Saint Saintin (Sanctinus)
Disciple de saint Denis, premier évêque de Meaux et de Verdun
Résumé
Disciple de saint Denis, Saintin fut le premier évêque de Meaux avant d'être envoyé évangéliser Verdun par ordre divin. Après vingt-et-un ans d'apostolat marqué par des miracles et la résistance au paganisme, il retourna à Meaux pour défendre les chrétiens persécutés. Il y mourut en prison, épuisé par les privations, et ses reliques furent plus tard transférées solennellement à Verdun.
Biographie
SAINT SAINTIN, DISCIPLE DE SAINT DENIS,
PREMIER ÉVÊQUE DE MEAUX ET DE VERDUN.
22e siècle.
Quoque Sanctinus tonat ara Christum, Signo nec verbis manifesto desunt : Barbarum gentem docet, et salubri Abbut undo.
Saintin fait retentir tous les autels du nom de Jésus-Christ, et les prodiges viennent confirmer sa parole apostolique. Païenne et barbare la veille encore, son peuple aujourd'hui se laisse instruire et il courbe sa tête sous l'onction salutaire du baptême.
Hymne de saint Saintin.
L'Église de Verdun vénère comme son apôtre et son premier évêque saint Saintin (Sanctinus). Comme la plupart des Églises fondées dans le nord
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des Gaules, dans les premiers siècles, celle de Verdun a perdu les monuments écrits des merveilles opérées par ses saints fondateurs pendant les grandes révolutions de l'empire romain, et par suite des diverses invasions des Barbares. Mais le souvenir de leurs vertus et de leurs bienfaits s'est perpétué dans la reconnaissance des peuples. D'après ces pieuses traditions, saint Saintin était disciple de saint Denis, premier évêque de Paris. La foi chrétienne fit un si grand progrès par son ministère dans les contrées des Gaules, depuis appelées du nom de Beauce et de Brie, que saint Denis, qui connaissait son zèle, ses vertus et ses talents pour la prédication, le consacra et l'institua évêque de Meaux, où il est aussi reconnu pour l'un des premiers fondateurs du Christianisme. Après qu'il y eut travaillé pendant plusieurs années à former des ministres de Jésus-Christ, pour l'aider dans ce grand ouvrage, il parcourut d'autres provinces pour y porter la lumière de l'Évangile. Il passa dans le canton de la Belgique, depuis appelée Picardie, et dans la Champagne. Laurent de Liège témoigne que l'on croyait communément de son temps que ce disciple de saint Denis de Paris, étant déjà évêque de Meaux, fut inspiré de venir annoncer l'Évangile à Verdun, et qu'il en reçut l'ordre du ciel par un ange.
Il vint donc jusqu'aux frontières des pays que l'auteur appelle, par anticipation, Neustrie et Austrasie, avec le prêtre Antonin, son compagnon, et ils apprirent que l'Évangile n'avait pas encore été prêché à Verdun. Avant d'entrer dans cette ville toute païenne, ils s'arrêtèrent sur la montagne, entre le midi et le couchant, dans l'endroit où fut plus tard l'ermitage de Saint-Barthélemy. Ils y furent vivement pénétrés de douleur en voyant les sacrifices abominables que les idolâtres de la ville et de la campagne y offraient aux démons sous des figures monstrueuses qu'on nommait les Faunes et les Satyres. Pendant que leurs cœurs, enflammés par leur zèle apostolique, s'élevaient au ciel pour demander à Dieu la conversion de tant d'âmes abandonnées à la proie des démons, ils virent trois colombes qui voltigeaient dans l'air et qui vinrent se poser sur les branches des arbres, dont les autels de ces idoles étaient couverts; ce qu'ayant pris pour une marque du succès de leurs prédications, ils commencèrent à annoncer dans ce lieu le culte du vrai Dieu. Ils se logèrent dans une maison du voisinage, située vers l'endroit où fut construite l'église de Saint-Vanne; saint Saintin y bâtit un autel pour y célébrer les saints mystères et obtenir la conversion du peuple de Verdun. Armé d'une sainte confiance dans la vertu toute-puissante de Jésus-Christ, il arrêtait ceux qui passaient devant cette maison pour aller adorer les idoles, leur demandant si des statues de pierre et de bois, qui n'ont ni vie ni mouvement, pouvaient les rendre heureux, et si la raison et le bon sens ne leur disaient pas qu'ils devaient plutôt s'adresser au Dieu vivant, créateur du ciel et de la terre, pour