Saint Wenceslas, Duc de Bohême
Duc de Bohême et Martyr
Résumé
Duc de Bohême au Xe siècle, Wenceslas gouverna avec une piété et une charité exemplaires, protégeant les pauvres et les prisonniers. Malgré les faveurs de l'empereur Othon Ier, il fut victime d'un complot orchestré par sa mère Drahomire et son frère Boleslas. Il mourut martyr, assassiné par son propre frère alors qu'il se rendait à l'église.
Biographie
SAINT WENCESLAS, DUC DE BOHÈME,
MARTYR À BOLESLAW, PRÈS DE PRAGUE.
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de ses conseils. Ainsi, toute la Bohème le vit avec joie succéder à l'autorité de son père; mais, pour que la division ne s'élevât pas entre lui et son frère, on donna à Boleslas pour apanage la province de Boleslavie, où Drahomire, leur mère, le suivit, parce qu'ils sympathisaient entièrement d'humeur et d'inclination, ou pour mieux dire, de vice et de cruauté.
Le saint duc, se voyant en possession de la couronne que son père lui avait laissée, gouverna ses sujets autant par l'exemple de ses vertus que par la force des lois anciennes. Il était le protecteur des orphelins, le refuge des veuves et le père des pauvres. Il abaissait sa dignité jusqu'à porter lui-même sur ses épaules du bois aux nécessiteux que la honte empêchait de découvrir leur misère; ce qu'il faisait pendant l'obscurité de la nuit, tant pour n'être point reconnu que pour épargner la confusion aux personnes à qui il faisait cette charité; il ne dédaignait point d'assister aux entremets des gens de la moindre condition, et même des plus malheureux, auxquels leurs propres parents avaient peine de se trouver. Il employait des sommes considérables à délivrer les captifs des mains des infidèles; visitait les prisonniers, les assistait de ses conseils, les consolait par ses exhortations et les secouait par ses aumônes. Lorsque quelques criminels étaient condamnés au dernier supplice, son cœur se trouvait tellement attendri de compassion, qu'il pleurait leur mort à chaudes larmes, et il leur aurait volontiers chaque fois accordé leur grâce, s'il n'avait appréhendé de nuire au repos de ses sujets. Quelque élevé qu'il fût au-dessus des autres par sa qualité de prince, il semblait l'oublier et s'en démettre lorsqu'il traitait avec les évêques et les prêtres. Sa dévotion envers la sainte Eucharistie était incomparable: tout ce qui avait rapport à cet auguste mystère lui inspirait de la vénération, et il se faisait gloire d'y contribuer de tout son pouvoir. Il semait de ses propres mains le blé qui devait servir à faire les hosties, et pressait le vin destiné à l'usage du saint sacrifice. Il tenait aussi à très-grand honneur de servir la messe et d'y présenter au prêtre le pain, le vin, l'eau et l'encens.
Il faisait la nuit des processions autour des églises, marchant pieds nus sur la neige et sur la glace durant les plus grandes rigueurs de l'hiver. Il était si peu attaché aux grandeurs de la terre, qu'il délibéra s'il quitterait son sceptre pour entrer dans l'Ordre de Saint-Benoît. Il envoya exprès des ambassadeurs à Rome pour obtenir du souverain Pontife la permission de l'établir dans la Bohème, et peut-être aurait-il exécuté ce projet, s'il n'avait été frappé d'une mort violente que lui procura la cruelle Drahomire, comme nous le dirons dans la suite.
