Notre-Dame des Vertus (Périgueux)
Vierge de Pitié
Résumé
Le pèlerinage de Notre-Dame des Vertus près de Périgueux trouve son origine dans la découverte miraculeuse d'une statue de la Vierge par une bergère dans un buisson. Malgré plusieurs tentatives de transfert dans les églises voisines, la statue revenait systématiquement à son emplacement initial, manifestant la volonté de Marie d'y être honorée. Ce sanctuaire est particulièrement fréquenté pour la guérison des enfants malades et rachitiques.
Biographie
NOTRE-DAME DES VERTUS, PRÈS PÉRIGUEUX
La ville de Périgueux possède dans sa banlieue un pèlerinage à Notre-Dame, dont on ne connaît pas la date et qui a été longtemps fréquenté, non seulement par les habitants de la cité, mais encore par les populations du voisinage. On y est venu de contrées très-éloignées, et si Notre-Dame des Vertus n'a pu obtenir la renommée d'autres sanctuaires bien connus, elle a pourtant une gloire qui lui est propre, et, dans le rayon étroit où elle s'est trouvée, elle a justifié bien souvent son nom par de nombreux bienfaits et des prodiges signalés.
Lorsque, en sortant de Périgueux, on prend la route de Bergerac, il faut, à une légère distance, franchir le coteau rapide de la Rampinsole, et on arrive dans une petite vallée : c'est ici, en tournant un peu sur la gauche, que se trouve le sanctuaire du pèlerinage de Notre-Dame des Vertus. L'église qu'on voit aujourd'hui n'est pas très-ancienne ; elle a remplacé une chapelle primitive.
Nous ne savons pas malheureusement l'époque où ce pèlerinage commença, et nous ne connaissons que par la tradition orale le fait qui lui donna naissance. En voici le récit. Qu'on ne soit pas étonné de la simplicité
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des choses que nous avons à raconter ; la plupart des pèlerinages, et des plus illustres, n'ont pas commencé autrement :
Une pauvre bergère, conduisant les brebis de son maître dans la partie la plus fertile de ce vallon, s'aperçut qu'elles montaient de préférence auprès d'un fourré épais, qui ne semblait pas devoir leur fournir la nourriture nécessaire ; malgré ses soins, elles revenaient sans cesse à ce lieu choisi par elles. Lasse de ses efforts, elle les laissa aller librement à leur guise, d'autant que ces animaux ne dépérissaient nullement, ils avaient au contraire une très-belle mine. Le maître du troupeau avait blâmé plusieurs fois l'enfant de ne pas conduire les brebis en un meilleur pâturage, et malgré les représentations de celle-ci, il ne cessait de lui faire des reproches. Il finit par la renvoyer de sa maison, disant qu'il voulait une bergère plus obéissante à ses ordres. Elle fut donc remplacée par une autre fille qui exécuta fidèlement les ordres reçus : mais qu'arriva-t-il ? Les brebis, qui étaient auparavant belles et grasses, devinrent bientôt maigres et chétives. Le maître étonné ne savait comment expliquer ce qu'il voyait ; il ne crut pouvoir mieux faire que de rappeler sa première bergère, en lui confiant absolument son troupeau, sans aucune observation. Elle revint en effet et conduisit les brebis, comme auparavant, où elles voulaient aller, sans les contraindre en rien : elles revinrent vers cet épais fourré de ronces et de buissons, et en peu de jours elles furent grasses et belles comme la première fois.
Il y avait là évidemment une chose étonnante et merveilleuse. On voulut savoir ce qu'il en était ; on examina le lieu, on enleva les ronces pour considérer de plus près les herbes, et c'est alors qu'on découvrit une petite statue de Notre-Dame. Cette statue en pierre représentait la sainte Vierge assise et tenant sur ses genoux le corps inanimé de son Fils. C'est celle que nous possédons encore. La nouvelle s'en répandit bientôt dans les environs ; tout le voisinage arriva pour considérer cette image qu'on reconnut être celle de la Mère de Dieu, et on la porta aussitôt en triomphe à l'église voisine de Sanilhac.
