Bienheureuse Christine Ligarelli (Licarelli)

Vierge

Fête : 13 fevrier 16ᵉ siècle • bienheureuse

Résumé

Née à Lodi en 1481, Christine Ligarelli se distingua dès son enfance par sa piété et son refus des parures. À vingt-cinq ans, elle rejoignit les Augustines à Aquila où elle devint prieure, s'illustrant par sa charité envers les pauvres et ses extases mystiques. Elle mourut en 1543 et son culte fut officiellement reconnu au XIXe siècle.

Biographie

LA BIENHEUREUSE CHRISTINE LIGARELLI (1543).

Entre les vierges remarquables par leurs vertus que produisit le XVIe siècle, il faut compter la bienheureuse Christine Licarelli, née à Lodi en 1481, connue d'abord sous le nom de Methiase. Elle montra dès son enfance une piété peu commune et un si grand éloignement pour les vaines parures, qui ordinairement flattent tant la vanité des jeunes personnes, qu'on ne put jamais obtenir d'elle qu'elle mît quelque recherche dans ses vêtements. Tout occupée du jeûne et de la prière, elle négligeait son extérieur et ne désirait que les choses du ciel. On la voyait recueillie en Dieu, qui était l'objet le plus ordinaire de ses pensées; et tout son plaisir était ou de parler de lui ou de souffrir pour lui. Dès que le temps le lui permettait, elle allait chaque jour visiter une image de la Sainte Vierge qui se trouvait dans une chapelle peu éloignée de sa demeure, et là elle mettait son innocence sous la protection spéciale de la Mère de miséricorde.

Pour suivre les conseils du bienheureux Vincent d'Aquila, célèbre religieux de l'Ordre de Saint-François, qui avait été son directeur, et afin aussi de répondre à l'inspiration céleste, Christine, à l'âge de vingt-cinq ans, se rendit à Aquila et se présenta au monastère de Sainte-Luce, habité par des religieuses de l'Ordre des Ermites-de-Saint-Augustin. Elle y fut reçue et s'y montra bientôt une fervente novice. On remarquait surtout sa grande modestie, son extrême douceur, sa pauvreté parfaite et son obéissance sans bornes. Quoique malade, jamais elle ne voulut se dispenser de l'abstinence pratiquée dans le monastère. Son sommeil, pris sur un lit très-dur, n'était que de quelques heures. Après sa profession, elle inspira tant de confiance à ses sœurs, qu'elles la choisirent pour prieure de la communauté. Christine voulut en vain s'opposer à ce choix, il lui fallut se soumettre; mais elle n'usa de son autorité que pour se charger des plus bas emplois de la maison et pour rendre à chacune des religieuses tous les services qui dépendaient d'elle.

Sa charité ne se bornait pas à être utile à ses compagnes : remplie

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de l'esprit de Jésus-Christ et ne cherchant qu'à lui plaire, la vertueuse prieure saisissait avec empressement toutes les occasions qu'elle trouvait de soulager la misère des pauvres. L'aumône corporelle n'était pas la seule qu'elle fit au prochain ; son zèle pour le salut des âmes la portait à adresser de pieuses exhortations à ceux qui avaient des relations avec elle, et ses discours salutaires fortifiaient ainsi le bien qu'elle opérait par ses édifiants exemples. Ses paroles n'étaient que l'expression des sentiments de son cœur, car Christine ne vivait que pour Dieu. Favorisée du don de contemplation, elle était assez souvent ravie en extase. De fréquents maux de dents et de côté vinrent aussi exercer sa patience et ne purent la vaincre. Parvenue à l'âge de soixante-deux ans, elle alla se réunir à son divin Époux en l'année 1543. À l'instant même de son décès, des enfants l'annoncèrent par des cris et des chants qu'ils firent entendre dans les rues. Les miracles opérés à son tombeau excitèrent les fidèles à lui rendre un culte public, que le pape Grégoire XVI a approuvé par son décret du 13 janvier 1540.

Voir la vie de la bienheureuse par Cornelius Curtius, et les leçons de son office. Nous avons emprunté cet abrégé à Godescard (éd. de Lille).

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## LE BIENHEUREUX NICOLAS DE LONGOBARDI (1709).

