Saint Raymond de Toulouse

Chanoine régulier de l'église Saint-Sernin

Fête : 3 juillet 11ᵉ siècle • saint

Résumé

Chanoine régulier à Toulouse au XIe siècle, Raymond consacra sa vie et sa fortune aux pauvres et aux travaux publics après son veuvage. Il fit construire deux ponts pour protéger les voyageurs et rebâtit la basilique Saint-Sernin pendant treize ans. Reconnu pour sa grande charité, il finit ses jours dans l'humilité au sein de la communauté qu'il avait réformée.

Biographie

SAINT RAYMOND DE TOULOUSE,

CHANOINE RÉGULIER DE L'ÉGLISE SAINT-SERNIN DE CETTE VILLE

Vers 1074. — Pape : Grégoire VII. — Roi de France : Philippe Ier.

*Solutus es ab uxore? noli quaerere uxorem.*

Êtes-vous dégagé des liens du mariage, ne cherchez point à les renoncer, mais demeurez dans la continence.

*I Cor., vii, 27.*

Cet excellent homme, que nous pouvons appeler, selon le style de l'Écriture sainte, un homme de miséricorde, dont les actions de piété ont été continuelles et n'ont pu finir qu'avec sa vie, naquit à Toulouse, capitale du Languedoc, sous le règne de Henri Ier, Pons III étant comte de Toulouse, et Roger occupant le siège de cette ville. Ses parents, illustres par leur naissance, eurent un soin particulier de son éducation, et lui imprimèrent de bonne heure l'estime et la crainte de Dieu, autant que son âge en était capable. Il donna, dès ce temps-là, des marques de l'éminente sainteté à laquelle il arriverait un jour ; car, au lieu de se plaire aux jeux et aux divertissements qui sont presque toute l'occupation de l'enfance, il se donna au culte de Dieu ; sa plus grande joie était de le prier et de le visiter dans les églises. Après de brillantes études, comme il témoignait être enclin aux fonctions ecclésiastiques, on le plaça dans une communauté de jeunes clercs attachés au chapitre de la basilique de Saint-Sernin ou Saint-Saturnin, qui appartenait alors aux chanoines réguliers de Saint-Augustin. Il y fit quelque temps l'office de chantre, non pas comme religieux, mais comme clerc séculier. Cependant, se défiant trop de lui-même et craignant de ne pouvoir pas résister aux tentations contre la chasteté, il quitta cet emploi et se maria dans la crainte de Dieu. Il ne fit pas paraître moins de vertu et de dévotion dans ce nouvel état, que dans les précédents. Il s'y acquitta de tous les devoirs d'un véritable chrétien, rendant à Dieu et à son prochain ce que la loi de l'Évangile ordonne de leur rendre, en évitant tous les vices qui corrompent les saintes mœurs.

Son épouse étant morte par une conduite particulière de la divine Providence, qui le destinait à une vie plus parfaite, il suivit ce conseil de l'Apôtre : « Êtes-vous dégagé d'une femme, n'en cherchez point d'autre, mais demeurez dans la continence ». En effet, il fit dès lors profession d'une chasteté très-parfaite ; et, pour en empêcher la perte, il commença à châtier son corps par des jeûnes, des veilles et d'autres macérations très-rigoureuses, le regardant comme un rebelle qu'il fallait dompter, et comme un ennemi auquel il fallait ôter le pouvoir de le combattre et de lui nuire.

Il ne se considéra plus comme le propriétaire de ses biens, mais seulement comme l'économe et le dispensateur, et il les distribuait si libéralement aux pauvres, qu'il semblait ne les avoir reçus que pour les mettre entre leurs mains : les malades, les prisonniers et toutes sortes d'autres malheureux, avaient part à ses charités, et il n'en excluait pas même les Juifs, parce qu'il savait distinguer en eux la qualité d'hommes, qui est l'ouvrage de Dieu, et celle d'infidèles et d'opiniâtres, qui est l'ouvrage du démon et de l'esprit humain.

