Saint Germier de Toulouse
Évêque de Toulouse
Résumé
Évêque de Toulouse au VIe siècle, Germier fut honoré par le roi Clovis qui lui fit d'importantes donations de terres à Ox. Il y fonda un monastère et plusieurs églises, menant une vie de prière et de miracles pendant son long épiscopat. Ses reliques sont aujourd'hui vénérées à Muret.
Biographie
SAINT GERMIER, ÉVÊQUE DE TOULOUSE
Germier avait trente ans quand il fut initié au sacerdoce. Comme il traversait le royaume des Francs, la renommée de sa vertu arriva jusqu'à Clovis. Ce prince envoya des officiers pour le chercher et le conduire avec honneur auprès de lui.
Germier parut devant Clovis et le salua profondément. Le roi, en le voyant, fut tout réjoui de pouvoir connaître un personnage aussi saint, dont il avait entendu parler avec tant d'avantage. Le roi l'interrogea : Qui êtes-vous ? d'où venez-vous ? comment vous appelez-vous ?
On m'appelle Germier : je suis né à Angoulême ; j'ai été envoyé dès mon enfance à Toulouse pour y apprendre les lettres humaines. J'ai été fait sous-diacre à Saintes, diacre à Jonsac et évêque à Arsat, quoique indigne. Je mets en Dieu ma confiance.
Le roi lui dit : Celui qui s'exalte sera humilié, et celui qui s'humilie sera exalté.
Clovis invita Germier à s'asseoir à sa table ; les convives prirent place, après que les mets eurent été bénis par l'évêque. Quand tous furent assis, il donna au roi et aux princes les eulogies, et chacun rendait grâces à Dieu et au roi de ce qu'il avait appelé le serviteur de Dieu. Confirmés dans la foi et conduits par l'Esprit-Saint, ils confessaient à Germier leurs péchés. Il disait à tous ceux qui croyaient : Mes enfants, faites pénitence, et accomplissez ce que vous avez promis à Dieu afin que vous ne périssiez pas au dernier jugement. Le roi connut alors qu'il était saint, et le conjura de prier pour son âme ; puis il lui dit : Demandez-moi ce que vous voudrez de tous mes biens ; mes serviteurs exécuteront vos ordres.
Germier répondit : Ô roi, je ne vous demande rien de vos domaines ; accordez-moi seulement dans le territoire de Toulouse autant de terre que pourra en couvrir ma clamide à côté du bienheureux Saturnin mon maître, à l'ombre duquel je désire que mon corps repose : car, après le Seigneur, je désire l'avoir à Toulouse pour défenseur et pour appui. Clovis lui dit : Je vous donne, autour du lieu qui s'appelle Doz (Ox), six mille mesures de terre, et pour enterrer vos morts autant de terrain que sept paires de bœufs peuvent en labourer dans un jour.
Germier demeura avec le roi vingt-deux jours, et Clovis lui donna une somme considérable d'or et cinq cents sicles d'argent, des croix d'or, des calices d'argent avec leurs patènes, trois crosses ou bâtons d'argent doré, trois couronnes dorées et autant de manteaux de fin lin. Il lui remit un acte scellé de son anneau et de celui des officiers de sa cour, par lequel il confirmait toutes les donations et les déclarait libres de toutes redevances. Le roi dit ensuite à ceux qui l'entouraient : Faites ce que vous me verrez faire ; il s'approcha et se recommanda à Germier par les cheveux de sa tête, ce que tous firent après lui. Clovis l'embrassa et lui dit adieu. Germier, après avoir béni le roi, se disposa à continuer sa route. Une multitude innombrable de peuple l'accompagna jusqu'à quatre milles. Le Saint, versant des larmes, leur dit : Que la paix soit avec vous, mes frères !... Persévérez dans la foi que vous avez embrassée, et retournez chez vous. Que le Seigneur soit toujours avec vous !... Et ils partirent.
Saint Germier revint à Toulouse pour y remplir son ministère. Le peuple le reçut et l'accompagna dans toutes les visites des églises ; il se rendit à l'église de Saint-Saturnin, parcourut tous les lieux qui étaient commis à sa garde, et rentra dans sa maison, où il trouva ce qu'il avait laissé. Ses serviteurs lui dirent : Il y a longtemps que vous nous avez laissés ; il nous tardait beaucoup de vous revoir. Germier leur fit part des biens qu'il avait apportés. Dulcidius et Pretiosus, ses deux fidèles disciples, lui montrèrent tous les trésors et les meubles qu'il leur avait confiés ; et après qu'il les eut examinés, on reporta toutes ces choses en leur lieu. Le peuple se réjouit de l'arrivée de Germier, qui l'exhortait à confesser ses péchés et guérissait les malades. Il alla prendre possession de la terre de Doz (Ox), que le roi lui avait donnée ; il y construisit une église en l'honneur de saint Saturnin avec trois autels, et il la consacra. Dans la cérémonie de la dédicace, on alluma trois cents flambeaux de cire. En cette nuit, saint Germier guérit plusieurs aveugles, des boiteux, des paralytiques, et en particulier sept lépreux. La renommée de sa sainteté croissait toujours dans sa ville de Toulouse.
