Saint Avit (Avy)

Troisième abbé de Micy ou Saint-Mesmin

Fête : 17 juin 6ᵉ siècle • saint

Résumé

Abbé de Micy au VIe siècle, Avit chercha toute sa vie la solitude dans les forêts de Sologne et du Perche. Réputé pour ses miracles, dont la résurrection d'un moine et la guérison d'un muet, il fut un conseiller spirituel influent, prophétisant notamment la mort du roi Glodomir. Ses reliques furent partagées entre Orléans et Châteaudun.

Biographie

SAINT AVIT OU AVY,

TROISIÈME ABBÉ DE MIGY OU SAINT-MESMIN, PRÈS D'ORLÉANS

Vita socialis necessaria est ad exercitum perfectionis, solitudo autem perfectis competit.

La vie en communauté est utile pour former à la perfection ; mais la solitude ne convient qu'aux parfaits.

Thomas à Ecispie.

Puisque Dieu a fait le riche et le pauvre, et que l'un et l'autre sont également l'ouvrage de ses mains, il n'est pas plus avantageux devant sa majesté d'être né d'une princesse que d'avoir une paysanne ou une mendiante pour mère. Celle du Saint dont nous écrivons la vie, étant encore fille,

17 JUIN.

fut contrainte, par l'extrême pauvreté de ses parents, de quitter la ville de Verdun, dont elle était native, pour chercher ailleurs de quoi subsister. La Providence divine la conduisit à Orléans, où, après quelque temps de séjour, elle épousa un laboureur du pays de la Beauce. Comme ce mariage se fit dans la crainte de Dieu, il porta bientôt après un fruit de sa bénédiction. Lorsque la mère de saint Avit le mit au monde, sa chambre, toute pauvre qu'elle était, fut remplie d'une lumière céleste, comme une autre étable de Bethléem. C'était une marque sensible de la bienveillance de Dieu sur cet enfant, et du haut degré de sainteté où il s'élèverait dans la suite du temps.

Après une éducation toute sainte, il se fit religieux en l'abbaye de Micy, qui, depuis, a été appelée de Saint-Mesmin, à cause de saint Mesmin ou Maximin, son principal fondateur et son second abbé, au diocèse d'Orléans. Sa bonté et sa simplicité étaient si grandes, qu'il obéissait sans résistance à tous les autres religieux : ce qui faisait que quelques-uns d'entre eux le traitaient d'idiot et de stupide ; mais le saint abbé Maximin, qui lui avait donné l'habit, pénétrant mieux que les autres dans les excellentes dispositions de son âme, admirait surtout sa grande charité pour les pauvres, qui faisait qu'il se dépouillait pour les revêtir, et qu'il se privait tous les jours d'une grande partie de sa portion pour les nourrir ; il lui donna une cellule à part, et lui permit, selon la coutume de ce temps-là, d'y vivre solitaire, pour y exercer en secret les austérités que l'esprit de Dieu lui inspirerait, sans pouvoir être taxé de singularité ni de vaine gloire. Quelque temps après, les religieux ne pouvant plus douter de la solidité de sa vertu, suppléèrent l'abbé de lui donner l'office de cellérier du monastère ; il le fit, et notre Saint accepta cet emploi par la seule inclination de l'obéissance, regrettant d'ailleurs d'être arraché de sa chère retraite, où il goûtait, avec une heureuse plénitude, les délices sacrées de la contemplation. Mais, comme ceux mêmes qui lui avaient procuré cet office lui firent plusieurs insultes, et n'étaient guère contents de la régularité avec laquelle il s'en acquittait, il forma le dessein, par un mouvement particulier du Saint-Esprit, de s'enfuir secrètement et d'aller vivre seul dans un désert.

