Saint Savinien (Sabinien)

Martyr à Troyes

Fête : 29 janvier 3ᵉ siècle • saint

Résumé

Originaire de Samos, Savinien s'enfuit en Gaule pour pratiquer sa foi chrétienne. Après avoir converti de nombreuses personnes à Troyes, il subit divers supplices sous l'empereur Aurélien avant d'être décapité à Rilly en 275. La légende rapporte qu'il porta sa tête sur quarante pas après son exécution.

Biographie

SAINT SAVINIEN OU SABINIEN, MARTYR À TROYES

Je suis venu au milieu de vous semer les semences du ciel. Réponse de saint Savinien aux soldats qui vinrent l'arrêter.

Rilly, petit bourg sur la Seine, à quatre lieues de Troyes, en Champagne, sera éternellement renommé par l'illustre martyre de saint Savinien. C'était un Grec de la ville de Samos, lequel, par une providence extraordinaire, vint comme arroser et engraisser les campagnes de France, par les agréables ruisseaux de son sang, pour donner de nouveaux enfants à Jésus-Christ. Son père s'appelait Savin, assez honnête homme, si ses mœurs n'avaient pas été souillées par le vice infâme de l'idolâtrie. Il eut soin d'avancer son fils Savinien dans les études des lettres humaines et de la philosophie, et ce jeune homme apprit si bien à raisonner par les principes de la nature, qu'il s'éleva, de la connaissance des créatures visibles, à celle du Créateur et d'un seul Dieu immortel et invisible. Comme il était dans ces pensées, il trouva, par bonheur, le livre des Psaumes de David, et l'ayant ouvert, il tomba sur ce verset du cinquantième : « Vous m'arroserez d'hysope, et je serai purifié ; vous me laverez, et je deviendrai plus blanc que la neige ». Mais, comme il n'en pouvait comprendre le sens, un ange de lumière lui apparut, et lui fit savoir que, par l'eau du baptême que recevaient les chrétiens, les péchés étaient effacés, et que leur âme devenait plus blanche que la neige.

Savinien, consolé par cette vision, commença à s'adonner avec ferveur à l'étude de la piété et à parler de l'Évangile. Son père s'aperçut bientôt de ce changement; il vit que son fils, négligeant le culte des faux dieux, semblait n'aspirer qu'au Christianisme, et, comme il était païen très-zélé, il s'en offensa extrêmement, et le menaça de le déférer au magistrat et de le faire punir. Mais cela émut peu Savinien : cependant, pour vivre avec plus de liberté, il résolut de s'éloigner de son pays, et d'abandonner ses parents, ses biens, et de suivre Jésus-Christ partout où il lui plairait de le conduire.

Son histoire porte que l'Esprit de Dieu le poussa du levant jusqu'au couchant, et de la Grèce jusqu'en France, où il s'arrêta en un lieu qui n'était pas beaucoup éloigné de Troyes, en Champagne; là, faisant sa prière, il se vit soudainement environné d'une nuée, d'où une personne inconnue lui conféra la grâce du saint baptême. Mais nous nous tiendrions plus volontiers à la tradition du pays, d'après laquelle notre Saint, arrivé à cet endroit, rencontra saint Parre, citoyen de la même ville, et, depuis, martyr de Jésus-Christ; celui-ci ou lui conféra de ses propres mains le saint Baptême, ou eut soin de le lui faire administrer. Quoi qu'il en soit, il est constant qu'il commença à mener sur la terre une vie toute céleste. Se sentant poussé par le même Esprit qui l'avait amené en France, il se mit à prêcher l'Évangile avec tant de courage, qu'une infinité de gens, gagnés par ses prédications, que Dieu appuyait de la force des miracles, abandonnèrent le culte des idoles et se convertirent à la religion chrétienne : en une fois, il y eut près de onze cents personnes qui embrassèrent le Christianisme et furent baptisées par son ministère.

