Sainte Anstrude
Abbesse du monastère bénédictin de Saint-Jean-Baptiste de Laon
Résumé
Fille de sainte Salaberge, Anstrude devint abbesse du monastère de Laon à seulement vingt ans. Reconnue pour sa grande austérité et sa douceur maternelle, elle défendit fermement les droits de sa communauté contre les prétentions épiscopales. Elle mourut en 688, laissant l'image d'une supérieure dévouée aux pauvres et aux malades.
Biographie
SAINTE ANSTRUDE,
ABBESSE DU MONASTÈRE BÉNÉDICTIN DE SAINT-JEAN-BAPTISTE DE LAON
688. — Pape : Sergius Ier. — Roi de France : Thierry III.
L'âme humble se regarde comme moins digne à mesure qu'elle le devient davantage. Gratien.
Anstrude était fille de Blandin Bason et de sainte Salaberge. Les bons exemples de la maison paternelle firent sur l'esprit et le cœur d'Anstrude une si heureuse impression qu'elle se sentit dès lors fortement poussée intérieurement à pratiquer la vertu. Lorsque sainte Salaberge eut fondé à Laon un monastère de vierges, Anstrude, quoique déjà recherchée en mariage par un des plus nobles et des plus riches seigneurs du pays, ne soupira qu'après le moment où il lui serait permis de rejoindre sa pieuse mère et de se mettre entièrement sous sa direction. Elle n'avait que douze ans quand on la reçut au monastère. Mais ses progrès dans la perfection furent si grands, qu'à l'âge de vingt ans la communauté entière donna son plein et libre assentiment pour qu'elle fût reconnue abbesse, ainsi que le proposait sainte Salaberge sur son lit de mort. Anstrude résista tant qu'elle put au vœu unanime de ses sœurs ; se regardant comme la dernière de toutes, elle ne pouvait s'expliquer qu'on eût jeté les yeux sur elle.
L'évêque de Laon, Pérégrin, triompha enfin de sa résistance, et ce ne fut qu'en vertu de la sainte obéissance qu'elle courba humblement la tête sous le fardeau qu'on lui imposait, bien différente de ces personnes ambitieuses qui remuent le ciel et la terre pour arriver à occuper un poste d'honneur, malgré les cris de leur conscience. Quant à Anstrude, c'était la voix de Dieu qui l'avait appelée à la tête de ses sœurs ; elle pouvait être assurée que Dieu la soutiendrait par ses grâces et ses inspirations, et suppléerait ainsi à ce qui lui manquait du côté des années et de l'expérience. Son gouvernement fut un mélange de fermeté et de douceur : formée à
tobre 1835. — Continuateurs de Bollandus ; Tresvaux, continuateur des Saints de Bretagne de Dom Lobineau.
SAINTE ANSTRUDE, ABBESSE.
toutes les vertus du cloître, modèle de modestie, de réserve, de mortification et de recueillement, ne se pardonnant rien à elle-même, elle était indulgente à l'égard des autres, sans toutefois faiblir en rien sur l'observation de la règle. Les plus jeunes sœurs l'aimaient comme on aime une mère, parce que ce n'était pas par des paroles rudes et sévères qu'elle tentait de corriger leurs défauts et de réformer leur caractère, mais c'était, au contraire, en ouvrant leur cœur à la confiance, en faisant appel à leur franchise, et en usant souvent de paroles d'encouragement. Anstrude puisait toute sa force dans l'union habituelle avec Dieu ; elle ne perdait jamais de vue sa présence, priait sans cesse pour sa communauté et exposait au Seigneur les besoins particuliers de chacune. Persuadée qu'une supérieure est responsable des sujets qui lui sont soumis, c'était pour obtenir leur avancement et leur persévérance qu'elle multipliait ses jeûnes, au point qu'elle ne prenait de nourriture qu'après avoir récité le Psautier auquel elle ajoutait encore des hymnes et des cantiques spirituels. Ses veilles étaient si prolongées qu'enfin elle se passa de lit, se contentant d'un petit siège près de la porte de l'église sur lequel elle prenait un peu de repos après l'office de la nuit. Au point du jour, elle allait prier successivement dans les sept églises du monastère, et s'adonnait ensuite au service des malades. Les pauvres et les orphelins étaient l'objet continu de sa charité, et les veuves venaient chercher auprès d'elle les conseils que réclamait leur position. Les pécheurs mêmes ne pouvaient s'empêcher de la vénérer ; plusieurs se laissèrent persuader par ses charitables et douces remontrances et quittèrent pour toujours leurs habitudes vicieuses.
Tant de vertus ne mirent pas Anstrude à l'abri des persécutions. Madalgaire, treizième évêque de Laon, lui suscita toutes sortes de difficultés, prétendant à tort avoir des droits sur ce monastère. Anstrude résista avec fermeté, l'évêque fut débouté de ses prétentions, et défense lui fut faite de troubler désormais l'abbesse dans le gouvernement de sa maison. La sainteté ne s'oppose pas à ce que l'on s'efforce de se faire rendre justice, quand d'iniques agresseurs entreprennent de nous troubler dans nos légitimes possessions. Anstrude fut favorisée du don des miracles pendant sa vie et après sa mort. Le Seigneur l'appela à lui le 17 octobre 688. Son corps, ainsi que celui de sa mère, a reposé jusqu'à la Révolution française dans l'église abbatiale de Saint-Jean.
Le monastère de sainte Salaberge et de sainte Anstrude fut occupé par des religieuses jusqu'en 1128 : plusieurs reines de France en ont été abbesses. Cette maison était si respectée qu'aux fêtes solennelles le roi y portait sa couronne d'or, et n'y entrait jamais qu'à pied avec toute sa suite sans chevaux ni chiens. En 1128, les religieuses furent reléguées à Crandelain, village à deux lieues et demie de Laon ; on leur substitua des moines, et la maison prit le nom de Saint-Jean.
La fête de sainte Anstrude est célébrée dans le diocèse de Soissons et Laon le 17 octobre, qui est le jour anniversaire de sa mort.
Notice due à M. Henri Congnat, chanoine de Soissons. — Cf. Acta Sanct. Ord. S. Benedicti ; et Dom Lelong, Hist. du diocèse de Laon.
17 OCTOBRE.
Événements marquants
- Entrée au monastère à l'âge de douze ans
- Élection comme abbesse à l'âge de vingt ans à la demande de sa mère mourante
- Résistance aux prétentions de l'évêque Madalgaire
- Gouvernement du monastère de Saint-Jean-Baptiste de Laon
- Décès le 17 octobre 688
Miracles
- Favorisée du don des miracles pendant sa vie et après sa mort
Citations
L'âme humble se regarde comme moins digne à mesure qu'elle le devient davantage.