Sainte Ulphe (Vierge et Solitaire)

Vierge et Solitaire

Fête : 31 janvier 8ᵉ siècle • sainte

Résumé

Vierge solitaire du VIIIe siècle, sainte Ulphe s'établit près d'Amiens pour fuir le monde. Sous la direction de saint Domice, elle mena une vie de pénitence et fonda une communauté de religieuses. Elle est célèbre pour avoir imposé silence aux grenouilles dont les coassements troublaient ses prières.

Biographie

SAINTE ULPHE, VIERGE ET SOLITAIRE,

ET SAINT DOMICE, DIACRE ET CHANOINE DE L'ÉGLISE D'AMIENS

VIIIe siècle.

L'espérance est, au milieu des maux de la vie, un gage de consolation.

Saint Innocent III.

Sainte Ulphe, dont l'histoire ne nous apprend pas positivement la qualité de ses parents, ni le lieu de sa naissance, se fit remarquer, dès sa jeunesse, non seulement par ses vertus, sa piété, son assiduité à l'église, mais par les qualités extérieures dont l'avait pourvue la nature. Plusieurs gentilshommes sollicitèrent son alliance, mais Ulphe déclara à ses parents qu'elle n'aurait jamais d'autre époux que Jésus-Christ, ce qui leur causa une joie inattendue ; car, apprenant le choix qu'elle avait fait du Fils de Dieu pour son époux, ils lui promirent de la laisser libre dans l'exécution d'une si sainte entreprise. Les prétendants éconduits ne renoncèrent point cependant à leur projet ; les uns employèrent les séductions de l'éloquence, les autres la terreur des menaces. Sainte Ulphe, craignant un coupable ravissement, alla puiser ses inspirations au pied des autels. Après s'être endormie un instant dans l'église, elle se réveilla pleine d'une sainte et joyeuse résolution. Ayant simulé une soudaine folie, elle se mit à courir les rues, mal vêtue, le visage souillé, les cheveux en désordre, les traits exténués par des jeûnes prolongés, espérant ainsi inspirer le dégoût à tous ses poursuivants.

Inspirée par le mépris des vanités mondaines, sainte Ulphe, encore dans la fleur de la jeunesse, se décida à se consacrer entièrement à Dieu. Revêtue d'un habit grossier, elle abandonna le lieu de sa naissance, son père, sa mère, ses amis, ses richesses, et parvint près d'Amiens dans un lieu solitaire, plein de ronces et d'herbages, sur les bords de la Noye. Épuisée par la fatigue et la chaleur, elle se reposa près d'une fontaine et s'endormit après avoir étanché sa soif.

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Pendant ce court sommeil, la jeune fugitive vit lui apparaître la sainte Vierge, resplendissante de lumière, couronne en tête, tenant l'enfant Jésus dans ses bras et suivie d'une phalange de vierges. « Ulphe, ma fille », lui dit-elle, « puisque tu as choisi cet enfant pour époux sur la terre, tes noces avec lui dureront autant que l'éternité : mais il te faudra auparavant subir les luttes de l'enfer. C'est ici qu'il faut demeurer, pour y sanctifier tes jours. Sache qu'après ta mort ta maison deviendra un asile de saintes religieuses qui marcheront sur tes traces ». La vision s'évanouit et sainte Ulphe, effrayée de sa solitude, supplia la Vierge de lui venir en aide. Sa prière fut bientôt exaucée.

Un vieillard, nommé Domice, ancien chanoine de Notre-Dame, avait renoncé à sa prébende pour s'adonner à la vie solitaire. De son ermitage situé à deux lieues et demie d'Amiens, il se rendait chaque nuit aux Matines de l'église Notre-Dame, située à l'emplacement actuel de Saint-Acheul, et revenait à son logis avec la pitance qu'on lui avait délivrée. Notre Saint, qu'on croit être né sur le territoire d'Amiens, était obligé, à chaque voyage quotidien, de passer à un jet d'arc de la fontaine où s'était arrêtée sainte Ulphe. Celle-ci était encore plongée dans sa pieuse méditation, quand une voix mystérieuse lui dit : « Lève-toi vite et vas au-devant de ton père qui s'avance ». Et aussitôt la vierge leva les yeux et aperçut le saint homme, vêtu en ermite, qui descendait d'une petite montagne. Son visage respirait une douceur angélique, sa barbe et sa chevelure étaient blanches comme de la neige, et il marchait appuyé sur un bâton, à cause de son grand âge. Étant allée au-devant de lui, elle se prosterna à ses pieds et le conjura, au nom de Dieu, de vouloir se charger de sa conduite.

