Saint Prince (Principe)
Douzième évêque de Soissons et Confesseur
Résumé
Fils du comte de Laon et frère de saint Remi, saint Prince fut le douzième évêque de Soissons au Ve siècle. Reconnu pour sa piété par Sidoine Apollinaire, il accompagna la transition entre la domination romaine et le règne de Clovis. Il mourut vers 505 après un long épiscopat marqué par la construction d'églises et le soutien à la reine Clotilde.
Biographie
SAINT PRINCE OU PRINCIPE,
DOUZIÈME ÉVÊQUE DE SOISSONS ET CONFESSEUR.
Vers 505. — Pape : Symmaque. — Roi des Francs : Clovis Ier.
Episcopi propter christianum populum ordinamur; quod pro christiano populis ad christianum pacem prodest, hoc de nostro episcopatu faciamus.
C'est pour le peuple chrétien que nous sommes ordonnés évêques; notre épiscopat doit donc tendre sans cesse à procurer au peuple chrétien une paix chrétienne. Saint Augustin.
Prince ou Principe (Principius), était fils d'Émile, comte de Laon, et de sainte Céline ou Célinie, d'une famille sénatoriale de la même ville. Il eut pour frère Remi, qui fut archevêque de Reims; mais il y avait entre eux une grande différence d'âge; Prince était né dans les premiers temps du mariage d'Émile avec Célinie, tandis que Remi fut un fruit miraculeux de la vieillesse de ces deux époux.
Notre Saint s'était marié et avait eu un fils, nommé Loup, qui entra dans la cléricature. Saint Edibe, évêque de Soissons, étant mort (10 décembre 462), le clergé et le peuple jetèrent les yeux sur Prince pour le remplacer. Ce ne fut pas sans peine qu'on parvint à le décider à accepter la lourde charge de l'épiscopat. En tout temps, les plus saints et les plus dignes s'effraient et détournent la tête à la vue de la mitre et du bâton pastoral; les moins habiles et les présomptueux, au contraire, acceptent sans sourciller l'honneur qui leur est offert; les ambitieux l'obtiennent à force d'intrigues, sans songer que par là ils mettent en péril leur salut éternel et s'exposent sur la terre à ne ceindre qu'une couronne d'épines, source de peines cuisantes et d'amères déceptions.
Saint Prince fut un grand et pieux évêque, et sa réputation s'étendit au loin dans les Gaules. Sans connaître personnellement Sidoine Apollinaire, évêque d'Arvernum (Clermont-Ferrand), il entretenait avec ce célèbre poète un commerce épistolaire. Dans les neuf livres de Lettres qui nous restent de Sidoine, on en trouve deux adressées à l'évêque de Soissons, à qui il donne la dénomination de Pape, c'est-à-dire père. C'est la quatorzième du livre VIIIe et la huitième du livre IVe. On les lira avec intérêt :
« Sidoine, au seigneur pape Principe, salut. Depuis longtemps, pape vénérable, quoique je ne vous connaisse pas de visage, vos actions me sont connues; car une fois que le mérite de la vertu a percé, il ne saurait être resserré en de certaines limites. De là vient que si la bonne conscience n'a pas de bornes assignées, la bonne renommée n'en a pas non plus. Ce que je vous dis, regardez-le comme une fausseté si mes paroles ne sont pas appuyées du noble témoignage d'un homme distingué, d'un homme qui aspire à égaler en austérité les archimandrites de Memphis et de Palestine. Je veux parler de l'évêque Antiolius; c'est de lui que j'ai appris avec joie quel digne père vous avez, quels dignes frères vous êtes vous-mêmes, et quelle pureté de vie vous apportez tous deux dans l'exercice des hautes fonctions de l'épiscopat. Lorsque vous mettez la main sur l'autel, vous n'offrez pas un feu étranger, mais, avec la charité et la chasteté pour victimes, vous faites brûler dans vos cœurs, comme en des encensoirs, les parfums les plus odorants. En outre, toutes les fois que, par les liens de la prédication, vous attachez le joug de la loi sur la tête des hommes rebelles et superbes, vous immolez alors spirituellement des taureaux au Seigneur. Toutes les fois que, par les aiguillons d'une réprimande chrétienne, vous ramenez aux suaves odeurs de la pureté des hommes souillés dans la fange d'une conscience dépravée, vous faites au Christ, avec des boucs, un sacrifice qui lui est agréable. Toutes les fois que, par vos exhortations, une âme contrite et repentante soupire à la pensée de ses fautes, nul doute alors que vous n'offriez mystiquement une couple de tourtereaux ou deux petits de colombes qui, par le nombre comme par les gémissements, représentent la double substance de notre nature. Toutes les fois que, d'après vos avertissements, un homme vient à consommer dans les ardeurs des jeûnes fréquents l'embonpoint de son corps, nul doute alors que vous ne consacriez, en quelque sorte, sur l'autel de la continence, la fleur de farine la plus pure. Toutes les fois que, par vos conseils, vous amenez un homme à renoncer aux aberrations d'un esprit égaré, et à professer une saine doctrine, à embrasser la foi, à suivre le droit chemin, nul doute alors que, dans l'amendement et la conversion de cet homme qui se trouve dégagé de l'hérésie et du schisme, vous ne présentiez au Seigneur le pain le plus pur de proposition avec les azymes de sincérité et de vérité. Voilà pourquoi j'adresse à Dieu de vifs remerciements, parce que, d'après la teneur de votre lettre, je reconnais sans peine que si Antiolius m'a dit de grandes choses de vous, il m'en a caché de plus grandes encore. L'on ne saurait douter que si vous semblez bon lorsqu'on parle de vous, si vous paraissez meilleur lorsqu'on vous lit, vous ne soyez excellent lorsqu'on a le bonheur de vous voir.
