Saint Virgile d'Arles

Religieux de Lérins, Abbé de Saint-Symphorien et Évêque métropolitain d'Arles

Fête : 5 mars 6ᵉ siècle • saint

Résumé

Né en Aquitaine vers 530, Virgile fut moine à Lérins puis abbé à Autun avant de devenir archevêque d'Arles. Vicaire du pape Grégoire le Grand pour les Gaules, il joua un rôle clé dans l'évangélisation de l'Angleterre en sacrant saint Augustin de Cantorbéry. Il est célèbre pour sa charité, ses constructions religieuses et plusieurs miracles de résurrection.

Biographie

SAINT VIRGILE, RELIGIEUX DE LÉRINS,

ABBÉ DE SAINT-SYMPHORIEN ET ÉVÊQUE MÉTROPOLITAIN D'ARLES

À l'exemple de Dieu, les pasteurs doivent user d'indulgence et gouverner par l'amour.

Propre de Fréjus. Oraison de saint Virgile.

Vers l'an 530, naissait dans l'Aquitaine un enfant de bénédiction nommé Virgile. Ses parents, riches Gallo-Romains, dont la vertu et la piété égalaient l'opulence et la noblesse, lui donnèrent l'éducation la plus brillante, mais aussi la plus chrétienne. Leurs soins ne furent pas perdus : ils eurent la consolation de voir se développer dans leur fils, dès la première enfance, les plus heureuses qualités de l'esprit et du cœur. Croissant en sagesse comme en âge, Virgile, après avoir été un admirable enfant, devint le jeune homme le plus accompli, et toutes les espérances qu'il avait fait concevoir se trouvèrent dépassées par la réalité. À cette époque de la vie où les passions bouillonnent, où tout est séduction et danger, il conserva, dit le biographe, dans toute sa fraîcheur l'angélique vertu qu'exprimait son nom. En lui, l'aimable candeur de l'innocence s'unissait à cette maturité précoce, à cette gravité douce que donnent la retenue, la modestie, la vigilance continuelle, la pratique de toutes les vertus et les habitudes sérieuses. Avide d'études et ne cessant de cultiver sa remarquable intelligence, il se distingua bientôt par l'étendue de son savoir et la supériorité de ses talents. La lecture des saintes lettres lui était surtout chère : chaque jour il y recueillait le céleste aliment destiné à la nourriture de son âme. Accoutumé par ses méditations sublimes et ses entretiens avec Dieu, à vivre dans une sphère supérieure, il avait un pieux et noble dédain pour toutes les choses matérielles d'ici-bas, n'estimait que les biens invisibles, et traitait son corps, quoique toujours innocent, comme l'ennemi naturel de la perfection évangélique, le comprimant sans cesse sous le poids des austérités, afin de prévenir ou d'arrêter aussitôt toute révolte de la chair contre l'esprit. À cet amour de l'étude, de la prière et de la belle vertu qui ennoblit, agrandit et spiritualise en quelque sorte la partie infime de notre être, le saint jeune homme joignait un cœur magnanime et généreux, une âme forte, une aimable mansuétude, un calme, une tranquillité, une patience à toute épreuve. Qui s'en étonnera ? La piété n'est-elle pas utile à tout ? Tant de belles qualités, tant de vertus semblaient encore rehaussées par les charmes de sa personne : il avait un visage remarquablement beau, un air toujours aimable et prévenant, des manières affables, un front noble et serein où l'on voyait l'élévation de ses pensées avec la paix de sa conscience ; et de ses lèvres gracieuses, où souvent s'épanouissait un bienveillant sourire, tombait une parole toujours douce et caressante.