L'homme de Dieu, qui était très prudent, et qui jusqu'alors n'avait point vu de femme dans cette solitude, fut fort surpris de cette rencontre, et, craignant que ce ne fût quelque piège de Satan pour le perdre, il lui dit qu'il ne lui rendrait réponse que le lendemain, à son retour de l'église ; puis, prenant congé d'elle, il poursuivit son chemin vers sa cellule, et Ulphe retourna à sa fontaine pour y recommander son affaire à Notre-Seigneur. Saint Domice, étant entré dans son ermitage, se mit en oraison ; mais le sommeil s'étant emparé de lui, il s'endormit, et l'ange de Dieu commis à la garde de sainte Ulphe lui apparut et l'assura que la volonté de Dieu était qu'il se chargeât de la conduite de cette jeune vierge, et que Jésus-Christ la lui confiait. Après cela, l'ange disparut, et Domice étant assuré de ce que Dieu demandait de lui, s'en vint trouver Ulphe, qui priait auprès de la fontaine. Ulphe l'accueillit avec joie : « Soyez le bienvenu, mon père et mon ami », lui dit-elle, « je suis heureuse de vous voir accomplir vos obligations envers moi que Notre-Seigneur a commise à votre garde ». Domice lui donna à manger de sa petite provision, puis l'exhorta à la persévérance. Le soir étant venu, Domice, pour s'épargner la fatigue de retourner à son logis, attendit l'heure prochaine des Matines, et engagea sa fille spirituelle à se livrer au sommeil.

Vers minuit, il alla la réveiller et l'engagea à l'accompagner aux Matines. En arrivant à l'église, Domice fut très étonné quand il entendit chanter les Matines les plus solennelles du commun des Vierges, et qu'il apprit que l'évêque, qui assistait à cet office, l'avait commandé lui-même, en manifestant l'espoir de recevoir, cette nuit, quelque révélation divine. Le bon chanoine, qui avait laissé sa compagne à l'un des portails, la conduisit dans un petit coin de l'église, pour qu'elle pût recevoir la bénédiction épiscopale, et alla prendre au chœur sa place accoutumée. Les Ma-

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tines étant achevées, l'évêque Chrétien se retira dans une chapelle pour y prier. Son oraison finie, il sortit de son oratoire, et rencontra le saint vieillard Domice. L'évêque, le prenant par la main, rentra avec lui dans la chapelle où ils eurent un long entretien spirituel : le pieux prélat lui raconta alors qu'il avait eu la veille une vision dans laquelle une jeune fille s'était offerte à lui pour être consacrée vierge, et que dans son ardent désir d'en voir l'accomplissement, il avait fait célébrer avec solennité l'office des Vierges. Saint Domice, pensant que cette fille n'était autre que la vierge Ulphe, la fit connaître à l'évêque. Conduit aussitôt à l'endroit où elle était restée en prières, il reconnut la vierge de sa vision : « Soyez la bienvenue, chère fille, vous qui, dès votre jeunesse, vous êtes consacrée à Jésus-Christ. Vous réalisez ma vision. Grâce à vous, je pourrai bénir et consacrer une vierge dont l'exemple sera sans doute suivi par beaucoup d'autres ».

Interrogée sur son âge, Ulphe répondit qu'elle avait vingt-huit ans ; sondée sur ses désirs, elle dit en versant des larmes de componction : « Révérend père, je ne puis changer la volonté de Dieu qui m'a confiée à mon père Domice : c'est donc à lui que je dois d'abord obéir et ensuite à vous, comme à mon évêque. Je vous prie humblement de faire tout ce qui peut être profitable à mon âme ». Domice ayant alors sollicité la consécration de sa protégée, l'évêque lui donna l'anneau et le voile des vierges, et la remit à Domice pour qu'elle restât sous sa garde. Celui-ci se retira dans son ermitage, et la Sainte auprès de sa fontaine où l'évêque lui fit bâtir une cellule, où est aujourd'hui le grand autel de l'église du Paraclet.