Nicolas de Longobardi était un pauvre paysan que Dieu se plut à élever à une haute sainteté. Il naquit le 16 janvier 1649 ; ses parents étant pauvres ne purent le faire instruire, mais ils lui apprirent à aimer Dieu ; il entra dans l'Ordre des Minimes, mais, faute de science, ne put être élevé au sacerdoce. Ses austérités, sa piété, ses miracles, le rendirent bientôt l'admiration de toute l'Italie ; il fit le pèlerinage de Rome et de Lorette, et mourut le 12 février 1709, en prononçant ces paroles : « Au paradis ! au paradis ! » Pie VI le béatifia le 12 septembre 1756. Son corps est conservé dans une urne de marbre sous un des autels de l'église de Saint-François-de-Paule, à Rome.

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## XIII JOUR DE FÉVRIER

### MARTYROLOGE ROMAIN.

À Antioche, la naissance au ciel de saint AGARUS, prophète, dont saint Luc fait mention dans les Actes des Apôtres. 1er s. — À Ravenne, sainte Fusque, vierge, et sainte Maure, sa nourrice, qui, sous le règne de Dèce, ayant enduré de nombreux supplices, par l'ordre du président Quintien, furent enfin percées avec le glaive, et consommèrent ainsi leur martyre. 11e s. — À Mélième, en Arménie, saint POLYEUCHE, martyr, qui, ayant beaucoup souffert dans la persécution du même empereur Dèce, obtint la couronne du martyre. 269. — À Lyon, saint Julien, martyr. — À Todi, saint Bénigne, martyr. Persécution de Dioclétien. — À Rome, saint GRÉGOIRE II, pape, qui résista très-vigoureusement à l'impiété de Léon l'Isaurien, et envoya saint Boniface en Allemagne pour y prêcher l'Évangile. 731. — À Angers, les funérailles de saint LAZIN, évêque, homme d'une sainteté éminente. 616. — À Lyon, saint ÉTIENNE, évêque et confesseur. Vers 512. — À Rieti, saint Étienne, abbé, homme d'une patience admirable, au décès duquel, au rapport de saint Grégoire, pape,

MARTYROLOGES. 483

assistèrent les anges, visibles même pour les personnes présentes. — À Prato, en Toscane, sainte CATHERINE RICCI, vierge, de la ville de Florence, de l'Ordre des Frères Prêcheurs, remarquable par l'abondance des dons célestes dont elle fut comblée ; le souverain Pontife Benoît XIV l'inscrivit dans les fastes des vierges saintes ; elle décéda, pleine de vertus et de mérites, le 2 février, mais sa fête se célèbre aujourd'hui. 1590.

## MARTYROLOGE DE FRANCE, REVU ET AUGMENTÉ.

À Digne, saint DOMIN ou DONNIS, apôtre de cette ville et son premier évêque. Vers 379. — Au diocèse de Pamiers, saint VOLUBEN, évêque de Tours, martyr, dont la fête se célèbre à Tours le 11 février, et à Pamiers le jour d'aujourd'hui. 499. — À Coblence, saint CASTOR, prêtre, patron de cette ville et confesseur. Vers 389. — À Carcassonne, saint GUIMER ou GIMIER, premier prélat de ce siège. VIe s. — À Meaux, saint GILBERT, natif de Ham, en Picardie, qui, de chanoine de Saint-Quentin, fut fait archevêque de l'église de Meaux, et ensuite évêque de la même ville. 1009 ou 1010. — À Tours, saint LEUBACE ou LEUBAIS, abbé. Vers 540. — À Chambéry et à Meutiers en Tarentaise, la fête de saint ÉPHYSE, dont l'entrée au ciel est marquée au martyrologe romain le 15 janvier. — À Tarbes, saint GÉRONCE et saint SÉVÈRE, vulgairement Sever, martyrs. — Au diocèse de Rodez, saint FULCRAN, évêque de Lodève, fondateur de plusieurs monastères. 1006. — À Poitiers, la fête de saint LEONE ou LIENNE, dont la naissance au ciel est mentionnée le 1er février. 368. — À Sées, la fête de saint EBRUFFE ou ÉVIOULT, dont l'entrée au ciel est marquée au martyrologe romain le 29 de décembre. — À Elan, le bienheureux Roger, religieux cistercien. 1175. — À Rennes, fête de saint ENOGAT. — À Nîmes, fête de sainte EUGÉNIE, martyre romaine.