Avec tous ces avantages extérieurs, avec les talents, la naissance et la fortune, Virgile eût pu briller dans le monde. Mais sa grande âme aspirait à monter plus haut : il voulait être parfait, et il savait que pour s'élever à la perfection dont les conseils évangéliques sont le terme, le chrétien doit renoncer à tout et briser tous les liens qui peuvent l'enchaîner à la terre. C'est pourquoi il courut aussitôt abriter dans un pieux asile sa jeune vertu, alarmée des dangers du siècle. Le célèbre monastère de Lérins lui ouvrit ses portes. Heureux de vivre avec des frères dans cette sainte communauté, le novice montra pour tous une admirable charité et s'attira bientôt l'affection générale. D'une exactitude scrupuleuse à observer la règle antique dans sa rigueur primitive, il fut bientôt le modèle de tous les religieux. Libre enfin de toute préoccupation terrestre, il semblait n'avoir de conversation qu'avec le ciel.

Après s'être formé à toutes les vertus religieuses sous ces cloîtres fameux qui ont vu tant d'illustrations, Virgile fut appelé au gouvernement de l'abbaye de Saint-Symphorien d'Autun : sainte et fameuse école aussi, où, comme à Lérins, sous l'influence de la règle des moines orientaux, florissaient la science et la vertu, heureuse mère de grands hommes et de grands saints qui furent pareillement la lumière du clergé, la gloire de l'Église. Le nouvel abbé justifia bientôt la grande idée qu'on avait eue de son mérite et montra toujours qu'il était au moins à la hauteur de cette réputation de talent et de sainteté qui l'avait fait mettre à la tête d'une institution si importante. Jamais pasteur ne garda son troupeau avec une sollicitude plus active, ne le conduisit avec plus d'habileté, ne l'aima d'une affection plus tendre. Comme un père, ou plutôt comme une mère toujours inquiète, il veillait le jour, il veillait la nuit : et tandis que les religieux, ses enfants, goûtaient les douceurs du sommeil, lui ne manquait jamais de parcourir le monastère, faisant partout la plus exacte visite. Une fois, dans une de ces circonstances, le démon essaya de l'effrayer en se montrant à lui sous une forme horrible. Le saint abbé fit un signe de croix, et l'infernal fantôme disparut. Un des jeunes gens élevés dans la maison vit aussi le spectre affreux et fut tellement épouvanté que la frayeur lui donna une fièvre brûlante. Virgile se rendit auprès de lui, le rassura avec une bonté paternelle, et fit une prière. C'en fut assez : le jeune malade se leva aussitôt parfaitement guéri.

Cependant Licérius, archevêque d'Arles, mourut. Or, il était d'une extrême importance que ce siège, le premier des Gaules à cette époque, fût occupé par un pontife d'un mérite éminent. Saint Syagre, évêque d'Autun, le comprenait mieux que personne. Cet illustre prélat, dont le zèle, aussi éclairé que vaste et actif, était sans cesse préoccupé du salut des âmes, du bien de l'Église et de la gloire de Dieu, porta donc toute son attention sur cette grande affaire, et crut devoir user de sa puissante influence pour procurer à la métropole d'Arles un digne pasteur. Ayant pu connaître parfaitement tout le mérite de l'abbé de Saint-Symphorien, il le proposa. Nul ne lui parut plus capable de s'élever jusqu'à la hauteur des sublimes fonctions de l'épiscopat. Et d'ailleurs Virgile avait une très-grande réputation, surtout dans les provinces méridionales : sa nomination y serait donc infailliblement accueillie par un assentiment général. Syagre, juste appréciateur des hommes et des choses, ne s'était point trompé. Le clergé et le peuple, acceptant avec empressement la proposition de l'évêque d'Autun, demandèrent d'une voix unanime l'illustre religieux. Lui essaya bien d'opposer une vive résistance à un choix contre lequel il n'y avait qu'une seule réclamation, celle de son humilité ; mais il fut obligé de céder à des vœux et à un appel non moins obstinés que sa résistance elle-même. Vaincu par cette sorte de violence morale, arraché malgré lui, comme saint Germain, au calme pieux de sa chère abbaye, acclamé avec un enthousiasme irrésistible qui ne lui laissait plus sa liberté, il consentit enfin à recevoir la consécration épiscopale, et se donna tout entier à son peuple, comme il s'était donné tout entier à ses religieux (380). Le monastère de Saint-Symphorien, tout honoré qu'il était de la gloire de fournir des évêques aux principales églises des Gaules, dut être bien sensible à cette nouvelle et si grande perte, quoique sans doute on lui donnât un nouvel abbé digne de sa réputation et de son importance.

