Notre-Dame de Médous (Sancta Maria de melle dulci)

Vierge Marie

Fête : 2 aout 16ᵉ siècle • sainte

Résumé

En 1588, la Vierge Marie apparaît à une veuve pieuse, Domenge Liloye, pour avertir la ville de Bagnères d'un châtiment imminent. Après avoir ignoré l'appel à la pénitence, la cité est ravagée par la peste. Le fléau ne cesse qu'après un vœu de procession annuelle à la chapelle de Médous.

Biographie

NOTRE-DAME DE MÉDOUS,

PRÈS DE BAGNÈRES-DE-BIGORRE, AU DIOCÈSE DE TARBES

*Advocatum habere vis ad Christum? ad Mariam recurre : exaudiet atque Matrem Filius.*

Voulez-vous avoir une avocate auprès du Christ? Allez, recours à Marie ; très-certainement le Fils exaucera sa Mère.

S. Bernard, *Serm. de Nat. B. M. V.*

A l'entrée de la vallée de Campan, près de Bagnères-de-Bigorre (*Aqua Convenarum*, Hautes-Pyrénées, sur l'Adour), s'élevait jadis un monastère renommé par une sainte image de la Vierge, Notre-Dame de Médous, *sancta Maria de melle dulci*. Le couvent, jadis habité par des Capucins, a été détruit; la statue vénérée existe encore; sauvée pendant la Révolution par la piété populaire, elle orne aujourd'hui le maître-autel de l'église d'Asté.

Cette statue, apportée, dit-on, d'Italie, possède des qualités du premier ordre et présente le cachet des maîtres italiens du XVIIe siècle. La divine pureté de la tête de la Vierge, la majesté de sa pose, l'ampleur harmonieuse des draperies indiquent un ciseau qui savait s'inspirer des dessins de Raphaël. Au milieu du profond dénuement de nos provinces pyrénéennes à l'endroit des œuvres artistiques de la Renaissance, on est heureux de retrouver, dans l'église d'un village, un marbre qui ne serait pas indigne de figurer dans une des belles basiliques de Rome.

Médous avait des protecteurs puissants dans les nobles vicomtes d'Asté, plus tard ducs de Gramont, qui offrirent cette statue à la chapelle du monastère voisin. Ces opulents seigneurs aimaient à orner les églises d'objets d'art.

Nous ne recueillerons pas toutes les traditions orales qui se rattachent au culte de la Vierge de Médous. Mais voici un fait merveilleux, authentiquement constaté, et dont les preuves existent encore aux archives de Bagnères.

L'année qui précéda la contagion dont la ville de Bagnères fut affligée, c'est-à-dire en l'année 1588, l'hiver fut si rude que la rivière de l'Adour se glaça. On pouvait marcher sur la glace : il fallait la rompre avec effort autour des moulins pour pouvoir moudre le blé. Le pain durcissait et résistait au couteau; on était obligé de le remettre au four pour le faire dégeler; et jamais, auparavant ni depuis, on n'avait vu une telle glace.

La même année, la pluie tomba en telle abondance que l'eau entrait dans toutes les maisons de la ville et dépassait le pont de l'Adour. La veille de Pâques, la neige tomba en si grande quantité qu'on ne pouvait entrer dans la ville ni en sortir, qu'on ne pouvait marcher dans les rues et que les animaux qu'on portait au marché mouraient en route. La veille de Saint-Jean, il grêla si étrangement que la grêle tuait les oiseaux, mutilait les arbres et brisait les toitures. Toutes les eaux, ordinairement si limpides, des rivières et des fontaines de Bagnères, furent infectées d'une sorte d'animacules étranges, et les hommes ni les animaux ne pouvaient en boire avant qu'elles eussent été clarifiées.

Peu de temps avant la contagion, des truites d'une longueur extraordinaires, abandonnant le lit de l'Adour, circulèrent dans les ruisseaux des rues, et jamais on n'avait vu ces poissons aussi énormes ni en aussi grande quantité. Les chiens et les chats ne faisaient que pousser des cris plaintifs et lamentables, la nuit et le jour, dans l'intérieur des maisons et au dehors.

Or, en ce temps-là, vivait à Bagnères une pauvre femme douée d'une grande vertu, et nommée Domenge Liloye. Elle était née à Beaudéan. Devenue veuve, elle habitait la ville, au quartier du pied du Pouey, avec sa fille Andrelle, âgée de treize à quatorze ans.

