Saint Richard de Chichester (de Wiche)
Évêque de Chichester
Résumé
Né au XIIIe siècle en Angleterre, Richard de Wiche fut un brillant universitaire avant de devenir chancelier d'Oxford puis de Cantorbéry. Élu évêque de Chichester contre la volonté du roi Henri III, il subit la pauvreté et la persécution avant d'être rétabli dans ses droits. Modèle de charité envers les pauvres et de rigueur ecclésiastique, il mourut à Douvres en 1253.
Biographie
SAINT RICHARD, ÉVÊQUE DE CHICHESTER
Si vous ouvrez un livre, pensez aussitôt à cet homme juste, le vieillard Stndon, prenant dans ses bras l'enfant Jésus pour le baiser ; et quand vous aurez lu, fermez le livre, en rendant à Dieu des actions de grâces pour le trésor caché que vous avez trouvé dans son champ.
Thomas à Kempis, Doct. jun., c. v.
La Providence divine, qui est admirable dans le gouvernement de l'univers, a fait éclater d'une manière visible sa sagesse dans la vie de saint Richard ; et les différents revers de sa fortune ont bien fait voir que si cette vie est sujette à mille changements, elle est néanmoins conduite par une main qui ne peut errer. Ce Saint était second fils de Richard et d'Alice de Wiche. Il naquit au château de Wiche, lieu connu par ses salines, à quatre milles de Worcester. La première condition de ses parents était assez heureuse selon le monde, mais ils tombèrent enfin dans une si grande misère, qu'après leur mort, leur aîné, appelé aussi Richard, et surnommé Bache-dène, fut longtemps en prison pour leurs dettes. Notre Saint travailla avec beaucoup de courage à sa délivrance, et voyant ensuite que sa pauvreté était extrême, et qu'il n'avait pas le moyen de faire valoir son bien, il se consacra de son plein gré à son service, et s'employa dans sa maison et à la campagne aux plus humbles ministères des valets et des mercenaires.
Dieu donna sa bénédiction à cette charité et releva en peu de temps les affaires domestiques de l'aîné Richard. Il reconnut bien qu'il en était obligé à son frère ; c'est pourquoi, pour le reconnaître libéralement, il lui fit donation de tous ses biens et l'en mit même en possession, n'ayant point alors d'autres vues que de vivre paisiblement avec lui. Cette cession enrichit le cadet et fit que peu de temps après on lui présenta en mariage un parti fort avantageux, auquel il était prêt de donner son consentement ; mais cette bonne fortune tenta son frère et le fit repentir de la donation qu'il lui avait faite ; notre Saint, s'en apercevant, alla le trouver, et, préférant la bonne intelligence avec lui à tous les avantages de la terre, il lui remit volontiers sa donation entre les mains, lui fit rétrocession de ses biens, et consentit même à ce qu'il épousât la jeune fille qui lui était offerte, si celle-ci y consentait.
Ce fut pour lui une occasion favorable d'embrasser une meilleure condition et de s'adonner aux études. Il les commença à Oxford, célèbre université d'Angleterre, et les vint continuer à Paris. Il s'y logea en chambre avec deux autres écoliers ; mais ils étaient tous trois si pauvres, que, n'ayant qu'un manteau à eux trois, ils n'allaient prendre leurs leçons que l'un après l'autre. Ils n'avaient du pain et du vin qu'en petite quantité, et pour de la chair ou du poisson, ils n'en mangeaient que les dimanches. Cependant il assurait depuis qu'il n'avait jamais été si content, et que l'affection qu'il avait pour l'étude lui était toute réflexion sur cette misère. Comme son esprit était beau, subtil et pénétrant, il fit en peu de temps de très-grands progrès ; de sorte qu'étant revenu en son pays et à l'université d'Oxford, il y fut déclaré maître-ès-arts avec beaucoup d'applaudissements, et y enseigna les lettres humaines.