À peine Virgile avait-il pris possession de son diocèse que, dévoré du zèle de la maison de Dieu, il réforma son clergé, donna de grands biens à son Église et construisit dans sa ville épiscopale une basilique en l'honneur de saint Étienne, premier martyr. Plus tard, il en éleva encore une autre sous le vocable du Sauveur et de saint Honorat, l'illustre fondateur de Lérins, et un de ses prédécesseurs sur le siège d'Arles. À cette dernière église, il annexa un monastère, afin que les louanges de Dieu y fussent chantées jour et nuit. Il était heureux au milieu de cette communauté de frères qui lui rappelait son ancienne famille de Saint-Symphorien d'Autun et devait fournir à son diocèse un clergé pieux et instruit.

La réputation de Virgile ne se renferma point dans les limites de la Gaule; elle franchit les monts et arriva jusqu'à Rome. Le grand pape saint Grégoire, dont le jugement était si éclairé et si juste, rendit le plus éclatant hommage au mérite du saint archevêque par les lettres fréquentes, par l'estime, par l'affection singulière dont il l'honora, et ne craignit point de partager en quelque sorte avec lui l'autorité du pontificat suprême, en le nommant son vicaire dans les états de Childebert. Voici ce que le Saint-Père écrivait à Virgile peu de temps après la nomination de ce digne abbé de Saint-Symphorien à l'archevêché d'Arles : « Grégoire, à Virgile, évêque d'Arles. — Je regrette de n'avoir pu encore écrire à Votre Fraternité pour lui rendre le salut que je lui dois. Mais aujourd'hui je vais, dans une seule et même lettre, vous témoigner mon affection fraternelle et en même temps vous parler de la manière dont il faut agir à l'égard des Juifs. Quelques-uns d'entre eux, qui sont établis dans votre province et qui se rendent à Marseille pour les affaires de leur commerce, nous ont informé que plusieurs de leurs coreligionnaires recevaient le baptême plutôt par force que par conviction. Or, une telle conduite procède sans doute d'une bonne intention; elle est dictée par l'amour pour Notre-Seigneur Jésus-Christ. Mais je crains bien que ce zèle, moins éclairé qu'ardent, n'obtienne pas les résultats qu'il se promet, et ne cause, ce qu'à Dieu ne plaise, la perte des âmes qu'il voudrait sauver. Car des hommes qui n'ont pas été amenés par une intime conviction, mais qui ont été traînés de force au baptême, retournent à leurs anciennes superstitions et trouvent par leur apostasie la mort là où ils devaient trouver la vie. Que Votre Fraternité fasse donc à ces pauvres aveugles de fréquentes exhortations, afin de les engager doucement à demander eux-mêmes le sacrement qui ouvre la porte de l'Église... »

L'illustre Pontife, répondant à une nouvelle lettre du saint archevêque, qui selon l'usage avait fait l'instance du *pallium*, lui dit : « Quelle admirable chose que la charité !... Que le grand Apôtre avait donc bien raison de l'appeler le lien de la perfection ! En effet, les autres vertus ornent l'âme, mais c'est la charité qui les y attache. Or, mon très-cher frère, je sais par le témoignage de ceux qui viennent des Gaules que vous êtes un modèle de cette excellente vertu; et d'ailleurs vos lettres suffiraient pour en donner la preuve.

