Vénérable Guillaume de Champeaux
48e évêque de Châlons-sur-Marne
Résumé
Noble de Brie et brillant professeur à Paris, Guillaume de Champeaux fonda l'abbaye de Saint-Victor avant de devenir évêque de Châlons en 1113. Ami proche de saint Bernard de Clairvaux, il fut une figure majeure de la réforme ecclésiastique et de la lutte contre les investitures impériales. Il mourut en 1121 après avoir mené une vie de grande austérité et d'érudition.
Biographie
LE VÉNÉRABLE GUILLAUME DE CHAMPEAUX,
48ᵉ ÉVÊQUE DE CHALONS-SUR-MARNE
Guillaume de Champeaux sortait d'une race noble et antique. Il était seigneur de Champeaux, de Campellis, bourg dans la Brie, situé à trois lieues de Melun, du diocèse de Paris. Jetant un regard de dédain sur toutes les grandeurs du monde, il se fit le disciple d'Anselme de Laon, si renommé par sa doctrine et par sa piété. Sous la conduite d'un tel maître, il ne tarda pas à faire de rapides progrès dans toutes les sciences. Ses études terminées, il vint à Paris où il enseigna avec un succès incroyable la rhétorique, la dialectique et la théologie. Galon, évêque de Paris, fut tellement charmé de son mérite, qu'il lui conféra le titre de premier archidiacre de son église. Dès lors Guillaume donna ses leçons dans le cloître de la cathédrale, aux applaudissements universels, et se fit un grand nombre de disciples. Cependant le désir de mener une vie plus parfaite le fit renoncer à son titre d'archidiacre et à sa chaire de Paris pour se vouer à un silence éternel, à l'obscurité, à la pénitence, à toutes les rigueurs de la vie religieuse. En 1108, il prit l'habit de chanoine régulier et se retira avec quelques-uns de ses disciples à une ancienne chapelle dédiée à saint Victor, où il forma une communauté de chanoines réguliers. Il fit rebâtir la chapelle qui tombait en ruines, construisit à ses frais un monastère et fonda l'abbaye de Saint-Victor de Paris. Là, Guillaume se livre à l'étude des sciences, à la pratique de toutes les vertus, à une prière continuelle et à des mortifications effrayantes. Il ne se nourrit, avec sa communauté, que de pain, d'herbes et de racines assaisonnées avec un peu de sel.
L'évêque de Paris et Hildebert, évêque du Mans, l'ayant pressé de reprendre le cours de ses leçons, Guillaume céda aux avis d'amis si sages et si éclairés, et l'on vit bientôt les étudiants affluer de toutes parts à son école, qui devint la plus renommée de la chrétienté et par les sciences ecclésiastiques et par les vertus religieuses. Mais on jugea bientôt qu'il ne convenait pas qu'un flambeau si brillant restât comme caché sous le boisseau ; on voulut le placer sur le chandelier. L'évêque de Châlons, Hugues, étant venu à mourir, Guillaume fut proclamé d'une voix unanime pour lui succéder. Il fut effrayé du redoutable fardeau qu'on lui imposait ; mais il ne put résister à la voix de Dieu qui se manifestait par un accord si unanime. Ayant été sacré par Raoul, archevêque de Reims, le premier acte de son administration fut la réformation des chanoines de sa cathédrale. Il avait amené avec lui plusieurs de ses disciples, afin de rétablir la régularité parmi les chanoines de la cathédrale de Saint-Étienne. Il vécut même en commun et en frère avec eux. Ce qui fut plus admirable encore, c'est qu'il faisait lui-même les leçons publiques à son clergé. Il mettait un soin extrême à l'instruire et lui expliquait la sainte Écriture et les ouvrages des Pères avec une éloquence qui ravissait.
