Notre-Dame de Verdelais
Vierge Marie
Résumé
Vénérée depuis le XIIe siècle au diocèse de Bordeaux, Notre-Dame de Verdelais est célèbre pour sa statue miraculeusement préservée des guerres et des incendies. Cachée à plusieurs reprises pour échapper aux destructions, elle fut retrouvée grâce à une mule en 1390 puis par un bœuf en 1603. Ce sanctuaire, restauré par de grandes figures ecclésiastiques, demeure un lieu de pèlerinage majeur marqué par de nombreux miracles.
Biographie
NOTRE-DAME DE VERDELAIS,
AU DIOCÈSE DE BORDEAUX
Notre-Dame de Verdelais, c'est-à-dire des Bordelais, qui l'ont toujours vénérée ; ou mieux, selon d'autres, de la Verte forêt, à cause de celle qui couvrait le pays, existait au commencement du douzième siècle.
L'illustre famille de Pierre de Bordeaux lui donna le jour sur les confins de ses vastes possessions de Benauge. Les religieux de Grandmont furent appelés pour garder son berceau. C'est déjà une preuve qu'un seul prêtre n'eût pas suffi à l'affluence des visiteurs. Mais la jeune fondation ne tarda pas à voir s'élever les orages qui devaient manifester ses destinées providentielles. Après chaque ruine, Dieu lui réservait une résurrection.
En 1253, elle fut réduite à la dernière extrémité par la guerre du roi d'Angleterre contre les seigneurs gascons ; et sous le coup d'hostilités toujours renaissantes, malgré les efforts d'Assalhide de Bordeaux pour la relever, vers la fin du quatorzième siècle, le monastère fut détruit, l'église livrée aux flammes, les religieux forcés de fuir, après avoir caché dans la terre, et sous une pierre qui pût la faire retrouver, la statue de la sainte Vierge. Douze ans après, elle sortait triomphante de sa retraite.
Isabelle, comtesse de Foix, mariée depuis plusieurs années à Archambault de Grailly, n'avait pas d'enfants. Dans sa tristesse, elle eut recours à la sainte Vierge, s'engageant, par vœu, à lui bâtir une église, et à consacrer un de ses enfants au service des autels, si le ciel lui en donnait quatre. Au lieu de quatre, elle en eut cinq, et le quatrième devint le célèbre cardinal Pierre de Foix. Un jour, en 1390, elle traversait les bois de Verdelais, près des ruines de Notre-Dame du Luc, pour se rendre de sa seigneurie de Langon au château de Civrac en Benauge, et songeait aux moyens d'accomplir son vœu, lorsque tout à coup, disent les anciennes chroniques « sa mule s'arrête, sans pouvoir ni avancer ni reculer, et enfonce un de ses pieds, de la profondeur de quatre à cinq pouces, dans une pierre fort dure, où elle imprime la figure de son pied ». On lève la pierre ; et quelle n'est pas la surprise de la comtesse et de sa suite de découvrir une statue de la sainte Vierge ! C'était Notre-Dame de Verdelais. La volonté de Dieu est comprise ; la chapelle se relève, les Grandmontains sont rappelés, la statue reprend sa place, et l'on consacre la mémoire de ces faits par deux tableaux : l'un, où l'on voit la comtesse offrir son fils le futur cardinal, à la sainte Vierge ; l'autre représente la découverte de la statue.
Cette nouvelle ère de paix et de piété se prolongea jusqu'en 1582. Le 28 juin, les bandes calvinistes, chassées de Saint-Macaire, se ruèrent sur Verdelais. Tout y fut pillé et brûlé, couvent, église, bibliothèque, ornements, et la sainte Vierge même jetée dans les flammes comme tout le reste. Mais, ô prodige ! quelques jours après, lorsque l'armée calviniste, battue par Montluc, se fut retirée, et que les habitants rassurés vinrent visiter les ruines encore fumantes de leur église, ils trouvèrent, au milieu des décombres, leur Vierge, parfaitement intacte. À cette vue, pleins de respect et de joie, dit le plus ancien historien de Verdelais, « ils l'emportèrent et la cachèrent dans le tronc d'un vieil arbre, au bas d'une fondrière, non loin de la chapelle, pour qu'elle ne fût pas exposée dans la suite à de semblables outrages ; mais, n'ayant pas pris la précaution de laisser un mémoire ou une marque quelconque qui pût constater et faire découvrir le précieux dépôt, les personnes qui étaient dans le secret s'exposèrent à perdre pour toujours cette statue révérée ».
Dieu y pourvut. Vers l'an 1603, un homme qui menait chaque jour paître son troupeau dans ce lieu remarqua l'insistance singulière d'un de ses bœufs à descendre dans la fondrière, et à s'incliner en mugissant, comme s'il se fût prosterné devant une figure humaine. Cet homme descend à la suite de l'animal. Il découvre une statue : c'est la Vierge de Verdelais ! Il la prend avec respect, il la présente aux vieillards, qui la reconnaissent,
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bien que noircie par les flammes ; on la porte en triomphe dans le reste de chapelle dont la solidité avait résisté à l'incendie, et auprès duquel habitait seul, pour y célébrer la messe et recevoir les pèlerins, le père Antoine Dugarsies, débris de l'ordre de Grandmont.
