Sainte Grimonie

Vierge et Martyre

Fête : 7 septembre 4ᵉ siècle • sainte

Résumé

Princesse d'Irlande convertie secrètement au christianisme, Grimonie s'enfuit en Gaule pour échapper à un mariage païen. Elle vécut en ermite dans la forêt de Thiérache avant d'être retrouvée et décapitée par les soldats de son père au début du IVe siècle. Ses reliques, sources de nombreux miracles, sont honorées à La Capelle et Lesquielles.

Biographie

SAINTE GRIMONIE,

VIERGE ET MARTYRE À LA CAPELLE, DIOCÈSE DE SOISSONS

XVIe siècle.

La force des justes consiste à vaincre la chair, à étouffer les voluptés de la vie présente.

*Le Vénérable Bède.*

Grimonie, née en Hibernie (Irlande), était fille du roi du pays. Sa famille était encore attachée au culte des idoles ; par une grâce toute spéciale, Grimonie eut le bonheur d'être instruite des vérités du christianisme et fut baptisée à l'âge de douze ans, à l'insu de ses parents. Elle se sentit dès ce moment décidée à servir uniquement Notre-Seigneur Jésus-Christ et à lui consacrer sa virginité. Elle employait le plus de temps qu'elle pouvait à la prière et à la méditation, et s'exerçait aux jeûnes et à toutes sortes de mortifications.

Quand elle fut en âge d'être mariée, son père voulut l'unir à un des plus nobles et des plus riches gentilshommes du pays, et déjà il faisait faire les préparatifs de la cérémonie, lorsqu'on vint lui annoncer que la jeune fille n'était plus dans son appartement et que sans doute elle avait pris la fuite. Après bien des recherches, on la trouva à genoux dans un lieu solitaire et on la ramena à la maison paternelle. « Pourquoi avez-vous fui ? » lui demanda le père irrité. « C'est que j'ai choisi un autre époux, Jésus-Christ mon Sauveur et mon Dieu ; je l'aime de tout mon cœur et je veux lui rester fidèle jusqu'à la mort ». À ces mots, le père entre en fureur et ordonne qu'on la renferme dans une prison obscure, pour expier l'injure qu'elle faisait à lui-même, à son fiancé et à ses dieux.

Cette prison fut pour la jeune vierge comme un temple où elle passait ses journées à prier, toute disposée à souffrir toutes sortes de tourments pour témoigner à son Dieu sa fidélité. Ce fut inutilement que sa mère vint la supplier d'obéir à la volonté de son père. Le Seigneur ne devait pas délaisser cette fidèle épouse ; il envoya un de ses anges pour la délivrer : « Levez-vous, Grimonie », lui dit l'ange, « les portes de votre cachot sont ouvertes, sortez au plus vite et dirigez-vous vers la mer ». La vierge s'enfuit en effet, sous la conduite et la protection de Dieu ; elle trouva un navire tout prêt à mettre à la voile, elle y monta et le vaisseau partit. Pendant la traversée, il s'éleva une furieuse tempête, et l'on croyait le naufrage inévitable, lorsque Grimonie se jeta à genoux ; levant alors les yeux et les bras vers le ciel, elle conjura le Seigneur d'avoir pitié de tout l'équipage. Sa prière fut exaucée, les flots s'apaisèrent et le vaisseau put débarquer la jeune vierge dans la Gaule-Belgique, où l'empereur Valentinien protégeait les catholiques. Tout le désir de Grimonie était de passer le reste de ses jours dans la solitude, et de renoncer à tout commerce avec les hommes. Dans ce dessein, elle s'enfonça dans les forêts de la Thiérache (*Therascia*) jusqu'à un endroit nommé *Dorumum* (c'est aujourd'hui le bourg de La Capelle). Là, toutes ses journées et une partie de ses nuits étaient partagées entre la prière, les pieuses méditations et les exercices de la pénitence. Des racines et des fruits sauvages étaient toute sa nourriture. L'eau limpide d'un ruisseau suffisait pour la désaltérer. Dieu se plaisait à la combler de toutes sortes de consolations spirituelles. La contemplation des œuvres de la création lui causait de fréquents ravissements et lui faisait apprécier davantage le bonheur d'être soustraite aux dangers de la maison paternelle.

Cependant les parents de Grimonie n'étaient pas restés en repos après sa fuite. Ils avaient envoyé des soldats à sa recherche, avec ordre de la ramener vivante ou morte. Leurs perquisitions furent longtemps sans résultat. Ils apprirent enfin qu'une jeune fille errante avait profité du départ d'un navire pour gagner le continent; ils s'embarquèrent aussitôt, et à force de courses et d'informations, ils apprirent qu'une jeune étrangère nouvellement arrivée était déjà en grande réputation de vertu, et qu'elle vivait seule au milieu de la forêt voisine.