Le désir de devenir plus savant lui fit entreprendre un voyage en Italie. Il s'arrêta à Bologne, y employa sept ans à la jurisprudence, et s'y rendit si habile en l'un et en l'autre droit, que son professeur étant tombé malade, il le choisit pour tenir sa chaire, et pour enseigner en sa place ses propres condisciples. La réputation qu'il s'acquit pendant les six mois de son emploi fit désirer au même professeur, après sa convalescence, de le retenir dans son université. Mais quoiqu'il lui offrît sa fille unique en mariage, et la propriété de tous ses biens après sa mort, il ne put y réussir.
A peine fut-il retourné à Oxford, que sa modestie, sa chasteté, sa douceur et sa dévotion lui attirant le respect et l'amour de tout le monde, il fut élu chancelier de l'université. Saint Edme, ou Edmond, archevêque de Cantorbéry, et saint Robert, évêque de Lincoln, le voulurent aussi avoir pour leur église ; mais saint Edme prévint saint Robert et l'emporta. Il lui mit donc ses sceaux entre les mains et lui donna l'intendance de toutes ses affaires. Richard s'acquitta de tous ces emplois avec beaucoup de sagesse et de fidélité, et s'attacha à ce saint archevêque, non-seulement dans sa prospérité, mais aussi dans son adversité, le suivant dans son exil en France, et ne le quittant point qu'à sa mort, qui arriva dans l'abbaye de Pontigny, en 1240.
Ce fut un grand sujet de douleur pour Richard d'être privé d'un si bon maître ; mais il en tira d'ailleurs un grand avantage : car se voyant dégagé de la conduite d'un diocèse, il résolut de s'appliquer sérieusement à l'étude de la théologie ; ce qu'il fit à Orléans, dans l'école des Pères Jacobins. Après y avoir suffisamment étudié et reçu l'ordre de prêtrise, il retourna en Angleterre pour y desservir une cure, dont saint Edme l'avait pourvu. Mais comme sa vertu jetait continuellement de nouvelles splendeurs, le siège de Chichester étant venu à vaquer par le décès de Raoul de Nevil (1244), l'archevêque de Cantorbéry, Boniface, successeur de saint Edme, et ses suffragants, après avoir cassé l'élection des chanoines qui avaient nommé un de leurs confrères, homme de cour, dénué des qualités nécessaires pour une dignité de cette importance, mirent sur ce siège notre saint Richard. Le roi Henri III fut extrêmement indigné de cette nomination, d'abord parce qu'elle s'était faite à l'exclusion d'une personne qui lui était chère, et dont il avait favorisé lui-même l'élévation, ensuite, parce qu'il n'aimait point le prêtre Richard, sachant qu'il avait toujours suivi le parti de saint Edme contre lui. Il envoya même à Rome, vers le pape Innocent IV, pour le faire casser, et pour faire confirmer l'élection de son courtisan. Mais le Saint s'y étant aussi rendu pour soutenir son droit, il en fit si bien voir la justice, que Sa Sainteté lui donna gain de cause, et le sacra de ses propres mains. Il revint donc avec ses bulles, et avec un ordre pour son diocèse de ne reconnaître point d'autre évêque que lui. Le roi, plein de fureur, fit saisir tout le temporel de son évêché ; ses maisons furent occupées, ses fermes pillées, et tous ses biens dissipés par les ministres de la vengeance du prince ; de sorte que le pauvre Évêque fut obligé de loger dans une maison empruntée, et de manger à la table d'autrui.
Néanmoins, toutes ces entraves ne l'empêchaient pas de s'acquitter fidèlement des devoirs de sa charge, et quoiqu'il n'en eût pas les revenus, il ne laissait pas d'en prendre toutes les peines. Il visitait ses paroisses, prêchait son peuple, lui administrait les Sacrements, et faisait ce qui était de l'obligation d'un bon pasteur. La persécution dura deux ans, après quoi, le roi, vaincu d'un côté par les menaces du Pape, et de l'autre par les remontrances des évêques de son royaume, et par les humbles prières de Richard,
3 AVRIL.
le mit en paisible possession de tout le temporel de son Évêché, comme il l'avait lui-même prédit à ses chanoines, les voyant tout consternés à cause des violences des officiers de ce prince.
