Saint Sabas le Goth
Martyr
Résumé
Sabas, chrétien goth du IVe siècle, se distingua par sa piété et son refus catégorique de simuler l'apostasie lors des persécutions d'Athanaric. Après avoir subi de cruels tourments dont il fut miraculeusement préservé, il fut noyé dans le fleuve Mussée en 372. Ses reliques furent transférées en Cappadoce par le duc Soranus à la demande de saint Basile.
Biographie
SAINT SABAS LE GOTH, MARTYR
Les Saints sont les ramifications et la continuation de Jésus-Christ.
L'Église des Goths à l'Église de Cappadoce, et à tous les chrétiens de l'Église catholique, la miséricorde, la paix et la charité de Dieu, le Père, et de son Fils Notre-Seigneur Jésus-Christ. Cette parole de saint Pierre est très-véritable : De quelque nation que soit un homme, s'il craint Dieu, et s'il aime la justice, il est agréable à Dieu. Cette parole, disons-nous, a été accomplie en la personne de saint Sabas, illustre par sa vertu, plus illustre par son martyre. Car étant Goth de nation, né dans une terre barbare, élevé et nourri au milieu d'une nation perverse, il sut toutefois se former sur les plus grands saints, et il cultiva avec tant de soin et d'application toutes les vertus, qu'il brillait parmi ses compatriotes comme une étoile dans une nuit obscure. Il avait embrassé la religion chrétienne dès sa première jeunesse, et il conçut pour la piété une estime si sincère, qu'il s'étudia toute sa vie à l'acquérir dans toute sa perfection, se formant autant qu'il pouvait sur Jésus-Christ même, qu'il se proposa toujours pour modèle. Et parce que toutes choses réussissent par un effet de la bonté de Dieu, à l'avantage de ceux qui l'aiment, Sabas, après avoir combattu contre les puissances de l'enfer, et contre les maux de la vie, victorieux des uns et des autres, mérita de remporter le prix dû à sa valeur et à sa persévérance. Ce serait donc en quelque sorte vouloir dérober à Dieu sa propre gloire, que de supprimer celle de son serviteur; et envier aux siècles à venir un grand sujet d'édification, que d'ensevelir dans le silence la mémoire de Sabas et de ses vertus. C'est ce qui nous a engagé à mettre par écrit celles qui ont le plus éclaté durant sa vie, et qui ont le plus contribué à rendre sa mort glorieuse.
Sa foi fut pure sans aucun mélange d'erreur : son obéissance fut prompte sans précipitation ; sa douceur fut humble sans bassesse. Il avait une éloquence naturelle, que l'art n'avait ni cultivée ni polie ; son discours avait de la force, quoique négligé et sans affectation : sa science n'avait pas moins de profondeur que d'étendue. Affable envers tout le monde, mais avec dignité ; véritable, intrépide, et sans ménagements pour les ennemis de sa religion ; modeste, parlant peu, d'une humeur paisible, mais vif pour tout ce qui regardait les intérêts de Dieu ; se plaisant à chanter ses louanges dans l'église, prenant soin d'y maintenir l'ordre, et procurant de tout son pouvoir la propreté des ornements et la décoration des autels. Sans attache aux biens de la fortune, sobre, chaste, évitant d'avoir aucun entretien avec des femmes, persuadé que tout commerce avec le sexe, quelque innocent qu'il paraisse, peut avoir des suites très-dangereuses. Passant les jours et les nuits dans la prière, et toute sa vie dans les exercices continuels d'une pénitence sérieuse ; fuyant la vaine gloire, portant tout le monde à l'amour de la vertu par ses paroles et par ses exemples ; s'acquittant avec une grande fidélité des devoirs de son état ; enfin, joignant à tant de vertus un désir ardent de glorifier Jésus-Christ, l'ayant confessé généreusement par trois fois, et ayant scellé par son sang sa troisième confession.
