Bienheureuse Lidwine de Schiedam

Vierge

Fête : 14 avril 15ᵉ siècle • bienheureuse

Résumé

Née en 1380 à Schiedam, Lidwine consacra sa vie à Dieu dès l'enfance. Suite à une chute sur la glace à quinze ans, elle resta alitée trente-huit ans, endurant des souffrances extrêmes qu'elle offrait pour la conversion des pécheurs et les âmes du purgatoire. Mystique favorisée de visions et de stigmates, elle est un modèle de patience dans la maladie.

Biographie

LA BIENHEUREUSE LIDWINE, VIERGE

Lorsque les flots de la tristesse submergeant votre cœur, au lieu de vous désespérer, cherchez promptement la miséricorde de Dieu, comme l'enfant affligé cherche le sein de sa mère.

Paroles de sainte Lidwine aux âmes affligées.

Lidwine naquit à Schiedam, dans le comté de Hollande, de parents nobles et vertueux, mais dépourvus des biens de la fortune. Son père s'appelait Pierre, et sa mère Pétronille ; ils eurent d'abord quatre fils de suite, puis la fille dont nous parlons ici, et, après elle, ils eurent encore quatre autres fils.

Lidwine vint au monde le dimanche des Rameaux de l'année 1380, tandis qu'on chantait à l'église la Passion de Notre-Seigneur Jésus-Christ : elle reçut le nom de Lidwine, nom vraiment prophétique par les deux syllabes qui le composent, Lid et Wyt ; il signifie souffrez amplement. Toute sa vie, en effet, ne fut qu'une souffrance continuelle : une maladie cruelle la tourmenta dès le berceau.

Avant sa naissance, il arriva un miracle en sa faveur : un marchand, qui avait apporté à Schiedam une statue en bois représentant la Sainte Vierge, pour l'aller vendre à Anvers, l'avait chargée dans un vaisseau pour la transporter ; le vaisseau demeura immobile, et la statue se fit si pesante, que vingt hommes des plus forts ne la pouvaient soulever ; tout le monde accourut pour voir ce miracle, et chacun conclut qu'il fallait laisser cette

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Vierge dans la ville. On pria le marchand d'y consentir ; et, après lui en avoir payé l'argent, on la plaça dans l'église de Saint-Jean-Baptiste, où, depuis, elle a été en grande vénération et l'un des objets de la dévotion de notre Lidwine.

A l'âge de sept ans, elle commença à consacrer son corps et son âme à Notre-Seigneur et à rejeter les divertissements de ses compagnes ; à douze ans, sa beauté était admirée de tout le monde, et son père, voulant la marier, elle l'en dissuada, l'assurant qu'elle ne prendrait jamais d'homme mortel pour époux, et que, s'il l'importunait davantage là-dessus, elle prierait son Époux céleste de la rendre assez laide pour que personne n'eût le courage de la regarder. Son père la laissa faire, et Dieu prit plaisir à l'éprouver par des peines et des maladies pour la proposer à son Église, comme un excellent miroir de patience et de persévérance en son amour.

A l'âge de quinze ans, une chute sur la glace lui brisa une côte : ce qui la réduisit à rester au lit pendant les trente-huit dernières années de sa vie. Elle ne put, durant dix-sept ans, remuer qu'un peu la tête et le bras gauche. Son estomac ne souffrait presque aucun aliment ; elle devint enfin si faible, qu'elle ne prit absolument rien : ce qui dura jusqu'à sa mort, c'est-à-dire dix-neuf ans. Nous épargnons au lecteur la description de maladies dont le nom seul fait frémir. Les plus effroyables semblaient s'être donné rendez-vous dans le corps de Lidwine, pour faire souffrir à chaque partie la douleur dont elle est capable. Ajoutez à cela qu'elle était privée de tout secours humain, presque abandonnée, quoique son corps exhalât une agréable odeur, malgré ses plaies. Dieu même lui refusa d'abord les consolations célestes, jusqu'à ce qu'elle eut appris à ne plus compter que sur lui seul. Mais depuis ce temps, elle trouva un grand soulagement à ses douleurs dans la méditation de la Passion de Jésus-Christ : ce qu'elle pratiquait jour et nuit. Comme on vit que le corps et le sang de Notre-Seigneur la fortifiaient aussi beaucoup, on lui permit de les recevoir tous les quinze jours, et, sur la fin de sa vie, quatre ou cinq fois par semaine. Son esprit acquérait ainsi de nouvelles forces, à mesure que ses infirmités croissaient ; et elle demandait quelquefois à Dieu de les augmenter. Un horrible fléau, une espèce de lèpre, ravageait la contrée : Lidwine pria son Époux céleste de délivrer ce pauvre pays, pour réunir sur elle toute sa colère. À l'instant, elle se sentit atteinte de la contagion et souffrit les douleurs les plus aiguës. Sa mère étant près de mourir, pria sa fille de la recommander à Dieu : notre Sainte ne se contenta pas de prier pour elle ; mais elle lui céda le mérite de toutes ses plaies, de toutes ses douleurs, de tous ses tourments, de toutes ses veilles et de tous les autres exercices de vertu qu'elle avait pratiqués depuis qu'elle était sur la terre. Ainsi Pétronille, enrichie des trésors de sa fille, fit une très-belle fin ; mais la Sainte, voyant qu'après avoir cédé son trésor à sa mère, elle était obligée de travailler de nouveau, ajouta la mortification à la maladie, et s'entoura d'une grosse ceinture de crin rude et piquant, qu'elle ne quitta point jusqu'à la mort.

