La Très-Sainte Vierge (Immaculée Conception)

Mère de Dieu

Fête : 8 decembre 1ᵉʳ siècle • sainte

Résumé

La fête de l'Immaculée Conception célèbre le privilège unique de la Vierge Marie, conçue sans la tache du péché originel. Née de Joachim et Anne après vingt ans de stérilité, elle fut préservée de toute souillure pour devenir la digne Mère de Dieu. Ce dogme, préfiguré dans l'Ancien Testament, fut solennellement proclamé par le pape Pie IX en 1854.

Biographie

FÊTE DE L'IMMACULÉE CONCEPTION

DE LA TRÈS-SAINTE VIERGE.

Érigée en dogme en 1854. — Pape : Pie IX.

*Tuta pulchra es, amica mea, et macula non est in te.*

Vous êtes toute belle, Vierge bien-aimée, et l'œil scrupuleux d'un Dieu n'a pu découvrir en vous la moindre tache.

*Cantique des Cantiques, IV, 7.*

Joachim était vieux et Anne stérile; ainsi, il n'y avait nulle apparence qu'ils dussent avoir des enfants, n'en ayant point eu depuis vingt ans qu'ils étaient unis par les liens du mariage. Mais ils allèrent au temple, offrirent un sacrifice, adressèrent leurs prières et leurs vœux au ciel, les accompagnèrent de soupirs et de larmes, et distribuèrent libéralement leurs biens aux ministres de l'autel et aux pauvres, afin que, donnant à Dieu ce qui était en leur pouvoir, ils reçussent aussi de sa main le trésor de ses bénédictions. Leurs désirs furent enfin exaucés, et Anne, nonobstant son âge et

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sa stérilité, conçut cette fille admirable, après laquelle tous les siècles avaient soupiré. « Ainsi », dit saint Jean Damascène, « une femme stérile et épouse d'un vieillard devint mère, afin que ce miracle préparât les hommes à un prodige incomparablement plus grand, qui était l'union singulière de la maternité avec la virginité, laquelle se devait faire peu d'années après dans celle qui était le fruit de ce premier miracle ».

C'est cette auguste conception de Marie qui est aujourd'hui le sujet de l'allégresse et de la vénération de l'Église. Elle se réjouit de voir le lever de cette aurore, qui lui vient annoncer les approches du soleil de justice. Elle se réjouit de voir la formation de cette arche, qui doit la sauver du déluge général du péché. Elle se réjouit de voir la naissance de cet arc-en-ciel, qui l'assure que la colère de Dieu sera bientôt apaisée. Mais, ce qui la remplit particulièrement de joie, c'est que la conception de Marie n'a rien de la honte et de l'infamie de celle des autres hommes. Dans celle-ci la matière est impure; la forme, qui est l'âme raisonnable, est souillée des ordures du péché, et l'esprit, qui est la plus noble portion de cette âme, est enseveli dans les ténèbres et privé de toute connaissance. Mais dans celle de Marie, nous trouvons des avantages tout contraires. La matière est parfaitement purifiée, l'âme est exempte de péchés et enrichie des plus beaux ornements de la grâce; l'esprit est rempli d'une très-haute connaissance des vérités divines et humaines.

Les saintes lettres nous apprennent que la volonté de tous les hommes étant renfermée dans celle du premier, qui était leur chef dans l'ordre moral aussi bien que dans l'ordre naturel, ils ont tous péché en lui et par lui, et ils viennent tous au monde avec la tache et l'infamie de ce péché. C'est de là que saint Paul conclut la nécessité d'un réparateur, et que les Conciles et les Pères infèrent avec tant de force contre les Pélagiens, que personne ne peut être sauvé que par la miséricorde de Dieu et par la grâce médicinale de Jésus-Christ. Mais nous avons des preuves certaines tirées des mêmes saintes Écritures, des écrits des saints Pères, de la sage conduite et des décrets de l'Église, du consentement des fidèles, et de ce que nous dictent la raison et le bon sens, que Marie, seule entre toutes les femmes et seule entre toutes les personnes qui sont nées d'Adam par la voie d'une génération commune, doit être exceptée de cette généralité.