Sa miséricorde ne pouvant se contenter de quelques aumônes particulières, il entreprit de grandes choses pour l'utilité du public, il les mit heureusement à exécution. La première fut la fondation d'un collège pour l'entretien et l'instruction de treize pauvres clercs, en l'honneur de Notre-Seigneur et des douze Apôtres ; il en fit bâtir la maison à ses dépens, et lui donna ensuite de bons revenus, afin que ces serviteurs de Dieu, étant dégagés de tous les soins de la terre, n'eussent plus d'autre sollicitude que de se rendre capables de glorifier Jésus-Christ et de procurer le salut du prochain. Il se trouvait ordinairement avec eux ; et, quoiqu'il ne fût pas encore dans les Ordres sacrés, il ne laissait pas de les animer beaucoup, par ses exemples et par ses discours pleins de feu, à remplir tous les devoirs de l'état ecclésiastique. Le second ouvrage, que sa charité lui fit entreprendre, fut la construction de deux ponts sur la rivière de l'Héro, près de Toulouse. On était auparavant contraint de la passer en bateau pour entrer dans cette grande ville ; et, comme il s'y élevait souvent de grandes tempêtes, les bateaux coulaient à fond et beaucoup de monde s'y perdait. Ce malheur toucha de pitié cet homme de miséricorde, qui prenait part à toutes les afflictions de son prochain ; il ne vit point d'autre remède que d'y faire construire des ponts ; et, bien que la dépense en fût fort grande pour un simple particulier, il trouva néanmoins, avec le secours de la divine Providence, qui ne manque point d'assister ceux qui mettent leur confiance en elle, plus qu'il ne fallait pour y satisfaire. Les deux ponts furent donc construits, et l'on peut dire que, par ce moyen, il donna la vie à autant de personnes que cette commodité publique en préserva du naufrage. Enfin, sa ferveur ne trouvant rien d'impossible, il forma le dessein de faire rebâtir à neuf, et avec plus de magnificence et de splendeur, la basilique de Saint-Sernin, qui tombait de vétusté. Il employa treize ans à cet ouvrage, fournissant l'argent nécessaire pour une si grande entreprise, veillant à la belle disposition de l'édifice, et sollicitant les ouvriers d'y mettre toute leur industrie, parce que ce n'était pas une maison profane qu'ils bâtissaient, mais la maison de Dieu.

Ce n'était pas encore assez de consacrer ses biens au service de Jésus-Christ et à l'utilité du prochain : il fallait, pour son entière satisfaction, qu'il fît aussi un parfait sacrifice de lui-même, en embrassant la vie religieuse. Lorsque cette église de Saint-Sernin fut presque achevée, il demanda d'être admis au nombre des chanoines réguliers qui la desservaient. Son mérite était trop grand, et ses bienfaits envers cette maison trop considérables pour n'y être pas reçu. Il prit l'habit, fit son noviciat, et prononça ses vœux avec une ferveur peu commune, qui donna de l'admiration à tous ceux qui en furent témoins. Lorsqu'il fut profès, il fit une nouvelle entreprise beaucoup plus noble et plus agréable à Notre-Seigneur que toutes celles qu'il avait faites étant dans le monde ; ce fut de travailler à la réforme de cette communauté régulière, qui était extrêmement déchue de son ancienne splendeur, et ne gardait presque plus rien des observances régulières.

3 JUILLET.

Son exemple servit beaucoup à ce dessein ; car sa vie était une leçon continuelle de silence, de modestie, de mortification, d'assiduité à l'oraison, de révérence dans le chant des psaumes et dans la célébration des divins offices, et de détachement de toutes les choses de la terre ; mais il y contribua encore beaucoup par ses remontrances, par ses prières et par mille autres pieuses industries dont il se servit pour gagner le cœur des autres religieux, et les porter ainsi à l'accomplissement des devoirs de leur profession. La bonne odeur de cette maison, renouvelée par ses soins, fit que plusieurs personnes quittèrent le monde et renoncèrent aux vanités du siècle pour se ranger sous le joug de Jésus-Christ, dans une si sainte école ; de sorte que, s'il avait eu l'honneur d'être le restaurateur de l'édifice matériel de Saint-Sernin de Toulouse, on peut dire qu'il eut aussi la gloire d'en rétablir l'édifice spirituel, en rendant cette abbaye une des plus réglées et des plus florissantes qu'il y eut en France.

Enfin, lorsqu'il y eut vécu quelques années dans une grande réputation de sainteté, Dieu récompensa ses aumônes, ses austérités et son zèle pour le salut des âmes, par une heureuse mort qui servit de passage à une plus heureuse éternité, le 3 juillet de l'année 1073 ou 1074. Chose admirable ! cet excellent religieux, qui avait si bien mérité de ses confrères, et qui était comme le second fondateur de l'abbaye, se jugea néanmoins indigne d'y être enterré. Il pria donc, avec instance, qu'on l'enterrât avec les pauvres clercs qu'il avait fondés, et dont nous avons déjà parlé. C'était ôter à sa maison un grand trésor et un gage plus précieux que toutes les richesses du monde ; mais on n'osa pas lui refuser sa demande. Ainsi il fut déposé dans un tombeau de pierre qu'il s'était fait creuser auprès du collège de ces treize clercs. Dieu a depuis illustré ce sépulcre par un grand nombre de miracles : les possédés y ont été délivrés, les aveugles, les estropiés, toutes sortes d'infirmes guéris.

Nous avons tiré cette vie des leçons de son office, qui sont en Bréviaire de Sainte-Geneviève de Paris. — Cf. Histoire générale de l'Église de Toulouse, par l'abbé Salvan.

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## LE B. GELDUIN, ABBÉ DU MONASTÈRE D'ANCHIN,

### AU DIOCÈSE DE CAMBRAI

LE BIENHEUREUX GELDUIN, ABBÉ.

une grande édification. Ils y construisirent un monastère qu'ils dotèrent de leurs propres revenus, avec l'assentiment de Gérard, évêque de Cambrai et d'Arras. Celui-ci en consacra l'église en 1086, en l'honneur de Notre-Seigneur Jésus-Christ et de la sainte Vierge. Il la combla en outre de bienfaits considérables, ce qui fut imité par Hugues, doyen de Cambrai. L'abbaye appartenait au diocèse et au comté d'Arras. L'abbé d'Anchin siégeait et avait droit de suffrage dans les États de la province.