Tel était l'état de délabrement toujours croissant, au milieu des ronces et des broussailles, où le cardinal de Sourdis trouva, en 1609, l'antique sanctuaire. Le nettoyer, paver, clore et orner, y établir des religieux qui servissent jour et nuit Dieu et la sainte Vierge ; construire la voûte, le chœur, les chapelles latérales et les galeries qui règnent autour du sanctuaire, furent la sollicitude du pieux prélat ; il commença, et Mgr de Béthune acheva. Le duc d'Epernon, le duc de Foix, plusieurs illustres familles s'associèrent à la bonne œuvre par leurs largesses ; la sainte Vierge voulut, dit le père Salé, « que ce fût par les libéralités et les oblations volontaires de ses serviteurs qu'on ornât sa sainte chapelle, qu'on parât ses autels, qu'on bâtît un monastère, et que toutes ces choses fussent mises au nombre de ses miracles, afin que la postérité ne vît rien, dans l'établissement de sa maison, que les effets de son pouvoir ». Pour les rendre plus sensibles encore, un homme dont la vie et les écrits respirent une piété tendre envers Marie mit la dernière main à cette restauration. Le père Proust, l'un des Célestins de la maison de Verdelais, où il mourut en vénération dans l'année 1722, ajouta à l'édifice un portail, une façade, un clocher, un vaste plateau planté d'arbres, qui le prolongeait, sous une voûte de feuillage, pour cinq ou six mille personnes. Il travailla à rendre les abords de Verdelais plus faciles ; et de ses propres mains, il défrichait, nivelait et plantait. Des deux côtés de la grande allée, il pratiqua, dans l'épaisseur des bois, des sentiers tortueux qui aboutissaient à des grottes ; chacune de ces grottes renfermait la représentation, en sculpture, de divers mystères, l'Annonciation, la naissance de Jésus-Christ, son crucifiement et sa sépulture. L'ombre, le silence, tout favorisait la prière et la méditation.
La révolution de 93, qui aimait à s'abattre sur tout ce qu'il y a de sacré, décréta le dépouillement et le pillage de Verdelais. Son trésor, ses vases sacrés, les dons, les offrandes des fidèles, tout fut enlevé. On brûla les ornements, après en avoir arraché les galons, qui donnèrent plus de quatre cents marcs pesant d'or ou d'argent. On vendit à vil prix les biens du monastère ; on saccagea les grottes construites avec tant de soin par le père Proust. Une seule chose restait : la statue miraculeuse. Indigné de la voir encore debout, le chef de l'administration locale, suivi du conseil municipal, se rend sur les lieux et ordonne au sacristin Jean Michel de l'abattre. Le jeune homme, insensible aux promesses comme aux menaces, répond à l'agent républicain : « Je craindrais que Dieu m'écrasât dans le moment même ! et d'ailleurs, j'aime mieux obéir à Dieu qu'aux hommes ». Un maçon, ancien soldat, nommé Etienne Gassies, résiste non moins hardiment aux mêmes injonctions : « Fais-le toi-même », dit-il, « citoyen maire, et monte, si tu l'oses : pour moi, jamais ! »
À ces mots, qui ont redoublé sa rage, le jacobin applique lui-même l'échelle et s'élance ; mais à peine a-t-il franchi quelques degrés qu'il est saisi de vertige, ses genoux fléchissent ; il tombe, et sans le secours des assistants, il se serait brisé dans sa chute. Le pieux sacristain Jean Michel cacha alors l'image vénérée sous une grossière tapisserie ; et, tant que dura la défense d'entrer dans l'église, qu'on avait fait fermer, il y introduisait de nuit les pèlerins qui venaient encore la visiter.
Il était réservé au cardinal Donnet de relever cette sainte maison, et de
lui donner de dignes gardiens. Les pères Maristes y furent installés en 1838, et y devinrent le signal d'une vie nouvelle. Une association de dames, à l'aide d'une vaste souscription par trois annuités de deux francs, répandue surtout dans les diocèses de Bordeaux et d'Agen, construisit la voûte et les tribunes de la nef, restaura le sanctuaire et les chapelles latérales, rétablit à neuf l'église et le couvent, ouvrit une maison d'école et de retraite aux sœurs de la Présentation, et fit faire le gracieux campanile qui couronne tout cet ensemble.