Lorsqu'il se vit en pleine liberté, il redoubla sa ferveur envers Dieu, sa sévérité contre lui-même et sa miséricorde pour les pauvres. Lorsqu'il allait dans les bourgs et les villages de son diocèse, il s'informait des malades et des pauvres qui s'y trouvaient ; pour les premiers, il les honorait de sa visite, afin de les animer à la patience et de les disposer à la mort, si leur maladie était dangereuse ; et, pour les seconds, il leur faisait distribuer de grosses aumônes. Son frère aîné, dont nous avons déjà parlé, sur qui il s'était déchargé du soin de son temporel, lui remontra que son revenu ne pouvait pas suffire à une si grande profusion ; mais il lui répondit qu'il valait mieux vendre son cheval et sa vaisselle d'argent, que de souffrir que les pauvres, les membres de Jésus-Christ, fussent dans la misère. Il ne se contentait pas de faire l'aumône à ceux qui la demandaient ; il prévenait même ceux qui ne la demandaient pas ; et comme on lui demandait pourquoi il en agissait ainsi, il répondit, parce qu'il est écrit : « Seigneur, vous l'avez prévenu des bénédictions de votre douceur » ; et que, d'ailleurs, c'est acheter une chose bien cher que de la solliciter. Il fit aussi bâtir un hôpital pour retirer les vieillards, les estropiés, et les autres personnes incapables de gagner leur vie, surtout les ecclésiastiques qui étaient dans la nécessité ; et il eut un grand soin qu'il ne leur manquât rien des choses nécessaires à la vie. Cela ne se passa pas sans miracle, car, un jour, distribuant un pain qu'il avait béni, il en eut assez pour contenter trois mille pauvres, et il lui en resta encore suffisamment pour cent autres qui survinrent après cette première distribution. Son historien assure qu'il a fait plusieurs fois de semblables miracles.
Tels étaient les sentiments de miséricorde de ce bon pasteur ; mais, d'ailleurs, il ne laissait pas d'être juste et sévère dans le châtiment de ses ecclésiastiques scandaleux. Jamais il ne put être fléchi, ni par les prières de l'archevêque de Cantorbéry et de plusieurs autres prélats et seigneurs du royaume, ni par les instances du roi même, pour une sentence portée contre un clerc convaincu d'avoir enlevé et violé une personne sacrée. Il en priva trois autres de leurs bénéfices, pour tenir des femmes suspectes chez eux. Il avait un soin extrême de recommander à ses sénéchaux et à ses baillis, de rendre fidèlement la justice et de ne rien exiger injustement de ceux qui étaient de leur ressort. Un jour, le feu ayant consumé une de ses maisons, avec beaucoup de biens qui lui appartenaient, il n'en fut nullement troublé, mais il consola, au contraire, ses gens, leur disant qu'ils avaient encore de quoi vivre, et que cet accident était arrivé pour n'avoir pas fait assez d'aumônes ; il commanda donc de les redoubler.
Il ne voulut jamais conférer de bénéfices à aucun de ses parents, quoi qu'ils en fussent capables : « Parce que », disait-il, « le prince des pasteurs, Jésus-Christ, n'a pas donné les clefs du ciel à saint Jean, son cousin, mais à saint Pierre, qui ne lui était point parent ». Il honorait les bons religieux et les embrassait ordinairement, disant pour raison : « Qu'il est bon de baiser les lèvres qui exhalent l'agréable encens des saintes prières offertes à Dieu avec dévotion ».