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Ainsi, je n'ai garde de soupçonner qu'en demandant, selon l'usage de vos prédécesseurs, le *pallium* et le vicariat apostolique, vous ayez eu pour motif la gloriole d'atteindre au faîte des dignités passagères et de vous parer d'un ornement extérieur. Vous savez très-bien, — au reste personne ne l'ignore, — que la foi est venue de l'Église romaine dans les Gaules; en vous adressant au Saint-Siège, selon l'ancienne coutume, vous avez voulu montrer qu'il est la source de toute faveur et de toute autorité. Un bon fils n'aimerait-il pas à recourir au sein de sa mère? C'est pourquoi nous vous accordons très-volontiers ce que vous nous demandez. Nous ne voudrions pas vous priver d'une distinction que vous méritez si bien, ni mépriser la requête de notre très-illustre fils, le roi Childebert. Mais aussi redoublez de zèle, afin que votre sollicitude et votre vigilance croissent en proportion de votre dignité; servez de modèle à tous ceux qui sont soumis à votre autorité, et recherchez, non les avantages temporels attachés aux honneurs, mais les biens de l'éternelle patrie. Car Votre Fraternité n'ignore pas ce que l'Apôtre dit en gémissant : « Tous cherchent leurs intérêts particuliers, et non ceux de Jésus-Christ ». Puis le souverain Pontife excite particulièrement le zèle de Virgile contre deux abus qu'il stigmatise avec force et indignation: la simonie et les ordinations précipitées des sujets indignes ou incapables des fonctions ecclésiastiques. Sa lettre se termine ainsi :

« Il est donc nécessaire que Votre Fraternité s'empresse de recommander à notre très-illustre fils, le roi Childebert, d'extirper de son royaume les désordres que nous venons de signaler, afin que ce prince reçoive la récompense promise à ceux qui aiment ce que Dieu aime et qui haïssent ce que Dieu hait. Enfin nous vous chargeons, au nom de Dieu, d'exercer suivant l'ancien usage les fonctions de vicaire du Saint-Siège dans tous les États de notre très-illustre fils, le roi Childebert, sauf toutefois le droit des métropolitains. Nous vous envoyons en même temps le *pallium* que Votre Fraternité portera dans l'église pour célébrer solennellement la messe. Nul évêque ne pourra sortir de son diocèse qu'avec la permission de Votre Sainteté. S'il s'élève des discussions sur la foi ou sur quelque autre point difficile, que la question soit discutée et résolue dans un concile de douze évêques. Si la chose, après un mûr examen, n'est pas décidée dans cette assemblée, qu'elle soit différée au tribunal de ce Siège apostolique. Que le Dieu tout-puissant vous couvre de sa protection et vous accorde la grâce de vous élever toujours par vos vertus à la hauteur de la dignité dont vous êtes investi (395) ».

Rien n'échappait à la vaste sollicitude, à l'activité prodigieuse du grand Pape; et il recommandait tout au zèle de notre Saint, son digne vicaire dans les Gaules.

On sait qu'il avait envoyé le moine Augustin et plusieurs autres ouvriers évangéliques travailler à la conversion des Anglo-Saxons qui s'étaient établis dans l'île de Bretagne (l'Angleterre). C'était là son œuvre de prédilection: aussi ne manquait-il pas de recommander avec un soin tout paternel les nouveaux apôtres à la charité de Virgile. Voici ce qu'il lui écrivait à cette occasion: « Je juge de l'affection avec laquelle vous accueillerez des frères qui doivent aller vous trouver spontanément, par celle que vous témoignez à ceux que vous avez plus d'une fois invités. Je ne doute donc pas que vous ne receviez Augustin et ses compagnons avec une douce bienveillance qui les comblera de consolation. Examinez en même temps ces missionnaires, et si vous remarquez en eux quelque chose de répréhensible, avertissez-les, corrigez-les, afin qu'ils soient plus aptes à opérer la conversion des peuples. Que Dieu vous ait en sa sainte garde, mon très-révérend frère ». Augustin,

