Bienheureuse Oringa (Chrétienne de Sainte-Croix)

Vierge

Fête : 18 fevrier • bienheureuse

Résumé

Née pauvre en Toscane, Oringa refusa le mariage pour se consacrer à Dieu, fuyant sa famille pour devenir domestique à Lucques et Rome. Après plusieurs pèlerinages et miracles, elle fonda un monastère sous la règle de saint Augustin dans son pays natal. Surnommée Chrétienne pour sa piété, elle mourut à 73 ans après une vie de grande humilité.

Biographie

LA B. ORINGA, DITE CHRÉTIENNE DE SAINTE-CROIX

Serviteurs, obéissez ; ne servez pas vos maîtres devant eux seulement ; mais servez-les avec affection, regardant en eux le Seigneur et non les hommes.

Aux Éphés., vi, 5, 6 et 7.

Ce fut à Sainte-Croix, petite ville de Toscane près de Florence, que naquit Oringa, connue plus tard sous le nom de Chrétienne de Sainte-Croix. Ses parents étaient pauvres et, dès son enfance, elle gardait les troupeaux. Mais tout en gardant les bœufs et les vaches, elle savait fort bien élever son âme, et converser avec le roi des cieux. Ses moyens, pour atteindre ce noble but, étaient la prière et la méditation. Pendant que les animaux confiés à sa garde broutaient l'herbe des champs, son âme s'entretenait avec Dieu, et trouvait en lui une nourriture céleste. Or, quand un enfant, ou un adolescent, ou une jeune personne fréquente des personnes d'un rang élevé, ayant des manières distinguées, il devient bientôt comme elles poli et distingué ; car l'âme, le cœur et le caractère se façonnent aisément sur l'âme et le caractère de ceux qui nous entourent et dont nous fréquentons habituellement la société. Donc, nécessairement, quand une personne ingénue, vivant loin du monde et des corruptions du siècle, converse uniquement avec Dieu, elle doit recueillir de cette divine conversation quelque chose de saint et d'angélique. C'est ce qui eut lieu pour sainte Chrétienne. Elle était si chaste et si pure que, quand elle entendait une parole indécente, elle éprouvait des envies de vomir ; et tel était l'effet de ce vertueux dégoût, que quelquefois elle en devenait malade. Elle prit donc l'habitude, quand elle était obligée d'être quelque part où se tenaient des discours impurs, de se boucher les oreilles, quoique souvent cette conduite dût lui attirer des railleries. Elle aimait à être seule ; mais quand elle était obligée de sortir, elle baissait constamment les yeux, pour ne pas voir des choses qui eussent pu troubler la pureté de son âme. Elle était très-belle, et elle fit juste le contraire de ce que font la plupart des jeunes filles en pareil cas : au lieu de se parer, elle employait des moyens artificiels pour ternir la peau de son visage, et pour en masquer la beauté. D'ailleurs ses paroles et tout son être étaient si graves et si réservés, que personne n'eût osé, en sa présence, se permettre un acte

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licencieux, comme cela n'arrive que trop souvent quand de jeunes libertins se trouvent avec des jeunes personnes belles et légères.

Devenue orpheline de bonne heure, elle tomba sous la tutelle de ses frères. Quand elle fut en âge, ils voulurent la forcer à se marier ; mais les mauvais traitements qu'ils lui firent subir ne purent changer ses résolutions. Oringa demeura fidèle à l'engagement qu'elle avait pris de n'avoir d'autre époux que Jésus-Christ. Pour accomplir plus sûrement ce dessein, elle s'enfuit. Mais voilà que devant elle se présente une rivière ; pleine de confiance, la jeune fille avance quand même et avec le secours de Dieu la traverse à pied sec. Pleine de confiance en Dieu qui venait de la sauver, la pauvre fille continua sa route sans trop savoir où elle allait. Égarée au milieu d'une vaste prairie, les ténèbres de la nuit vinrent l'y surprendre ; elle s'endormit en méditant les vérités éternelles, au milieu des parfums des fleurs dont la plaine était émaillée ; — fleur elle-même plus suave et plus pure que toutes les autres. — Un lièvre timide vint se réfugier près d'elle, comme pour lui dire : Pauvre colombe, livre-toi avec moi aux soins de la Providence. Le lendemain Oringa suivit les traces de son compagnon nocturne, qui lui servit de guide pour la mener dans sa voie. Cette voie allait à Lucques. Arrivée à la ville, elle se mit au service d'un homme vertueux à qui elle ne demanda qu'une nourriture commune et un vêtement grossier, puis un peu de liberté ; cette liberté, elle l'employa à commencer cette vie de pénitence qu'elle mena jusqu'à sa mort. Elle marchait pieds nus et ne prenait de nourriture que la grosseur d'une noix, juste assez pour ne pas se laisser mourir de faim. Quoique ne sachant ni lire ni écrire, elle étonnait les plus savants par la sagesse de ses réponses sur les questions les plus élevées de la religion, car l'Esprit-Saint éclairait son esprit des plus vives lumières.