obtenir la santé et les autres biens qu'ils désiraient. Il les intimidait par la crainte des supplices éternels qu'ils méritaient en rendant des honneurs divins à des figures fabriquées par la main des hommes, et en commettant plusieurs autres péchés contre les lois du grand Maître de l'univers, qui punira infailliblement ceux qui n'en auront pas obtenu le pardon par la pénitence. Ceux qu'il voyait disposés à l'écouter étaient engagés par lui à venir aux instructions qu'il faisait tous les jours; il les visitait chez eux pour entretenir et fortifier leurs bonnes dispositions, s'insinuant peu à peu dans les familles qui témoignaient avoir moins d'opposition aux vérités qu'il leur expliquait familièrement. Il prêcha ensuite devant le peuple de la ville assemblé dans les places publiques. Tous admiraient la pauvreté de ses habits, la majesté de
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son visage, l'éloquence de ses discours et l'efficacité des miracles qu'il faisait pour confondre ceux qui contredisaient l'Évangile.
Quelques-uns disaient qu'il était rempli d'une vertu divine qui le rendait puissant en œuvres et en paroles; mais la plupart des autres s'opposèrent autant qu'ils purent au changement de religion, soit par intérêt, soit par attachement à leur culte superstitieux et aux vices et dérèglements de leurs passions. Ceux qui fabriquaient les idoles de bois, de marbre, d'or et d'argent, que chaque famille adorait comme ses dieux tutélaires, firent tous leurs efforts pour décrier saint Saintin comme un séducteur et un insensé qui voulait abolir l'ancienne religion de cette ville, pour y faire adorer un homme crucifié; leurs partisans tournaient en ridicule toutes les vérités saintes. Ils employaient l'imposture, la calomnie et toutes sortes d'injures pour soulever le peuple contre le saint évêque, lorsqu'il paraissait dans les places publiques. Les magistrats, qui n'étaient pas moins opposés au changement de religion, autorisaient les mauvais traitements que la fureur des idolâtres pouvait inventer pour empêcher l'établissement du christianisme dans cette ville : on ne voit pas néanmoins qu'ils aient fait aucune procédure juridique contre la personne de saint Saintin; nos historiens ne parlent ni d'emprisonnement ni de supplices; mais on permettait les vexations propres à empêcher la prédication de l'Évangile, on excitait de fréquentes émeutes populaires pour maltraiter saint Saintin et le charger d'injures. Il y fut plusieurs fois outrageusement frappé, blessé et jeté demi-mort hors de la ville.
Ces mauvais traitements ne le rebutèrent pas; il était préparé à sacrifier sa vie et à souffrir les tourments les plus cruels pour le salut de ceux qui le persécutaient; et, gémissant sur leur aveuglement, il ne cessait de prier Dieu pour leur conversion. Plus il était persécuté par les idolâtres, plus son courage s'animait et se fortifiait pour vaincre les oppositions qu'il trouvait à Verdun dans l'établissement de la religion chrétienne. L'amour divin dont son cœur était tout enflammé augmentait sa constance et le rendait invincible. Il continua ses prédications publiques quand il put en trouver l'occasion, où il instruisit en secret dans les maisons qui le recevaient par commisération comme un pauvre de Jésus-Christ, dénué de tous les biens de ce monde, mais très-rempli des richesses divines. Sa patience, sa candeur, sa douceur, et la joie de son cœur qui éclatait dans tout le cours de ses actions, au milieu des injures et des outrages, touchaient ceux qui étaient les moins opposés aux vérités de l'Évangile, et qui étaient prévenus des mouvements de la grâce. Plusieurs s'écriaient que cet homme était animé de l'Esprit-Saint et que Dieu parlait et agissait en lui, et demandaient le baptême. La ferveur de ces premiers fidèles fut d'autant plus grande qu'ils étaient plus maltraités de leurs parents et de leurs amis, qui les privaient de leur société et des autres biens de la vie civile. Ces mauvais traitements s'accrurent encore lorsque l'influence païenne reprit le dessus sous le règne des princes apostats, et la plupart des fidèles furent contraints de se retirer dans les grottes de la solitude de Flabas, distante de trois lieues de cette ville, où ils vivaient du travail de leurs mains et dans les exercices de la pénitence. Le petit nombre des fidèles qui restèrent dans la ville y souffrirent généreusement les mépris, les railleries piquantes, les injures et les opprobres qu'ils recevaient des idolâtres leurs compatriotes. Ils étaient fortifiés par les exemples des deux hommes apostoliques, qui les exhortaient continuellement à la pratique des bonnes œuvres et les exerçaient à la prière et à la méditation des saintes Écritures, dont ils leur don-