Les principaux d'entre les Goths et leurs magistrats étaient païens : ils entreprirent de détruire la religion chrétienne dans la Gothie. La persécution commença par obliger les fidèles à manger des viandes offertes aux idoles. Quelques Gentils, qui avaient des parents chrétiens, les voulant sauver, leur faisaient présenter, par les ministres des faux dieux qu'ils avaient gagnés, des viandes communes et qui n'avaient point été immolées. Sabas, ayant appris la chose, non-seulement refusa de toucher aux viandes offertes, mais, paraissant en public, il protesta hautement que si quelque chrétien mangeait de ces viandes supposées, il n'était plus chrétien. Et il empêcha par ce moyen plusieurs chrétiens de donner imprudemment dans les pièges du démon. Cela ne plut pas à ceux qui avaient inventé cette tromperie qu'ils croyaient innocente ; ils trouvaient Sabas trop sévère et trop scrupuleux ; ils le chassèrent du bourg où il demeurait, mais quelque temps après ils le rappelèrent.
La persécution ayant recommencé et un commissaire du roi étant venu au bourg de Sabas pour y faire une perquisition des chrétiens, quelques habitants offrirent de jurer sur les victimes, que dans tout le bourg il n'y avait pas un seul chrétien. Mais Sabas se montrant une seconde fois, et s'approchant de ceux qui voulaient faire ce serment : « Que personne », dit-il, « ne jure pour moi, car je suis chrétien » ; le commissaire d'Athanaric ne laissa pas d'ordonner que le serment serait fait. Sur quoi les principaux habitants ayant fait cacher leurs parents qui faisaient profession du christianisme, jurèrent que dans tout le bourg il n'y avait qu'un seul chrétien. Le commissaire ordonna que ce chrétien comparût, et Sabas se présenta hardiment. Le commissaire demanda à ceux qui l'environnaient ce que cet homme pouvait avoir de bien ; on lui répondit qu'il ne possédait autre chose que l'habit qu'il portait : ce qu'entendant, le commissaire ne fit pas grand cas de lui, disant qu'un homme de cette sorte était sans importance, et qu'il ne pouvait nuire. Il le laissa aller sans lui dire autre chose.
12 AVRIL.
La persécution s'étant rallumée pour la troisième fois vers la fête de Pâques, Sabas songea comment et en quel lieu il pourrait célébrer ce saint jour. Il lui vint en pensée d'aller trouver un prêtre de sa connaissance, nommé Guttica, qui demeurait dans une autre ville. Mais s'étant mis en chemin, il rencontra un homme d'une taille extraordinaire et d'un aspect vénérable, qui l'arrêta et lui dit : « Retournez d'où vous êtes parti, et célébrez la fête avec le prêtre Sansale ». Sabas répondit : « Le prêtre dont vous parlez n'est pas au bourg où il demeure ordinairement ». Il est vrai que Sansale en était sorti et s'était réfugié dans la Romanie, pour s'y mettre à couvert de la persécution ; mais il y était retourné depuis à cause de la fête de Pâques ; et c'est ce que Sabas ignorait. Ainsi, sans vouloir déférer à l'avis de cet inconnu, il se mettait en devoir de poursuivre son chemin, lorsque tout à coup il tomba une si grande quantité de neige du côté où il voulait aller, quoique l'air n'y eût aucune disposition, que la terre en fut couverte à une telle hauteur, qu'il fut impossible à Sabas de passer outre. Ce prodige lui ouvrit les yeux, et lui fit connaître que la volonté de Dieu était qu'il retournât chez lui, et qu'il y fit la pâque avec le prêtre Sansale. Il retourna en même temps sur ses pas, en rendant grâces à Dieu. Et étant venu plein de joie trouver Sansale, il lui raconta, et à plusieurs autres fidèles, ce qui venait de lui arriver. Ils célébrèrent tous ensemble la grande fête de Pâques. Mais trois jours après la fête, Atharide, fils de Rotheste, qui avait en ces quartiers-là une petite souveraineté, entra à l'improviste avec une troupe de brigands dans le bourg où demeurait saint Sabas. Ils allèrent d'abord au logis du prêtre Sansale, le surprirent comme il dormait sans se douter de rien, et l'ayant lié, ils le jetèrent dans un chariot. À l'égard de Sabas, l'ayant arraché de son lit, ils le traînèrent tout nu parmi des épines, où ils avaient mis le feu, le frappant sans cesse, et lui meurtrissant tout le corps à coups de fouet et de bâton, tant était grande la rage dont ces hommes impitoyables étaient animés contre les serviteurs de Dieu. Mais elle exerça la foi et la patience de Sabas d'une manière extraordinaire : car le jour ayant paru, et le Saint voulant glorifier Dieu, parla de cette sorte à ses persécuteurs : « Ne m'avez-vous pas fait marcher les pieds nus par des lieux tout couverts de ronces et tout semés d'épines : voyez si mes pieds ont la moindre égratignure ; venez, touchez mon corps, y trouvez-vous une seule contusion, après tous les coups que vous m'avez donnés ? » Eux, n'apercevant en effet sur sa chair aucune marque de leur cruauté, bien loin d'être touchés d'un miracle si évident, n'en furent que plus envenimés contre notre Saint. Ils lui mirent sur les épaules un des essieux du chariot ; ils y attachèrent ses deux mains. Ils prirent ensuite l'autre essieu, où ils lui lièrent les pieds, les écartant avec violence et les tirant de toute leur force pour les faire aller jusqu'aux extrémités de l'essieu. En cet état ils le poussèrent rudement, et le renversèrent sur la place, où ils le tourmentèrent une partie de la nuit.