## MARTYROLOGES DES ORDRES RELIGIEUX.

Martyrologe de Saint-Basile. — En Cappadoce, au bourg de Magariasse, saint THÉODOSE le Cénobiarque, de l'Ordre de Saint-Basile, qui, après avoir beaucoup souffert pour la foi catholique, se reposa enfin dans la paix. Sa naissance au ciel est célébrée le 11 de janvier.

Martyrologe des Chanoines réguliers. — À Rome, saint Grégoire II, pape, compté autrefois parmi les clercs de l'église de Latran, qui résista très-vigoureusement à l'impiété de Léon l'Isaurien, et envoya saint Boniface, évêque et martyr du même Ordre, prêcher l'Évangile en Allemagne.

Martyrologe de l'Ordre de Saint-Benoît, des Camaldules et de la Congrégation de Vallombreuse. — À Rome, saint Grégoire II, pape.

Martyrologe de Cîteaux. — Saint Grégoire, confesseur, d'abord humble religieux de l'Ordre de Saint-Benoît, puis souverain Pontife, deuxième du nom, qui résista très-vigoureusement à l'impiété de Léon l'Isaurien, et envoya saint Boniface, évêque et martyr du même Ordre, prêcher l'Évangile en Allemagne. Si les écrits de ce pape existaient encore, et que ses actions eussent été plus fidèlement gardées par l'histoire, il ne serait pas estimé inférieur à saint Grégoire le Grand.

Martyrologe des Frères Prêcheurs. — À Prato, sainte Catherine de Ricci, etc.

Martyrologe de l'Ordre Romano-Séraphique. — À Castel-Florentin, en Toscane, la bienheureuse VIRIDIANE ou VÉRIDIENNE, vierge, du Tiers Ordre de notre Père saint François, remarquable par ses fruits de pénitence et par la renommée de ses miracles. 1er février 1242.

Martyrologe de l'Ordre Séraphique. — Saint IGNACE, évêque et martyr, dont la naissance au ciel est le 1er février.

Martyrologe des Carmes Chaussés. — Saint TÉLÉSPHORE, pape et martyr, de l'Ordre des Carmes, dont le jour natal est le 8 janvier.

Martyrologe de Saint-Augustin. — Saint TITE, évêque, confesseur, dont on fait la mémoire le 4 de janvier, mais qui est honoré chez nous aujourd'hui.

Martyrologe des Capucins. — À Fobano, dans l'Ombrie, la bienheureuse ANGÈLE, veuve, du Tiers Ordre de notre Père saint François, qui brûla remarquablement par l'oraison, la pauvreté, l'abstinence et la charité, et s'envola dans le ciel le 4 de janvier.

Martyrologe des Carmes Déchaussés. — À Alexandrie, sainte EUPHROsine, vierge, de l'Ordre des Carmélites, qui, brillante de toutes les vertus, s'envola vers son céleste Époux le 1er de janvier.

1. Voir au 15 mai jour de sa fête à Carcassonne. — 2. Voyez ce jour. — 3. Voir au 1er juin, jour auquel nous nous réservons de consacrer une étude à divers saints du diocèse d'Aire, du Bigorre et d'Aquitaine dont l'histoire est fort obscure. — 4. À Bayeux, on fait sa fête le 12 ; voir, à ce jour, la mention tirée du Progrès de ce diocèse.

5. Roger entra dans l'ordre de Cîteaux à Lorrey, en Berry, devint ensuite abbé d'Elan, près de Rethel, en Champagne, et mourut vers l'an 1175. Il y a dans l'église de l'ancienne abbaye d'Elan une chapelle qui porte son nom et où l'on garde ses reliques dans une châsse. Sa vie a été écrite par un moine d'Elan.

Voyez Chastelain au 4 de janvier, jour où le nom du bienheureux Roger se trouve dans le calendrier de Cîteaux, imprimé à Dijon.