Cependant, sainte Ulphe croissait admirablement en perfection et en sainteté, sous la conduite de saint Domice, pratiquant avec une grande ardeur toutes sortes de vertus. Son oraison était fervente, sublime et continuelle ; son humilité profonde, sa chasteté angélique, sa pauvreté extrême, sa charité éminente, sa modestie singulière, son obéissance simple et sans discussion, sa tempérance extraordinaire, son silence perpétuel, et généralement toutes ses vertus semblaient être au souverain degré. Chaque nuit, Domice, se rendant aux Matines de Notre-Dame, appelait sainte Ulphe en passant. L'ermitage de notre Sainte était situé au milieu de marécages peuplés de grenouilles. Par une nuit fort chaude de l'été, elles avaient tellement redoublé leurs coassements que sainte Ulphe ne put s'endormir que vers les minuit. Cette fois-là, ce fut en vain que Domice heurta au logis et appela sa compagne. Supposant qu'elle avait pris les devants, le vieillard hâta sa marche, mais il ne trouva point dans la cathédrale celle qu'il cherchait. Sainte Ulphe fut donc privée, ce jour-là, d'assister à l'office divin ; ce qui lui fit faire une prière à Notre-Seigneur, afin qu'il imposât silence à ces animaux. Tous les biographes de la Sainte constatent le mutisme des grenouilles qui se trouvent dans la vallée du Paraclet, et aujourd'hui encore on constate ce bizarre silence.

Domice, sentant approcher sa fin, se rendit à Notre-Dame avec Ulphe, et reçut avec elle la sainte communion des mains d'un prêtre qui venait de dire la messe ; il lui fallut préparer sa compagne à la perte qu'elle allait éprouver, et sécher ses larmes par des considérations religieuses. Rentré dans sa cellule, sous la conduite de sainte Ulphe, le bon chanoine reçut l'Extrême-Onction des mains d'un prêtre qui avait eu, pendant la nuit, révélation de cette fin prochaine. Il recommanda sa fille à tous ceux qui avaient assisté à cette cérémonie suprême, et rendit sa belle âme à Dieu le 23 octobre.

Sainte Ulphe, retirée dans sa cellule, pleura la mort de son protecteur,

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et, comme si elle n'avait rien fait jusqu'alors, elle redoubla toutes ses pénitences et ses exercices de dévotion, se croyant d'autant plus obligée de veiller sur la garde d'elle-même qu'elle se voyait désormais privée de son appui ordinaire et de l'assistance de son père spirituel. En cela, elle agissait très prudemment, car le démon, ce lion rugissant qui ne cesse jamais de chercher quelque proie, voyant cette fille privée de soutien, l'attaqua par de plus rudes tentations qu'elle n'en avait encore éprouvées dans sa solitude; ce qui la fit entrer en quelque doute si elle ne devait pas la quitter pour éviter les dangers que peut rencontrer une fille qui est seule. Mais Dieu, qui ne permet jamais que ses élus soient tentés au-dessus de leurs forces, toucha une autre fille d'Amiens appelée Aurée, et lui inspira d'imiter la vertueuse Ulphe, dont tout le monde disait tant de merveilles. Elle vint donc se jeter à ses pieds, un matin qu'elle venait à son ordinaire à l'église; et, quoiqu'il fît encore nuit, néanmoins Aurée la reconnut à la faveur d'une clarté divine qui environnait son visage. La Sainte remercia Notre-Seigneur du secours qu'il lui envoyait; puis, embrassant cette chère compagne, elle la conduisit avec elle à son ermitage.

Nous avons raconté, dans la vie de sainte Aurée, la fondation que fit sainte Ulphe d'un couvent de vierges, d'abord dans son ermitage, et ensuite à Amiens, dans un vergé situé près du Castillon, rue actuelle des Vergeaux. Quand notre Sainte eut organisé cette maison, elle en laissa la direction à Aurée, et retourna dans sa solitude. Chaque jour elle allait visiter et instruire la communauté naissante, d'où elle ramenait quelques religieuses pour les reconduire, le lendemain, après les avoir confirmées dans leurs pieuses dispositions.

Sainte Ulphe, devenue âgée, et sachant que sa fin était proche, voulut communier à Amiens; là, elle donna ses dernières instructions à ses religieuses, revint avec deux d'entre elles, et se jeta aussitôt sur son lit d'où elle ne devait plus se relever. Elle rendit sa belle âme à son Créateur, le 31 janvier.