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nent l'explication, sans discontinuer leurs soins pour la conversion des idolâtres. Ce travail fut long et très-pénible. Saint Saintin ne put qu'avec beaucoup de peines former des sujets capables de l'aider dans ses instructions, le défaut des lettres et des sciences qu'on n'enseignait point à Verdun, y rendant le peuple fort grossier et ignorant ; ce qui fut la cause principale que la religion chrétienne ne s'établit que lentement dans ce diocèse.
Saint Saintin fit le voyage de Rome avec le prêtre Antonin, qui tomba malade en Italie d'une fièvre dont il mourut. Mais il fut ressuscité par les prières de saint Saintin. Après avoir rapporté au Pape le martyre de saint Denis, premier évêque de Paris, ils lui rendirent compte de l'établissement de la religion chrétienne à Verdun, où ils furent renvoyés avec trois autres ouvriers évangéliques dont l'histoire ne nomme que saint Maur. Au retour, saint Saintin gouverna les chrétiens de Verdun, enrichissant sa nouvelle Église de ce qu'il put apporter de la Confession du sépulcre de saint Pierre et saint Paul.
Il y continua pendant vingt et un ans ses travaux apostoliques avec un zèle infatigable. Ce ne fut pas sans peine qu'il forma son clergé ; il trouva peu de sujets lettrés et capables de l'aider dans l'œuvre évangélique qu'il avait commencée. D'ailleurs, les aumônes et les offrandes d'un petit nombre de fidèles n'étaient pas suffisantes pour les faire subsister ; les riches de cette ville s'opposaient toujours à la prédication de l'Évangile, qui exigeait le détachement des biens, des honneurs et des plaisirs du monde. Mais le saint évêque, se confiant en la vertu toute-puissante de Jésus-Christ, ne s'appliquait qu'à établir son règne. Il choisit ce qu'il y avait de plus pieux et de plus docile parmi les fidèles ; il les instruisit dans la science des saintes Écritures, pour les mettre en état de recevoir l'ordination. Saint Maur, qui fut son premier disciple et le premier prêtre ordonné à Verdun, donna un grand éclat à cette sainte école. L'austérité de sa vie exemplaire le porta à se charger de la conduite des solitaires qui s'étaient retirés dans le désert de Flabas. Les autres disciples de saint Saintin n'eurent pas moins de ferveur : ils l'assistèrent dans la célébration des saints Mystères, dans la psalmodie des louanges de Dieu, dans l'administration des sacrements et dans les instructions qu'il faisait à la ville et à la campagne, avec les trois missionnaires qu'il avait amenés de Rome. Le zèle de notre saint évêque ne se bornait pas au diocèse de Verdun. Comme il voulait assurer l'établissement des églises qu'il avait fondées, il fit plusieurs voyages dans les provinces où il avait planté la foi chrétienne. Dans ces courses apostoliques, il fortifiait les peuples par ses prédications, soutenait les pasteurs par ses conseils sages et prudents, et prenait des précautions pour écarter des églises l'hérésie des Ariens qui se communiquait alors dans les Gaules. Euphrate ou Euphrate, évêque de Cologne, ayant prêché quelques erreurs contre la divinité de Jésus-Christ, on tint dans cette ville un concile où ses erreurs furent condamnées. Les grandes occupations de saint Saintin ne lui permirent pas d'assister en personne à cette assemblée. Il y envoya ses députés qui donnèrent leurs suffrages contre Euphrate, avec quatorze évêques présents et neuf autres absents, dont les noms sont marqués. Peu d'années après la tenue de ce concile, les chrétiens de Meaux écrivirent à saint Saintin l'état pitoyable où ils étaient réduits par les oppressions et les violences du gouverneur de la ville.