Il semble que Dieu nous l'ait voulu apprendre dès le commencement du monde, par sa malédiction contre le serpent qui avait trompé la première femme et l'avait portée à manger du fruit défendu. *Inimicitiae*, lui dit-il, *ponam inter te et mulierem, semen tuum et semen illius; ipsa conteret caput tuum* : « Je mettrai une inimitié entre toi et la femme, entre ta postérité et la sienne; mais elle prévaudra sur toi et t'écrasera la tête ». Saint Irénée, saint Cyprien, saint Épiphane et les autres Pères disent que Dieu, par cette femme, entend la sainte Vierge, et quelques-uns d'entre eux remarquent que c'est pour cela qu'il ne dit pas : « Je mets dès à présent » ; mais : « Je mettrai ». Il veut donc nous signifier qu'entre Marie et le démon, représenté par le serpent, de même qu'entre Jésus-Christ et toutes les puissances de l'enfer, il y aura une guerre perpétuelle et irréconciliable, et que dans cette guerre elle sera toujours victorieuse et brisera la tête de son ennemi. Or, cela ne serait pas si, dans le moment de sa conception, elle avait été souillée du péché originel. Bien loin d'être alors en guerre avec le démon et d'en être victorieuse, elle aurait été son amie ou plutôt son esclave, elle aurait plié sous sa puissance et sous sa domination. Il y aurait eu divorce entre elle et Jésus-Christ, et elle se serait trouvée dans un état

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où Dieu n'aurait pu avoir aucune amitié ni aucune inclination pour elle. Il faut donc nécessairement reconnaître qu'elle a été préservée de cette misère générale qui a inondé tout le genre humain, et qu'elle n'a jamais contracté le péché originel.

L'Époux des Cantiques déclare bien clairement ce privilège singulier de Marie, lorsqu'il lui dit au chapitre IV : « Vous êtes toute belle, ma bien-aimée, et il n'y a nulle tache en vous ». Car si elle est toute belle, elle ne l'est donc pas seulement dans sa naissance, dans sa vie, dans sa mort, dans sa résurrection et dans l'état de gloire qu'elle possède dans le ciel ; elle l'est aussi, ou elle l'a été, dans le moment de sa création, et elle n'a jamais été sans être belle. Et s'il n'y a nulle tache en elle, il faut donc en exclure non-seulement le péché mortel et le péché véniel, mais aussi le péché originel, qui, selon saint Augustin et les autres Pères, est une difformité horrible, laquelle rend une âme exécrable aux yeux de Dieu.

Toutes les figures de l'Ancien Testament, que les interprètes sacrés ont perpétuellement appliquées à la sainte Vierge, nous conduisent aussi à la même vérité. Ce vaisseau de Noé qui voguait heureusement sur les eaux du déluge, sans en recevoir aucun dommage pendant que tout le reste du monde en était submergé ; cette arche d'alliance, formée de bois incorruptible, dorée dedans et dehors, et qui ne contenait que les Tables de la loi, la manne et la verge de Moïse ; cette toison de Gédéon, qui demeura sèche, pendant que toute la terre d'alentour était trempée, et qui fut couverte de rosée dans la sécheresse générale du champ où elle était étendue ; cette nuée du prophète Élie, qui s'éleva du fond de la mer sans en emporter aucune amertume, étaient des prophéties sensibles que Marie, naissant d'une race corrompue, ne contracterait rien de sa corruption, et qu'étant au milieu des pécheurs elle n'aurait nulle part à leur péché.

Tel a été le sentiment des plus anciens Pères de l'Église. Ils ont toujours appelé la sainte Vierge « très-pure, très-irrépréhensible et très-immaculée », sans qu'aucun d'eux l'ait jamais comprise en particulier dans la loi générale du péché. Quelques-uns la saluent « plus belle que les chérubins, plus pure que les séraphins, plus innocente et plus sainte que tous les esprits célestes ».