Au moment de son décès, saint Domice apparut à la vierge Aurée, en habit de diacre, comme pour une grande solennité, et lui fit savoir la mort de sa chère fille spirituelle, ajoutant que les anges emportaient son âme bienheureuse dans le paradis. A cette nouvelle, Aurée se réveille, avertit ses compagnes et s'empresse de se rendre avec elles à la cellule de sainte Ulphe. Arrivée dès la pointe du jour, elle frappe à la porte et réveille les deux religieuses, qui venaient de voir dans leur sommeil une nombreuse procession de vierges, de clercs et de laïques, se diriger vers la cellule de la Sainte. En pénétrant dans la chambre encore tout embaumée de mystérieux parfums, ils virent la Sainte étendue sur son lit, les bras croisés sur la poitrine, paraissant plutôt endormie que morte : on ne se lassait point d'admirer la sérénité de ses traits et le sourire de bonheur qui s'épanouissait sur ses lèvres. Sainte Ulphe fut enterrée dans la cellule qu'elle avait sanctifiée pendant environ cinquante ans.

On voit à la cathédrale d'Amiens une fort belle statue de sainte Ulphe, la tête voilée et tenant un livre à la main. — Dans le même monument, on voit deux bas-reliefs en bois doré, représentant sainte Ulphe et saint Domice, au-dessus des deux portes qui avoisinent l'autel de la chapelle dite autrefois de Sainte-Ulphe. — La cathédrale d'Amiens possède encore un tableau qui lui fut donné en 1474. Sur les deux volets de ce tableau, le peintre a représenté, dans un des côtés, la figure de saint Domice, vêtu d'une soutane de couleur rouge, avec un manteau de couleur vert et brun, tirant

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sur le violet, sur les épaules; il lui a mis une grande calotte rabattue sur ses oreilles et sur ses cheveux frisés, assez longs. Ce saint chanoine tient à la main un livre également couvert de rouge; on voit aussi, proche de lui, son ermitage bâti dans l'épaisseur d'une forêt. Dans l'autre côté du volet, le peintre a représenté la figure de sainte Ulphe, vêtue en habit de religieuses, tel que le portent aujourd'hui celles du Paraclet de cette ville. On voit sainte Ulphe proche de sa petite cellule, placée dans un lieu marécageux, semblable à celui que son histoire nous décrit. Il n'a pas même oublié d'y peindre les grenouilles dont ce lieu est rempli et qui ont occasionné le miracle rapporté dans sa Vie. — Sur le fronton de l'abbaye de Notre-Dame du Paraclet d'Amiens, on voyait l'évêque Chrétien donnant à sainte Ulphe le voile de religieuse que vient de lui apporter une pieuse femme. Dans l'intérieur de l'église, une statue de la Patronne faisait face à celle de la sainte Vierge. — On voit la statue de saint Domice au portail de Saint-Firmin le martyr, à la cathédrale d'Amiens, entre deux saints évêques de ce diocèse. Il porte le manipule au bras et tient le livre des évangiles en qualité de diacre.

[ANNEXE: CULTE ET RELIQUES. — MONUMENTS.]

Le culte de sainte Ulphe s'établit presque aussitôt après sa mort, mais ne dépassa jamais les limites du diocèse d'Amiens. L'évêque Arnould, décédé en 1247, légua soixante sols à la cathédrale pour qu'on y célébrât, avec plus de solennité, la fête de sainte Ulphe. Vers l'an 1677, un certain nombre de filles pieuses d'Amiens se réunirent en congrégation, sous le nom de Filles de sainte Ulphe. Elles avaient pour but d'honorer spécialement leur patronne et de s'exciter mutuellement à vivre dans le monde d'une manière véritablement chrétienne.

Des indulgences furent accordées, par le pape Innocent XII, à cette congrégation, qui avait pour siège la chapelle dédiée à sainte Ulphe dans la cathédrale d'Amiens. Elle disparut à la Révolution, et fut réorganisée en 1836, dans l'église de Bussy-lès-Daours, où une chapelle était dédiée à sainte Ulphe. Un office spécial pour cette association locale fut approuvé, en 1841, par Mgr Miodand. Cette association, ayant été transférée dans une chapelle domestique, a perdu, par là même, les privilèges conférés, en 1837, par le pape Grégoire XVI. D'ailleurs, cette chapelle a été interdite en 1864 par l'autorité diocésaine.