Notre saint évêque, touché des calamités de son église de Meaux, et brûlant du désir ardent de finir sa vie par le martyre, y fit un dernier voyage. Avant de partir, il choisit dans son clergé deux prêtres capables de
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conduire son troupeau en son absence. Dès qu'il fut arrivé à Meaux, il va trouver le gouverneur, et lui parle d'une manière intrépide, mais accompagnée de la modération, de la douceur et de la gravité dignes d'un saint évêque ; il lui montre l'injustice de ses violences contre un peuple innocent, et lui reproche ses vexations contre l'Église, le menaçant de la vengeance divine s'il ne cesse ses persécutions. Le tyran ne peut souffrir ces reproches du saint homme ; dans le premier mouvement il fut sur le point de le percer de son épée. Mais ensuite il se contenta de le faire arrêter et renfermer dans une prison, où il fut privé de tous les secours nécessaires à la vie. Pendant qu'il était ainsi étroitement resserré, il adressa au clergé et aux fidèles de Verdun une lettre remplie des mouvements de la joie intérieure qu'il goûtait dans ses liens ; et, leur donnant avis de sa mort prochaine, il les exhorta à remercier Dieu de la grâce qu'il lui avait accordée de finir sa vie dans les souffrances, pour la cause de Jésus-Christ ; à choisir son disciple Maur pour lui succéder dans le siège épiscopal, et continuer l'ouvrage de la conversion des païens dans ce diocèse. L'esprit du saint prisonnier se fortifiait tous les jours à mesure que son corps, déjà exténué par la caducité d'un âge fort avancé et par les fatigues de ses longs travaux apostoliques, s'affaiblissait par la faim, la soif et les autres peines de la prison. Ces peines lui procurèrent enfin une mort très-précieuse devant Dieu, qu'il avait méritée par la sainteté de sa vie et la pratique des plus éclatantes vertus, dont l'éclat avait attiré plus efficacement à la foi les peuples qu'il convertit, que le grand nombre de miracles qu'il fit pendant sa vie.
La nouvelle de la mort de saint Saintin répandit une tristesse extrême dans l'Église de Verdun, qui pleura la perte de son pasteur. Les uns, touchés de sentiments de reconnaissance envers ce père qui les avait engendrés en Jésus-Christ, publiaient ses vertus, ses bienfaits, et les peines qu'il avait endurées pour leur salut ; les autres, rappelant dans leur mémoire les paroles de vie qu'il leur avait prêchées, témoignaient leurs regrets sensibles de s'en voir privés pour jamais. Le clergé et les fidèles, qui se virent livrés à la fureur des païens, dans cette conjoncture périlleuse à leur religion, furent saisis d'une consternation générale.
[ANNEXE: CULTE ET RELIQUES.]
L'Église de Meaux, qui donna la sépulture à saint Saintin, l'honora comme un Martyr, et celle de Verdun lui rendit une vénération singulière comme à son apôtre et à un illustre confesseur de Jésus-Christ. Depuis ce temps, sa fête a été instituée dans ces deux églises, d'abord le 11 octobre ; elle était de rit solennel, avec octave dans le diocèse de Verdun ; depuis 1779, cette fête a été transférée au 23 septembre, comme au martyrologe romain et à celui de France. Au diocèse de Verdun, on fait actuellement sa fête le troisième dimanche d'octobre.
On ne peut pas douter que l'Église de Meaux n'ait eu l'honneur de donner la sépulture au corps de saint Saintin, dont les mérites furent si glorieusement couronnés par une espèce de martyre dans cette ville. Il y a apparence qu'il fut inhumé dans le lieu où est aujourd'hui l'église qui prit alors son nom. Ces saintes reliques furent transférées plus tard dans une châsse, à l'église cathédrale de la même ville, où elles étaient en 1302. À cette dernière époque, elles furent transférées à Verdun.