13 FÉVRIER.

## ADDITIONS FAITES D'APRÈS LES BOLLANDISTES ET AUTRES HAGIOGRAPHES.

À Caravi, ancienne ville d'Espagne, qui s'élevait près de Saragosse, saint POLYCÈTE, diacre et martyr, qui périt dans la persécution de Néron. — En ce même jour, un père et son fils terminèrent leur vie sur la croix; Dieu connaît leurs noms. — À Alexandrie, les saints TULLIEN, ANTIE, CYRIAQUE et AMMONIE, martyrs. — À Anvers, saint PALLADE, martyr romain, dont le corps fut transféré en cette ville, dans l'église des Jésuites, l'an 1652. — À Turin, sainte JULIENNE, pieuse matrone, dont les reliques, après la destruction du monastère de Saint-Soluteur, furent déposées dans l'église des Jésuites de cette ville. C'est elle qui recueillit les corps des saints OCTAVE, SOLUTEUR et ADVENTEUR, soldats de la légion thébéenne (aujourd'hui patrons de Turin), et les fit ensevelir dans un oratoire qu'elle leur dédia. IVe s. — En Palestine, saint MARTINIAN, ermite. 830. — En Irlande, saint MODOMONE, ou Dominique d'Ousoria, disciple de saint David de Menevis. VIe s. — En Angleterre, sainte ERMÉNILDE, reine de Mercie, épouse du roi Wulfher et mère de sainte Wereburge; elle fut ensuite religieuse et abbesse au monastère d'Elie. Vers l'an 790. — À Méda, au diocèse de Milan, les saints HAYMON et VÉRÉMOND, fondateurs d'un monastère de femmes en ce lieu. Vers 796. — À Verceil, saint PIERRE, évêque. Saint Pierre de Verceil ayant entrepris le pèlerinage des saints lieux, fut fait prisonnier à Babylone avec d'autres chrétiens. Il fut délivré par l'intervention d'un saint homme nommé Bunin, auquel le prélat confia plus tard le gouvernement d'un monastère. Vers l'an 1010. — En Allemagne, le bienheureux JOURDAIN, deuxième général de l'Ordre des Frères Prêcheurs. Il travailla à la canonisation de saint Dominique. Il mourut à Accou, en Palestine, et accomplit après sa mort plusieurs miracles. Ses livres et ses sermons ont été recueillis; il prêcha en français aux Templiers qui se trouvaient outre-mer, et se fit écouter quoiqu'il sût à peine notre langue. 1237. — À Séez, saint PASSIF, évêque de ce siège. 560.

## SAINT POLYEUCTE, MARTYR

259. — Pape : Saint Denys. — Empereur romain : Valérien.

PÉLIX.

Albin, comme est-il mort?

ALBIN.

En brutal, en impie,

En bravant les tourments, en dédaignant la vie,

Sans regret, sans murmure et sans étonnement,

Dans l'obstination et l'endurcissement,

Comme un chrétien enfin, le blasphème à la bouche !

Corneille, *Polyeucte*, acte III, scène 5.

Au temps des empereurs Dèce et Valérien, vivaient dans les contrées orientales deux hommes de guerre, Néarque et Polyeucte, unis par les liens de l'amitié plus étroitement que si la naissance eût établi entre eux les liens du sang et de la parenté. Néarque était un chrétien-remarquable par sa foi et sa piété; mais le noble Polyeucte était païen. Du reste, s'il n'avait pas encore les dehors du christianisme, il en possédait l'esprit; c'était un olivier fécond auquel il ne manquait plus que d'être planté dans la maison de Dieu.

Or, Dèce et Valérien firent publier qu'on allait décerner des supplices et des récompenses contre les chrétiens. Néarque alors craignit pour son ami, et il se persuada que la diversité de culte allait amener la rupture de leur amitié. Polyeucte, le voyant livré à de douloureuses pensées, l'interrogea affectueusement pour savoir le motif de son affliction. Néarque s'efforça de dissimuler son angoisse; mais ses yeux remplis de larmes le trahirent. « Je dois garder le silence », lui dit-il, « car en ceci votre amitié ne pourrait me

SAINT POLYEUCTE, MARTYR.

consoler ». — « Est-ce que je vous ai offensé en quelque chose ? » répondit Polyeucte.

À ces mots, Néarque n'y put tenir davantage. « Cher ami », lui dit-il, « c'est en pensant à notre prochaine séparation, que mon âme est accablée de tant de tristesse ». Polyeucte fut comme foudroyé. « D'où pourrait provenir », s'écria-t-il, « cette séparation que la mort même ne saurait opérer ? » Néarque lui répondit : « Et cependant, cette séparation que la mort n'aurait pu opérer, va avoir lieu ».

Polyeucte ne pouvant encore entrevoir où tendaient de pareils discours, se lève, embrasse son ami et lui dit : « Explique-toi, car je ne puis plus supporter cette réserve si peu amicale ». Néarque regarda fixement son ami, et tout en lui dénotait une âme en proie aux plus violents sentiments. Il ne put se contenir plus longtemps. « C'est cet édit de l'empereur, ô très-cher Polyeucte, qui va nous séparer à jamais ».