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fortifié par les encouragements de Virgile, partit pour l'Angleterre où il opéra de nombreuses conversions. Mais, pour être plus en état de gouverner la nouvelle église qu'il venait de former, l'apôtre des Anglais revint en Gaule recevoir des mains du saint archevêque d'Arles, vicaire de saint Grégoire, l'ordination épiscopale (597), et alla établir son siège à Cantorbéry. Ainsi saint Virgile a été le consécrateur d'Augustin, apôtre de l'Angleterre ; et comme il avait habité Lérins, l'île des Saints, il est comme le trait d'union entre l'île des Saints de la Méditerranée et l'île des Saints de l'Océan. Que ce souvenir est glorieux pour l'abbaye de Saint-Symphorien, mais aussi qu'il est triste !

On voit également par cette correspondance quel cas le Saint-Père faisait de Virgile. Mais Notre-Seigneur voulut honorer lui-même par le don des miracles celui que son vicaire honorait si justement de son estime et de sa confiance. Voici donc ce que racontent de vieilles légendes.

Un diacre, nommé Aurélien, avait un neveu orphelin auquel il servait de père et qu'il aimait tendrement. Or, cet enfant, jouant un samedi soir avec ses petits camarades sur les remparts de la ville, tomba, se brisa la tête et mourut. Le diacre, inconsolable de la perte de ce neveu chéri, prit aussitôt le cadavre et le porta aux pieds de Virgile. Le saint archevêque, qui assistait alors à l'office dans la nouvelle basilique de Saint-Étienne, heureux d'avoir pu consacrer à Dieu ce bel édifice et le remerciant du succès de cette grande œuvre, dit à Aurélien de déposer dans sa chambre l'enfant mort et d'avoir confiance. Après l'office, le diacre désolé, s'étant jeté à ses genoux et les tenant embrassés, lui dit : « Seigneur, je ne vous laisserai point aller que vous ne m'ayez obtenu la grâce que j'implore ». Touché d'une si grande douleur et cédant à de si vives instances, le vénérable évêque se rendit, suivi de tout le peuple qui était dans l'église, auprès du mort et adressa au ciel une ardente prière. Puis prenant l'enfant par la main il le rendit plein de vie à son oncle. Aussitôt toute la foule qui l'environnait éclata en transports et s'écria : « Ô Dieu, gloire à vous ! »

Pendant la construction de la superbe basilique que l'homme de Dieu fit élever hors des murs de la ville en l'honneur du Sauveur et de saint Honorat, il arriva qu'un jour les ouvriers, malgré tous leurs efforts, ne purent dresser ces magnifiques colonnes de marbre que l'on voit aujourd'hui, ajoute la légende. En vain employèrent-ils tous les moyens ; en vain appelèrent-ils à leur aide un grand nombre d'hommes dans toute la vigueur de l'âge ; toujours même résistance, même impossibilité d'imprimer aux colonnes le moindre mouvement. Alors on s'effraya et on courut avertir l'archevêque. Celui-ci arriva et, reconnaissant là une intervention de cet esprit méchant, ennemi de Dieu et de l'homme, qui cherche toujours à faire le mal et à empêcher le bien, il dit : « Mes enfants, ne vous donnez pas tant de peine ; ce serait inutile, vous ne réussiriez pas. À une résistance surnaturelle, il faut opposer une force surnaturelle aussi ». Alors, tombant à genoux, il implora le secours du Tout-Puissant et s'écria, après avoir achevé sa prière : « Misérable ! comment as-tu pu avoir l'audace de t'opposer à l'œuvre de Dieu ? Fuis loin d'ici ». Aussitôt les ouvriers se remirent au travail, et les colonnes furent dressées sans la moindre difficulté. Une autre fois, comme le saint évêque célébrait la messe, une veuve désolée, qui venait de perdre une fille unique, sa consolation, son espoir, fit porter près de lui, devant l'autel, le cercueil contenant les restes de celle qu'elle pleurait, et le supplia par ses larmes, plus encore que par ses paroles, de vouloir bien obtenir de Dieu la vie de son enfant bien-aimée. Virgile, dont le cœur ne