Cette admirable dévotion, si peu commune aux têtes couronnées, bien loin de diminuer son courage, lui donnait dans les occasions une intrépidité surprenante, fondée sur la parfaite confiance qu'il avait en Dieu. Il en donna des preuves éclatantes dans une guerre qu'il eut à soutenir contre Radislas, prince de Gurime, que quelques séditieux avaient appelé en Bohème, où il ravageait le pays; il lui envoya d'abord des députés pour l'engager, par les voies de la douceur, à se retirer; n'ayant rien pu obtenir de lui, il se mit à la tête d'une puissante armée pour l'aller combattre; mais, pour épargner le sang de ses sujets, au lieu de donner une bataille rangée, il offrit à son ennemi de décider leur différend par un combat singulier entre eux. Radislas accepta le défi et se présenta au duel, étant bien armé, monté sur un bon coursier et tenant la lance sur la cuisse. Wenceslas, au contraire, n'avait qu'une simple cuirasse par-dessus son cilice, avec un sabre à la main, se confiant du reste à la toute-puissance de Dieu. Ils pa-
SAINT WENCESLAS, DUC DE BOHÈME, MARTYR.
rurent l'un et l'autre à la tête des deux armées en attendant le signal de se choquer. Dès qu'il fut donné, notre Saint se munit du signe de la croix et avança vers son adversaire, qui, de son côté, vint fondre sur lui à toute bride pour le percer d'un coup de lance ; mais, comme il était sur le point de le faire, il aperçut près du saint duc deux esprits célestes qui lui fournissaient des armes pour se défendre. Il ouït aussi une voix qui lui disait : « Ne le frappe pas ». Ces merveilles l'épouvantèrent tellement que, descendant à l'heure même de cheval, il se jeta aux pieds de Wenceslas et lui demanda pardon. Ainsi la paix fut rétablie dans l'État, au grand contentement des Bohémiens, qui ne pouvaient assez louer la Bonté divine de leur avoir donné un tel prince.
Ce n'est pas la seule fois qu'on l'a vu accompagné par des anges. Ayant été obligé de se trouver à la diète que l'empereur Othon Ier avait convoquée à Worms, un jour que l'assemblée se tenait, il alla trop tard à la chambre, parce que la messe qu'il voulait ouïr auparavant fut plus longue qu'à l'ordinaire. L'empereur et les autres princes, qui s'y étaient déjà rendus, trouvant mauvais qu'il fît attendre après lui, avaient résolu entre eux que, lorsqu'il entrerait, pas un ne se lèverait de son siège pour le saluer. Mais dès qu'on le vit paraître, l'empereur changea bien de sentiment ; car, l'ayant aperçu au milieu de deux anges qui l'escortaient et le couvraient d'une croix d'or, il se leva de son trône impérial, alla au-devant de lui pour le recevoir et le fit même asseoir à ses côtés. Cette faveur du ciel lui concilia tellement les bonnes grâces de ce prince, qu'en sa considération il érigea le duché de Bohême en royaume, l'exempta de tous les subsides qu'il était obligé de payer à l'empire, et lui permit de porter à l'avenir dans ses armes un aigle noir sur un champ d'argent. Wenceslas accepta ces deux dernières grâces, parce qu'elles étaient également honorables et avantageuses à ses peuples ; mais il ne voulut jamais prendre le titre de roi, que sa modestie ne pouvait souffrir, bien que le même empereur et les autres princes le lui donnassent toujours dans leurs lettres et dans les actes publics, et que ses successeurs, moins humbles et moins modérés que lui, se fussent laissé traiter de majesté royale. Quelque grands que fussent ces bienfaits aux yeux des hommes, toutefois Wenceslas ne les estima presque rien en comparaison du présent que lui fit Othon, du bras de saint Vite, que l'on avait apporté de France à l'abbaye de Corvey ou Corbie, en Saxe, sous l'empereur Louis le Débonnaire, comme nous l'avons dit au 15 juin dans la vie du même saint Martyr, et de quelques ossements de saint Sigismond, roi de Bourgogne, auquel notre Saint portait une singulière vénération, parce qu'il était du même pays que ce prince, originaire de la nation des Vandales. Quand il fut de retour en Bohême, il fit bâtir à Prague une magnifique église dans laquelle il déposa le bras de saint Vite, en l'honneur duquel elle fut consacrée par un évêque que saint Wolfgang y envoya.