Mais ses bourreaux s'étant endormis, une femme survint, qui le détacha ; il ne songea point à se sauver ; mais, restant au même lieu, il aidait cette femme à préparer le déjeuner pour quelques domestiques.
Le cruel Atharide, s'étant réveillé au point du jour, lui fit lier les mains derrière le dos, et ordonna de le suspendre ainsi à une poutre du logis. Il y était depuis peu de temps, lorsque des gens d'Atharide arrivèrent, portant des viandes qui avaient été immolées aux idoles. « Voici », dirent-ils à saint Sabas et au prêtre, « ce que le grand Atharide vous envoie, afin que vous en mangiez, et que par là vous mettiez votre vie à couvert ». Le prêtre répondit : « Nous ne mangerons point de ces viandes ; cela ne nous est pas permis. Vous pouvez donc dire à Atharide qu'il peut nous faire attacher à une croix, ou nous faire mourir par tel autre genre de supplice qu'il voudra ». Le bienheureux Sabas ajouta : « Qui est celui qui nous envoie ces viandes ? » Ces hommes répondirent : « C'est le seigneur Atharide ». — « Il n'y a que Dieu », répliqua Sabas, « qui doive être appelé proprement Seigneur, car il l'est du ciel et de la terre. A l'égard de ces viandes que vous nous présentez, elles sont impures et profanes comme celui qui nous les envoie ». Ce discours de Sabas mit si fort en colère un des esclaves d'Atharide, qu'il lui porta en même temps la pointe de son javelot dans le corps. Tous ceux qui étaient là crurent que le coup avait percé de part en part ; mais le Saint, surmontant par sa vertu la douleur que lui devait causer sa blessure, s'adressant à celui qui la lui avait faite : « Vous avez cru », lui dit-il, « m'avoir tué ; je vous assure que je n'ai pas senti plus de mal que si vous m'aviez jeté un flocon de laine contre la poitrine ». Et il y a de l'apparence qu'il n'exagérait pas, puisqu'en effet il ne jeta aucun cri lorsqu'il fut frappé, et, ce qui est plus merveilleux, c'est qu'il ne parut point que son corps eût été entamé en aucun endroit, le javelot, quoique lancé avec raideur, ne lui ayant pas même effleuré la peau.
Atharide apprit ce miracle sans en être touché ; il résolut, au contraire, de se défaire du Saint sans différer davantage. Il renvoya le prêtre Sansale, et fit conduire Sabas sur le bord du fleuve Mussée, pour y être jeté. Le Martyr ne voyant point Sansale, et se souvenant du précepte du Seigneur, qui veut que nous aimions notre prochain comme nous-mêmes, demanda aux soldats où était le prêtre. Et quel péché a-t-il commis, ajouta-t-il, pour ne pas mourir avec moi ? Ils lui répondirent : « Ce n'est pas là votre affaire ». Alors il s'écria dans un saint transport : « Soyez béni, Seigneur, et que le nom de votre Fils, Jésus-Christ, soit béni aussi dans tous les siècles. Amen. — Vous permettez, ô mon Dieu, que l'infortuné Atharide se condamne lui-même à une mort éternelle, pendant qu'il me procure une vie qui ne finira jamais. C'est ainsi, Seigneur, qu'il vous plaît d'en user avec vos serviteurs ». Cependant les soldats qui le conduisaient se disaient l'un à l'autre : — « Ferons-nous mourir cet homme ? il est innocent ; laissons-le aller : Atharide n'en saura rien ». — Mais le bienheureux Sabas leur dit : « A quoi sert tout ce badinage ? Faites ce qui vous est ordonné. Vous ne voyez pas ce que je vois : Voilà ceux qui doivent recevoir mon âme et la conduire au séjour de la gloire, qui n'attendent pour cela que le moment qu'elle sortira de mon corps ». Les soldats le prirent donc et le précipitèrent dans le fleuve. Lorsqu'il fut au fond, ils lui enfoncèrent dans l'estomac l'essieu qu'ils lui avaient attaché au cou. Ainsi, mourant par l'eau et par le bois, il exprima, par ce double genre de supplice, le véritable symbole du salut des hommes, la Croix et le Baptême. Il n'était âgé que de 38 ans. Son martyre arriva le cinquième jour de la première semaine après Pâques, et le jour de devant les Ides d'avril, sous l'empire de Valentinien et de Valens, et le consulat de Modeste et d'Arinthée (12 avril 372).