Polyeucte comprit parfaitement ce que signifiaient ces paroles ; mais à l'instant, une pensée que Dieu lui envoya vint relever son esprit abattu ; car il avait eu une vision dont il s'empressa de faire part à son ami : « Il y a quelque chose, Néarque », lui dit-il, « qui empêchera cette séparation de s'exécuter, car j'ai vu le Christ que tu adores s'approcher de moi, me dépouiller de ce méchant habit dont je suis recouvert, et me revêtir d'un vêtement précieux : qui pourrait dire sa beauté et son éclat ? Il le fixa sur mes épaules avec une agrafe d'or ; puis il me donna un cheval ailé ». L'échange d'un méchant vêtement pour un meilleur eut lieu, lorsqu'il passa de la milice terrestre dans les rangs de l'armée du Christ. Et ce cheval ailé, que pouvait-il signifier autre chose que sa prompte ascension de la terre au ciel ?

Néarque tressaillit de joie. « Connais-tu le Christ ? » lui demanda-t-il avec allégresse, « ce Christ, Polyeucte, qui est vraiment Dieu ». Polyeucte lui répondit : « Comment aurais-je pu l'ignorer ? quand tu parlais de lui, est-ce que mon âme n'était pas saisie de crainte ? Est-ce que la lecture que tu faisais de ses discours ne me ravissait pas d'admiration ? Le nom seul de chrétien me manquait, puisque je l'étais par sentiment. Que faisons-nous, ô Néarque ? pourquoi ne nous déclarons-nous pas publiquement les serviteurs du Christ ? Mais avant, instruis-moi sur quelques points de la vie de l'esprit ». Néarque se leva soudain, et dit : « Sois sans inquiétude, tendre ami, car il est écrit que Dieu peut de ces pierres mêmes faire des enfants d'Abraham, c'est-à-dire que les Gentils peuvent être sauvés par Jésus-Christ. Il est encore écrit que les ouvriers qui sont allés travailler à la dernière heure seront récompensés, comme ceux qui sont allés travailler à la première ; en sorte que, quoique venu tard, tu seras récompensé comme les premiers. Vois le larron qui fut crucifié avec le Christ : une simple et courte parole lui obtint le ciel, comme s'il l'avait gagné par de nombreux mérites ».

Ce discours fit naître dans l'âme de Polyeucte une grande confiance. « Tout cela », dit-il, « nous manifeste clairement que l'un de nous doit subir le martyre ; je me représente par la pensée tout ce qu'il y a de beau dans le ciel ; je vois le Christ devant mes yeux, et l'éclat de cette vision enflamme mon visage. Mais il est temps que nous lisions l'édit des empereurs, afin que nous sachions ce qu'il exige de nous ». Il saisit l'édit ; et, après l'avoir lu, il le déchira en mille morceaux qu'il jeta au vent ; se retournant ensuite, il aperçut qu'on transportait les idoles qui allaient être placées sur des autels pour y recevoir des adorations insensées. Il feignit de s'approcher de l'autel d'un air calme. Là, il prend les idoles les unes après les autres, les brise contre terre et les réduit en poussière. Cette action attira sur les lieux son beau-

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père Félix que les empereurs avaient chargé de diriger la persécution ; il se montra d'abord courroucé, puis, touché d'une affection humaine et d'une compassion très-sensible envers le Saint, il lui parla ainsi :

« Polyeucte, consentez du moins à vivre jusqu'à ce que vous ayez vu votre épouse ». — « Si votre fille », répondit le Saint, « veut me suivre, la pensée du ciel et l'espérance des biens incorruptibles la rendront heureuse ; sinon elle périra avec vos dieux ». Félix versa d'abondantes larmes, car il avait perdu tout espoir. « Malheur à moi », s'écria-t-il, « l'art magique du Christ a précipité Polyeucte dans l'erreur ». « Je le confesse », répondit Polyeucte, « c'est par le Christ que j'ai été appelé à la connaissance de la vérité ». Comme il parlait ainsi, ceux qui persécutaient les Saints s'approchèrent, et, se saisissant de la personne du martyr, ils le frappaient à la bouche. Mais le généreux Polyeucte se mettait peu en peine de ces coups, car il voyait à ses côtés Jésus-Christ qui avait souffert pour lui.