Le démon alors se mit à la tenter : rien ne lui ouvre, comme l'orgueil, l'entrée d'une âme. Oringa se réfugia aux pieds de l'archange saint Michel, auprès de qui elle trouva un puissant secours contre son farouche ennemi. Dans sa reconnaissance, la pieuse vierge voulut accomplir un pèlerinage au Mont-Gargan, consacré à ce chef des milices célestes. S'étant mise en route avec quelques compagnes, elles furent détournées de leur chemin par des misérables qui méditaient de les surprendre et qui essayèrent d'attenter à leur honneur. L'Archange invoqué leur apparut sous la forme d'un jeune diacre, les délivra de ces agresseurs, les ramena sur le chemin véritable, les fit reposer près d'une hoche source, leur servit des mets exquis pour les fortifier, puis disparut, les laissant dans la joie de leur cœur achever leur course.

Sa sainteté avait attiré à Oringa la sympathie des habitants de Lucques ; ce qui fit beaucoup souffrir son humilité ; elle résolut de se soustraire par la fuite à l'estime publique. Elle partit pour Rome, et dans cette ville elle fit connaissance d'une veuve riche et pieuse, nommée Marguerite, qui la prit à son service. Oringa fut contrainte de laisser ses vieux habits pour en acheter de plus beaux, à cause du rang de sa maîtresse ; mais quelques jours après, ayant rencontré une jeune femme presque nue, elle lui donna ces habits qu'elle n'avait acceptés que par obéissance, et reprit ceux qu'elle avait laissés. On ne lui en fit aucun reproche, car déjà elle avait su se faire estimer et aimer de Marguerite, qui en avait fait sa compagne et son amie.

À quelque temps de là, la Bienheureuse conçut le désir d'aller visiter le tombeau de saint François d'Assise. Elle s'y rendit, accompagnée de sa maîtresse ; comme elle priait, elle eut une extase, et Dieu lui ordonna de

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retourner dans son pays et d'y fonder un monastère. Elle obéit, mais eut à surmonter bien des difficultés; son courage croissant avec les obstacles, le monastère fut bientôt construit et peuplé d'une foule de vierges, à qui la Bienheureuse donna la règle de saint Augustin.

Cependant elle ne voulut jamais prendre la direction de la maison; elle aspirait à être regardée comme la dernière des religieuses. Son amour pour les pauvres était si grand, qu'un jour elle donna la dernière pièce de monnaie qui restait à la maison. On raconte que dans un temps de disette où les pauvres mouraient de faim, elle disposa en leur faveur d'un champ que le monastère possédait, et qui était ensemencé de fèves; cet exemple toucha les cultivateurs qui se montrèrent plus charitables.