Il bâtit ensuite un monastère à Doz et y consacra un autel en l'honneur de saint Martin, réunit en ce lieu ses serviteurs et sa famille, plaça à Doz tout ce qu'il avait réuni de divers lieux, et établit en sa maison des aumôniers pour les pauvres.
N'étant encore que diacre, il opéra plusieurs miracles : à sa prière, Dieu fit jaillir une source d'eau vive et reverdir un laurier desséché ; il guérit deux lépreux, délivra trois possédés par le signe de la croix, et éteignit un vaste incendie.
Le pontife passa sa vie au milieu des jeûnes, des prières et des aumônes pendant trente-six ans, ayant de nombreux serviteurs. Le démon envoya la peste sur ses troupeaux ; ils périrent tous en une nuit. Les bergers vinrent lui annoncer cette perte tout en pleurs. Mais il leur dit : Est-ce vos péchés que vous pleurez ? Qu'est-ce qui vous attriste ? Ignorez-vous que nous ne sommes pas de ce monde, et que celui qui a la vie ne peut goûter la mort ? Pourquoi posséder les richesses du siècle ? Celui qui hait le monde, aime Dieu. C'est lui qui a dit : « N'aimez ni le monde, ni ce qui est dans le monde ». Cette tentation vient du démon ; ces troupeaux ont péri à cause de nos péchés. Le Seigneur les avait donnés, il les a repris : que son saint nom soit béni ! Ce même fléau vint atteindre ses serviteurs, et ils périrent tous. Leur mort causa à Germier la plus profonde douleur. Il dit alors à Précieux et à Dulcide : Mes frères, allons à l'église du prêtre saint Polycarpe, et prions Dieu qu'il se montre miséricordieux envers nous. Etant entré dans l'église, il se revêtit d'un cilice, se couvrit de cendres, et pendant trois jours, sans boire ni manger, il persévéra dans la prière, versant d'abondantes larmes, suppliant le Seigneur de le délivrer de la tribulation qui l'accablait. Il offrit ensuite le sacrifice pour les morts. Pendant qu'il priait, l'ange du Seigneur lui apparut et lui dit : Sachez que tous les vôtres ont été conduits en Paradis. Il rendit grâces alors à Dieu qui avait daigné ainsi le consoler. — Je vous supplie, dit-il, Seigneur, de me placer au nombre de vos Saints. — Maître, lui dirent alors ses disciples en larmes, pourquoi ne prenez-vous aucune nourriture ? pourquoi vous abandonnez-vous à la douleur ? Nous vous apporterons quelques aliments. Il leur répondit : Je n'ai ni faim ni soif ; nous devons, à cause du démon tentateur, persévérer dans la prière et le jeûne ; Dieu l'écrasera sous nos pieds et tout nous deviendra prospère. En effet, après quelques années, il rentra dans tous les biens qu'il avait perdus, et sept ans après il mourut très-saintement !
16 MAI.
Des monuments encore existants attestent qu'il mourut à Ox, hameau situé près de Muret ; que c'est en ce lieu qu'il fut d'abord enterré ; qu'ensuite, ses ossements, ainsi que ceux de ses deux disciples, furent portés dans l'église paroissiale de Saint-Jacques de Muret, où ils se trouvent encore dans une crypte située sous le sanctuaire.
## CULTE ET RELIQUES DE SAINT GERMIER.
Le culte de saint Germier remonte à la plus haute antiquité : il est fait mention de lui, sous le 16 avril, dans un ancien Martyrologe manuscrit de l'abbaye de Saint-Savin au diocèse de Tarbes, ainsi que dans un autre manuscrit très-ancien de la ville de Prague. Quant à ses deux disciples Dulcitius et Pretiosus, on n'en célèbre point la fête, quoique leurs reliques soient placées à côté de celles de saint Germier, et exposées comme elles à la vénération des fidèles. On donne vulgairement à saint Germier cinquante ans d'épiscopat. Il est bien difficile d'admettre une si longue durée, surtout lorsque dans ce long espace de temps aucun monument historique ne vient révéler quelque fait relatif à cet épiscopat.