La vérification de ce trésor précieux fut faite par Richard Ier du nom, et quarantième évêque de Verdun, qui le transféra dans une châsse, en 1044. On y mit une inscription contenant un abrégé de la vie de saint Saintin, et de sa mort, dans la ville de Meaux. En 1132, Albéron, évêque de Verdun, fit faire une nouvelle châsse pour saint Saintin, et y transféra ses ossements le jour de l'Ascension, la centième année depuis leur transport à Verdun. L'inscription qu'on trouva dans l'ancienne châsse est une preuve que l'opinion de ceux qui y marquèrent que Saintin avait été disciple de saint Denis l'Aréopagite, était l'opinion commune de Verdun, sous l'épiscopat de
SAINT LIBÈRE, PAPE.
Richard Ier, comme le dit Laurent de Liège. En 1477, Matthieu, abbé de Saint-Vanne, fit faire la châsse de saint Saintin, qu'on voit à présent, et qui est une des plus magnifiques du diocèse. La cérémonie de cette dernière translation se fit en Carême, le dimanche de Laetare, en présence du clergé de la cathédrale, l'évêque Guillaume de Haraucourt étant absent. Elle fut ouverte, l'an 1622, avec la permission du seigneur évêque de Verdun et le consentement des définiteurs de la Compagnie de Saint-Vanne, sur les instances et prières de Mgr l'évêque de Meaux, à qui Daugnon, chanoine, porta une côte de ce saint corps, qu'il reçut avec grande solennité à la tête de son clergé. Les marques de piété et de vénération, qu'on rendait à la mémoire de saint Saintin, augmentèrent encore davantage dans Verdun, en voyant le trésor précieux de ses saintes reliques dans l'église où il avait prêché la foi chrétienne, qui s'y est conservée dans toute sa pureté. Les peuples de ce diocèse y accoururent en foule, espérant obtenir de Dieu, par les mérites et l'intercession de ce grand Saint, les grâces nécessaires et les secours convenables aux biens de la terre.
La châsse qui renferme les précieux restes de saint Saintin est placée dans un petit édicule en forme de temple, soutenu par vingt-huit colonnes. Sur chaque face, le saint évêque est représenté assis dans une chaire et revêtu d'habits pontificaux. Le faîte, revêtu de lames d'argent, est couronné d'une élégante tourelle.
Cette châsse a été ouverte plusieurs fois par NN. SS. les évêques, et vérification de l'inestimable trésor qu'elle renferme faite avec solennité et d'éclatantes marques de confiance et de dévotion.
À l'époque de la Terreur, de pieux fidèles s'étaient empressés de le soustraire à la fureur dévastatrice des impies qui désolaient l'Église de Verdun, en les confiant de nuit et secrètement au sein de la terre.
Lorsque ces jours déplorables furent passés, et que la paix eut été rendue à la religion catholique, les saintes reliques furent relevées en grande pompe, et vérification solennelle en fut faite, le 30 octobre 1804, sous l'épiscopat de Mgr Antoine-Eustache d'Oumond, qui gouvernait alors les diocèses de Nancy et de Verdun.
Mgr Letourneur, en 1843, fit examiner ces reliques insignes, qui furent replacées dans la châsse munie des sceaux du prélat. En 1858, Mgr Ressat, assisté de son chapitre, a fait une dernière vérification, et les sceaux de Mgr Letourneur ont été apposés de nouveau sur ces saintes reliques qui furent retrouvées dans l'état où elles étaient en 1843. À chacune de ces cérémonies, la piété des fidèles a témoigné que la confiance en la puissante intercession de notre saint apôtre est toujours aussi vive au fond des cœurs.
Ce récit est extrait de l'Histoire ecclésiastique et civile de Verdun, par M. Roussel, chanoine de la collégiale de Sainte-Marie-Madeleine de Verdun.
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SAINT LIBÈRE, PAPE,
FONDATEUR ET PATRON DE L'ÉGLISE SAINTE-MARIE-MAJEURE DE ROME
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persécuteur. Il ne devait manquer aucun genre de lutte à la gloire de l'Église et du souverain Pontificat.