Telle fut la vie du prince jusqu'à son martyre, dont son frère Boleslas et Drahomire, sa mère, furent les auteurs, et que nous allons maintenant décrire. Nous avons remis jusqu'ici à parler de la cruauté que cette nouvelle Jézabel exerça contre Ludmille, sa belle-mère. Le crédit que cette sainte princesse avait auprès du duc, son petit-fils, et le zèle qu'elle faisait paraître pour la conservation et la propagation de la foi catholique, la faisant sécher de dépit, elle résolut de s'en défaire et de la faire mourir. L'exécution ne lui fut pas difficile. Ludmille connut par révélation sa mauvaise volonté ; mais, bien loin de s'en défendre, soit en redoublant ses gardes ou en se tenant toujours dans des lieux de sûreté, elle se prépara,
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par les sacrements de la Pénitence et de l'Eucharistie et par la distribution de tous ses biens aux pauvres, à recevoir ce coup qui devait lui mériter la couronne du martyre. Lorsqu'elle était dans sa chapelle, faisant son action de grâces après la communion, deux assassins, envoyés par Drahomire, y entrèrent et l'étranglèrent avec le voile dont sa tête était couverte. Ceci arriva presqu'au commencement du gouvernement de Wenceslas. Dieu ne laissa pas ce crime impuni, car les assassins moururent tous misérablement et laissèrent à leur postérité des marques visibles de leur infamie.
Le corps de la Sainte fut enterré à Prague, dans l'église de Saint-Georges; mais trois ans après, saint Wenceslas le fit transférer dans celle de Saint-Vite, qu'il venait de faire bâtir. On le trouva tout entier et sans corruption, et il sortit de son tombeau une odeur si agréable, qu'il était aisé de juger que l'âme qui avait logé dans ce corps était une des plus belles fleurs du jardin de l'Époux céleste. Un parricide si horrible ne put encore assouvir la rage de Drahomire et de Boleslas; la mère en voulait à son fils, le frère en voulait à son frère. Pour l'assassiner plus sûrement, ils saisirent l'occasion suivante: Boleslas fit une réjouissance publique pour la naissance d'un fils; il y invita les plus grands seigneurs de Bohême, et il pria aussi le duc, son frère, d'honorer le festin et la compagnie de sa présence. Le Saint connaissait assez leur malice et leur cruauté; toutefois, il ne voulut pas manquer de s'y trouver, afin que, leur donnant cette marque d'amitié, il pût amollir la dureté de leur cœur. Mais, comme il avait sujet de se défier d'eux, il s'y prépara de même que s'il eût été au martyre. Après s'être confessé et avoir reçu la sainte Eucharistie, il se rendit à Boleslaw, où se faisait cette fête; il leur donna tous les témoignages possibles de sa tendresse et de sa bienveillance. À la fin du repas, il se retira à l'église pour y faire sa prière, selon sa coutume. Ce fut alors que la cruelle Drahomire, qui n'avait pu trouver l'occasion d'exécuter son détestable dessein, sollicita puissamment Boleslas de s'y transporter pour lui ôter la vie. En effet, il y alla en diligence, et, trouvant le duc en oraison et hors de défense, il lui donna deux coups d'épée dont il tomba mort sur la place: ce fut le 28 septembre vers l'an 936. Son sang jaillit contre la muraille, où le Bréviaire romain dit qu'on le voit encore. À la même heure, le roi de Danemark en eut une révélation et une forte inspiration de l'honorer comme un martyr: ce qu'il fit en fondant une église sous le nom de Saint-Wenceslas, où Dieu a opéré plusieurs miracles pour relever la gloire de son serviteur. On tient qu'il avait conservé toute sa vie son innocence et la fleur de sa virginité.