Dieu, pour récompenser dès cette vie sa servante, lui accorda le don de prophétie et le don des miracles. A l'âge de soixante-dix ans, elle fut frappée d'apoplexie; elle en demeura malade pendant trois ans, et son côté droit fut complètement paralysé. Mais tel était son amour pour le divin Sauveur, et telle était pour elle la tendresse de ses filles spirituelles, que chaque jour elles la portaient à l'église au moment de l'élévation. L'heure de sa mort étant enfin venue, son visage s'illumina tout à coup, et rayonna de gloire, et dans ses yeux brilla la douce joie qui anime les enfants lorsque, après une longue séparation, ils revoient leur mère. Durant sa vie, elle avait été généralement regardée comme une Sainte. Son véritable nom était Oringa; mais à cause de sa vie exemplaire, le peuple l'appela Christiana, c'est-à-dire Chrétienne; et ce nom lui est resté. Quand elle fut morte, son corps fut exposé à la vénération publique, et il y eut une affluence très-considérable. Son visage conserva même après la mort la beauté merveilleuse qu'on avait remarquée à sa dernière heure; et en outre on ne vit chez elle aucun commencement de putréfaction, quoiqu'elle ne fût ensevelie que le dixième jour. On dit qu'une personne de mauvais renom, poussée par la curiosité, s'étant aussi présentée dans la foule, la Sainte se couvrit le visage de sa robe. Par d'autres miracles encore, Dieu fit voir combien était grande devant lui cette fidèle servante.

Son corps fut exempt de corruption jusqu'en 1514, où il fut consumé dans un incendie. Le culte que l'on rend à la Bienheureuse Chrétienne de Sainte-Croix a été approuvé par le pape Pie VI.

De tous les états, celui de domestique est peut-être le plus commun. Les hommes l'estiment peu; et celui que le sort a condamné à cette humble condition s'imagine souvent que Dieu l'a placé au-dessous des autres hommes. Mais Dieu juge tout autrement. Le Seigneur Jésus lui-même a dit : « Quiconque veut être grand parmi vous doit être votre serviteur, et quiconque veut être parmi vous le premier, doit être votre serviteur; de même que le Fils de l'homme n'est pas venu pour être servi, mais pour servir ».

Beaucoup s'imaginent qu'il est difficile de servir Dieu dans l'état de domesticité; mais, en y bien réfléchissant, on voit qu'il n'y a peut-être aucun état où il soit plus facile de servir Dieu et de faire son salut, que celui-ci. Oui, mon cher lecteur, si Dieu, en vous donnant un enfant, vous demandait : Voulez-vous qu'il soit un jour roi ou domestique? Je vous le dis en vérité : mille fois sur une, il vaudrait mieux pour votre enfant d'être domestique, que d'être roi.

Dans cet état, la vie est plus simple et les tentations moins nombreuses et moins fortes que dans les autres. Dans cet état, l'on peut atteindre à un haut degré de sainteté, comme on le voit en sainte Chrétienne et en plu-

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sieurs autres Saints. Peut-être ne vous sera-t-il pas donné de parvenir aussi loin qu'elle en cette voie ; mais en tout cas, si vous êtes domestique, vous pourrez facilement, si vous le voulez, mener une vie pieuse et méritoire devant Dieu. Par exemple, quand vous filez, quand vous lavez, quand vous faites cuire les aliments de vos maîtres, ou que vous allez travailler aux champs, ou que vous gardez les bestiaux, qui vous empêche d'élever votre âme vers Dieu ? Toujours et partout le bon Dieu est près de vous ; il vous aime et il vous estime plus que vous ne pensez ; il est toujours prêt à écouter vos prières, à prêter une oreille attentive même à vos soupirs ; toujours il est prêt à y répondre avec une bonté paternelle. — Cette société n'est-elle pas de votre goût ? et ne vous semble-t-il pas qu'elle est au moins aussi noble et distinguée que celle des personnes riches et somptueuses que vous voyez parfois parader dans le monde ? Oui, encore une fois : la pauvre servante qui, le samedi soir, est assise silencieuse dans sa chambrette, raccommodant ses habits et pensant à Dieu, est plus grande et plus précieuse devant lui, que le grand du monde qui, vêtu d'or et de soie, et suivi par de nombreux laquais, se rend avec pompe à ces réunions frivoles où s'échangent des compliments mensongers, où se goûtent des plaisirs dangereux.