On retira le corps de l'eau, et on le laissa sur le rivage sans sépulture, mais sans que les bêtes osassent toutefois en approcher, les frères le gardant nuit et jour, jusqu'à ce que l'illustre Junius Soranus, duc de Scythie et grand serviteur de Dieu, l'eût fait enlever par des personnes fidèles qu'il envoya exprès sur les lieux pour le lui apporter dans la Romanie. Depuis, voulant gratifier son pays d'un don si précieux, il l'envoya à l'église de Cappadoce, du consentement de celle de la Romanie, et par une disposition particulière de la providence de Dieu, qui répand ses grâces et ses bienfaits sur ceux qui le craignent et qui espèrent en lui. « Ne manquez donc pas, nos très-chers frères, de lui offrir le divin sacrifice le jour que le saint Martyr a été couronné ; faites-le savoir aux autres fidèles, afin que tous ceux qui composent l'Église catholique et apostolique, se réjouissant saintement dans le Seigneur, unissent leurs voix pour le louer et le bénir. Saluez de notre part tous les Saints. Ceux qui souffrent avec nous pour la foi vous saluent. Gloire, honneur, puissance, majesté soient à celui qui, par sa bonté et le secours de sa grâce, peut nous couronner dans le ciel, où il règne avec son Fils unique et le Saint-Esprit, dans les siècles des siècles. Amen ».
42 AVRIL.
On représente saint Sabas 4e suspendu par un doigt à un arbre, car ses actes disent qu'on lui tira violemment les mains et les pieds ; 2e tenant en main un fagot d'épines pour rappeler qu'il fut traîné au milieu des ronces ; 3e plongé dans l'eau. Il est spécialement honoré par les catholiques de la Valachie.
## ÉVANGÉLISATION DES GOTHS ; — ULPHILAS.
Les Goths étaient originaires de la Gothie ou Gothland, en Suède. Ils passèrent d'abord dans la Poméranie et s'y établirent, au rapport de Tacite ; ils s'avancèrent ensuite vers les Palus-Méotides, où Caracalla les défit en 215. Cela ne les empêcha pas de s'étendre le long du Danube, ainsi que dans la Thrace et la Grèce. Après de fréquentes incursions sur les terres des Romains, ils renversèrent l'empire d'Occident, et élevèrent sur ses ruines les royaumes des Ostrogoths ou Goths orientaux, et des Visigoths ou Goths occidentaux. Les premiers étaient maîtres de l'Italie, et les seconds de la partie méridionale de la France et de l'Espagne.
Les Goths reçurent les premiers rayons de la lumière évangélique vers le règne de Valérien (233-269) : ils en furent redevables à quelques prêtres, et à d'autres chrétiens qu'ils avaient faits prisonniers dans la Galatie et la Cappadoce, et qu'ils avaient emmenés avec eux. Les guérisons qu'ils virent opérer sur leurs malades par ces missionnaires, fixèrent leur attention sur la nouvelle doctrine qu'on leur prêchait, et il y en eut plusieurs d'entre eux qui demandèrent le baptême. C'est ce que nous apprenons de Sozomène, l. II, c. 6, et de Philosiorge, l. II, c. 5. Saint Basile, ép. 338, dit que la semence de l'Évangile fut portée parmi les Goths de la Cappadoce, par le bienheureux Eutychius, homme d'une éminente vertu, lequel, avec le pouvoir et le don du Saint-Esprit, avait touché les cœurs de ces barbares. Saint Cyrille de Jérusalem comptait, en 343, Cat. 46, n° 22, les Sarmates et les Goths parmi les chrétiens qui avaient des évêques, des prêtres, des moines, des vierges et des martyrs. On trouve, dans les souscriptions du concile de Nicée, celle de Théophile, évêque de Gothie.