C'est dans un sens un peu trop large qu'on désigne parfois sainte Ulphe comme patronne de l'église d'Amiens; elle ne l'a été que de l'abbaye du Paraclet, où une chapelle était sous son vocable. À la cathédrale, on célébrait solennellement sa fête le 31 janvier; sa grande chasse était alors exposée dans le chœur, et son chef dans la chapelle qui lui est dédiée. Il y avait dans ce sanctuaire concours de dévotion tous les mardis, avec indulgence de quarante jours.

Le nom de sainte Ulphe est inscrit au 31 janvier dans les martyrologes de Molanos, Ferrarios, Canisius, Calemot, du Saussay, etc. Sa translation au 16 mai est marquée dans quelques calendriers. C'est la seule Sainte qui figure dans les litanies amiénoises qu'on chantait au moyen âge, pendant le Carême, avant la messe des lundi, mercredi et vendredi. Sa fête est semi-double dans tous les bréviaires amiénois, manuscrits ou imprimés, à l'exception de celui de Fr. Faure (1669), et du Propre actuel, où elle est honorée du rite double.

Peu de temps après sa mort, mais à une date qui n'est point connue, les miracles opérés sur son tombeau firent transférer ses reliques à la cathédrale. Le 16 mai 1279, sur l'invitation de l'évêque d'Amiens, Guillaume de Mâcon, le cardinal-légat, Simon de Brie, procéda à la cérémonie de la translation des reliques de la Sainte dans une chasse d'argent doré. Au commencement du XIVe siècle, Isabelle, fille de Philippe le Bel et épouse d'Edouard II, roi d'Angleterre, donna à la cathédrale d'Amiens un reliquaire d'argent doré, en forme de buste, aux armes de France et d'Angleterre, pour y mettre le chef de sainte Ulphe. Le 31 décembre 1654, l'évêque Fr. Faure ouvrit la chasse de la Sainte pour en tirer quelques ossements destinés à l'abbaye du Paraclet et à Anne d'Autriche. Cette chasse fut restaurée en 1667. En 1718, le chanoine Langlois fit présent à l'église de Molliens-Vidame d'un reliquaire contenant quelques ossements de sainte Ulphe et de saint Domice.

On conservait à l'abbaye du Paraclet, transférée de Boves à Amiens, en 1630 : 1° un bras de sainte Ulphe ; 2° le voile qu'une pieuse femme avait donné à la Sainte au moment de sa consécration ; 3° une chaussure de soie brune, brochée d'or, dont le luxe attestait l'opulence de la famille de sainte Ulphe. C'est avec cette chaussure qu'elle serait arrivée dans la solitude de Boves, après avoir quitté la maison paternelle; 4° un petit vase de terre jaune dans lequel buvait sainte Ulphe et que possède aujourd'hui Mlle Delacheux, de Bussy-lès-Doours.

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L'abbaye de Saint-Acheul possédait une nappe d'autel, ouvrée à l'aiguille, disait-on, des mains de la solitaire de Boves. Les deux chaises de sainte Ulphe ont été envoyées au creuset révolutionnaire; mais on a pu sauver un petit reliquaire qui est aujourd'hui conservé à la cathédrale, derrière le grand autel. L'église de Dommartin-Fonencamps obtint de l'évêque d'Amiens, le 27 octobre 1861, quelques parcelles des reliques de saint Domice et de sainte Ulphe. On conserve encore quelques petites reliques de la Sainte à l'église de Mailly et au couvent des Louvencourt d'Amiens.

Deux cents ans après la mort de sainte Ulphe, et alors que ses reliques avaient été transférées à la cathédrale, on érigea une chapelle sur sa sépulture. Elle fit place au maître-autel de l'église du Paraclet, construite en 1218. On érigea dans le jardin de ce monastère, près de la fontaine de Sainte-Ulphe, une autre chapelle, qui a été reconstruite récemment en style ogival, sur la propriété de M. Cannet. On y va prier la sainte solitaire et puiser de l'eau à la source où elle se désaltéra pendant un séjour de cinquante années.