Après l'abbé Haymeric, qui mourut en 1102, les religieux d'Anchin choisirent, pour les diriger, Gelduin, frère d'Arnould, prévôt du château d'Hesdin (Pas-de-Calais). On ne connaît rien touchant ses premières années. D'abord simple moine au monastère de Saint-Vincent du Mont, à Laon, il fut ensuite nommé abbé de Saint-Michel en Thiérache. Mais sa grande humilité et l'attrait vif et persévérant qu'il éprouvait pour une vie de prière et de recueillement, le portèrent à refuser cette dignité. C'est même alors qu'il demanda et obtint la permission de se retirer à l'abbaye d'Anchin, où il devint pour tous les religieux un exemple accompli de régularité et de vertu.

Sa vie sainte et son esprit de sagesse avaient fait sur tous ses frères une si heureuse impression, qu'à la mort d'Haymeric, ils l'élurent unanimement pour lui succéder. Le vénérable religieux s'y refusa longtemps, en représentant son incapacité et le désir extrême qu'il avait de continuer cette vie d'oraison et de silence qui faisait tout son bonheur. Obligé de céder et de prendre en main le gouvernement du monastère, il s'en acquitta avec une si grande sagesse, que toutes les espérances que l'on avait conçues de lui furent pleinement réalisées. Il obtint, soit des évêques du pays, rassemblés à Reims, soit du pape Pascal II, la confirmation des donations pieuses faites à son monastère, ainsi que la liberté pleine et entière pour les religieux d'Anchin d'élire, à la mort de l'abbé, un de leurs frères ou quelque religieux pris dans un autre monastère à leur choix, pour le remplacer.

Il paraît que le bienheureux Gelduin était en rapports assez intimes avec saint Anselme, archevêque de Cantorbéry, en Angleterre. On trouve, parmi les lettres de cet illustre prélat, une réponse à des questions qui lui avaient été proposées par l'abbé d'Anchin sur certaines matières d'administration spirituelle ou temporelle de sa communauté.

Au milieu des sollicitudes multipliées et des occupations continues auxquelles le soumettait sa charge d'abbé, le bienheureux Gelduin trouvait encore du temps pour suivre l'attrait pieux qui le portait à la méditation et au recueillement. Bientôt même il crut devoir résigner sa dignité, pour reprendre la vie simple et austère qu'il avait menée auparavant à Laon. Malgré toutes les instances que l'on put faire, il se retira au monastère de Saint-Bertin et commença à y pratiquer l'observance religieuse avec la

3 JUILLET.

plus scrupuleuse fidélité. Les frères d'Anchin, qui déploraient toujours son départ, firent de nouvelles sollicitations pour le rappeler dans la communauté qu'il avait dirigée avec tant de sagesse ; mais rien ne put jamais ébranler la résolution de l'humble Gelduin. Soit pour éviter de pareilles instances, soit pour d'autres raisons restées inconnues, il se détermina, peu de temps après, à passer en Angleterre. Là, par le conseil et l'appui de son illustre ami saint Anselme, il se retira au prieuré de Saint-Magulphe ou Machut, situé dans le pays de Galles, et qui dépendait de l'abbaye d'Anchin. C'est en ce lieu, où son âme pieuse se livrait avec délices à la contemplation et à la méditation des choses du ciel, que le bienheureux Gelduin attendit paisiblement l'heure de son passage à l'éternité. Sa mort arriva l'an 1123.

Les religieux d'Anchin ayant entendu rapporter par des hommes dignes de foi qu'un prodige s'était opéré auprès de son tombeau, obtinrent qu'une partie de ses ossements fût transportée dans leur communauté. On les déposa dans la chapelle de Saint-Michel, avec les ossements de quelques autres saints abbés.

Nous avons emprunté le fonds de cette notice à la Vies des Saints des diocèses de Cambrai et d'Arras, par M. l'abbé Destembes.

Événements marquants

  • Naissance à Toulouse sous le règne de Henri Ier
  • Études brillantes et service comme clerc séculier (chantre) à Saint-Sernin
  • Mariage puis veuvage
  • Fondation d'un collège pour treize pauvres clercs
  • Construction de deux ponts sur l'Hers (Héro)
  • Reconstruction de la basilique Saint-Sernin (pendant 13 ans)
  • Entrée en religion comme chanoine régulier de Saint-Augustin
  • Réforme de la communauté de Saint-Sernin

Miracles

  • Guérisons d'aveugles et d'estropiés à son tombeau
  • Délivrance de possédés

Citations

Solutus es ab uxore? noli quaerere uxorem.

— I Cor., vii, 27 (cité dans le texte)

Date de fête

3 juillet

Époque

11ᵉ siècle

Décès

3 juillet 1073 ou 1074 (naturelle)

Invoqué(e) pour

guérison des aveugles, guérison des estropiés, délivrance des possédés

Autres formes du nom

  • Raymond Gayrard (fr)

Prénoms dérivés

Raymond

Famille

  • Anonyme (épouse)