Bientôt après paraît Ulphilas, qui tient un moment dans ses mains toutes les destinées religieuses de son peuple. On ne sait rien des commencements de cet homme extraordinaire, sinon qu'il descendait d'une famille chrétienne enlevée de la petite ville de Sadagolthina, en Cappadoce, par les Goths qui la saccagèrent en 266, et que ce fils adoptif des barbares, le fils de la louve (Wulphilas), comme ils l'appelaient, était compatriote et peut-être parent de l'illustre grec Philosiorge. Il évangélisait les Visigoths de la Mésie, de la Dacie et de la Thrace, quand il devint leur évêque vers 348, et se rendit en cette qualité au concile tenu, en 360, à Constantinople par les Ariens, qui surprirent son adhésion, sans le détacher néanmoins de l'orthodoxie. C'est alors que, frappé de la majesté des Césars, il put concevoir le dessein de donner à son apostolat le dangereux appui de leur épée. Deux partis divisaient les Visigoths. L'un obéissait à Athanarix, l'autre à Fritigern.
Après une lutte inégale, Fritigern invoqua l'intervention de l'empire ; Ulphilas semble en avoir négocié les conditions. Les tribus, menacées, se soumirent au baptême, reçurent des secours, marchèrent contre Athanarix et furent victorieuses.
Depuis ce jour, rien ne résista plus à la prédication d'Ulphilas. Il acheva son œuvre par la traduction des saintes Écritures, monument célèbre et parvenu jusqu'à nous. C'était fixer le christianisme dans la nation que de le fixer dans la langue. L'évêque s'en rendit maître, et la force d'obéir à la pensée chrétienne ; il contraignit cette parole sanguinaire à répéter les psaumes de David, les paraboles évangéliques, la théologie de saint Paul. Mais il ne traduisit point les livres des rois, de peur que, la lettre tuant l'esprit, les récits sacrés ne servissent qu'à réveiller les passions guerrières de ces barbares.
L'alphabet runique, usité chez les Goths, avait suffi à tracer des présages sur des baguettes superstitieuses ou des inscriptions sur les sépultures : il fallut le compléter pour un usage plus savant, et le nombre des lettres fut porté de seize à vingt-quatre.
La langue gothique, façonnée de la sorte, prit un singulier caractère de douceur et de majesté. On put voir que les grandes qualités des idiomes classiques ne périraient pas avec eux ; et la traduction de la Bible, ce livre éternel, commença la première des littératures modernes.
Quand Ulphilas parut, peut-être après une longue retraite, radieux de sainteté, apportant l'Ancien et le Nouveau Testament au peuple campé dans les plaines de la Mésie, on crut qu'il descendait du Sinaï : les Grecs l'appelèrent le Moïse de son temps, et c'était l'opinion des barbares « que le fils de la louve ne pouvait faire mal ».
En 374, saint Basile faisait encore l'éloge de la foi des Goths (ép. 164) ; mais en 376, les Huns, traversant les Palos-Méotides, s'étaient précipités sur l'empire, et refoulaient devant eux les flots pressés des peuples germaniques. Les Visigoths de Fritigern, qui avaient éprouvé la puissance de l'empire d'Orient, lui demandèrent un asile. Ulphilas fut leur médiateur, et, accompagné des principaux d'entre eux, se rendit à Constantinople.
Il y trouva les Ariens tout-puissants, et leur évêque Eudoxius d'Antioche gouvernant le faible esprit de l'empereur Valens. Valens accorda aux Goths une avare hospitalité sur la rive romaine du Danube à condition de livrer leurs armes en gage de paix éternelle, et leurs enfants pour recruter les légions. Eudoxius proposa d'ajouter qu'ils embrasseraient la communion de l'empereur. Les députés barbares répondaient que rien ne les détacherait de la foi qu'ils avaient reçue. Mais Ulphilas, circonvenu par les Ariens, touché de la douceur de leurs paroles et de la richesse de leurs présents, se laissa persuader que la querelle, indifférente au dogme, n'intéressait que l'orgueil des Latins et des Grecs. Ce grand homme fléchit, et les Goths, qui tenaient sa parole pour la loi de Dieu, passèrent à l'hérésie.