La sainte veuve ne paraissait guère en public que pour aller à la messe ou aux processions. Elle avait une dévotion toute particulière pour Notre-Dame de Médous; elle se rendait à la chapelle en faisant le trajet pieds nus, et quelquefois même en se traînant sur les genoux. Souvent Andrelle la suivait. Et tout le monde admirait la dévotion et les mortifications de la mère et de la fille.

Un jour la Vierge lui apparut dans la chapelle de Médous, et lui ordonna de prévenir les prêtres et les consuls de Bagnères de faire pénitence et de se mettre en prières pour désarmer la colère du ciel. Un grand malheur les menaçait; ils devaient tâcher de le détourner par des supplications publiques, par des processions à l'église de Médous.

Liloye parla aux habitants de Bagnères de ce que Notre-Dame lui avait annoncé; mais ceux-ci ne tinrent aucun compte de ces avertissements.

Peu de temps après, la peste éclata dans la ville. Les cinq sixièmes du peuple furent enlevés. Il ne survécut que ceux qui avaient cherché au loin leur salut dans la fuite. Tout le reste périt. Une année entière s'était écoulée depuis la cessation du fléau, lorsque les habitants rentrèrent dans leurs maisons purifiées et rebâtis.

Une des principales dames de la ville, Simone de Souville, surnommée Mourelle, se permit de railler Liloye des frayeurs qu'elle avait causées avec ses visions, et elle lui répétait que la peste n'avait atteint que ceux qui étaient trop pauvres pour se faire soigner. La sainte veuve répondit qu'elle n'avait dit que ce que la Vierge elle-même lui avait commandé de dire.

Liloye n'avait pas cessé de fréquenter l'église de Médous. Elle frappait sa poitrine avec une pierre pour demander à Dieu, par l'intercession de sa mère, miséricorde pour les Bagnerais. Lorsqu'elle allait à Médous, si la porte se trouvait fermée, elle se mettait à genoux et priait: aussitôt, elle voyait la porte s'ouvrir, et elle pouvait achever sa prière au pied de l'autel. Peu de jours après les propos railleurs de Simone de Souville, Notre-Dame de Médous lui apparut de nouveau et lui dit: « Va prévenir Simone de Souville que le fléau ne tardera pas à reparaître; cette fois-ci il épargnera les pauvres et ne frappera que les riches. Elle-même sera la première victime; qu'elle songe donc à se préparer à bien mourir ».

Liloye lui fit part des paroles de la Vierge, et bientôt après, la peste reparut à Bagnères, et Simone de Souville fut la première qui succomba, et elle fut enterrée à la Montjoie, sur la route de Campan, que, depuis lors, les gens de Gerde appellent la Montjoie de Mourelle.

Comme un grand nombre de personnes périssait de la contagion, le peuple de Bagnères fit vœu d'aller en procession générale à Notre-Dame de Médous, et la peste aussitôt cessa. Dans cette procession, tous les habitants de la ville accoururent, grands et petits. A leur tête marchaient Liloye et sa fille vêtues de blanc, pieds nus, un cierge à la main. Les Dominicains renouvelèrent la procession pendant neuf jours; la ville de Bagnères la continua

2 AOÛT.

tous les ans, le 2 du mois d'août, et les paroisses voisines se rendaient aussi processionnellement à Médous, pour demander à la Vierge de fléchir la colère de Dieu et d'attirer sur le pays les bénédictions du ciel.

Extrait des Pèlerinages des Pyrénées, par Gustave Bascle de Lagrèze.

Événements marquants

  • Apparition de la Vierge à Domenge Liloye en 1588
  • Avertissement ignoré de la peste à Bagnères
  • Première épidémie de peste décimant les cinq sixièmes de la population
  • Seconde apparition annonçant le retour du fléau pour les riches
  • Cessation de la peste suite au vœu de procession générale

Miracles

  • Ouverture miraculeuse des portes de la chapelle pour Liloye
  • Cessation immédiate de la peste après le vœu de procession
  • Prophétie exacte de la mort de Simone de Souville
  • Signes précurseurs (truites géantes, comportement des animaux, météo extrême)

Citations

Advocatum habere vis ad Christum? ad Mariam recurre : exaudiet atque Matrem Filius.

— S. Bernard, Serm. de Nat. B. M. V.