Elle ne fit pas moins paraître sa charité envers les pauvres ; car sa mère lui ayant laissé quelques meubles, elle les vendit tous, et leur en donna l'argent. Elle distribuait aussi les aumônes que lui faisaient les personnes pieuses, entre autres, Jean, duc de Bavière, et Marguerite, comtesse de Hollande. C'était une chose digne d'admiration de voir une fille accablée de tous côtés de douleurs, s'oublier et se négliger elle-même ; et, d'ailleurs, être si soigneuse et si vigilante pour subvenir aux nécessités d'autrui. Son Époux céleste voulut faire connaître, par des miracles, combien ces libéralités

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lui étaient agréables. On lui avait donné un quartier de bœuf à distribuer aux pauvres ; elle le fit cuire et en fit part à trente familles, sans que la viande diminuât nullement. Elle donna un peu de vin à une femme épileptique, et le vase où il était se trouva rempli d'un vin exquis. Un de ses frères était mort chargé d'enfants et de dettes ; Lidwine, ayant des aumônes pour les acquitter, les mit dans une bourse, et dit à un de ses parents, appelé Nicolas, de prendre l'argent qu'il fallait pour payer les dettes de son frère. Il les paya des deniers de cette bourse, qui fut depuis nommée la Bourse de Dieu, et quoiqu'elle n'y eût mis que huit francs, il en resta, après le paiement, plus de quarante, qu'elle fit ensuite donner aux pauvres.

Son humilité et sa patience à souffrir les injures ne la rendaient pas moins admirable. Une de ses compagnes lui faisait mille reproches : on demanda à la Sainte pourquoi elle endurait toutes ces indignités ; elle répondit qu'elle le faisait pour trois raisons : 1° parce qu'elle espérait la corriger par sa patience ; 2° parce que ces persécutions l'aidaient à devenir vertueuse ; et 3° parce qu'elle appréhendait que ses réprimandes ne la fissent entrer dans de plus grands emportements et des violences qui fissent plus de tort à sa conscience. Elle avait l'esprit docile et très éloigné du murmure. Elle exhortait les âmes religieuses à l'obéissance et à la parfaite soumission d'esprit, parce que cette vertu, disait-elle, est très-agréable à Dieu : il s'est fait homme pour nous l'enseigner et s'est rendu lui-même obéissant jusqu'à la mort de la croix. Elle disait aussi que le lieu ne faisait pas toujours l'homme saint, parce que, quelque part qu'il aille, il se porte lui-même ; c'est pourquoi elle n'approuvait pas les changements de certains religieux, lorsque ces changements venaient de leur propre volonté. Elle exhortait les séculiers à la crainte de Dieu et à la fidélité à garder ses commandements et ceux de son Église. Elle était très-contente dans sa pauvreté et sa misère. On lui demanda si elle avait ce qui lui était nécessaire pour vivre. Elle répondit qu'elle en avait de reste ; mais, ceux qui savaient ses besoins lui répliquant qu'elle ne pouvait pas dire cela avec vérité : « Pardonnez-moi », dit-elle, « car celui qui se contente de ce qu'il a, en a toujours de reste ».