SAINT VIRGILE, ÉVÊQUE D'ARLES.

tint pas contre cette tendresse et cette douleur maternelle, s'approcha du cercueil, se prosterna humblement, leva les mains vers le ciel, et s'adressant à Celui qui a la souveraine bonté aussi bien que la souveraine puissance, il le pria, avec toute l'ardeur de sa charité, de consoler une pauvre mère en lui rendant sa fille unique. Il fut exaucé. Tout à coup la défunte ouvrit les yeux : elle paraissait sortir comme d'un profond sommeil. « Levez-vous », lui dit alors le saint. Elle se leva, et sa mère la reçut dans ses bras en l'arrosant des douces larmes de la joie mêlées aux larmes amères de la douleur qui n'étaient point encore séchées. « Miracle ! miracle ! » s'écria tout le peuple transporté d'admiration, pendant que le saint Pontife, dont l'humilité s'alarmant des hommages rendus à son crédit auprès de Dieu, se hâtait de s'y dérober par la fuite. Mais on le cerna de toutes parts, on lui arracha la plus grande partie de ses vêtements, et la piété des fidèles, dit le biographe, conserve encore précieusement ces lambeaux comme les reliques d'un grand serviteur de Dieu.

Un aveugle, qui avait grande confiance aux mérites du serviteur de Dieu, pria un sous-diacre, nommé Fulgence, de le conduire pendant la nuit dans le vestibule de la basilique de Saint-Étienne. « Là », disait-il, « je ne manquerai pas de trouver l'archevêque au moment où il sortira de l'office des Matines, j'implorerai son assistance, il intercédera pour moi et je serai guéri ». En effet, quand Virgile se retira pour aller prendre un peu de repos, l'aveugle qui l'attendait attentif et immobile se précipita à ses genoux, l'arrêta au passage et ne le lâcha point qu'il n'eût obtenu la promesse d'une prière. Le Saint, touché d'une si naïve confiance et d'une foi si vive, implora donc pour ce malheureux la bonté divine par une supplication fervente, fit le signe de la croix sur ces yeux éteints qui depuis quinze ans n'avaient pas vu la lumière, et aussitôt ils s'ouvrirent. Puis, embrassant tendrement le pauvre aveugle qui le remerciait avec transport, l'humble prélat lui recommanda de garder sur tout ce qui venait de se passer le plus inviolable secret. Mais cet homme était trop heureux pour ne pas trahir son bienfaiteur : sa joie et sa reconnaissance éclatèrent malgré lui. Bientôt toute la ville connut et proclama le nouveau miracle opéré par le saint pontife.

Nous pourrions encore rapporter un grand nombre de prodiges dus à la charité et aux prières du saint archevêque, car l'Esprit-Saint qui habitait dans son âme, ajoute l'historien, ne lui refusait aucune faveur. Mais il est temps de parler de la bienheureuse mort qui couronna une vie toute de travaux et de vertus. Il connut par révélation et prédit le jour de son passage à une autre vie ; ce jour était très-prochain. La triste nouvelle se répandit bientôt et la désolation fut générale. Lui, au contraire, heureux d'aller se réunir au bon maître qu'il avait toujours si bien servi et tant aimé, donna avec calme tous les ordres relatifs à sa sépulture, n'oubliant pas de recommander qu'on l'ensevelît avec le cilice qu'il portait toujours sur sa chair comme une cuirasse contre les attaques de l'esprit impur. Puis, quand le jour de sa mort fut arrivé, il se mit tranquillement au lit, comme pour prendre son repos, commença le saint office et alla l'achever dans le ciel. Ses dernières paroles, qui étaient des louanges de Dieu, se mêlèrent sur ses lèvres à son dernier soupir. Au même instant une odeur délicieuse s'exhala du saint corps ; on croyait, dit la légende, respirer les parfums de toutes les fleurs du printemps. Saint Virgile mourut dans les premières années du VIe siècle. Ses obsèques attirèrent un immense concours de peuple. Tous voulaient approcher du cercueil et toucher au moins l'extrémité des tentures qui ornaient le brancard funèbre. Cette confiance des fidèles n'était point