Ainsi les Visigoths devinrent ariens par la défection de leur maître dans la foi. Pendant quarante ans de dévastations, les soldats d'Alaric et d'Astaulfe traînèrent l'erreur avec eux, et l'établirent enfin dans le royaume qu'ils fondèrent au pied des Pyrénées. En même temps ils la communiquaient aux Ostrogoths, demeurés en arrière, et réservés pour d'autres conquêtes. Ceux-ci la portèrent en Italie, et jusqu'au cœur même de la chrétienté, quand ils y pénétrèrent à la suite de Théodoric.
Il y avait cependant toujours beaucoup de catholiques parmi les Goths, et le plus grand nombre étaient attachés à la saine doctrine. Plusieurs mêmes, comme nous l'avons dit, furent martyrisés durant la persécution d'Athanaric, et ils ont toujours été honorés d'un culte public dans l'Église grecque et dans l'Église latine. Les actes de saint Sabas, qu'on attribue à saint Ascholius de Thessalonique, furent envoyés aux églises de Cappadoce, dont saint Basile était métropolitain. Or, le saint Évêque de Thessalonique (ville alors soumise aux Goths) était intimement lié avec saint Athanase, comme nous l'apprenons de saint Basile, ép. 154. Ce Père, ép. 164, loue aussi saint Ascholius de son zèle à défendre la foi parmi les nations barbares, dans un temps où les princes chrétiens voulaient lui substituer l'arianisme. Enfin, on ne peut douter de la pureté de la foi des Goths, après l'éloge qu'en font saint Basile, loc. cit., saint Ambroise, in e. 2 Lucæ, Théodoret, Hist., l. IV, c. 28, 30, 33. Saint Augustin, de Civ., l. XVIII, c. 52, dit que le roi des Goths persécuta cruellement les chrétiens, lorsqu'il n'y avait que des catholiques dans la Gothie. Nous avons cru ces observations nécessaires pour réfuter certains auteurs modernes qui ont avancé que les Goths, en embrassant le christianisme, avaient, en même temps, reçu la doctrine impie des Ariens.
Cette lettre de l'église des Goths est tirée d'un manuscrit grec du Vatican. Elle fut adressée à l'église de Cappadoce dont saint Basile était alors la plus brillante lumière. Il y a toute apparence, avons-nous dit, que cette lettre a pour auteur saint Ascholius, évêque de Thessalonique : voici d'autres considérations qui amènent à cette conclusion.
Saint Basile, dans une lettre qu'il écrivit à saint Ascholius, ép. 164, le remercia de lui avoir envoyé l'histoire de la persécution et du triomphe du Martyr qui avait péri par l'eau et le bois ; il le remercia encore, ép. 165, de lui avoir envoyé le corps du Martyr. Il avait sans doute fait cet envoi au nom du duc Soranus. Saint Basile, qui était parent de ce dernier, lui avait écrit, ép. 155, p. 244, éd. Ben., pour le prier d'enrichir son pays des reliques de quelques-uns des Martyrs qui avaient souffert durant la persécution des Goths.
12 AVRIL
Événements marquants
- Refus de manger des viandes sacrifiées aux idoles
- Confession publique de sa foi devant le commissaire d'Athanaric
- Rencontre miraculeuse d'un inconnu et tempête de neige l'empêchant de voyager
- Arrestation par Atharide et tortures (traîné nu dans les épines, lié à des essieux)
- Guérison miraculeuse des blessures et insensibilité au javelot
- Martyre par noyade dans le fleuve Mussée avec un essieu au cou
Miracles
- Tempête de neige soudaine barrant le chemin pour le ramener vers le prêtre Sansale
- Absence de blessures après avoir été traîné dans les épines et battu
- Insensibilité et absence de plaie après avoir été frappé d'un javelot en pleine poitrine
- Corps préservé des bêtes sauvages après sa mort
Citations
Que personne ne jure pour moi, car je suis chrétien
Vous permettez, ô mon Dieu, que l'infortuné Atharide se condamne lui-même à une mort éternelle, pendant qu'il me procure une vie qui ne finira jamais.