Cette grande consolation au milieu de tant de douleurs, et cette vie paisible parmi tant de morts si amères, procédaient d'une grâce céleste qui comblait son âme des douceurs de l'éternité. La présence et le secours continuel de son ange gardien, qui lui apparaissait souvent, ne contribuait pas peu non plus à bannir les angoisses de son cœur affligé. Elle disait que les plus horribles tourments lui étaient légers, et qu'elle ne les sentait plus dès qu'elle jouissait de la vue de cet esprit de lumière. Il lui révélait plusieurs choses secrètes, et lui prédisait celles qui étaient à venir. Il la transportait quelquefois en esprit à Jérusalem, pour lui faire voir et adorer les saints lieux consacrés par la Passion de Notre-Seigneur. D'autres fois, il lui faisait voir les peines des damnés et celles que les âmes du purgatoire endurent. Elle avait un sentiment particulier de dévotion pour ces dernières ; elle en a délivré plusieurs qui s'étaient recommandées à ses prières et qui l'ont remerciée depuis ; elle a souffert pour cela des tourments horribles.

D'autres anges lui apparaissaient aussi en forme humaine ; elle leur parlait, les appelait par leur nom et savait les personnes qu'ils avaient en leur garde. Elle fut même favorisée de la vue de son Époux céleste, qui lui apparut en personne pour lui imprimer ses plaies sacrées ; mais pour éviter la vanité et la réputation de Sainte, elle pria Notre-Seigneur de rendre ces stigmates invisibles : ce qui lui fut accordé. Cette insigne faveur lui arriva la dix-septième année de sa maladie.

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Une autre fois, son cher Époux lui présenta une couronne de fleurs qui n'était pas entièrement garnie, en lui disant : « Ma fille, il faut que cette guirlande soit bientôt achevée ». Quatre soldats vinrent un moment après, chez elle, l'injurièrent et lui firent même subir toutes sortes de mauvais traitements. Ainsi fut achevée la guirlande de fleurs. Quelques personnes entendant dire qu'elle était consolée par des faveurs célestes, lui en parlèrent. Elle fut obligée d'avouer que sa faible vie n'aurait pu se soutenir longtemps, si elle ne se fût nourrie des miettes qui tombaient de la table de son Seigneur.

Elle fut extrêmement touchée de la mort d'un de ses frères, et cette sensibilité lui fit perdre quelques consolations divines ; mais un saint ermite en ayant eu révélation, l'en avertit, et, depuis, elle supporta ce chagrin en se résignant davantage à la volonté de Dieu. Cela montre que Notre-Seigneur veut que ses serviteurs et ses servantes soient épurés des affections trop tendres de la nature, quoiqu'en elles-mêmes elles soient justes et que l'Écriture ne les condamne pas.

L'esprit divin, auquel elle était sans cesse unie, lui faisait connaître l'intérieur de ceux qui la visitaient. Elle lisait dans leur pensée et dans leur cœur, comme si elle en eût conduit les ressorts ; elle savait aussi les choses à venir, et en a fait des prédictions fort célèbres. Des vaisseaux étant prêts à faire voile, elle conseilla à un marinier, qui la visita sur le point de son embarquement, de ne point sortir du port ce jour-là, quelque instance que fissent les autres pour démarrer. Il obéit ; les autres se moquèrent de lui, lui reprochant qu'il laissait passer le bon temps, et se mirent en mer ; mais ils furent rencontrés par des pirates et dépouillés. Lui, ne sortant du port que le lendemain, prit sa route sans danger et revint chargé de richesses en sa maison. Elle déclara à une fille, qui se vantait d'être fort sage, qu'elle se conduisait mal. Elle découvrit à une femme d'illustre condition, des péchés énormes, dont elle était souillée : celle-ci les lui avoua avec larmes et s'en corrigea. Plusieurs la venaient trouver pour lui demander quelque remède à leurs maux. Un chanoine régulier l'avait suppliée de prier Dieu qu'il lui ôtât ce qui lui déplaçait le plus en lui, et ce qui empêchait son salut. Elle le fit, et il devint enroué et incapable de chanter, dès qu'elle eut achevé son oraison pour lui, parce qu'il avait une fort belle voix, qui lui donnait sujet de vanité quand il chantait : ne sachant pas d'où lui venait ce rhume, il se fit traiter ; mais quand le médecin eut appris ce qui s'était passé entre Lidwine et lui : « S'il en est ainsi », dit-il, « Hippocrate et Galien ne viendront jamais à bout de cette cure ».