Il est vrai que, lorsque cette vérité, qui était comme cachée dans le sein de l'Église et renfermée dans les propositions générales dont les saints Pères s'étaient servis, commença à se développer, il y eut à son sujet plusieurs contestations entre les docteurs ; mais, après quelque temps de discussion, tout le monde se déclara pour elle. Plusieurs fois le Saint-Siège, voyant que les fidèles honoraient la Conception immaculée de Marie, encouragea cette dévotion, autorisa une fête spéciale, défendit d'enseigner la doctrine contraire, et rendit l'office de l'Immaculée Conception avec octave obligatoire pour tout l'univers catholique. Enfin, le 8 décembre 1854, un des jours les plus fortunés et les plus glorieux de l'humanité sur la terre, nous avons vu ce après quoi les siècles précédents avaient soupiré avec tant d'ardeur, le vicaire de Jésus-Christ, Pie IX, le successeur de saint Pierre, déclarer du haut de la chaire apostolique que la croyance de l'Immaculée Conception de la très-sainte Vierge Marie est une doctrine de foi et que personne ne peut la nier sans se séparer de l'unité de l'Église.

D'ailleurs, plusieurs excellentes raisons suffiraient sans la décision formelle de l'Église pour nous persuader de cette doctrine. Marie est mère de Dieu, et elle a pour fils Jésus-Christ, le Saint des Saints. Cette vérité, qui a été si solennellement définie au concile d'Éphèse contre les blasphèmes de

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Nestorius, est reçue et révérée de tous les fidèles. Saint Pierre Damien, à la suite des Pères et des Docteurs, appelle cette dignité de Mère de Dieu « une dignité immense », et assure qu'il n'y a que l'Ouvrier même qui puisse surpasser ce grand ouvrage. Dieu voulant faire une faveur si incompréhensible à Marie, voulant l'élever à une dignité si admirable, voulant la mettre au-dessus des trônes, des chérubins, des séraphins et de toute créature possible, voulant enfin la rendre telle qu'il n'y eût et ne pût y avoir personne plus digne au-dessous de lui, pouvait-il permettre qu'à sa Conception elle fût l'esclave du démon, l'héritière de l'enfer et une créature maudite et exécrable, digne de son horreur et de ses malédictions ? N'aurait-il pas donné par là un grand sujet à Satan de se glorifier d'avoir été, du moins un moment, le maître et le souverain d'une créature si précieuse, et de l'avoir eue sous sa puissance et sa domination ? Et n'aurait-il pas, en même temps, fait tort à la gloire de sa toute-puissance, en ne faisant qu'à demi cet ouvrage si rare et si excellent ?

D'ailleurs Marie, pour être digne Mère du Verbe divin, a dû participer, d'une manière très-éminente, aux perfections et à la sainteté du Père éternel, puisqu'elle devait être son Vicaire sur la terre et donner une vie humaine à Celui à qui il donne une vie divine dans l'éternité. Or, la sainteté de Dieu est une sainteté perpétuelle et immuable ; il est Saint, il a toujours été Saint, et c'est dans les splendeurs des Saints qu'il a engendré son Verbe ; donc Marie, pour être digne Mère de Dieu, a dû toujours être sainte, et jamais infectée de la corruption d'aucun péché, ni conséquemment du péché originel.

Il fallait encore pour cela qu'elle fût semblable à Celui qu'elle devait mettre au monde, puisqu'il doit y avoir de la ressemblance entre le Fils et la mère, et que lorsqu'elle ne s'y trouve pas, c'est un défaut de la génération. Or, le péché originel n'est autre chose, selon saint Denis, qu'un état de dissemblance d'avec Dieu, *habitus dissimilitudinis Dei* ; et non-seulement de dissemblance, mais aussi d'opposition, de contrariété et d'incompatibilité ; car Jésus-Christ hait nécessairement celui qui est souillé de ce crime, et, le haïssant, il le condamne et le rejette nécessairement de devant ses yeux. Jugez donc si Marie, destinée à être sa mère, a pu jamais contracter ce péché et en être souillée.