Libère était Romain; il avait été ordonné diacre par le pape saint Sylvestre, et s'était fait remarquer par ses vertus et par son humilité dans les fonctions de son ordre. Lorsqu'il fut élu Pape, il résista longtemps avant d'accepter la redoutable charge; mais il était réservé, hélas ! à en porter tout le poids. Constance II, deuxième fils de Constantin, et seul maître de l'empire, allait faire triompher l'arianisme avec lui. Dès la première année du pontificat de Libère, ce prince, prévenu contre Athanase, demanda sa condamnation. Le Pape assembla à Rome un concile qui reconnut l'innocence d'Athanase, et Libère écrivit dans ce sens à l'empereur. Constance entra en fureur; le Pape lui délégua Vincent de Capoue, qui se rendit à Arles, où il eut la faiblesse de souscrire à la condamnation du saint patriarche. La chute de Vincent affligea profondément le Pape: « J'espérais beaucoup de son intervention », écrit-il à Osius de Cordoue; « il était personnellement connu de l'empereur, à qui il avait précédemment porté les actes du concile de Sardique, et non-seulement il n'a rien obtenu, mais il s'est laissé entraîner à une déplorable faiblesse. J'en suis doublement affligé, et je demande à Dieu de mourir, plutôt que de me prêter au triomphe de l'injustice ». Il désavoua hautement le légat prévaricateur, et supplia l'empereur de consentir à la réunion d'un concile général.
Le concile s'assembla à Milan, mais des scènes tumultueuses et la conduite de Constance lui enlevèrent toute liberté. Lucifer de Cagliari, légat du Pape, montra une grande fermeté: « Quand même Constance », dit-il, « armerait contre nous tous ses soldats, il ne nous forcera jamais à renier la foi de Nicée et à signer les blasphèmes d'Arius ». — « C'est moi », lui dit Constance, « qui suis personnellement l'accusateur d'Athanase; croyez donc à la vérité de mes assertions ». — « Il ne s'agit pas ici », répondit Lucifer avec les évêques catholiques, « d'une affaire temporelle, où l'autorité de l'empereur serait décisive, mais d'un jugement ecclésiastique, où l'on doit agir avec une impartialité égale envers l'accusateur et l'accusé. Athanase est absent; il ne peut être condamné sans avoir été entendu. La règle de l'Église s'y oppose ». — « Mais ce que je veux », dit Constance, « doit servir de règle. Les évêques de Syrie le reconnaissent. Obéissez, ou vous serez exilés ». Les trois légats du Pape, Lucifer de Cagliari, Eusèbe de Verceil et le diacre Hilaire furent en effet exilés; Hilaire, dont la fermeté avait déplu davantage, fut même fouetté sur la place publique avant de partir pour le lieu de son exil. La persécution s'étendit à tout l'empire; saint Athanase se réfugia au désert; les femmes et les vierges chrétiennes d'Alexandrie furent indignement outragées; quarante-six évêques d'Égypte furent bannis de leurs sièges; on déclara criminels de lèse-majesté tous les défenseurs du consubstantiel, et un grand nombre de catholiques fidèles obtinrent la gloire du martyre (356).
Le pape Libère écrivit aux évêques exilés une lettre pleine de tendresse et de charité. « Quelles louanges puis-je vous donner », leur dit-il, « partagé que je suis entre la douleur de votre absence et la joie de votre gloire? La meilleure consolation que je puisse vous offrir, c'est que vous veuillez me croire exilé avec vous. J'aurais souhaité, mes bien-aimés frères, être le premier immolé pour vous tous, et vous donner l'exemple de la gloire que vous avez acquise; mais cette prérogative a été la récompense de vos mérites ». La tempête que Libère déplorait vint l'atteindre à son tour. On lui demanda directement la condamnation d'Athanase; il refusa; alors on le
SAINT LIBÈRE, PAPE.