En 1218, Enguerrand II, seigneur de Boves, voulut témoigner à Dieu sa reconnaissance pour avoir été préservé, ainsi que toute sa famille, des dangers auxquels il avait été exposé dans les croisades, en 1191 et en 1202. Il fonda à cet effet une abbaye de l'Ordre de Cîteaux, dans le lieu même où sainte Ulphe avait passé ses jours. Les premières religieuses vinrent de l'abbaye de Saint-Antoine-des-Champs de Paris, et le monastère reçut le nom de Paraclet-des-Champs, parce qu'il fut fondé dans la semaine de la Pentecôte; on l'appelait en latin: *Abbatia sancta Maria ad Paraceltum*.

En 1630, lors de l'invasion des Espagnols en Picardie, l'abbaye du Paraclet-des-Champs, isolée dans la campagne, était exposée sans défense aux continuelles insultes des ennemis. Les religieuses se retirèrent dans une maison de refuge qu'elles possédaient à Amiens, dans la rue des Jacobins. Quelque temps après, elles achetèrent des propriétés aux environs et se déterminèrent à rester dans la ville, où elles construisirent dans la suite un nouveau monastère. Quelques religieuses continuèrent à résider dans l'ancienne abbaye où elles célébraient encore les offices; mais en 1714, elles obtinrent de M. de Nointel, seigneur de Boves, successeur des fondateurs, la permission de démolir, même l'église, à la réserve d'une chapelle dans laquelle un prêtre devait dire la messe. On vendit les plus beaux matériaux, qu'on fit transporter par eau à Amiens. Aujourd'hui, le Paraclet est une vaste ferme, dont le bâtiment principal en pierres de taille, élevé d'un étage, a sept fenêtres sur chacune de ses façades et un fronton circulaire au centre. Il ne reste des vieilles constructions que quelques pignons divisés par des contre-forts et ouverts de fenêtres en plein cintre.

L'église du Paraclet d'Amiens, construite en 1676 et consacrée trois ans plus tard, fut démolie en 1835, alors qu'on perça la rue Napoléon. Le souvenir de ce monastère n'est plus rappelé que par une inscription placée sur la façade de l'institution dirigée par M. Michel Vion.

A la cathédrale d'Amiens, en face de la chapelle de Notre-Dame des Sept Douleurs, se trouve l'emplacement du puits de sainte Ulphe, qui a été bouché et couvert d'une pierre en 1761. On y voit, contre un pilier, une plaque de marbre noir avec cette inscription: «Puits de sainte Ulphe». C'est à cette fontaine, enclavée par les constructions de la cathédrale, que sainte Ulphe, selon la tradition, allait souvent se désaltérer. On ajoute même que les religieuses de la rue des Vergeaux allaient y puiser l'eau dont elles avaient besoin. Un biographe du XIIIe siècle dit qu'on prenait dans ce puits l'eau nécessaire aux oblations des messes, en souvenir de la chaste vierge qui s'était montrée si dévote au Saint-Sacrement de l'autel. Cet usage paraît avoir persévéré jusqu'au milieu du XVIIIe siècle. Un puits spécial avait la même destination à l'église Saint-Germain d'Amiens.

Il y avait jadis une chapelle dédiée à sainte Ulphe, sur les degrés de l'escalier qui conduisait à la trésorerie haute de la cathédrale. Une autre chapelle, construite en 1373, fut désignée sous le nom de Sainte-Ulphe. C'est la première qu'on rencontre en entrant par le portail Saint-Firmin. Parmi les huit cloches que renfermait la tour de l'Herloge, à Notre-Dame, il y en avait une qui s'appelait *Domice* et l'autre *Ulphe*: on y lisait cette inscription: «A fulgure et tempestate, foentibus sanctis Domitio et Ulphio, hanc ecclesiam libera, Domine, anno 1697».

Le culte de saint Domice, localisé dans le diocèse d'Amiens, paraît remonter au siècle même de sa mort. L'évêque Arnould légua soixante sols à la cathédrale pour qu'on célébrât la fête de saint Domice sous le rite semi-double. Ce fut le chanoine Adrien de Henencourt qui fonda son office sous le rite double qu'a restitué le Propre d'Amiens actuel. On trouve son office, au 23 octobre, dans tous les bréviaires manuscrits ou imprimés du diocèse d'Amiens. Saint Domice est spécialement honoré à Boves, à Fouencamps et dans ses environs, ainsi qu'à Molliens-Vidame. Jadis, le dimanche des Rameaux, le chapitre de la cathédrale allait chanter une octave à la croix des Jacobins, en y portant la chasse de saint Domice. Le 23 octobre, on l'exposait dans le chœur de Notre-Dame.