En ce même temps, l'empereur Aurélien était entré dans les Gaules, dans le dessein de repousser les Barbares qui les ravageaient, et de leur faire lever le siège de la ville d'Augsbourg. Ce prince, qui était extrêmement ennemi des chrétiens, passant par la ville de Troyes, apprit bientôt ce qu'y faisait Savinien, et le grand nombre de personnes qu'il gagnait chaque jour à Jésus-Christ. Après le martyre de saint Parre, ou Patrocle, il fit aussi saisir cet étranger de Samos, envers lequel il usa d'abord de belles paroles et de grandes promesses, s'il voulait quitter la religion des chrétiens pour adorer ses faux dieux; mais voyant que ses discours n'avaient nul pouvoir sur cette âme invincible, il tourna toutes ses pensées à la cruauté et aux supplices, afin d'emporter par la force ce qu'il ne pouvait obtenir par la douceur. Après cette première tentative, Aurélien envoya le Martyr en prison, où quarante-huit soldats, qui le gardaient, furent convertis à la foi et baptisés par saint Savinien; Dieu faisant voir par ses merveilles, que, si les membres de ses serviteurs peuvent être arrêtés par des liens et des menottes, la parole qu'il leur met à la bouche ne saurait être liée, comme parle l'Apôtre. Telles furent les prémices du martyre de notre Saint, qu'il envoya, comme autant de victimes, pour être présentées devant la majesté du Dieu éternel; car ces quarante-huit néophytes scellèrent leur confession de foi par leur propre sang, qu'ils répandirent pour Jésus-Christ, l'empereur les ayant fait tous décapiter en présence de Savinien, afin de l'intimider; mais le trouvant toujours invincible, il se prépara à le traiter avec plus de rigueur.

Premièrement, il le fit battre nu, à coups de bâton et de grosses cordes, avec tant de cruauté, qu'il ne demeura pas d'endroit sur son corps qui n'eût sa propre plaie; et cependant le tyran se moquait de lui, et lui disait que tout cela n'était encore rien auprès de ce qui suivrait; mais le Martyr, comme si son corps eût été de bronze, répondait constamment que, la terre étant d'autant plus fertile qu'elle est labourée avec plus de soin, toutes ces cruautés ne feraient autre chose que de le rendre plus heureux et de produire de nouveaux fruits de l'Évangile. L'empereur, irrité de ces paroles, lui fit couvrir la tête d'un casque embrasé; mais Dieu le préservant de ce supplice, il n'en reçut aucun dommage; ce qui fut cause de la conversion de trois personnes qui assistaient à ce spectacle : car, remontrant hardiment à l'empereur le mal qu'il commettait en traitant de la sorte un si saint homme, pour récompense, ils reçurent eux-mêmes sur-le-champ la couronne du martyre. Notre Saint, encouragé par ces faveurs du ciel, reprochait à ce prince la faiblesse de ses tourments, et lui faisait voir quelle était la vertu de Jésus-Christ, lorsqu'il la voulait faire paraître en considération de ses serviteurs. Ces remontrances ne faisaient qu'aigrir l'empereur; il fit mettre Savinien sur un lit de fer, sous lequel on alluma un grand brasier, afin de lui faire perdre la vie par la rigueur de cet élément; mais Dieu, qui conserva les trois enfants dans la fournaise, sous le roi Nabuchodonosor, délivra aussi le Saint de ce supplice, et le feu n'eut point encore, cette fois, de prise sur lui. Aurélien, bien loin de se rendre à ces prodiges, s'obstinant toujours de plus en plus en sa malice, fit attacher le Saint à un poteau, afin de le mettre en butte aux traits de toute son armée; mais Dieu, par une continuation de ses merveilles, détourna tellement les flèches, que pas une ne porta sur son corps; au contraire, il y en eut une qui blessa l'empereur à l'œil : alors, indigné jusqu'à la rage, et ne sachant plus que faire à Savinien, il le fit reconduire en prison, attendant qu'il lui vînt quelque nouvelle invention pour tourmenter cette innocente victime.