« Le clerc Mégétius, porteur de votre éloquente lettre, vous rapporte l'expression de nos respects. Je vous supplie instamment de vouloir bien assouvir la soif que j'ai de vos admirables lettres, et de m'écrire souvent, vous et votre frère, mais vous plus souvent. Si la difficulté des chemins et la distance des lieux s'opposent à l'accomplissement de mes désirs, priez du moins quelquefois pour ceux qui vous demandent vos prières. Daignez, seigneur Pape, vous souvenir de nous ».
Dans la seconde lettre, Sidoine, préoccupé de sa fin prochaine, supplie son pieux collègue de lui obtenir de Dieu une sainte mort.
« ... Gratifié d'une seconde missive, ou plutôt d'une seconde bénédiction, je vous salue aussi de nouveau, proportionnant mes respects au nombre de vos lettres, sans pouvoir les égaler à vos mérites. Comme nous vivons, seigneur pape, en des régions unies tout à la fois et séparées, et que cet éloignement nous empêche de jouir de notre présence réciproque, demandez dans vos prières que, délivré par un trépas désirable et pieux des misères et du fardeau de la vie, nous puissions, lorsque brillera le jour sacré du jugement, être placé à votre suite, après la résurrection, même en une servitude semblable à celle des Gabaonites; car les célestes promesses assurent que les enfants de la foi seront réunis de toutes les nations, pourvu que moi, coupable, j'obtienne le pardon, tandis qu'à vous, bienheureux, la gloire vous est assurée; si nous sommes séparés par la différence des mérites, nous ne le serons pas néanmoins par la distance des lieux. Daignez, seigneur pape, vous souvenir de nous ».
25 SEPTEMBRE.
On voit, par ces lettres, quelle estime les deux prélats avaient l'un pour l'autre.
C'est sous le long épiscopat de saint Prince, que s'accomplirent à Soissons et dans les pays voisins les événements les plus importants : la fin de la domination romaine dans les Gaules et l'établissement de la domination des Francs. Saint Prince fut témoin de la mort d'Aegidius, comte de Soissons (464), et de la défaite de Syagrius, son fils, qui fut vaincu par Clovis, alors âgé de vingt-deux ans (486). Soissons tomba entre les mains du vainqueur et devint ainsi le berceau de la monarchie française. Syagrius qui, après la perte de son armée, s'était enfui à Toulouse, chez Alaric II, roi des Visigoths, fut livré à Clovis par ce prince barbare, et égorgé secrètement dans la prison du château d'Albâtre où avaient été renfermés saint Crépin et saint Crépinien.
Les vertus de Prince lui attirèrent le respect de Clovis qu'elles contribuèrent à rendre meilleur. Les entretiens du saint évêque avec Clotilde, épouse du roi, encouragèrent cette princesse et la soutinrent dans les tentatives qu'elle faisait constamment pour vaincre la résistance de son mari et lui faire embrasser le christianisme. La gloire de le baptiser en même temps que les principaux des Francs, était, dans les desseins de Dieu, réservée au frère de saint Prince, à l'illustre saint Remi, archevêque de Reims. Mais saint Prince assista indubitablement aux cérémonies de ce baptême solennel avec la plupart des évêques de la Gaule septentrionale, et, de retour à Soissons, il aida les nombreux néophytes de la cour et de l'armée à mener une vie conforme à la doctrine évangélique dont ils venaient de faire hautement profession.
Les faveurs de Clovis devenu chrétien ne firent pas défaut à saint Prince, qui en profita pour étendre davantage l'influence de la religion et adoucir le sort des peuples. Il bâtit des églises nouvelles, multiplia les autels ou paroisses, pour rendre l'instruction des populations plus facile. On pense qu'il transféra le siège épiscopal de l'abbaye de Saint-Crépin le Grand en l'église de Saint-Gervais et de Saint-Protais, située dans l'intérieur de la ville.
Saint Prince mourut fort âgé, le 25 septembre, vers l'an 505, et fut inhumé par saint Remi, son frère, dans la chapelle de Sainte-Thècle, hors des murs de Soissons. Ses reliques ont été dans la suite transférées à la cathédrale, mais les hérétiques les ont livrées aux flammes et réduites en cendres en 1567. Le Gallia Christiana dit qu'à Douai on vénérait son bras, dans la collégiale de Saint-Amé.
Nous devons cette notice à l'obligeance de M. l'abbé Henri Cougnat, du chapitre de Soissons.
Événements marquants
- Élection à l'évêché de Soissons en 462
- Correspondance épistolaire avec Sidoine Apollinaire
- Témoin de la fin de la domination romaine et de la victoire de Clovis
- Soutien à sainte Clotilde pour la conversion de Clovis
- Participation probable au baptême de Clovis
- Transfert du siège épiscopal à l'église Saint-Gervais et Saint-Protais
Citations
C'est pour le peuple chrétien que nous sommes ordonnés évêques; notre épiscopat doit donc tendre sans cesse à procurer au peuple chrétien une paix chrétienne.
Depuis longtemps, pape vénérable, quoique je ne vous connaisse pas de visage, vos actions me sont connues.