Sa mort fut suivie d'une horrible persécution contre les chrétiens; car le fratricide Boleslas en fit mourir un grand nombre, sous prétexte qu'étant dans les intérêts du défunt, ils pourraient manquer de fidélité à son service. Il persécuta particulièrement les prêtres, porté à cela par les conseils de la cruelle Drahomire, sa mère, qui avait résolu d'exterminer entièrement la religion chrétienne. Mais cette méchante femme ne demeura pas longtemps sans recevoir le juste châtiment de sa perfidie: car, un jour qu'elle passait dans un lieu où les ossements des martyrs qu'elle avait sacrifiés à sa fureur, et qu'elle avait fait priver de sépulture, étaient dispersés çà et là, la terre s'ouvrit et elle fut engloutie toute vivante dans les enfers avec sa voiture et tous ceux qui étaient dedans et dessus, excepté le cocher qui, étant descendu au son de la cloche pour adorer le Saint-Sacrement qui passait, fut préservé de ce malheur. Ce terrible exemple devait faire rentrer Boleslas en lui-même; mais bien loin d'en profiter, il continua ses
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crnautés; enfin il fut forcé par l'empereur Othon de rappeler les prêtres bannis et de rétablir la religion chrétienne dans ses États.
On le représente : 1° assistant au baptême d'un enfant qu'un prêtre plonge dans l'eau ; 2° massacré par son frère, en haine de sa vertu ; 3° à cheval ; au-dessus de sa tête un ange qui tient une couronne ; 4° debout, armé de pied en cap, tenant une épée et la main appuyée sur un écu où est une espèce de lion ou léopard.
## CULTE ET RELIQUES.
Boleslas, ne pouvant souffrir le récit des miracles que Dieu opérait tous les jours à son tombeau, envoya lever son corps pour le porter secrètement à Prague, dans l'église de Saint-Vite, afin que les miracles qu'il ferait fussent plutôt attribués au pouvoir de cet ancien Martyr qu'à ses mérites. Mais, en voulant obscurcir la gloire de son frère, il servit à l'augmenter admirablement ; car les chevaux qui traînaient le chariot où était cette précieuse relique, conduisant plutôt le cocher que le cocher ne les conduisait, au lieu de passer sur les ponts des deux rivières débordées, les passèrent par-dessus l'eau qui ne mouilla que leurs pieds. Étant arrivés à Prague, avant d'aller à la porte de l'église, ils s'arrêtèrent à la porte de la prison, sans qu'il fût possible de les en faire partir avant qu'il ne fût grand jour et qu'on n'en eût fait sortir tous les prisonniers. Ainsi, quand le corps fut dans l'église, tout le monde vint le voir ; le cercueil ayant été ouvert, il se trouva aussi entier que le jour de son enterrement, fait trois ans auparavant, et sans qu'il y parât aucune plaie. Il lui manquait seulement une oreille que Primislave, sœur du Saint, avait trouvée à la porte de l'église où il avait été assassiné. Elle l'avait gardée très-soigneusement ; mais, ayant appris ce qui se passait, elle la renvoya ; on ne l'en pas plus tôt mise à sa place, qu'elle se rejoignit à sa tête comme si elle n'en eût jamais été séparée.
Sa fête est marquée dans les martyrologes au 28 septembre, jour de sa mort. Le pape Clément X, sur les instances de l'empereur Léopold, permit par un bref du 26 juillet 1670 d'en faire l'office semi-double dans toute l'Église, mais sans obligation expresse. La fête de sa translation est marquée dans quelques martyrologes au 4 mars.
Acta Sanctorum; Histoire de Bohême, par Jean Dubraw, évêque d'Olmatz en Moravie ; Zneas Sylvius ; Dalilet.
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## SAINT ISMÉON OU ISMIDON DE SASSENAGE,
ÉVÊQUE DE L'ANCIEN SIÈGE DE DIE, DIOCÈSE DE VALENCE.
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de le voir chaque jour grandir en âge et en sagesse, et signaler de plus en plus dans ses goûts, ses mœurs et sa conduite, les inclinations qui préparent d'ordinaire les jeunes gens à de hautes destinées.