Guillaume modifia avec une grande sagesse l'administration diocésaine. Il fit venir à la ville et près de lui les archidiacres ruraux. Il les plaça comme des murs angulaires pour le soutien de l'édifice spirituel de l'Église, aux quatre extrémités des sièges canoniaux. C'est la place qu'ils occupaient encore tant au chœur que dans les processions, avant la révolution de 1792. Ils marchaient immédiatement devant l'évêque et lui servaient de diacres et de sous-diacres, quand il officiait pontificalement. Après avoir ainsi réglé le rang et les dignités des archidiacres, et établi la vie régulière dans toute sa perfection parmi ses chanoines, il s'appliqua soit à construire des monastères, soit à réformer ceux qui existaient déjà dans son diocèse. Parmi les premiers, on compte la fondation du prieuré de Courtisols et de celui de Louvemont. Guillaume voua toute son affection à l'abbaye de Saint-Pierre. Il confirma, au commencement de l'année 1114, toutes les donations qui lui avaient été faites. La même année, au mois de décembre, il assista au concile tenu à Beauvais, où présidait Conon, évêque de Préneste, cardinal et légat du pape Pascal II. L'année suivante, au mois de mars, il se trouva à un synode à Reims, tenu par le même légat contre l'empereur Henri V. Le 12 juillet 1115, il tint un synode dans sa ville épiscopale ; enfin, en 1117, il assiste à Rome à un concile tenu par le pape Pascal II, dans l'église de Latran.
Aidé des bons avis de saint Bernard, abbé de Clairvaux, auquel il était lié d'une étroite amitié, le pieux évêque, dont le zèle du salut des âmes devenait toujours plus ardent, forma dans Châlons même une communauté fervente. Il rassembla tous les ermites dispersés dans différents endroits de son diocèse, en fit une communauté qu'il plaça au cimetière de Saint-Georges, dite communauté de Sainte-Marthe, composée de trente-six religieux, et y mit un archiprêtre pour les gouverner. On les appela les Augustins de Châlons. Guillaume ne se contenta pas de travailler au salut de ses diocésains ; il donna aussi tous ses soins à sa propre sanctification. Il se rendait à Clairvaux aussi fréquemment que le lui permettaient ses fonctions pour méditer les vérités éternelles, se purifier des moindres souillures qu'on contracte au milieu d'un monde corrompu, ranimer sa ferveur et demander à Dieu de nouvelles grâces. Quand le pieux évêque se laissait trop aller aux charmes de la solitude, saint Bernard lui disait : « C'est assez, vous êtes
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pasteur ; retournez à votre troupeau, de peur que pendant votre absence des loups ravissants ne le dispersent et ne le dévorent. Ayez soin de le conduire dans de gras pâturages et de le paître de paroles et d'exemples. » En sortant de ce pieux asile, Guillaume revenait à sa ville épiscopale embrasé d'un nouveau zèle pour le salut des âmes et revêtu d'une plus grande force pour combattre les combats du Seigneur. En effet, ce renouvellement de ferveur et de courage lui devint extrêmement nécessaire dans les luttes qu'il eut à soutenir contre l'empereur Henri V, à propos des investitures. Chargé par le souverain Pontife de se rendre à Strasbourg, à la cour de cet empereur, pour traiter de cette affaire, il ne put réussir dans sa mission à cause de la mauvaise foi de ce prince, qui fut solennellement excommunié dans le concile tenu à Reims en 1119. L'année suivante, 1120, dans un concile tenu à Beauvais, il fut loué comme étant la colonne des docteurs, *columna doctorum*. Dans le même concile il fit l'éloge de saint Arnould, évêque de Soissons, dont le corps avait été inhumé au monastère d'Outembourg, au diocèse de Tournai, et conclut avec tous les évêques qu'on lèverait son corps de terre et qu'on célébrerait sa fête ; il y donna aussi une grande preuve de sagesse en restreignant les privilèges des chanoines de Cheminon et en leur rendant ses bonnes grâces.
Le pieux évêque donna à l'Hôtel-Dieu une augmentation de biens, et neuf autels à la communauté des chanoines de Saint-Étienne. Voulant laisser à sa cathédrale un témoignage de son affection, il fit construire à ses frais la tour sud, où s'épanouit le style ogival du XIIe siècle, dans toute sa splendeur. Pour conserver à jamais le souvenir de l'auteur de ce magnifique monument, on lui a donné le nom de tour Champeaux.
Ce vénérable pontife, huit jours avant sa mort, voulut donner un grand exemple d'humilité en se faisant revêtir de l'habit religieux et étendre sur une misérable couche. C'est ainsi qu'il rendit son âme à Dieu l'an 1121, le 8 des calendes de février. Son corps fut déposé, suivant son désir, dans la splendide chapelle qu'il avait construite à Clairvaux.