Enfin, elle devait être telle que ce ne fût pas un opprobre et une confusion pour lui de la reconnaître pour sa mère. Or, si jamais elle avait été criminelle, ce serait sans doute un opprobre et un sujet de honte et de confusion pour sa majesté souveraine et infinie de la reconnaître et l'avouer pour sa mère. Il n'y a point de doute qu'un honnête homme ne rougisse des fautes et des désordres de ceux qui l'ont mis au monde. Ainsi, Marie, étant choisie de toute éternité pour être la digne mère du Fils de Dieu et une mère qui fût, non pas sa confusion, mais son honneur et sa gloire, il faut sans doute avouer qu'elle a été préservée du péché et qu'elle a été conçue dans l'innocence et dans le privilège d'une très-éminente sainteté.

Nous serons encore plus certains de cette vérité, si nous faisons réflexion sur l'assistance que son Fils, qui n'était pas encore selon son humanité, mais qui subsistait selon sa divinité et la regardait déjà comme sa mère, devait lui rendre au moment de sa conception. Car il est certain qu'en ce moment si important il pouvait la préserver du péché en lui donnant par avance la grâce d'une sanctification parfaite. Or, s'il le pouvait, comment pouvons-nous nous imaginer qu'il ne l'ait pas fait et n'ait pas voulu le faire ? Ne nous commande-t-il pas aussi d'honorer nos pères et nos mères et de

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les assister dans leurs besoins le plus promptement qu'il nous est possible ? Quoi ! aurait-il manqué à une loi qu'il a prescrite aux autres enfants ?

De plus, Marie devait être coopératrice de son Fils dans la rédemption des hommes. Nous ne lui attribuons ce privilège qu'après tous les Pères de l'Église. Le pape Innocent III, au sermon de l'Assomption, dit en un mot : *Quidquid damnavit Eva, salvavit Maria* ; « Marie a sauvé tout ce qu'Ève avait perdu ». Ce n'est pas qu'elle nous ait rachetés par ses satisfactions et par ses mérites, mais elle a fourni la chair et le sang qui ont servi à notre rédemption ; elle a été le premier autel où le Sauveur s'est immolé, et elle l'a sacrifié pour nous en même temps qu'il s'est sacrifié lui-même. La conséquence de ce principe, c'est que Marie n'a pas été pécheresse ; car, comment aurait-elle travaillé à la délivrance et à la réconciliation des pécheurs, si elle-même avait été un instant du nombre infortuné des pécheurs ? Il fallait pour cela qu'elle participât au sacerdoce de son Fils et que, comme dit saint Épiphane, elle fût le Prêtre et l'Hostie de notre rachat. Saint Paul ne dit-il pas aussi que notre Prêtre doit être saint, innocent, pur et sans tache ; il fallait qu'elle fût singulièrement et souverainement agréable aux yeux de Dieu, et comment aurait-elle eu cette prérogative si elle avait autrefois été criminelle, et que, par son ancien crime, elle fût, comme les autres hommes, la meurtrière de celui à qui elle avait donné la vie ? Il fallait qu'il n'y eût rien à effacer et à pardonner en elle, et n'y aurait-il eu rien à lui pardonner, si la mort de son Fils avait été offerte, non pas pour la préserver du péché, mais pour la réconcilier après en avoir contracté la tache ? Elle n'a donc jamais été coupable, et c'est par cette parfaite innocence qu'elle a justement mérité d'être associée à l'office et à la gloire de notre rédemption.

Enfin, Marie est comme la générale des armées de Dieu : à ce titre elle a dû aussi n'avoir jamais de péché. Le Saint-Esprit, au Cantique des cantiques, nous la représente, non-seulement comme une guerrière intrépide, mais aussi comme une armée tout entière rangée en bataille et terrible à ses ennemis ; Salomon, comme une tour défendue de mille boucliers et comme un lit nuptial environné des soixante forts d'Israël. Tous les Pères enfin lui appliquent ces paroles du chapitre III de la Genèse : *Ipsa conteret caput tuum* ; « C'est elle qui te brisera la tête ». Cela nous permet-il de croire qu'elle ait jamais été vaincue par Satan, qu'elle ait plié sous son joug et qu'elle ait été sa captive ? Qu'est-ce que la tête du serpent, sinon le péché originel ? N'est-ce pas par ce péché que tous les hommes ont été blessés, et que le poison des autres péchés s'est insinué dans le monde ? Si donc Marie a écrasé la tête du serpent, ne faut-il pas avouer qu'elle a surmonté le péché originel et qu'elle n'en a jamais été l'esclave ?