Heureux et fier en quelque sorte de ce consolant début, et ne doutant point que son neveu ne fût appelé à l'état ecclésiastique, Bérenger l'envoya à Valence, afin qu'il pût, sous la direction de maîtres habiles, développer son goût pour l'étude et se former surtout à la science des Saints, pour laquelle le jeune Ismidon éprouvait un attrait particulier. Des progrès étonnants le rendirent bientôt l'objet de l'admiration de ses condisciples, et quoique bien jeune encore, il fut jugé digne de recevoir la tonsure cléricale. Cette faveur inespérée accrut son amour pour l'étude et donna à son zèle pour la perfection un élan si généreux, qu'on le vit dès lors, comme le juste des Livres saints, aller de vertu en vertu ; son élévation au sacerdoce fut bientôt la récompense de sa piété, et à peine eut-il reçu les saints Ordres, qu'il fut pourvu d'un canonicat dans l'église métropolitaine de Lyon.
Les chanoines de cette église suivaient alors une règle austère et formaient une communauté de véritables religieux. Ismidon trouva parmi eux des modèles de perfection, qu'il se fit un devoir d'imiter, et qu'il surpassa bientôt par son angélique ferveur. Ses talents, ses vertus, sa sainteté ne tardèrent pas d'attirer sur lui les regards et l'admiration du peuple et du clergé lyonnais ; sa réputation s'étendit au loin ; mais en signalant partout son mérite, elle hâta le moment qui devait l'arracher à la vie solitaire du cloître. Il y avait alors sur le siège de Die un prélat vénéré nommé Bernard, ancien prieur de la chartreuse de Portes, à qui sa vieillesse et ses grandes infirmités ne permettaient pas de porter plus longtemps le fardeau de la sollicitude pastorale. Bernard avait besoin d'un coadjuteur. Il jeta les yeux sur le jeune chanoine, dont il avait entendu maintes fois louer le zèle et l'éminente piété. Le clergé de Die, informé de cet heureux choix, en témoigna la plus vive satisfaction, et le peuple bénit hautement le ciel qui l'avait inspiré. Toutes les voix s'étant réunies de la sorte en faveur d'Ismidon, on s'empressa de lui en donner avis. En vain parut-il attristé de cette nouvelle ; en vain s'efforça-t-il d'éloigner de sa personne un honneur dont il ne se croyait pas digne, on n'eut aucun égard aux alarmes de son humilité ; l'évêque mit tout en œuvre pour vaincre sa résistance ; le peuple joignit ses prières à celles du prélat, et peu de temps après, c'est-à-dire vers l'an 1099, Ismidon consentit enfin à recevoir la consécration épiscopale, et se dirigea vers Die, où il entra aux applaudissements de la ville tout entière.
Le saint vieillard qui l'avait choisi pour coadjuteur fut si consolé de sa présence, si émerveillé de ses vertus, qu'il ne songea plus qu'à se préparer à la mort. Dieu, en effet, l'appela vers lui avant qu'il eût pu apprécier à sa juste valeur le trésor dont il venait d'enrichir son Église. Ismidon le pleura comme un père, et fut aussitôt porté sur le siège épiscopal, qu'il devait illustrer par vingt ans de travaux et de prodiges.
Bientôt on vit se réaliser les espérances qu'on avait conçues de sa haute sagesse et de son incomparable piété. Jamais prélat n'eut pour ses ouailles plus de sollicitude et d'amour ; c'était plus qu'un pasteur, disent les historiens de son temps, c'était le meilleur des pères. Sa foi, sa modestie, sa patience, sa douceur ravissaient tout le monde ; son dévouement opérait des merveilles ; ses exemples et ses discours touchaient les cœurs avec tant d'efficacité, que bientôt la ville et le diocèse de Die eurent changé de face. Aussi le troupeau d'Ismidon l'affectionnait-il tendrement : il eût été difficile
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de trouver en ce temps-là, dans l’Église des Gaules, un peuple plus dévoué à son évêque, plus docile à sa voix, plus fidèle imitateur de toutes ses vertus. Les travaux et les vertus de ce bienheureux évêque excitaient l’admiration non-seulement de son troupeau, mais encore de toutes les provinces voisines, et l’on était partout si convaincu de sa sainteté, qu’on n’hésitait point à le mettre au premier rang parmi les prélats les plus distingués de son époque.