Cependant le Saint, désirant recevoir la couronne du martyre au lieu même où il avait reçu la grâce du baptême, fit sa prière à Dieu qui l'avait préservé du feu et des flèches, afin qu'il lui plût de le détacher des liens qui l'arrêtaient en prison, et aussitôt ses chaînes se brisèrent, et la prison s'ouvrit miraculeusement; de sorte que, passant au travers de ses gardes, il s'en alla libre au lieu qu'il désirait. Dès le matin, Aurélien, ayant appris l'évasion de son prisonnier, envoya aussitôt une escouade de soldats après lui, avec ordre de le décapiter en quelque endroit qu'ils le rencontrassent. Ceux-ci, obéissant à leur cruel maître, poursuivirent de si près Savinien, qu'ils le rencontrèrent le long de la Seine qui était débordée. Alors Notre-Seigneur, pour faire voir que rien ne peut empêcher ses desseins pour la délivrance de ses serviteurs, comme il avait préservé le Martyr au milieu des flammes, le fit aussi marcher sur les eaux qui s'affirmirent sous ses pieds. Mais ce qui rend le miracle plus surprenant, c'est que, étant de l'autre côté, et voyant que les soldats ne pouvaient passer, il fit sa prière à Dieu, et obtint le même privilège pour ses propres persécuteurs; parce que si notre Saint s'était sauvé de la prison, ce n'était pas à dessein d'éviter le martyre, mais plutôt afin de l'aller chercher et de se faire baptiser dans son sang au lieu même où le baptême de l'eau lui avait été conféré d'une manière extraordinaire, ainsi qu'il a été dit. Aussi encouragea-t-il les bourreaux à exécuter les ordres de l'empereur, qui étaient de lui couper la tête : ce qui fut fait à Rilly, le 24 janvier, quoique le Martyrologe romain ne marque sa mémoire qu'au 29, l'an de Notre-Seigneur 275, selon Baronius, suivi par Camusat et par des Guerrois, l'un et l'autre auteurs du pays.

Après cette exécution, le saint Martyr, pour vérifier en sa personne cette parole de Jésus-Christ : « Celui qui croit en moi vivra, même après sa mort », se releva de terre et porta sa tête l'espace de quarante pas, au lieu où il devait être enseveli, au grand étonnement des païens qui ne pouvaient assez admirer les merveilles que Dieu opère par ses Saints.

Saint Savinien eut une sœur appelée Savine, qui le suivit aussi en France jusqu'à Troyes, où, après une longue vie passée près du tombeau de son frère, elle finit si heureusement ses jours, qu'elle y est aussi reconnue et honorée comme Sainte le 29 août.

On le représente décapité ou plutôt la gorge percée d'un glaive.

## RELIQUES ET MONUMENTS.

Longtemps le lieu de la sépulture de saint Savinien resta inconnu, à cause de la violence de la persécution. Cependant, une femme veuve, nommée Syre, que quelques-uns disent à tort être la sœur de saint Fincre, mais qui demeurait aux environs de Troyes, entendant parler des nombreux miracles qui s'opéraient en faveur de ceux qui réclamaient la protection de notre Saint, se fit conduire à Rilly, où l'on savait qu'avait eu lieu son martyre, et conjura Savinien de lui obtenir la grâce de recouvrer la vue qu'elle avait perdue depuis de longues années. Elle n'avait pas achevé sa prière, que déjà elle était exaucée. Ce miracle attira de toutes parts à Rilly une foule de personnes. On fouilla la terre à l'endroit où l'aveugle s'était agenouillée, et l'on trouva le corps de saint Savinien, exempt de toute corruption et exhalant partout une odeur de parfums délicieux.

En reconnaissance du bienfait signalé qu'elle avait reçu de Dieu par l'intercession de son serviteur, Syre, aidée des offrandes des fidèles, fit bâtir une chapelle en l'honneur de saint Savinien et lui éleva un tombeau, auprès duquel elle passa le reste de ses jours dans les exercices de la piété. C'est de cette veuve que le village de Rilly porte aujourd'hui le nom de Sainte-Syre.

Le corps de saint Savinien fut transporté à la cathédrale par les soins de l'évêque Ragnégialle; on n'en possède plus qu'une faible partie.

Quelques paroisses du diocèse de Troyes en ont aussi reçu de petites parcelles, entre autres celles de Sainte-Savine, de Saint-Parre-aux-Tertres et de la Maison des Champs.

Saint Savinien est patron de Balnot-sur-Laignes et de Sainte-Syre dans le même diocèse. — Le moyen âge a confié aux admirables vitraux de la cathédrale de Troyes le soin de redire aux générations futures, dans un brillant et riche langage, la vie et la mort de saint Savinien, telles que nous venons de les raconter.