La découverte miraculeuse de la statue de Marie ne fut pas le seul prodige arrivé en cette circonstance. La tradition, en effet, nous rapporte que cette statue, portée triomphalement dans l'église de Sanilhac, n'y resta pas longtemps ; car, au lendemain, le peuple, curieux de revoir l'image précieuse, revint en foule dans le lieu saint ; mais l'image avait disparu et repris sa première place au milieu du buisson qui la cachait. On la reporta de nouveau dans l'église paroissiale, mais le même fait se reproduisant toujours, il fut aisé de comprendre que c'était la volonté de Marie d'être honorée ailleurs que dans l'église où le peuple avait coutume de se rassembler. On voulut cependant essayer un autre expédient, et on transporta la statue dans l'église de la paroisse voisine de Saint-Pierre-ès-Liens, qui se trouvait du côté opposé à Sanilhac, en venant vers Périgueux. L'image miraculeuse revint à l'endroit où elle avait été trouvée ; le buisson reconquit encore miraculeusement son trésor, et il fut démontré aux yeux de tous que la Mère de Dieu voulait être honorée dans ce lieu qu'elle avait choisi elle-même. On se hâta d'y construire une petite chapelle qui conservait la divine image, afin que les populations puissent se prosterner et porter leurs hommages là où Marie s'était arrêtée : Adorabimus in loco ubi steterunt pedes ejus.
Cette première chapelle n'existe plus ; elle est remplacée depuis deux siècles par une grande église, et tandis que les paroisses de Sanilhac et de
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Saint-Pierre-ès-Liens ont disparu, Notre-Dame des Vertus reste toute seule, ayant hérité du titre paroissial qu'elle n'avait pas eu encore. Les deux anciennes églises sont ruinées, c'est à peine si on en découvre la trace ; la nouvelle leur succède glorieusement.
Il faut se demander maintenant à quelle époque probable remontent les faits que nous avons racontés. Nous sommes malheureusement réduits à faire des conjectures. La première chapelle fut reconstruite et agrandie au milieu du XVIIe siècle ; nous le savons, non seulement par l'aspect du monument qui est sous nos yeux, mais par une tradition écrite qui est incontestable. Si cette reconstruction fut nécessitée par le mauvais état et presque la ruine de la première chapelle, il faudrait en conclure que ce pèlerinage est très-ancien, et remonte au moins à l'époque romane ; car les églises de ce temps commençaient à se détériorer et à vieillir il y a deux siècles, et elles sont aujourd'hui à peu près les monuments les plus anciens que nous possédions.
La statue de Notre-Dame des Vertus porte les marques d'une haute antiquité : son caractère sévère, ses contours un peu raides, ses vêtements sans richesse et sans grâce la font remonter au temps qui a précédé l'art gothique, et on peut sans difficulté lui attribuer quelques siècles encore. Nous ne donnons que des conjectures. Selon toutes les probabilités, la première chapelle a dû exister pendant trois ou quatre siècles ; nous arriverions donc au XIIIe siècle et peut-être au XIIe. Rien ne nous autorise à penser qu'il y ait eu plus de deux monuments construits en cet endroit.
Il y a donc six ou sept siècles que Notre-Dame des Vertus est honorée parmi les Périgourdins. Plusieurs générations sont venues s'agenouiller devant l'image miraculeuse de Marie ; elles sont arrivées là, conduites par la crainte, le repentir ou l'espérance ; et cette petite place, choisie entre tant d'autres, a été le rendez-vous de toute la contrée. Ces âmes pieuses venaient invoquer la Mère de Dieu, et elles étaient heureuses de répandre devant elle leurs prières avec leurs larmes.
Les petits enfants ont été particulièrement l'objet des faveurs de Notre-Dame des Vertus ; on les consacre à Marie devant son autel, lorsqu'ils sont malades, en faisant lire sur eux l'Évangile de la messe de la sainte Vierge. Les parents les mettent sur l'autel même ; là, ils les revêtent de nouveaux habits et abandonnent les anciens, comme un témoignage assuré que le mal aura disparu. On y porte de préférence les enfants rachitiques et ceux qui n'ont pas une bonne croissance ou qui dépérissent tout à coup. Combien de mères affligées sont revenues chez elles heureuses d'avoir invoqué ici Marie, et ont vu leurs prières exaucées !
