Saint Morand d'Altkirch

Prieur d'Altkirch

Fête : 3 juin 13ᵉ siècle • saint

Résumé

Moine de Cluny envoyé en Alsace par saint Hugues, Morand devint le prieur d'Altkirch où il prêcha en français et en allemand. Célèbre pour ses miracles, notamment la guérison du comte de Ferrette et l'extinction d'un incendie, il est le saint patron des vignerons du Sundgau. Sa dévotion à la Vierge Marie a marqué les sanctuaires de Gildwiller et d'Altkirch.

Biographie

SAINT MORAND, PRIEUR D'ALTKIRCH EN ALSACE (XIIIe siècle).

Morand naquit en Allemagne, près de Worms, de parents pieux, non moins que nobles et riches. Il fit ses études chez les religieux de Worms, et fit de rapides progrès dans les lettres. Plein de mépris pour le monde, et n'aspirant qu'à la perfection chrétienne, il partit pour Cluny afin de se mettre sous la discipline de l'abbé saint Hugues. En peu de temps, il devint un religieux accompli.

SAINT MORAND, PRIEUR D'ALTKIRCH EN ALSACE. 439

Frédéric, comte de Ferrette, ayant demandé à l'abbé de Cluny des religieux pour desservir l'église d'Altkirch, que ses ancêtres avaient fondée, et pour y établir un institut monastique, saint Hugues ne fit aucune difficulté d'en accorder; mais ceux qu'il envoya d'abord, ne sachant pas la langue du pays, ne produisaient pas tous les fruits de salut qu'on aurait pu attendre; c'est pourquoi il délégua Morand, également instruit de la langue française et de la langue allemande. Il fut à peine à Altkirch, que, par sa parole comme par ses exemples, il porta un grand nombre d'hommes à une vie plus sainte. Il fit des miracles pendant sa vie et après sa mort.

Il éteignit d'un signe de croix un incendie qui avait pris au monastère; il guérit le comte Frédéric d'une paralysie; il rendit la santé à Udalric, fermier du monastère, lequel était malade de la fièvre quarte. Deux femmes étaient tourmentées par des démons : il offrit pour elles le saint sacrifice de la messe, fit les exorcismes, et les délivra de toute peine. Il mourut épuisé de vieillesse, et depuis il secourut efficacement beaucoup de malades et de possédés qui visitaient son tombeau. Tous ces miracles ayant été prouvés par des témoins, l'évêque de Bâle obtint du Pape que Morand fût mis au nombre des Saints.

Saint Morand était très-dévot à la sainte Vierge, et son souvenir se rattache à deux sanctuaires de Marie aujourd'hui encore debout en Alsace : Notre-Dame des Sept Douleurs à Gildwiller dans le canton de Dansemarie; et Notre-Dame d'Altkirch.

Notre-Dame des Sept Douleurs à Gildwiller passe pour le plus ancien pèlerinage de l'Alsace. Au dire de la tradition, la hauteur boisée où est située cette chapelle servait primitivement aux assemblées druidiques; et en y honorait, comme à Chartres, la Vierge qui devait enfanter. Les premiers apôtres de l'Alsace, profitant de cette notion chrétienne, y établirent le culte de Marie; des grâces signalées y furent obtenues, et il s'y forma ainsi un pèlerinage très-fréquenté dès les premiers siècles de notre ère. Il le fut bien plus encore à partir de la seconde moitié du onzième siècle, alors qu'on vit saint Morand, abbé d'Altkirch, animé d'une tendre dévotion pour Notre-Dame des Sept Douleurs, s'y rendre tous les vendredis en pèlerinage. À quelques pas de l'église, jaillit une source qu'on appelle encore la petite fontaine de saint Morand, parce que là, dit-on, après avoir satisfait sa dévotion à Gildwiller, il se reposait et mangeait son pain avant de retourner à son monastère. Les vendredis, surtout pendant le Carême, sont les jours où les fidèles viennent plus nombreux à Gildwiller, et le vendredi de la Passion, ils en célèbrent la fête patronale.

Notre-Dame d'Altkirch, bâtie au milieu du XIIIe siècle sous le vocable de l'Assomption par saint Morand lui-même, est le sanctuaire principal de ce canton.

A peine l'édifice fut-il achevé, qu'on y vint en grand nombre de la cité et des environs; et les fêtes de la Vierge y furent célébrées avec une solennité spéciale. En 1280, il s'y fonda une confrérie de la sainte Vierge, où se fit aussitôt inscrire une quantité de communes, de hauts et puissants seigneurs, de magistrats et de bourgeois.

Vers la fin du quatorzième siècle, un fait miraculeux, que constatent des documents authentiques et contemporains, vint encore accroître le concours et la confiance. Selon le récit des Bollandistes, une bande des quarante mille aventuriers, si tristement connus dans l'histoire sous le nom des grandes compagnies ou des Malandrins, était entrée, à la faveur d'une nuit obscure, dans la ville d'Altkirch, pour la piller et la livrer aux flammes, lorsque Marie leur apparaît éblouissante de lumière, auprès de l'église qui lui est consacrée. À cette vue, la horde ennemie, saisie de terreur, prend la fuite, et Altkirch est sauvée. Si, au milieu du seizième siècle, les bandes hérétiques soulevées par la prédication furibonde de Luther vinrent piller à leur tour cette église avec le couvent, et assassiner les religieux, les pèlerins ne cessèrent pas de venir prier et pleurer sur les ruines. Ces ruines elles-mêmes se relevèrent glorieuses en 1620, grâce à la compagnie de Jésus, à laquelle l'archiduc Léopold céda le prieuré de Saint-Morand. Les fils de saint Ignace reconstruisirent la maison dans de plus vastes proportions, et élevèrent à l'intérieur une élégante chapelle, à la place où, selon la tradition, saint Morand était mort. Par leurs prédications comme par leurs écrits, ils réveillèrent la foi dans tout le pays, les fidèles revinrent au pèlerinage comme aux plus beaux jours des temps anciens, et Notre-Dame d'Altkirch recouvra toute sa splendeur.

Pendant la tourmente révolutionnaire, l'église fut fermée; on la rouvrit dès que l'ordre fut rétabli; et depuis lors, le nombre des pèlerins y est toujours considérable, surtout le 3 juin,

4 JUIN.

les vendredis de Carême, et ses vendredis après la semaine des Quatre-Temps, auxquels le Saint-Siège a attaché une indulgence plénière, pourvu qu'on y fasse la communion.

Saint Morand est le patron des vignerons dans le Suadgau. Pour expliquer ce patronage, une vieille biographie populaire prétend que le Saint passa tout un Carême sans autre nourriture qu'une grappe de raisin.

Quoi qu'il en soit, on le représente exprimant le jus de ce fruit dans un tonneau.

Propre de Strasbourg. — Cf. Notre-Dame de France.

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Événements marquants

  • Études chez les religieux de Worms
  • Entrée à l'abbaye de Cluny sous saint Hugues
  • Mission à Altkirch pour desservir l'église et établir un institut monastique
  • Construction du sanctuaire de Notre-Dame d'Altkirch
  • Mort épuisé de vieillesse

Miracles

  • Extinction d'un incendie par un signe de croix
  • Guérison de la paralysie du comte Frédéric
  • Guérison de la fièvre quarte d'Udalric
  • Exorcisme de deux femmes possédées
  • Survie d'un Carême entier avec pour seule nourriture une grappe de raisin