Sans doute, il n'est que trop vrai que vous êtes obligé, par votre état, de travailler beaucoup pour peu d'argent. Mais nous allons vous indiquer le moyen de vous faire donner des gages infiniment plus élevés. Ce moyen, c'est de servir Dieu dans la personne de vos maîtres, en vous soumettant humblement et avec une pieuse résignation à sa sainte volonté, et, en portant votre croix avec joie, jusqu'à ce qu'il lui plaise de la reprendre. Si vous faites cela, Dieu vous récompensera magnifiquement ; il estimera vos humbles services autant que l'hôpital fondé par un millionnaire, ou que les fonctions sacerdotales remplies par votre curé, ou que les soins donnés gratuitement aux pauvres par un médecin charitable. Vous êtes-très-pauvre ? Nous le croyons ; et cependant nous vous le disons : vous pouvez, comme sainte Chrétienne, malgré votre pauvreté, faire quelquefois l'aumône à un plus pauvre que vous. Le peu que vous donnerez sera compté plus aux yeux de Dieu que les écus du riche ; car votre obole de billon sera pour lui comme une pièce d'or ; parce que Dieu pèse les cœurs et les intentions plus que les faits et les œuvres extérieures.

Toutefois, aucun état n'est entièrement exempt de tentations. Peut-être vous trouvez-vous dans une maison où votre innocence court risque de faire naufrage, attaquée qu'elle est par des promesses trompeuses, ou même par des présents. Peut-être êtes-vous en condition chez des maîtres sans religion, ou qui par cupidité vous chargent tellement d'ouvrage qu'il vous est impossible, même les dimanches et les fêtes, d'assister régulièrement au service divin. Dans ce cas, songez que le plus malheureux des êtres, c'est un domestique qui a perdu Dieu, le souverain bien. Dans cette vie il n'a devant lui que la honte, la misère et le désespoir ; et dans l'autre monde, que la mort éternelle, qui est le dernier et le plus horrible de tous les maux. Si vous restez dans une telle maison, vous courez risque de perdre votre innocence et votre religion. Quand même vous auriez mille écus de gages, hâtez-vous de vous en aller ailleurs, et quand même vous devriez vous trouver sans place, quittez cependant. Faites ce sacrifice à Dieu ; il ne manquera certainement pas de prendre soin de vous et de vous récompenser. Sainte Chrétienne a quitté la maison paternelle pour échapper à un mariage honnête et avantageux ; et plus tard elle renonce à une position honorable, pour aller visiter les sanctuaires de Rome. A plus forte raison devez-vous renon-

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cer à votre emploi, quand on demande de vous la perte de votre vertu, ou qu'on veut vous empêcher de pratiquer votre religion. Sainte Chrétienne n'était qu'une pauvre fille, ignorée du monde; mais parce qu'elle a été fidèle à Dieu jusqu'à la fin, Dieu aussi l'a récompensée fidèlement, en l'admettant à la félicité éternelle : soyez fidèles comme elle, et vous aurez un jour la même récompense.

L'attribut de sainte Chrétienne est le lièvre : on a vu plus haut le pourquoi.

Nous avons emprunté ces pieuses réflexions à la vie de sainte Chrétienne par M. l'abbé A. Stoiz.

Événements marquants

  • Garde des troupeaux durant l'enfance
  • Fuite de la maison paternelle pour éviter un mariage forcé
  • Traversée miraculeuse d'une rivière à pied sec
  • Service domestique à Lucques puis à Rome
  • Pèlerinages au Mont-Gargan et à Assise
  • Fondation d'un monastère suivant la règle de saint Augustin
  • Paralysie suite à une apoplexie à 70 ans

Miracles

  • Traversée d'une rivière à pied sec
  • Guidée par un lièvre dans sa fuite
  • Apparition de saint Michel sous la forme d'un diacre
  • Don de prophétie
  • Incorruptibilité du corps jusqu'en 1514
  • Le cadavre se couvre le visage devant une personne de mauvaise vie

Citations

Serviteurs, obéissez ; ne servez pas vos maîtres devant eux seulement ; mais servez-les avec affection, regardant en eux le Seigneur et non les hommes.

— Éphésiens, VI, 5-7 (en exergue)

Date de fête

18 fevrier

Décès

Inconnue (morte à 73 ans) (naturelle)

Invoqué(e) pour

protection de la chasteté, pauvreté évangélique

Autres formes du nom

  • Chrétienne (fr)
  • Christiana (la)
  • Chrétienne de Sainte-Croix (fr)

Prénoms dérivés

Oringa, Christiane, Christine

Famille

  • Inconnus (frères)