Il ne serait pas aisé d'écrire les divers voyages et les pénibles travaux que ce fervent Prélat entreprit, non-seulement pour le bien de son diocèse, mais aussi pour celui de l'Église universelle, principalement dans la guerre qui fut faite dans le Levant, vers le milieu du XIIIe siècle, pour le recouvrement de la Terre-Sainte sur les infidèles; car, ayant reçu l'ordre de Sa Sainteté de publier la croisade par toute l'Angleterre, il s'y porta avec un si grand zèle, qu'il n'y eut point de ville, de bourg et de village qu'il ne visitât pour ce sujet. Enfin, étant dans le dessein d'aller à Douvres, il se sentit saisi d'une fièvre, dix jours avant d'y arriver. Il y alla néanmoins, et, descendant d'abord à l'Hôtel-Dieu, il y bénit une église et un cimetière, pour la sépulture des pauvres, sous le nom de Saint-Edme. Mais voyant le terme de ses jours approcher, et sentant qu'il fallait quitter ce monde, il commanda à son chapelain de préparer tout ce qui était nécessaire à ses funérailles; puis, ayant demandé un crucifix, il le baisa avec beaucoup de ferveur. Et, après avoir recommandé son esprit à Dieu, par les paroles que Jésus-Christ adressa sur la croix à son Père, il fit cette prière à la Sainte Vierge : « Marie, mère de Dieu et de miséricorde, défendez-nous de l'ennemi et recevez-nous à l'heure de la mort »; ce qu'il ordonna à ses prêtres de répéter jusqu'à ce qu'il eût rendu sa bienheureuse âme, le 3 avril environ, l'an de Notre-Seigneur 1253, de son âge le cinquante-sixième et le neuvième de son épiscopat.
Quoique durant sa vie son corps eût toujours paru extrêmement exténué par les jeûnes, les veilles, le cilice et les fréquentes disciplines dont il se servait pour le tourmenter, il fut néanmoins trouvé après sa mort aussi beau et aussi frais que s'il eût déjà reçu les marques de la résurrection. On le transporta en son église de Chichester, selon la disposition de sa dernière volonté, et on l'y inhuma devant l'autel de saint Edmond, qu'il avait lui-même consacré. Dieu honora sa mémoire de plusieurs miracles, entre autres de la résurrection de trois morts qui fut faite à son sépulcre. Le pape Urbain IV fit le décret de sa canonisation l'an 1269.
On représente saint Richard 1° conduisant la charrue de son père : dans un lointain horizon on voit poindre la mitre et la mozette; 2° avec un calice à ses pieds, parce que, dit-on, au commencement de son épiscopat, il laissa tomber un vase consacré sans que le contenu s'en renversât; 3° entouré de pauvres et leur faisant l'aumône; 4° bénissant l'église de Douvres, dont un plan est devant lui; 5° mourant en embrassant tendrement un crucifix.
Le martyrologe romain et celui d'Usuard font mention de saint Richard. Les continuateurs de Bollandux en rapportent deux vies: l'une tirée de la Légende d'Angleterre, de Jean Cappruvo, et l'autre composée par un religieux de l'Ordre de Saint-Dominique: nous nous sommes servi de l'une et de l'autre pour la composition de celle-ci.
Événements marquants
- Naissance au château de Wiche
- Études à Oxford, Paris et Bologne
- Chancelier de l'université d'Oxford
- Chancelier de l'archevêque de Cantorbéry
- Exil en France à Pontigny avec saint Edmond
- Élection au siège de Chichester en 1244
- Sacre par le pape Innocent IV à Rome
- Prédication de la croisade en Angleterre
- Mort à Douvres à l'âge de 56 ans
Miracles
- Multiplication d'un pain béni pour nourrir trois mille pauvres
- Calice tombé sans que le vin ne se renverse
- Résurrection de trois morts à son sépulcre
- Conservation du corps frais et beau après la mort
Citations
Il valait mieux vendre son cheval et sa vaisselle d'argent, que de souffrir que les pauvres, les membres de Jésus-Christ, fussent dans la misère.
Marie, mère de Dieu et de miséricorde, défendez-nous de l'ennemi et recevez-nous à l'heure de la mort