Il restait encore à faire revivre les stations créées par le père Proust; comme le mont Cussol offrait les plus heureuses dispositions à l'établissement d'un chemin de la croix et d'un calvaire, les terrains furent acquis; les pentes abruptes de la montagne adoucies; sa cime surmontée de trois croix; les petites chapelles construites sur un plan uniforme; la dernière, celle du Saint-Sépulcre, beaucoup plus grande, avec un autel et une admirable scène en relief de la sépulture de Notre-Seigneur.
Un lieu si manifestement choisi par la Mère de Dieu ne pouvait manquer d'exercer sur tous les cœurs une douce attraction. À toutes les époques, on y a vu accourir tout ce qu'il y a de grand dans le monde, comme tout ce qu'il y a de petits et de malheureux; après les rois d'Angleterre et les rois de France, les illustres familles de Grailly, de Candole, de Foix, d'Epernon, de Saluces; la duchesse d'Angoulême, qui venait appeler les bénédictions de Dieu sur l'armée française en Espagne, commandée par le prince son époux. Comme le cardinal de Sourdis, Mgr d'Aviau, de si sainte mémoire, y portait fréquemment aux pieds de Marie ses sollicitudes pastorales, et une fois entre autres, à la tête des élèves de son petit séminaire, il y obtint du ciel, malgré mille obstacles, la translation de cette maison de Cadillac à Bazas, où les besoins impérieux du diocèse lui assignaient sa place. En 1852, les évêques de Beauvais, de Périgueux, d'Agen; Mgr Dupuch, premier évêque d'Alger, et plus de douze cents prêtres célébrèrent la messe à l'autel privilégié de Notre-Dame. On ne saurait dire le nombre de pèlerinages solennels que font à Verdelais les paroisses, les collèges, les écoles et les congrégations diverses. Aussi l'église et son trésor n'ont-ils pas cessé de s'enrichir de dons, tantôt simples, tantôt magnifiques, mais toujours précieux par le motif qui les inspire. On a pu piller et détruire, la piété a été plus persistante que le sacrilège; et aujourd'hui encore elle enrichit le sanctuaire vénéré d'ornements, de vases sacrés et d'autres objets offerts par l'amour à la très-sainte Vierge.
Mais de tous ces hommages, aucun n'égale en valeur les privilèges accordés à Notre-Dame de Verdelais par les souverains Pontifes. Lucius III, Urbain VIII, Alexandre VII, Grégoire XVI, à diverses reprises ont puisé abondamment en sa faveur dans le trésor des indulgences. Sa Sainteté Pie IX y a ressuscité la confrérie de Notre-Dame Consolatrice, fondée par le cardinal de Sourdis. Il a couronné sa statue vénérable; et le jour de ce couronnement est bien un des plus solennels de son histoire. C'était le 2 juillet: autour d'un autel dressé en plein air, sous un riche pavillon, se pressait une foule immense, où figuraient avec les autorités du département, cinq cents prêtres et huit prélats: le cardinal-archevêque de Bordeaux, l'archevêque d'Avignon, les évêques de Gap, de Nevers, de Périgueux, d'Agen, d'Angoulême et de Saint-Flour. Après la messe pontificale et la lecture du bref apostolique, la statue couronnée par les prélats parcourut en procession, au bruit des instruments et des chants de joie, la place environnante. Le cardinal archevêque consacra son diocèse à la sainte Vierge, et le soir,
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de brillantes illuminations semblèrent prolonger la splendeur d'un jour trop tôt fini.
Tandis que les hommes honoraient ainsi Notre-Dame de Verdelais par leurs prières, Marie y répondait par des miracles. On priait, on honorait Marie, on était exaucé; on la priait, on l'aimait encore plus, elle laissait tomber encore plus de grâces; c'était une prière continuelle entre des miracles incessants.
Ce n'est pas seulement à des époques reculées, c'est aussi de notre temps que les prodiges s'opèrent à Verdelais. Cette gloire ne lui fait pas plus défaut aujourd'hui qu'autrefois.
Extrait de Notre-Dame de France, par M. le curé de Saint-Sulpice.
Événements marquants
- Existence attestée au début du XIIe siècle
- Destruction du monastère et dissimulation de la statue au XIVe siècle
- Découverte miraculeuse de la statue par Isabelle de Foix en 1390
- Pillage calviniste en 1582 et survie miraculeuse de la statue aux flammes
- Redécouverte de la statue par un bœuf en 1603
- Restauration par le cardinal de Sourdis en 1609
- Pillage révolutionnaire en 1793 et résistance de Jean Michel et Etienne Gassies
- Installation des pères Maristes en 1838
- Couronnement de la statue le 2 juillet (XIXe siècle)
Miracles
- Empreinte du pied d'une mule dans la pierre en 1390
- Statue restée intacte après l'incendie par les calvinistes en 1582
- Bœuf s'inclinant devant la statue cachée en 1603
- Vertige subit du jacobin tentant d'abattre la statue en 1793
Citations
Je craindrais que Dieu m'écrasât dans le moment même ! et d'ailleurs, j'aime mieux obéir à Dieu qu'aux hommes