu'il s'était réservée et où plus tard fut bâti le couvent de Foicy. Dieu lui avait donné le talent de la parole; il ne s'en servait que pour défendre les opprimés ou pour entretenir des choses du ciel ceux qui le visitaient. Il était d'une taille avantageuse, d'une figure agréable; à ces dons de la nature, il joignait une humeur douce et une affabilité peu communes.
Mais un cruel caprice de l'empereur Aurélien qui était alors dans les Gaules, allait bientôt priver la terre de l'un de ses bienfaiteurs et enrichir le ciel d'un intercesseur. Après avoir laissé l'Église vivre en paix quelque temps, et même après lui avoir rendu service par un rescrit impérial contre l'hérésiarque Paul de Samosate, condamné par les Pères du Concile d'Antioche, Aurélien, comme s'il avait été pris d'une subite folie, excita, la dernière année de son règne, la plus violente persécution contre les chrétiens. L'édit qu'il publia à cette occasion se lit encore dans les actes de saint Symphorien, martyr. Combien cette persécution fut cruciale, quelque courte, on peut s'en faire une idée par les supplices horribles auxquels il soumit ses soldats païens. Flavius Vopiscus raconte qu'un soldat, pour avoir violé les droits de l'hospitalité, fut attaché par les pieds et par les mains à des branches d'arbre courbées avec effort et puis abandonnées à leur mouvement naturel, et qui rompirent ainsi ce malheureux en deux. S'il inventait de pareils supplices contre ses propres soldats, que ne dut-il pas faire contre les chrétiens, qu'il estimait impies, ennemis de la divinité et traîtres à l'empire et aux empereurs ? Les actes de saint Parre rapportent que le martyr fut interrogé par Aurélien lui-même, que le prince irrité de ses réponses le livra aux bourreaux avec ordre de le décapiter dans un marécage au bord de la Seine, afin que son corps y restât enfoui sans honneur; mais que le Saint ayant prié Dieu de ne pas le laisser dans cette boue, les yeux des bourreaux furent tout à coup obscurcis et aveuglés, si bien que saint Parre, profitant de cette circonstance, s'échappa de leurs mains, et, traversant miraculeusement la Seine, se rendit sur une colline voisine, où les bourreaux survenant un peu après, pendant qu'il priait le visage contre terre, le frappèrent de leurs épées et lui coupèrent la tête. Le prêtre Eusébius et le diacre Liberius recueillirent sa dépouille et lui donnèrent la sépulture. Quand la persécution, qui fut courte, fut passée, ils construisirent un petit oratoire sur son tombeau. Après que les actes du martyr eurent été rapportés de Rome, lors de l'expédition en Italie de Théodebert, roi des Francs, une grande basilique remplaça bientôt la petite chapelle.
Sur la gauche de la route de Saint-Parre-aux-Tertres, à quelque distance des maisons, une croix de fer posée sur un socle de pierre indique aux voyageurs et aux pieux pèlerins l'endroit où saint Parre reçut le coup mortel.
De temps immémorial, l'église de Saint-Parre-aux-Tertres, consacrée au premier martyr troyen, à deux kilomètres de la ville, est le but d'un pieux et édifiant pèlerinage.
Une portion assez considérable du chef et du bras de saint Savinien est exposée en même temps que les reliques de saint Parre. On y vénère de plus, en particulier, plusieurs autres puissants protecteurs : sainte Badagonde, reine de France; saint Eugène, martyr; sainte Eaphémie, vierge et martyre, dont les reliques proviennent de l'abbaye de Foicy; saint Loup, saint Bernard, saint Edme, saint Vorles, sainte Syre, etc.
Trois jours dans l'année, le 19 janvier, le lundi de Pâques et le lundi de la Pentecôte, appellent les fidèles à ce pieux rendez-vous. Mais c'est surtout le lundi de la Pentecôte que l'affluence est plus considérable.
Une confrérie est établie à Saint-Parre-les-Tertres en l'honneur du glorieux patron du pays; les associés peuvent gagner une indulgence plénière, s'ils remplissent les conditions ordinaires. Dès le matin du lundi de la Pentecôte, les marguilliers sont à leur bureau et tiennent ouvert le registre où ils inscrivent les noms de tous ceux qui viennent demander à Dieu quelque grâce et s'agréger à la confrérie. Après une messe basse, la Messe des Pèlerins, le prêtre impose l'étole sur les personnes qui visitent les saintes reliques, et il récite en même temps l'invocation suivante :
« Que le Seigneur tout-puissant et miséricordieux vous accorde tout ce que vous lui avez pieusement demandé par l'intercession de saint Parre et des autres Saints dont nous honorons aujourd'hui la mémoire. Ainsi soit-il ».
A la Saufsotte, près de Nogent-sur-Seine, un semblable pèlerinage a lieu en l'honneur de saint Parre, et les localités voisines s'y rendent avec autant de dévotion que d'empressement.
Au Xe siècle, on transféra ses reliques de Troyes à Cologne, puis de Cologne à Soest, dans le comté de la Mark, dont il est le principal patron.
Saint Parre est patron de la paroisse d'Onjon, dans le diocèse de Troyes. Toutes les reliques de ce saint martyr n'ont pas été enlevées au pays qui fut le théâtre de son martyre ; on en vénère des parcelles à Saint-Mards, à Lusigny, à Fralignes qui le reconnaissent également pour leur patron. Plusieurs localités du diocèse de Troyes portent son nom, comme Saint-Parre-aux-Tertres, Saint-Parre-les-Vaudes ; Chalantre-la-Grande possédait autrefois une église dédiée à saint Parre.
Surius donne les actes sincères de saint Patrocle, ou Parre. Grégoire de Tours en parle. Il dit que ces actes, apportés d'Italie, furent comparés et trouvés semblables à ceux qu'un ecclésiastique français possédait. La persécution de l'empereur Aurélien est mise la neuvième par Orose, ainsi que par saint Augustin ; mais l'historien Sulpice Sévère la donne pour la huitième.
Événements marquants
- Retraite solitaire à Foicy après la mort de ses parents
- Interrogatoire par l'empereur Aurélien
- Condamnation à la décapitation dans un marécage
- Traversée miraculeuse de la Seine pour échapper aux bourreaux aveuglés
- Martyre par décapitation sur une colline voisine pendant sa prière
- Translation des reliques à Cologne puis à Soest au Xe siècle
Miracles
- Obscurcissement de la vue des bourreaux
- Traversée miraculeuse de la Seine
Citations
Que le Seigneur tout-puissant et miséricordieux vous accorde tout ce que vous lui avez pieusement demandé par l'intercession de saint Parre