conduisit à Milan, où se trouvait Constance, et l'empereur essaya lui-même de faire fléchir le courage du saint Pontife. Le récit de cette entrevue forme l'une des plus belles pages de l'histoire des Papes; nous l'empruntons à Théodoret, évêque de Tyr, qui vivait au commencement du siècle suivant:
L'EMPEREUR. Comme vous êtes chrétien et évêque de notre ville, nous avons jugé à propos de vous faire venir pour vous exhorter à renoncer à cette maudite extravagance, à la communion de l'impie Athanase. Toute la terre l'a jugé ainsi, et il a été retranché de la communion de l'Église par le jugement du concile de Milan. — LIBÈRE. Seigneur, les jugements ecclésiastiques se doivent faire avec une grande justice. Ordonnez donc que l'on établisse un tribunal, et si Athanase est trouvé coupable, sa sentence sera prononcée selon la procédure ecclésiastique; car nous ne pouvons condamner un homme que nous n'avons pas jugé. — L'EMPEREUR. Toute la terre a condamné son impieté; il ne cherche qu'à gagner du temps, comme il l'a toujours fait. — LIBÈRE. Tous ceux qui ont souscrit à sa condamnation n'ont point vu de leurs yeux tout ce qui s'est passé; ils ont été touchés du désir de la gloire que vous leur promettiez, ou de la crainte de l'infamie dont vous les menaciez. — L'EMPEREUR. Que voulez-vous dire par la gloire, la crainte et l'infamie? — LIBÈRE. Tous ceux qui n'aiment pas la gloire de Dieu, préférant vos bienfaits, ont condamné sans le juger celui qu'ils n'ont point vu; cela ne convient pas à des chrétiens. — L'EMPEREUR. Il a été jugé au concile de Tyr, où il était présent, et dans ce concile tous les évêques l'ont condamné. — LIBÈRE. Jamais il n'a été jugé en sa présence; à Tyr, on l'a condamné sans raison, après qu'il se fut retiré. — L'EMPEREUR. Pour combien donc vous comptez-vous dans le monde, de vous élever seul avec un impie pour troubler l'univers? — LIBÈRE. Quand je serais seul, la cause de la foi ne succomberait pas pour cela. — L'EMPEREUR. Ce qui a été une fois réglé ne peut être renversé; le jugement de la plupart des évêques doit l'emporter, vous êtes le seul qui vous attachiez à l'amitié de cet impie. — LIBÈRE. Seigneur, nous n'avons jamais entendu dire qu'un accusé n'étant pas présent, un juge le traitât d'impie comme étant son ennemi particulier. — L'EMPEREUR. Il a offensé généralement tout le monde, et moi plus que personne. Je m'applaudis plus d'avoir éloigné ce scélérat des affaires de l'Église que d'avoir vaincu Magnence. — LIBÈRE. Seigneur, ne vous servez pas des évêques pour vous venger de vos ennemis; les mains des ecclésiastiques doivent être occupées à sanctifier. — L'EMPEREUR. Il n'est question que d'une chose: je veux vous envoyer à Rome quand vous aurez embrassé la communion des Églises. Cédez au bien de la paix, souscrivez, et retournez à Rome. — LIBÈRE. J'ai déjà pris congé des frères de Rome, car les liens de l'Église sont préférables au séjour de Rome. — L'EMPEREUR. Vous avez trois jours pour délibérer si vous voulez souscrire ou retourner à Rome; or, voyez en quel lieu vous voulez être mené. — LIBÈRE. L'espace de trois jours ou de trois mois ne change point ma résolution; envoyez-moi donc où il vous plaira.
Deux jours après, Constance envoya chercher Libère, et, comme il n'avait pas changé de sentiment, il le fit reléguer à Bérée, en Thrace. Quand Libère fut sorti, l'empereur lui fit offrir cinq cents sous d'or pour sa dépense. « Allez », dit Libère à celui qui les apportait, « rendez-les à l'empereur, il en a besoin pour ses soldats ». L'impératrice lui en envoya autant. « Rendez-les à l'empereur », dit encore Libère, « il en a besoin pour la dépense de ses armées ». L'eunuque Eusèbe voulut à son tour lui faire
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accepter de l'argent. Le saint Pontife refusa en disant : « Tu as rendu désertes les Églises du monde, et tu m'offres une aumône comme à un criminel ; va, commence par te faire chrétien ». Et, sans avoir rien accepté, il partit trois jours après pour son exil.