Les soldats parcoururent la forêt et se trouvèrent tout à coup devant celle qu'ils cherchaient. Leur vue n'effraya pas Grimonie, mais elle se douta de leur dessein. Ils firent tous leurs efforts pour la déterminer à les accompagner et à retourner dans leur pays où des noces splendides l'attendaient. Grimonie ne se laissa pas éblouir par leurs promesses, elle leur parla du bonheur dont elle jouissait dans cette solitude, en servant Notre-Seigneur Jésus-Christ, le divin Époux de son cœur; enfin elle protesta avec fermeté que rien au monde ne pourrait l'arracher de ces lieux. Les barbares, voyant que leurs efforts étaient inutiles et que Grimonie ne consentirait jamais à renier Jésus-Christ pour adorer leurs dieux, se jetèrent sur elle et lui tranchèrent la tête. Après avoir caché le corps de la Sainte sous un amas de terre, ils reprirent le chemin de l'Hibernie. On pense que ce martyre coïncide avec les premières années du IVe siècle.

## CULTE ET RELIQUES.

L'endroit précis où reposait le corps de sainte Grimonie resta longtemps ignoré. Voici comment la tradition constante du pays rapporte la découverte de ce précieux trésor. Une clarté mystérieuse apparaissait de temps en temps en un certain lieu de la forêt. Un jour où elle parut encore plus brillante que de coutume, les habitants se rassemblèrent et creusèrent la terre à l'endroit même d'où partait la lumière, et ils trouvèrent un corps parfaitement conservé; ils ne doutèrent pas que ce ne fût celui de la vierge martyrisée dont leur avaient parlé leurs pères. Des miracles s'opérèrent, des malades recouvrèrent la santé en priant devant ces précieuses reliques. La reconnaissance du peuple le porta à bâtir une petite chapelle sur son tombeau. Bientôt on y accourut de toutes parts pour implorer l'assistance de sainte Grimonie. Des maisons s'élevèrent autour de ce sanctuaire; et, le nombre des pèlerins augmentant toujours, il se forma le village de La Capelle qui fut dans la suite érigé en bourg par le roi François Ier. Une belle église remplaça peu après l'oratoire primitif et on y déposa avec honneur les reliques de la Sainte.

Dans une des guerres dont la Thiérache fut le théâtre, La Capelle fut livrée aux flammes. Quelques habitants se montrèrent plus empressés de sauver les reliques de leur patronne, que de protéger leurs propres maisons; ils coururent aussitôt à l'église, enlevèrent rapidement la chasse de sainte Grimonie et la transportèrent à un village situé à quatre lieues plus loin, appelé Lesquielles, et où l'on conservait déjà des reliques de sainte Preuve. Lesquielles était alors un poste important et avait un château fort. Son église, dédiée à saint Jean-Baptiste, était desservie par douze prêtres. (L'anniversaire de cette translation se célèbre encore aujourd'hui à Lesquielles avec la plus grande solennité et au milieu d'un grand concours de pieux pèlerins.)

Les guerres incessantes entre les seigneurs de ces contrées obligèrent les habitants à cacher dans la terre leur précieux trésor. Il y resta longtemps, jusqu'à ce qu'il plût à la Bonté divine de réveiller la foi et la confiance des fidèles par de nombreux miracles opérés par l'invocation de sainte Grimonie et de sainte Preuve. Anselme de Magny, qui occupa le siège épiscopal de Lyon de 1215 à 1238, voulut vérifier par lui-même ce qui se passait à Lesquielles; il s'y transporta le 7 septembre 1231, leva de terre les corps des deux Saintes, en fit la vérification en présence de témoins

SAINTE GRIMONIE, VIERGE ET MARTYRE À LA CAPELLE. 545

et les exposa à la vénération des fidèles. On possède encore l'original du procès-verbal d'Anselme, et parmi les signatures se trouve celle d'un nommé Jean Lequeux, un des échevins du pays.

Une nouvelle reconnaissance et exposition des reliques eut lieu le mardi de la Pentecôte de l'année 1389 par Philippe de Grumelly, doyen de la chrétienté de Guise et curé de Lesquielles. En 1535, les reliques de sainte Grimonie et de sainte Preuve furent, avec l'autorisation de l'évêque de Laon, Louis Bourbon de Vendôme, mises dans de nouvelles châsses par Pierre Albain, abbé du monastère de Bohéries.

Pendant la guerre de François Ier avec les impériaux, le prieuré de Lesquielles fut livré aux flammes par le comte de Nassau et Adrien de Croï, comte de Rieux et gouverneur des Flandres et de l'Artois.