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vaine : Dieu voulut lui-même la justifier en attestant par un éclatant prodige la sainteté de son serviteur. Le convoi arrivait près du lieu de la sépulture, et on allait recouvrir les restes vénérés du saint pontife pour les déposer dans le tombeau, lorsque tout à coup on vit accourir des gens portant un cadavre. C'était celui d'une jeune fille qui venait de mourir dans un village voisin. L'espoir d'obtenir par l'intercession du grand serviteur de Dieu que la vie lui fût rendue précipitait leurs pas. Enfin ils arrivent essoufflés, se jettent à genoux tout en larmes et supplient le clergé de permettre que le cercueil du Saint touchât le corps de la défunte. On se rend à leurs vives instances. Au signal donné toute la multitude tombe également à genoux, priant, silencieuse, immobile, dans l'attente de ce qui allait arriver. Bientôt le Kyrie eleison est entonné : mille voix le répètent, et à la septième fois la jeune fille se lève pleine de vie. Aussitôt un frisson de religieuse terreur parcourt et fait tressaillir l'immense assemblée. D'abord, tous restent muets de stupeur, d'admiration et de respect. Mais un sentiment qui domine tous les autres ne tarde pas à se faire jour : la joie éclate et remplace la tristesse des funérailles. Aux chants lugubres et plaintifs succèdent des cantiques d'allégresse, et la cérémonie des obsèques se change en une marche triomphale. Ceux qui avaient apporté la jeune ressuscitée s'empressent de la dépouiller des linceuls de la mort pour la parer d'habits de fête ; et la voilà qui marche, ivre de bonheur, au milieu des rangs pressés de cette foule innombrable, et criant, dans les transports de sa reconnaissance : « Ô bienheureux évêque ! ô bon et saint pasteur ! combien je vous suis redevable ! que vos mérites sont puissants ! Oui, vous avez bien montré en me rendant la vie que vous vivez vous-même de la vie éternelle ».

Cependant le convoi était entré dans cette superbe basilique de Saint-Honorât que l'illustre archevêque avait fait construire hors de la ville et choisie pour le lieu de sa sépulture. On y acheva avec une grande solennité la cérémonie des obsèques, et le saint corps fut déposé dans ce tombeau que tant de miracles, dit le biographe, ont rendu depuis si célèbre. Aussi l'église d'Arles célébra-t-elle bientôt chaque année, le 10 octobre, la fête du saint prélat. Le monastère de Lérins, où Virgile avait passé sa jeunesse et appris la vertu, ne resta pas en arrière et consacra le 5 mars à honorer annuellement une mémoire et si sainte et si chère.

Nous avons emprunté cette légende à l'ouvrage de M. Dinot : Saint Symphorien d'Autun.

Événements marquants

  • Naissance en Aquitaine vers 530
  • Entrée au monastère de Lérins
  • Abbé de Saint-Symphorien d'Autun
  • Nomination à l'archevêché d'Arles
  • Nomination comme vicaire du Saint-Siège par Grégoire le Grand
  • Sacre d'Augustin, apôtre de l'Angleterre en 597
  • Construction des basiliques Saint-Étienne et Saint-Honorat

Miracles

  • Guérison d'un jeune homme effrayé par un démon à Saint-Symphorien
  • Résurrection du neveu du diacre Aurélien
  • Mise en place miraculeuse de colonnes de marbre entravées par le démon
  • Résurrection de la fille unique d'une veuve pendant la messe
  • Guérison d'un aveugle de quinze ans
  • Résurrection d'une jeune fille lors de son propre convoi funèbre

Citations

Quelle admirable chose que la charité !... Que le grand Apôtre avait donc bien raison de l'appeler le lien de la perfection !

— Lettre de Saint Grégoire le Grand