Les pèlerins de Notre-Dame des Vertus témoignent principalement leur dévotion en faisant brûler des cierges devant la statue de Marie. Cette cire consumée par la flamme est une image du cœur chrétien, qui lui aussi brûle et se consume d'amour. Aux fêtes de septembre, l'église est souvent toute remplie de ces cierges ; les fidèles les tiennent à la main, les mettent sur des chandeliers ou les posent sur les dalles. Généralement ces cierges sont petits et souvent renouvelés ; ils sont aussi l'offrande du pauvre et comme son obole.
L'usage s'est établi d'écrire des lettres qu'on place au pied de l'image de Marie. Ces lettres expriment les grâces qu'on demande à Dieu par l'intercession de sa Mère.
On offre encore des fleurs, des vases, des couronnes, des cœurs en or et en argent, et d'autres objets à l'autel de Marie ; on habille la Madone avec
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de beaux vêtements donnés par des pèlerins reconnaissants et travaillés par des mains pieuses. Lorsque l'affluence est considérable, on descend la divine image du lieu élevé où elle se trouve, on enlève ses habits de soie et d'or, et on la place sur un petit trône à la portée des fidèles, afin qu'ils puissent satisfaire leur dévotion en baisant le corps du Fils et les vêtements de la Mère. On remarque quelques endroits où la pierre est usée par les lèvres des pèlerins. Ce témoignage de la piété populaire est très-fréquent ; chacun veut passer à son tour pour regarder attentivement la douce image, la baiser et faire ensuite son offrande. Enfin, on ne manque pas de faire toucher à la Madone des objets de piété qu'on conserve avec soin.
Le pèlerinage de Notre-Dame des Vertus n'a jamais cessé d'être fréquenté ; mais la dévotion populaire, si générale autrefois, s'était bien amoindrie, et le nombre des pèlerins diminuait sensiblement. L'autorité ecclésiastique s'en émut et songea sérieusement à rétablir les anciennes traditions. En 1853, Mgr George fit prêcher une retraite à Notre-Dame pour renouveler le sentiment des populations envers ce sanctuaire, et témoigna le désir de restaurer le pèlerinage ; mais il n'eut pas le temps de mettre à exécution ses projets. La providence réservait cette nouvelle gloire à Mgr Dabert. En 1866, il envoyait à Notre-Dame M. l'abbé Van Hesteren, ancien missionnaire, et remettait à son zèle intelligent le soin de relever l'antique pèlerinage périgourdin. Ce prêtre infatigable s'est mis aussitôt à l'œuvre ; il a institué une Association, il a établi des prières quotidiennes dans le sanctuaire, il a cherché des secours, et après divers travaux et plusieurs voyages, il a réalisé une partie des projets qu'il médite. Une très-belle maison, admirablement située, est bâtie à côté de l'église ; elle est destinée à recevoir les dames qui viennent faire leur pèlerinage ou qui voudraient y faire une retraite de quelques jours.
Extrait du Pèlerinage de Notre-Dame des Vertus, par le R. P. Carles, de Toulouse.
Événements marquants
- Découverte miraculeuse de la statue par une bergère dans un buisson de ronces
- Tentatives répétées de transfert à l'église de Sanilhac et de Saint-Pierre-ès-Liens
- Retour miraculeux systématique de la statue sur son lieu de découverte
- Construction d'une chapelle primitive (XIIe ou XIIIe siècle)
- Reconstruction et agrandissement de l'église au milieu du XVIIe siècle
- Restauration du pèlerinage en 1853 par Mgr George et en 1866 par Mgr Dabert
Miracles
- Embonpoint inexpliqué des brebis paissant près du buisson sacré
- Retour miraculeux de la statue sur son lieu d'origine après chaque transfert
- Guérisons d'enfants déposés sur l'autel
Citations
Adorabimus in loco ubi steterunt pedes ejus