Il ne nous reste pourtant que quelques souvenirs du long épiscopat d’Ismidon. Les documents chargés de nous transmettre l’histoire de sa vie ont péri durant les troubles qui, au XVIe siècle, désolèrent son Église.
Vers le temps où notre saint évêque fut élevé sur le siège de Die, la plupart des seigneurs, barons et chevaliers français avaient abandonné leurs châteaux et leurs familles pour aller guerroyer en Terre-Sainte. La croisade avait été résolue dans le fameux concile de Clermont, en 1095. Pierre l’Ermite et le pape Urbain II, par leur brûlante éloquence, avaient si bien électrisé notre valeureuse nation, que d’un bout de la France à l’autre on n’entendait plus retentir que ce cri de guerre : « Dieu le veut ! Dieu le veut ! » Le Dauphiné fournit à cette expédition des soldats nombreux et des chefs illustres. Adhémar, de l’ancienne et noble famille des seigneurs de Grignan, fut mis à leur tête, et se distingua tellement au siège d’Antioche, que tous les croisés lui attribuèrent la gloire de la prise de cette ville. Isoard, comte de Die, ne signala pas moins de valeur, dans cette mémorable affaire, en commandant le onzième bataillon de l’armée chrétienne, le jour du dernier combat qui assura la victoire aux croisés. Ces succès étaient en Occident l’unique préoccupation des esprits, tous les regards étaient tournés du côté de la Palestine.
Prêtres et évêques, seigneurs et vassaux, tout le monde ambitionnait l’honneur de s’enrôler sous l’étendard de la croix et d’aller combler les vides nombreux que la peste et le fer des ennemis avaient faits dans les rangs de l’armée chrétienne. Ismidon était encore jeune à cette époque ; il brûlait du désir, lui aussi, de marcher à la délivrance des saints Lieux, et dès lors il eût entrepris le voyage d’outre-mer, si ses parents ne se fussent opposés à l’exécution de son dessein. Il fut donc contraint d’obéir, et ajourna son projet ; mais la prise d’Antioche, et surtout celle de Jérusalem, qui eut lieu l’année même de son sacre, excitèrent en lui de nouveau un désir si violent de prendre la croix et d’aller visiter le saint sépulcre, qu’il regretta presque d’avoir accepté la conduite d’une Église qui réclamait impérieusement sa présence au milieu d’elle. Il pourvut donc en toute hâte aux besoins de son troupeau ; et dès qu’il se fut assuré que rien dans son diocèse ne souffrirait de son absence, il s’éloigna de Die et se dirigea vers la Palestine, où il arriva heureusement, malgré les fatigues et les dangers d’un si long pèlerinage.
Il est facile de se représenter le bonheur qu’éprouva notre saint évêque, lorsqu’il vit enfin des lieux illustrés par tant de prodiges ; lorsque, conduit sans doute par le seigneur Isoard, son noble diocésain, il visita le tombeau de Jésus-Christ, dont la délivrance avait coûté si cher aux croisés ; lorsque, parcourant les divers bourgs de la Palestine, il rencontrait à chaque pas tant de monuments religieux dont la vue rappelait une foule de souvenirs, tous si propres à toucher le cœur d’un évêque et à consoler sa foi.
Ismidon profita de son séjour dans les saints Lieux, non pour cueillir des lauriers à la suite de l’armée chrétienne, mais pour chercher des trésors qui, à ses yeux, étaient d’un prix inestimable. Il obtint une grande quantité
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de reliques, dont il enrichit plus tard son église cathédrale, et en l'honneur desquelles il établit une fête solennelle, que l'on célébrait autrefois à Die le 7 du mois de septembre.