Il allait avoir à lutter contre une autre épreuve ; son beau-père et sa femme se présentèrent en répandant des larmes et en manifestant la plus vive douleur ; mais le martyr, qui n'ignorait pas les embûches du démon, se redressa dans toute sa fermeté et opposa à l'émotion que lui causa d'abord la vue de sa femme toute l'énergie de sa foi ; puis il parla ainsi à son beau-père, d'un ton grave et pénétrant : « Serviteur de profanes idoles, pourquoi par vos larmes et celles de mon épouse, cherchez-vous à me faire renoncer à la confession du nom de Jésus-Christ ? vous devriez plutôt pleurer sur vous-même en songeant qu'après avoir temporellement servi des princes qui bientôt doivent périr, vous serez livré à un feu éternel ». Regardant ensuite sa femme qui pleurait amèrement et lui disait : « Que t'est-il donc arrivé, Polyeucte ? Par quelle tromperie as-tu été amené à briser nos douze dieux ? » le martyr sourit doucement et dit : « Courage, Pauline, écoute-moi ; je t'enseignerai la connaissance du vrai Dieu ; hâte-toi de l'adorer et d'échanger cette courte vie pour une autre qui est éternelle ».

Durant cet entretien, les persécuteurs, voyant avec dépit que l'exemple de Polyeucte convertissait à la foi chrétienne un grand nombre de gentils, pressèrent sa condamnation à mort. Lorsqu'on lui signifia la sentence, il parut à peine ému. L'épreuve était terrible pour un jeune converti, jouissant comme lui des douceurs et du charme de la vie ! Il laissa bientôt paraître une grande joie, comme quelqu'un qui commencerait à jouir de la béatitude du ciel. Il répétait à ceux qui étaient présents : « J'ai vu un jeune homme tout céleste s'approcher de moi, m'adresser la parole et m'engager vivement à oublier toutes les choses terrestres ».

Au moment où il allait recevoir le baptême dans le sang de Jésus-Christ, il y eut une seule chose de la terre qui revint à son esprit, ce fut l'amitié de Néarque. Ayant aperçu ce digne ami, il lui dit : « Courage, Néarque, et souviens-toi de notre alliance ! » Puis, il présenta son cou au glaive et mourut en héros.

Les frères qui étaient présents s'empressèrent de déposer son saint corps à Mélitène, ville de l'Arménie. Or, il s'écoula quatre jours entre la mort de Polyeucte et la déposition de son corps. Néarque était présent aussi ; il prit du sang du martyr, son ami, sur un linge fin, et le porta dans la ville de Cananéote, à laquelle il donna ainsi un précieux héritage.

Tels sont dans toute leur simplicité, rédigés par Néarque et légèrement abrégés par nous, ces admirables actes de saint Polyeucte, dont Corneille a tiré un des chefs-d'œuvre du théâtre français.

On donne pour attribut à saint Polyeucte l'épée qui trancha le fil de ses

SAINT VOLUSIEN OU VOUSSIEN, ÉVÊQUE DE TOURS, MARTYR. 487

jours.— On le représente aussi endormi, voyant Jésus-Christ qui lui apporte un vêtement d'une étoffe précieuse, figure du bonheur de la vie éternelle.

Les Grecs font sa fête avec beaucoup de solennité le 9 de janvier.

Il y avait à Mélitène, dans le IVe siècle, une église de Saint-Polyeucte où saint Euthyme allait souvent prier. Il y en avait aussi une magnifique à Constantinople, sous l'empereur Justinien : les hommes y faisaient leurs serments les plus solennels. Nos rois de la première race confirmaient leurs traités par le nom du saint martyr Polyeucte.

Événements marquants

  • Naissance à Lodi en 1481
  • Entrée au monastère de Sainte-Luce à Aquila à l'âge de 25 ans
  • Profession religieuse chez les Ermites-de-Saint-Augustin
  • Élection comme prieure de sa communauté
  • Décès à l'âge de 62 ans en 1543
  • Approbation du culte par Grégoire XVI le 13 janvier 1840

Miracles

  • Don de contemplation et extases fréquentes
  • Annonce de son décès par des cris et chants d'enfants dans les rues
  • Miracles opérés à son tombeau

Date de fête

13 fevrier

Époque

16ᵉ siècle

Décès

1543 (naturelle)

Catégories

Autres formes du nom

  • Christine Licarelli (fr)
  • Methiase (fr)

Prénoms dérivés

Christine