Enfin Dieu lui fit connaître le moment de sa mort. Elle s'y prépara avec toute la dévotion possible. La veille de Pâques, Notre-Seigneur lui apparut avec sa très-sainte Mère et le chœur des Apôtres, et l'oignit d'un baume si précieux, que le lendemain on sentait auprès d'elle une odeur toute céleste. Le mercredi après Pâques ses vomissements ayant repris, elle se mit en oraison ; et, dans l'ardeur de sa prière et de son élévation à Dieu, elle rendit son âme à son Époux céleste, de la manière qu'elle l'avait désiré, c'est-à-dire seule et sans autre témoin qu'un petit enfant qu'on avait laissé avec elle, et qui était son neveu. Après son trépas, on lui trouva la ceinture de crin dont nous avons parlé, et qui, depuis, a servi à chasser les esprits immondes des corps des possédés.

Son corps, difforme durant sa vie, et couvert d'ulcères, devint sain et très-beau. Elle fut enterrée au bourg de Schiedam, en l'église paroissiale de Saint-Jean-Baptiste, où Notre-Seigneur a fait plusieurs miracles depuis

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son décès, qui arriva le 14 avril 1433, et la cinquante-troisième année de son âge.

On lui éleva un mausolée de marbre dans l'église paroissiale de Schiedam, qui prit son nom en 1434. On fit de la maison de son père un monastère de sœurs grises du Tiers Ordre de Saint-François. Les calvinistes ont démoli la chapelle et changé le monastère en un hôpital pour les orphelins. Les reliques de la bienheureuse Lidwine furent portées à Bruxelles et enchâssées dans la collégiale de Sainte-Gudule. L'infante Isabelle en fit mettre la moitié dans l'église du monastère des Carmélites, dont elle était fondatrice.

On représente sainte Lidwine recevant une branche de roses ou un rameau fleuri qu'un ange lui présente pour lui donner un avant-goût des délices qui suivront ses horribles souffrances.

Une jolie gravure de J. Valdor la représente couronnée de roses, tenant une branche de pareilles fleurs et une longue croix. D'autres fois elle embrasse l'arbre du Salut.

Voyez les vies de la bienheureuse Lidwine, données par Jean Gerlac, son parent, Jean Gautier, son confesseur, et Jean Bruchman, provincial des Franciscains, qui tous trois l'avaient connue personnellement : Voyez aussi l'abrégé de sa vie, par Thomas à Kempis ; Papabrock, ad 14 April. t. 12 ; Molanus, et une vie de sainte Lidwine en français, par le Père Guil. Thiérsault, jésuite ; Paris, 1637, in-12.

Événements marquants

  • Naissance à Schiedam le dimanche des Rameaux 1380
  • Vœu de virginité à l'âge de douze ans
  • Chute sur la glace à quinze ans brisant une côte
  • Alitée pendant trente-huit ans suite à de multiples maladies
  • Réception des stigmates invisibles la dix-septième année de sa maladie
  • Vision de la couronne de fleurs complétée par les outrages de soldats
  • Décès à l'âge de cinquante-trois ans

Miracles

  • Immobilité miraculeuse d'une statue de la Vierge avant sa naissance
  • Multiplication de la viande pour trente familles
  • Transformation d'un vase de vin pour une épileptique
  • La Bourse de Dieu : multiplication d'argent pour payer les dettes de son frère
  • Guérison spirituelle par la perte de la voix d'un chanoine vaniteux
  • Corps devenu sain et beau après la mort

Citations

Celui qui se contente de ce qu'il a, en a toujours de reste.

— Paroles de Lidwine à ses visiteurs

Lid et Wyt ; il signifie souffrez amplement.

— Étymologie citée dans le texte

Date de fête

14 avril

Époque

15ᵉ siècle

Décès

14 avril 1433 (naturelle)

Catégories

Patron(ne) de

Invoqué(e) pour

âmes affligées, malades chroniques, âmes du purgatoire

Autres formes du nom

  • Lydwine (fr)
  • Lidwina (la)

Prénoms dérivés

Lidwine, Lydie, Ludivine

Famille

  • Pierre (père)
  • Pétronille (mère)
  • Huit frères (frères)
  • Nicolas (parent)
  • Jean Gerlac (parent)