Le retour du bienheureux évêque au sein de son troupeau fut un véritable triomphe, tant on avait craint de le perdre, tant son absence avait causé d'alarmes et de regrets. À dater de ce jour, son zèle et son dévouement paternel ne connurent plus de bornes; sa vie ne fut plus qu'un enchaînement continuel de travaux, de prières et de miracles. Instruire son peuple toujours si avide de l'entendre, catéchiser les enfants et les ignorants, consoler et secourir les pauvres, visiter les monastères, pourvoir aux besoins de toutes les paroisses, exciter le zèle des pasteurs, se faire, en un mot, tout à tous pour gagner ses ouailles à Jésus-Christ, telle fut, pendant vingt ans, la conduite de saint Ismidon: aussi Dieu se plut-il maintes fois à manifester la sainteté de son serviteur par de nombreux prodiges. Un jour, un loup furieux étant descendu des montagnes au milieu desquelles se trouve la ville de Die, un enfant se rencontra sur son passage et allait en devenir la proie; déjà même le cruel animal s'en était emparé, lorsque Ismidon l'ayant vu, se mit en prières et bénit le malheureux enfant. Soudain le loup frappé de terreur prend la fuite, le laissant par terre sans lui avoir fait la moindre blessure. Une autre fois, un assassin ayant pénétré furtivement dans le palais épiscopal, Ismidon vint tranquillement à sa rencontre, et se présentant devant lui, il le voit tomber à la renverse frappé de mort subite. Enfin, le tombeau lui-même obéit au saint prélat, car on assure qu'il ressuscita deux morts que l'on avait déjà ensevelis, et dont on a conservé longtemps les suaires dans son église cathédrale, comme deux reliques précieuses.
Une vie si pleine de merveilles et de bonnes œuvres devait être couronnée par une sainte mort. Ismidon mourut, en effet, de la mort des justes, l'an 1120, au milieu des larmes de son peuple qui, dès lors, l'honora d'un culte public justifié bientôt par de nouveaux miracles; car, peu de jours après, un cadavre ayant été descendu dans le tombeau de notre Saint, y recouvra la vie par un prodige semblable à celui qui s'opéra au sépulcre du prophète Élisée. Une église fut bâtie en l'honneur de saint Ismidon, et l'on y conserva son corps précieusement jusqu'à l'année 1567, époque de sinistre mémoire, où la ville de Die fut saccagée par les Huguenots. Ces vandales ruinèrent l'église dédiée au saint Évêque, brûlèrent ses reliques et en jetèrent les cendres au vent. Celles de saint Étienne, l'un des successeurs d'Ismidon, eurent le même sort; mais cet acte de folle impiété n'effaça point du cœur des Diois le souvenir des bienfaits et des vertus de leurs saints Pontifes. Leur fête se célèbre encore chaque année dans leur église cathédrale, et la ville qui eut le bonheur de les posséder autrefois pour pasteurs, les regarde encore aujourd'hui comme ses patrons, et les invoquera toujours comme les plus puissants intercesseurs qu'elle ait auprès de Dieu.
Extrait de l'Histoire hagiologique du diocèse de Valence, par M. l'abbé Nudal. — Cf. Colombi, De rebus gestis episc. Diensium.
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Événements marquants
- Succession à son père sur le trône de Bohême
- Guerre contre Radislas, prince de Gurime, résolue par un miracle
- Participation à la diète de Worms sous l'empereur Othon Ier
- Érection du duché de Bohême en royaume par l'empereur
- Fondation de l'église Saint-Vite à Prague
- Assassinat par son frère Boleslas à l'entrée d'une église
Miracles
- Apparition de deux anges et d'une voix céleste lors du duel contre Radislas
- Escorte par deux anges et une croix d'or devant l'empereur Othon Ier
- Chevaux traversant une rivière sur l'eau lors du transfert de ses reliques
- Guérison miraculeuse de l'oreille coupée de son cadavre
Citations
Ne le frappe pas