Comme l'exemption du péché est inséparable de la grâce sanctifiante, cette grâce fut dans Marie plus grande qu'aucune qui ait jamais été donnée aux autres créatures, non-seulement dans leur première origine, mais aussi dans la consommation de leur perfection ; elle fut même plus grande que celle de tous les anges et de tous les hommes ensemble ; parce que, selon saint Augustin, saint Bernard et saint Thomas, sa grâce a dû être proportionnée à la dignité à laquelle elle était destinée. Or, la dignité de Mère de Dieu vaut mieux elle seule que tout ce que nous pouvons concevoir de grand et de magnifique dans les anges et dans les hommes : les Pères l'appellent « infinie, indicible, incomparable, incompréhensible » ; donc, sa grâce a surpassé toute celle qui a été infuse aux anges et aux

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hommes, et toute celle à laquelle ils sont arrivés par leurs mérites et leurs bonnes œuvres.

D'ailleurs, cette grâce avait tous les avantages intérieurs de la justice originelle, qui étaient de soumettre l'esprit à Dieu, la chair à l'esprit et les mouvements de la nature à la raison, et de donner une puissance parfaite de ne jamais pécher ni mortellement, ni véniellement. Car ce qui fait que la grâce n'a point en nous ces avantages, c'est que nous les avons perdus par le péché de notre origine. Puis donc que la sainte Vierge n'avait aucune part à cette tache, il faut avouer que sa grâce avait toute la force et la vigueur de la justice originelle. De tout ce que nous venons de dire, il est manifeste que l'âme de la sainte Vierge, dans sa Conception, n'a point été souillée des ordures du péché, mais qu'elle a été au contraire embellie des plus précieux ornements de la grâce.

Nous ajoutons que la matière dont son corps a été formé a été parfaitement purifiée. Nous sommes obligé d'avouer avec honte que le péché de notre premier père a tellement corrompu et infecté la substance qui sert à notre génération, qu'elle est en nous une semence de désordres et de crimes. Elle allume la concupiscence, elle anime les passions, elle excite les rébellions de la chair contre l'esprit, et elle nourrit cette guerre intestine et perpétuelle qui est entre le corps et l'âme, entre la partie supérieure et la partie inférieure. Mais cette corruption n'a point eu lieu en la sainte Vierge ; la matière que la grâce plutôt que la nature préparait à sa formation a été entièrement dégagée de cette contagion, et elle lui a été donnée dans un état si pur, qu'elle était incapable d'aucun mouvement déréglé. Trois raisons nous persuadent cette vérité : la première, que cette matière devait composer le corps d'une Vierge plus pure que les trônes, que les chérubins et que les séraphins ; et si pure, selon la manière de parler de saint Anselme et du Docteur angélique, qu'on ne peut concevoir au-dessous de Dieu une pureté plus grande et plus parfaite : la seconde, c'est que cette matière devait aussi servir à la composition du corps de Jésus-Christ ; car la chair de Jésus a été formée de celle de Marie, et on peut dire même qu'il y a eu un temps où elle n'a été qu'une même chair avec celle de Marie ; la troisième, qu'ensuite cette matière devait servir pour Jésus-Christ à la rédemption du genre humain, et être offerte au Père éternel comme une Hostie sans tache pour notre réconciliation et notre salut.