« Nous croyons », dit M. Salvan dans son Histoire générale de l'église de Toulouse, « avoir retrouvé les deux oratoires que saint Germier éleva en l'honneur de saint Saturnin et de saint Martin. Le premier était situé au continent de la Garonne et de la Longe, non loin du château de Muret occupé par les seigneurs de Comminges. Il est aujourd'hui complètement détruit. Le second se trouvait au lieu où, depuis, a été bâtie l'église paroissiale d'Ox, qui est encore dédiée à saint Martin. Quant au monastère construit par saint Germier, et dans lequel il mourut au milieu de ses nombreux disciples, il était situé à peu de distance de la ville de Muret, vers le couchant, à l'endroit où se trouvent réunies les trois routes qui conduisent, l'une à La Masquère, l'autre à Seysses, et la dernière à Oz. On a élevé une croix sur l'emplacement de ce monastère, et ce quartier porte encore le nom de Saint-Germier le Vieux. Ce fut sans doute en ce lieu que le saint évêque resta enseveli jusqu'à la translation de son corps dans l'église paroissiale de Saint-Jacques. Le monastère de Saint-Germier prit, plus tard, le titre de prieuré, et fut cédé à l'abbaye de Lézat ».
Le corps de saint Germier était autrefois renfermé dans un tombeau creusé dans le mur, et dont l'entrée était fermée par une grille en fer. L'humidité, qui régnait dans la crypte, nécessita la translation du corps dans une nouvelle chasse, qui se trouve aujourd'hui dans une armoire en saillie placée vis-à-vis de l'ancien tombeau. L'église de la Dalbade, à Toulouse, et la chapelle du grand séminaire possèdent quelques fragments des reliques de ce pontife. Il est le Patron titulaire de plusieurs paroisses dans le diocèse de Toulouse, et, en particulier, de celle de Frouzins, village situé entre Toulouse et Seysses-Tolœanes. Une tradition du pays rapporte que saint Germier, se rendant de sa ville épiscopale à Ox, passait à Frouzins par un chemin près du cimetière, et que les fleurs naissaient sous ses pas : c'est ce qui a fait donner à cette voie le nom de Monramet ou des Rameaux. Il existait autrefois une chapelle dédiée à saint Germier au milieu du cimetière de Frouzins ; on en voit encore les ruines. La piété des habitants de Muret éleva aussi un temple à ce saint évêque ; cet oratoire devint, plus tard, une église paroissiale dont M. Montjouzien fut le dernier titulaire. L'église de Saint-Germier à Muret, qui existait encore il y a peu d'années, avait été construite par M. Boutirae, curé de cette paroisse.
Cétel rapporte que saint Remi, archevêque de Reims, fit hommage à saint Germier d'une mitre, d'une paire de gants et d'un anneau. Après la mort de saint Remi, Germier fit construire un oratoire à Toulouse en son honneur, dans la rue qui porte le nom de Saint-Remésy ou Remi. Ces objets précieux furent placés par saint Germier dans cet oratoire, et transportés de là dans l'église de Saint-Jean de Malte, où ils étaient exposés à la vénération des fidèles, à côté de l'autel. Reconciliés par la piété des habitants de Toulouse pendant la Révolution, la mitre et les gants se trouvent aujourd'hui dans la basilique de Saint-Saturnin.
Nous avons abrégé la Vie du Saint que donnent les Rollandistes, et y avons ajouté quelques renseignements locaux que nous a fournis l'Histoire générale de l'église de Toulouse, par M. Salvan.
SAINT HONORÉ, ÉVÊQUE D'AMIENS, PATRON DES BOULANGERS. 575
Événements marquants
- Naissance à Angoulême
- Études des lettres humaines à Toulouse
- Rencontre avec le roi Clovis
- Donation de la terre de Doz (Ox) par Clovis
- Épiscopat à Toulouse pendant trente-six ans (ou cinquante selon la rumeur)
- Construction d'un monastère et d'églises à Ox
- Épreuve de la peste sur ses troupeaux et serviteurs
Miracles
- Jaillissement d'une source d'eau vive
- Laurier desséché qui reverdit
- Extinction d'un vaste incendie
- Guérison de sept lépreux lors de la dédicace de l'église d'Ox
- Fleurs naissant sous ses pas sur le chemin de Frouzins
Citations
Celui qui hait le monde, aime Dieu.