L'hérésie triomphait. Aussitôt que Libère eut quitté l'Italie, l'empereur fit sacrer un anti-pape, Félix, archidiacre de l'Église romaine. Le peuple romain ne voulut pas communiquer avec ce Pape, à qui l'on doit rendre du reste cette justice que, tout en favorisant le parti des Ariens, il n'abandonna pas la foi de Nicée et fut irrépréhensible dans sa conduite (355). Aussi plusieurs écrivains ecclésiastiques, parmi lesquels on compte Bellarmin et Roncaglia, ne le considèrent-ils pas comme anti-pape. D'après eux, saint Libère ne voulant pas que Rome restât sans pasteur pendant son exil, avait provisoirement abdiqué et conseillé l'élection de Félix, qui, à son retour, aurait volontairement renoncé au souverain pontificat. Lorsque Grégoire XIII fit faire, en 1582, une nouvelle édition du martyrologe romain, le nom de saint Félix II fut conservé par son ordre après celui de saint Libère. L'épreuve dura plus d'un an. Constance finit par céder à l'opinion publique. Libère revint à Rome, en 359, et Félix se retira dans une autre ville.
Le retour de saint Libère à Rome ne mit pas fin aux douleurs de l'Église : les Ariens continuèrent leurs intrigues ; des évêques catholiques donnèrent de tristes exemples de faiblesse ; Constance fit assembler concile sur concile pour imposer l'erreur, mais Libère se conduisit avec tant de prudence et de fermeté, que l'erreur ne put jamais triompher que partiellement. Constance avait été persécuteur : il était peu probable qu'il mourût au milieu des prospérités. Il était en effet occupé dans une guerre contre les Perses, lorsqu'il apprit que les légions des Gaules s'étaient révoltées, et avaient proclamé empereur, à Lutèce, le César Julien, neveu de Constantin. Constance, furieux, se mit en marche pour punir le rebelle, dont il avait été le bienfaiteur, et à qui il avait donné sa propre sœur en mariage ; mais il mourut en route, à Mopsucrène, en Cilicie, après avoir reçu le baptême d'un évêque arien, et Julien resta seul maître de l'empire (361).
À la persécution sanglante et à l'hérésie succéda une persécution plus raffinée, plus savante et mille fois plus dangereuse : celle de Julien l'Apostat. Mais devant le roc inébranlable de l'Église, elle resta impuissante comme les autres : saint Libère put assister à l'horrible agonie de l'Apostat (26 juin 363) et contempler, au milieu des ruines accumulées de toutes parts, le triomphe du Christianisme ; et, quoique les dernières années de son Pontificat aient encore été troublées par les intrigues des Ariens et par celles des Macédoniens, partisans de l'intrus Macédonius, qui, développant l'hérésie arienne, avait fini par nier la divinité du Saint-Esprit, il eut la consolation de voir enfin la paix rendue à l'Église, les évêques orthodoxes rétablis sur leurs sièges, et la puissance politique disposée à soutenir la vraie foi.
C'est au milieu de ces lueurs d'espérance que saint Libère rendit à Dieu son âme héroïque, le 8 des calendes d'octobre (24 septembre 366). Il avait occupé le siège pontifical, dans une première période, du 22 mai 352, au 10 mars 358 ; et, dans une seconde, au retour de son exil, de 359 à 366. Rome doit à ce Pontife, entre autres monuments, la basilique de Sainte-Marie-Majeure, ainsi appelée parce qu'elle tient le premier rang parmi les églises dédiées à la sainte Vierge.
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Événements marquants
- Disciple de saint Denis à Paris
- Évangélisation de la Beauce et de la Brie
- Consécration comme premier évêque de Meaux
- Mission à Verdun suite à une inspiration angélique
- Voyage à Rome et rencontre avec le Pape
- Gouvernement de l'Église de Verdun pendant 21 ans
- Emprisonnement à Meaux par le gouverneur
- Mort en prison par privations (faim et soif)
Miracles
- Apparition de trois colombes sur les autels païens
- Résurrection du prêtre Antonin en Italie
- Nombreux miracles de guérison et de conversion
Citations
Quoque Sanctinus tonat ara Christum, Signo nec verbis manifesto desunt