Il reste, pour faire voir la perfection de sa Conception, à montrer que son esprit en ce moment n'a pas été enveloppé de ténèbres, mais qu'il a joui des plus nobles lumières de la nature et de la grâce pour connaître les vérités divines et humaines. C'est ce que nous apprend saint Jérôme lorsqu'il dit qu'elle n'a jamais été dans les ténèbres, mais toujours dans la lumière : *Non fuit in tenebris, sed semper in luce*. C'est aussi ce que l'Église nous enseigne lorsqu'elle lui applique tout ce qui est dit de la Sagesse dans les *Proverbes* et dans l'*Ecclésiastique* ; car il est impossible que la Sagesse soit dans l'obscurité et dans l'ignorance. Si donc Marie a mérité le nom glorieux de Sagesse, nous devons être persuadés qu'elle n'a jamais été un seul moment sans jouir de la lumière de la raison et d'une intelligence très-parfaite. Au moment qu'elle fut sanctifiée, c'est-à-dire au moment même de sa Conception, elle fut douée de l'usage de la raison ; elle jouit des plus sublimes lumières pour connaître Dieu et se connaître elle-même, et pour faire des actes proportionnés à la grandeur de la grâce et à l'éminence de la charité qui lui étaient données.

Quelques théologiens ajoutent que, comme on ne saurait lui dénier le

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grand privilège que saint Augustin et saint Thomas disent avoir été accordé à Moïse et à saint Paul, de voir quelques moments en cette vie la pure lumière de l'essence divine, on peut croire que l'instant de sa Conception fut un de ces précieux instants où une ferveur si admirable lui fut conférée. Ce n'est pas ici le lieu de traiter à fond des sujets si importants. Nous nous contenterons de dire avec Denis le Chartreux, que, comme Marie a été très-semblable à son Fils en sainteté, aussi elle lui a été très-semblable en connaissance et en sagesse ; et avec l'abbé Rupert, que son Époux l'a tellement fait entrer dans ses celliers, qu'il ne lui a rien caché des hautes vérités des saintes Écritures.

Quelle a donc été la gloire, l'éminence et la perfection de sa Conception ? et n'avons-nous pas sujet de nous écrire aujourd'hui avec une sainte allégresse : « Votre Conception, ô Vierge, Mère de Dieu, a rempli tout le monde et toutes les créatures de joie ? Nous n'y trouvons point les défauts et les misères de la nôtre ; votre âme y est sans tache, votre corps y est sans souillure, votre esprit y est sans ténèbres. Tout y est saint, tout y est pur, tout y est lumineux, tout y est digne d'une Mère de Dieu, tout y est digne de celui qui doit naître de vous, tout y est digne de celui qui doit réparer le monde par le corps et le sang qu'il recevra de vous ». Faut-il s'étonner après cela si l'on a établi une fête pour honorer tous les ans un mystère si grand et si digne de respect et de louanges ?

On ne peut pas préciser l'époque où elle a commencé dans les Églises d'Orient et d'Occident. Elle a été célébrée parmi les Grecs, au moins dans quelques églises particulières, dès le viᵉ siècle. En Occident il n'en est pas fait mention avant le xiᵉ siècle.

La très-sainte Vierge, honorée spécialement dans le mystère de sa Conception immaculée, est la patronne des tapissiers, tondeurs de drap et tonneliers. Ce patronage nous semble bizarre, et nous avons ne pouvoir expliquer en rien son origine.

Événements marquants

  • Conception miraculeuse par Anne et Joachim
  • Préservation du péché originel dès sa conception
  • Définition du dogme par Pie IX en 1854

Miracles

  • Conception par une mère stérile et un père âgé
  • Préservation miraculeuse du péché originel
  • Usage de la raison dès l'instant de sa conception

Citations

Tuta pulchra es, amica mea, et macula non est in te.

— Cantique des Cantiques, IV, 7

Ipsa conteret caput tuum

— Genèse, III

Date de fête

8 decembre

Époque

1ᵉʳ siècle

Invoqué(e) pour

pureté, réconciliation des pécheurs, protection contre le démon

Autres formes du nom

  • Sainte Vierge (fr)
  • Mère du Verbe divin (fr)

Prénoms dérivés

Marie

Famille

  • Joachim (père)
  • Anne (mère)
  • Jésus-Christ (fils)