La vie de saint Savinien et de sainte Savine, qui a été recueillie des vieux manuscrits de l'Église de Troyes et de celle de Trèves, se voit au troisième tome des Actes des Saints, par Bollandus, comme aussi dans le livre de la Sainteté chrétienne de l'Église de Troyes, composé par Nicolas des Guerrets, que nous avons déjà cité. Le même Goisbert, au commencement du XIVe siècle, retoucha et amplifia les Actes de saint Savinien, dont le plus ancien texte est du vizir Vives. Comme on trouve dans cette seconde Vie des détails précieux, qui ne sont pas dans la première, nous croyons devoir les reproduire ici d'après la naïve traduction qu'on a donnée Desguerrois, au XIVe siècle. La Sainteté chrétienne, contenant les Vies, mort et miracles de plusieurs Saints de France, et autres pays, dont les reliques sont au Diocèse et Ville de Troyes, avec l'Histoire Ecclésiastique, non encore imprimées, ni mises en lumière... (À Troyes, 1 vol. in-4°, 1657.)

- Ayant consulté le vouloir de Dieu, par la grâce de Jésus-Christ et la conduite de son Ange, Savinien quitte son pays et son père, et, après avoir passé beaucoup de contrées de la Grèce, Dalmatie et Italie, arrive aux Gaules et s'achemine à Troyes en Champagne, pour y faire sa résidence, selon la révélation du Saint-Esprit qu'il en avait eue. De ses mains il se dresse une petite maisonnette au bord du fleuve (de la Seine), ni trop loin, ni trop proche de la ville. Nos bons et véritables Pères nous ont laissé, par antique tradition, que saint Savinien étant de la Grèce arrivé à Troyes, environ l'an de grâce 371, ficha son bâton et dressa un petit logis près du lieu où est le monastère de Fovet, d'où il a pris son nom, — comme qui dirait Foy-les (felicium à fée). Que s'il m'est permis de dire ma pensée, j'estimerais (je penserais) plutôt qu'étant venu en cette ville de Troyes, et s'étant retiré sur le bord de la Seine, son bâton là fiché en terre et par miracle reverdissant, comme fit autrefois la verge d'Aaron dans l'arche, ce Saint fut reconnu par saint Parre (Putracle), son contemporain, reçu par lui en sa maison; et comme saint Savinien s'aperçut que la foi chrétienne était en l'âme et en la famille de saint Parre, il en rendit grâces à Dieu, que la foi était ici, d'où le lieu a été nommé Foiey. Il y a en ces choses de bonnes rencontres et conjectures, car ces deux Saints florissaient en un même temps, et furent martyrisés en un même mois de janvier, l'an 275, par le même empereur Aurélien, d'un même supplice, de l'épée, — bien qu'en divers jours et lieux... Un couvent de religieuses hospitalières, sous la règle de saint Augustin, s'établit à Foiey au XIVe siècle : en 1475, elles s'unirent à l'Ordre de l'Intervault et en suivirent la règle jusqu'en 1793.

Événements marquants

  • Conversion à Samos après la lecture des Psaumes et une vision angélique
  • Fuite de la maison paternelle pour échapper à l'idolâtrie
  • Voyage de la Grèce vers la France (Troyes)
  • Baptême par un ange ou par saint Parre
  • Conversion de onze cents personnes par ses prédications
  • Arrestation par l'empereur Aurélien
  • Conversion de quarante-huit soldats en prison
  • Supplices du casque embrasé, du lit de fer et des flèches détournées
  • Évasion miraculeuse de prison
  • Martyre par décapitation à Rilly
  • Céphalophorie sur quarante pas

Miracles

  • Vision d'un ange expliquant le baptême
  • Baptême par une nuée miraculeuse
  • Invulnérabilité au casque embrasé et au lit de fer
  • Flèches détournées par Dieu blessant l'empereur
  • Marche sur les eaux de la Seine débordée
  • Céphalophorie (porte sa tête sur 40 pas)
  • Guérison de l'aveugle Syre
  • Corps retrouvé exempt de corruption

Citations

Je suis venu au milieu de vous semer les semences du ciel.

— Réponse aux soldats

La terre étant d'autant plus fertile qu'elle est labourée avec plus de soin, toutes ces cruautés ne feraient autre chose que de le rendre plus heureux.

— Réponse à l'empereur

Date de fête

29 janvier

Époque

3ᵉ siècle

Décès

24 janvier 275 (martyre)

Catégories

Invoqué(e) pour

guérison de la cécité

Autres formes du nom

  • Sabinien (fr)

Prénoms dérivés

Savinien, Sabinien

Famille

  • Savin (père)
  • Sainte Savine (sœur)