Ce dernier s'empara des reliques de sainte Grimonie et de sainte Preuve, les fit vérifier par Baudouin de Mol, abbé de Bohéries, et en fit présent, en 1540, aux chanoines réguliers de Saint-Augustin de l'abbaye de Notre-Dame de Hénin-Liétard, au diocèse d'Arras. Elles y sont restées enveloppées séparément et scellées dans des morceaux de soie jusqu'en 1638, époque à laquelle Robert de Mallobranche, abbé du monastère, en fit faire la reconnaissance, et retrouva tous les anciens procès-verbaux qui en constataient l'authenticité. En 1639, il déposa les ossements sacrés dans quatre châsses. En 1748, l'abbé de Hénin-Liétard, nommé Desjardins, ouvrit les châsses, avec l'autorisation de Mgr Baglion de la Salle, évêque d'Arras, et en retira un os de sainte Grimonie et un autre os de sainte Preuve, les mit dans deux boîtes scellées et cachetées pour être présentées à l'évêque de Laon, qui les fit rendre à l'église de Lesquielles. La reconnaissance en fut faite par l'autorité épiscopale en 1749. Au commencement de la Révolution française, des personnes pieuses et intelligentes, prévoyant la profanation dont ces saintes reliques pourraient être l'objet, retirèrent secrètement de la châsse les procès-verbaux et les ossements sacrés, après leur avoir substitué des ossements communs. Lorsque, en 1795, le libre exercice de tous les cultes eut été proclamé par le gouvernement républicain, les habitants de Lesquielles firent construire deux châsses, et le 30 avril de la même année, les vraies reliques de sainte Grimonie et de sainte Preuve y furent déposées. Le 24 avril 1803, Mgr Leblanc de Beaulieu les vérifia et en reconnut l'authenticité. On rapporte que plusieurs guérisons ont été récemment obtenues par l'invocation de ces saintes Vierges martyres. Trois fêtes solennelles sont célébrées chaque année à Lesquielles : le 20 avril, anniversaire du martyre ; le mardi de la Pentecôte, jour de la translation de ses reliques de La Capelle à Lesquielles ; la troisième, le 7 septembre, en mémoire de l'élévation de son corps par l'évêque Anselme. La portion des reliques des deux Saintes qui étaient restées en 1748 en la possession de l'abbaye de Hénin-Liétard eut été également sauvée de la profanation, à l'époque de la Révolution française ; depuis la restauration du culte, elles reposent dans deux beaux reliquaires placés sous le maître autel de l'église paroissiale de Hénin-Liétard (Pas-de-Calais).

Dans la distribution des ossements de sainte Grimonie et de sainte Preuve, que fit en 1748 le R. P. Desjardins, abbé du monastère de Hénin-Liétard, il en offrit une portion à l'évêque d'Arras, qui était en même temps abbé commendataire de l'abbaye de Saint-Vincent de Laon. Sur les instances des religieux, le prélat consentit à leur faire présent d'un tibia de sainte Preuve et d'un péroné de sainte Grimonie. En 1755, les moines à leur tour consentirent à se dessaisir d'une partie de ce péroné, en faveur de La Capelle. La portion du péroné de sainte Grimonie qu'avaient gardée les moines de Saint-Vincent appartient aujourd'hui à Saint-Martin de Laon. Cette relique est enveloppée dans un parchemin double qui n'est autre que l'authentique donnée par Mgr de Rochechouart, évêque de Laon de 1741 à 1777. La pièce est datée de 1750. L'autre portion du péroné, donnée en 1755 à La Capelle, a été en 1793 sauvée de la profanation révolutionnaire, puis reconnue et vérifiée en 1804 par M. Roger, curé-doyen de La Capelle, et depuis par Mgr Leblanc de Beaulieu. Le pèlerinage de La Capelle eut assez fréquenté. On invoque sainte Grimonie pour la vue. La fontaine de la Sainte existe encore, et la chapelle qui la recouvre en partie a été construite en 1854.

Nous devons cette notice à l'obligeance de M. Henri Congnet, du chapitre de Soissons, qui l'a tirée des *Bollandistes*, du *Bréviaire de Laon* (1748), de l'*Histoire du diocèse de Laon* (1768), de l'*Histoire de Guise*, par l'abbé Pécheux, de l'*Histoire de la Sainte*, par l'abbé Lescot, et de *Procès-verbaux authentiques faits à diverses époques*.

VIES DES SAINTS. — TOME X. 55

7 SEPTEMBRE.

Événements marquants

  • Baptême secret à l'âge de douze ans
  • Fuite de la maison paternelle pour éviter un mariage forcé
  • Emprisonnement par son père et délivrance angélique
  • Traversée miraculeuse de la mer vers la Gaule-Belgique
  • Vie d'ermite dans les forêts de la Thiérache
  • Décapitation par les soldats envoyés par son père

Miracles

  • Délivrance de prison par un ange
  • Apaisement d'une tempête en mer par la prière
  • Apparition d'une clarté mystérieuse sur son tombeau
  • Incorruptibilité du corps lors de sa découverte
  • Guérisons diverses

Citations

J'ai choisi un autre époux, Jésus-Christ mon Sauveur et mon Dieu ; je l'aime de tout mon cœur et je veux lui rester fidèle jusqu'à la mort

— Paroles de la sainte à son père

Date de fête

7 septembre

Époque

4ᵉ siècle

Décès

Premières années du IVe siècle (martyre)

Catégories

Attributs iconographiques

Invoqué(e) pour

la vue

Prénoms dérivés

Grimonie

Famille

  • Inconnu (père (roi d'Hibernie))
  • Inconnu (mère)