Saint Domice avait été inhumé dans son ermitage de Fouencamps (canton actuel de Sains), où la piété des fidèles érigea bientôt un oratoire. Nous ignorons l'époque précise où eut lieu l'élévation de son corps; ce fut probablement du VIIIe au IXe siècle. Les reliques du saint diacre furent transférées à la cathédrale, en même temps que celles de sainte Ulphe. Avant la Révolution, elles étaient renfermées dans une chasse de vermeil; le chef, mis à part, se trouvait dans un reliquaire d'argent, en forme de coupe, où étaient gravés les douze signes du zodiaque. Sa chasse fut ouverte en 1656, deux ans après l'extraction qui avait été faite de celle de sainte Ulphe.

En 1718, le chanoine Langlois ayant fait présent à l'église de Molliens-Vidame d'un reliquaire contenant des ossements de sainte Ulphe et de saint Domice, dès lors un culte spécial s'établit dans cette paroisse pour les deux Saints, et on s'y rendit en pèlerinage les deux premiers dimanches de mai.

On conserve à la paroisse Saint-Médard de Lihons un bras de saint Domice, qui provient de l'ancien prieuré. L'église de Langpré-les-Corps-Saints possède une relique de saint Domice, provenant de l'ancienne collégiale. Les reliques du Saint furent sauvées, en 1793, par M. Lecouvé, maire d'Amiens, vérifiées par M. Voclin, vicaire général, et confiées à M. Lejeune, curé constitutionnel de la cathédrale. Renduës par lui, en 1802, elles furent reconnues en 1816 et en 1829, et se trouvent aujourd'hui dans la grande chasse dite de Saint-Honoré.

La chapelle actuelle de Saint-Eloi, à la cathédrale, était jadis sous le vocable de saint Domice. La chapelle érigée à Fouencamps, près de la rivière d'Avro, sur la sépulture du saint diacre, était désignée, au XIIIe siècle, sous le nom de Maison de saint Domice. De cette chapelle, qui était unie à la trésorerie de Lihons, part un chemin, connu sous le nom de Saint-Domice, qui conduit à Saint-Acheul. C'est celui que suivait le saint chanoine pour se rendre à l'office de nuit, qu'on célébrait encore à Notre-Dame-des-Martyrs, après que la cathédrale fut transférée dans l'intérieur de la ville. Depuis qu'une partie de cette voie a été mise en culture, les villageois des environs font remarquer sur son parcours la supériorité relative de la végétation. En 1734, la chapelle de Saint-Domice tombait en ruine; reconstruite, en 1755, elle est aujourd'hui entretenue par deux familles pieuses de Fouencamps et visitée par de nombreux pèlerins. On y célèbre la messe le 23 octobre.

Deux sections cadastrales, dépendances de Dommartin-Fouencamps, portent le nom de Montagne et Prairie de Saint-Domice. Une des cloches de la cathédrale portait le même nom et unissait sa voix à la cloche de sainte Ulphe, comme jadis le saint diacre et sa fille spirituelle avaient confondu leurs chants et leurs prières dans la première basilique d'Amiens.

Extrait de l'Hagiographie du diocèse d'Amiens, par M. l'abbé Corblet.

Événements marquants

  • Refus du mariage et simulation de folie pour préserver sa virginité
  • Retraite solitaire près d'Amiens sur les bords de la Noye
  • Apparition de la Vierge Marie lui ordonnant de rester en ce lieu
  • Rencontre avec Saint Domice qui devient son guide spirituel
  • Consécration par l'évêque Chrétien (réception du voile et de l'anneau)
  • Miracle du silence imposé aux grenouilles du Paraclet
  • Fondation d'un couvent de vierges à Amiens (rue des Vergeaux)
  • Mort après cinquante ans de vie solitaire

Miracles

  • Silence perpétuel imposé aux grenouilles de la vallée du Paraclet
  • Clarté divine environnant son visage
  • Vision de la Vierge Marie
  • Parfums mystérieux à sa mort

Citations

L'espérance est, au milieu des maux de la vie, un gage de consolation.

— Saint Innocent III (en exergue)

A fulgure et tempestate, foentibus sanctis Domitio et Ulphio, hanc ecclesiam libera, Domine

— Inscription sur une cloche de la cathédrale d'Amiens (1697)