Guillaume de Champeaux a laissé un Traité de la Communion sous les deux espèces, et un autre sur l'Origine de l'âme. Outre ces deux ouvrages, on a retrouvé dans la bibliothèque de Troyes ses œuvres philosophiques manuscrites.
Nous avons extrait cette biographie des *Bountés de l'Histoire de la Champagne*, par M. l'abbé Boitel.
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## XXVIe JOUR DE JANVIER
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## ANNIVERSAIRES ET COMMÉMORATIONS.
Benoît Duvernin, né au Puy, prêtre du diocèse de ce nom ; ne fit pas de serments ; arrêté en 1793 ; envoyé à Bordeaux au printemps de 1794 pour être déporté au-delà des mers ; resta dans la prison dite Dépôt-National ; transporté malade à l'hôpital Saint-André ; mort en ce lieu à l'âge de trente-six ans. 1795. — Charles-Marie-Joseph Hocult de la Bernarderie, né au Mesnil, près de Saint-Florent-le-Vieil (Maine-et-Loire), curé de la paroisse de Craon (diocèse d'Angers) ; refusa le serment de la constitution civile du clergé ; s'éloigna de sa paroisse dans l'été de 1792 et se réfugia d'abord à Angers ; ne sortit point de France lors de la loi de déportation ; se retira ensuite
VIES DES SAINTS. — TOME XV. 3
au Mesnil ; découvert en ce lieu, arrêté, emprisonné ; condamné à mort comme complice des Vendéens, par une commission militaire établie à Angers, le 7 pluviôse an II. 1794.
La vénérable Claire de Jésus, religieuse du couvent des Clarisses anglaises, à Gravelines (Nord). Née en Angleterre d'une famille protestante, au château de Hanmer (principauté de Galles), elle fut obligée de se réfugier en France avec ses parents, durant les graves événements politiques qui amenèrent la chute et le meurtre du roi Charles Ier. La famille du château de Hanmer se fixa à Paris, dans une maison catholique. Les exemples de piété et de vertu dont elle fut dès lors environnée firent une si grande impression dans le cœur de la jeune Claire, qu'elle manifesta le désir de revenir à la foi catholique de ses pères. Sur ces entrefaites, son père retourna en Angleterre et la donna en mariage au baronnet Jean Warner, qui professait aussi l'anglicanisme. Toujours poursuivie par le désir de rentrer dans le giron de l'Église, lady Hanmer fit enfin son abjuration (1604), et elle eut même la consolation de déterminer son mari à imiter son exemple. Bien plus : les deux époux se séparèrent bientôt d'un commun consentement et vinrent en Flandre, Jean Warner pour entrer dans un noviciat de Jésuites, et lady Hanmer, son épouse, pour embrasser la règle des pauvres Clarisses anglaises de Gravelines. C'est dans cette maison qu'elle mourut pieusement, dans sa trente-troisième année. 1670. — La vénérable Mère Jeanne de la Vierge, religieuse dominicaine. Elle naquit à Paris en 1607, et entra à l'âge de vingt et un ans (21 décembre 1628) dans le couvent des Filles de Saint-Thomas de cette ville où elle prononça ses vœux le 2 février 1630. On remarqua dans sa conduite tant de régularité, de vertu et de sagesse que, dix-huit mois après sa profession, elle fut choisie pour accompagner la Mère Marguerite du Saint-Esprit qui allait fonder le monastère de Dinan. D'abord maîtresse des novices, la Mère Jeanne de la Vierge fut appelée au bout de quelque temps, par les suffrages des sœurs, à la charge de prieure de la maison. Sous son gouvernement, le monastère de Sainte-Catherine de Dinan répandit au loin la bonne odeur de Jésus-Christ. Mère pour le ciel, riche en vertus et en bonnes œuvres, elle s'endormit dans le Seigneur à l'âge de quarante-trois ans. 1650.
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Événements marquants
- Études auprès d'Anselme de Laon
- Enseignement de la rhétorique et théologie à Paris
- Fondation de l'abbaye de Saint-Victor de Paris en 1108
- Sacre comme évêque de Châlons par l'archevêque Raoul de Reims
- Participation au concile de Latran à Rome en 1117
- Lutte contre l'empereur Henri V sur la question des investitures
- Prise de l'habit religieux huit jours avant sa mort
Citations
Columna doctorum