Ainsi, ayant mis toutes les clefs de son office dans le lit de son abbé pendant qu'il était endormi, il se retira la nuit dans une forêt fort épaisse du pays de Sologne, éloignée de cinq lieues de son monastère. Là, s'étant fait une pauvre cellule avec des branches d'arbre, il commença à vivre dans un dégagement si parfait de toutes les choses du monde, et une si grande élévation d'esprit en Dieu, qu'il n'était plus que de corps sur la terre. Saint Maximin, homme très-éclairé dans les voies de l'esprit, vit bien que sa sortie ne venait pas de légèreté ni d'impatience, mais de l'inspiration de cette souveraine Sagesse qui dispense les hommes, quand il lui plaît, des conduites ordinaires, et les mène par des voies dont il ne nous est pas permis de juger. Il le laissa donc en repos dans le lieu de sa retraite, d'autant plus agréable au Saint, qu'elle était plus destituée de toutes les choses qui sont nécessaires à la vie, et qu'il n'y pouvait avoir pour nourriture que les feuilles, les racines et les fruits sauvages qui croissent d'eux-mêmes dans les forêts.

Peu de temps après, le même saint Maximin mourut, et il se fit un si grand changement dans les sentiments et les inclinations des religieux de Micy, qu'ils élurent unanimement saint Avit pour leur abbé. Ils l'allèrent donc chercher dans son désert, et, l'ayant trouvé, l'emmenèrent par force avec eux, et l'obligèrent de recevoir la bénédiction et l'investiture des

mains de Léonce, évêque d'Orléans. Cette nouvelle dignité fut pour lui une source de gémissements et de larmes ; il pleurait continuellement de n'être plus dans un état où l'oubli des créatures lui donnait le moyen de jouir des délices du ciel et de goûter parfaitement Dieu au fond de son cœur. Cependant, il ne laissa pas de s'appliquer avec grand soin à toutes les fonctions de sa charge et de travailler avec un grand courage en son monastère à réprimer les vices naissants, à augmenter le règne de la vertu, et à maintenir l'observance et la discipline régulières. Mais comme il vit que, malgré toutes ses remontrances, le relâchement se glissait parmi ses religieux, il médita une seconde fuite, et se retira dans un autre désert extrêmement affreux du comté du Perche et du diocèse de Chartres. Ce lieu était si éloigné de tous les villages, qu'il y demeura longtemps inconnu sans avoir d'autre aliment que les pommes et les autres fruits qui naissent naturellement dans les bois. Mais il y passait joyeusement les jours et les nuits avec un saint religieux, qui l'avait accompagné dans cet exil volontaire, à chanter les louanges de Dieu, à contempler les mystères de sa divinité et de son incarnation, et à le remercier des œuvres de sa miséricorde.

Cependant la Providence divine, qui en voulait tirer plus de gloire, le découvrit enfin par un événement miraculeux. Comme la forêt où il avait bâti son ermitage, était fort abondante en glands, deux porchers, dont l'un était muet, y amenèrent leurs troupeaux, selon la coutume, pour y paître quelque temps. Un soir, qu'ils avaient allumé leurs flambeaux pour se conduire dans les ténèbres de la nuit, il survint une si grande tempête et un orage si furieux, qu'il éteignit ces flambeaux et fit fuir les animaux de côté et d'autre, sans qu'il leur fût possible de les arrêter. Ils furent obligés de se séparer l'un de l'autre pour les rassembler, et l'un d'eux, qui était le muet, entra si avant dans le bois, qu'il ne savait plus ni où il était ni par où il en pouvait sortir. Dans cette inquiétude, jetant les yeux de tous côtés, il aperçut de loin une lumière, au lieu où était la cellule du Saint : ce fut pour lui un grand sujet de joie ; mais, y étant accouru, il y trouva plus de secours qu'il n'eût osé espérer : car le serviteur de Dieu, non-seulement ralluma son flambeau et lui montra son chemin, mais ayant aussi fait le signe de la croix sur sa bouche, il lui rendit l'usage de la parole, qu'il avait perdue depuis longtemps. Ce miracle, que ce pauvre homme, malgré la défense du Saint, ne put s'empêcher de divulguer, le fit connaître dans tout le pays. On vint le visiter en foule, on lui amena toutes sortes de malades pour être guéris par l'imposition de ses mains, et le nombre de ceux qui vinrent implorer son secours fut si grand, que son désert fut changé, pour ainsi dire, en une ville.

Comme, parmi ceux qui s'adressaient à lui, il y en eut plusieurs qui souhaitèrent de se mettre sous sa conduite, il fut obligé de bâtir un monastère qu'il gouverna avec tant de prudence et de sainteté, que l'on y a vu longtemps fleurir, avec beaucoup d'éclat, la discipline régulière de cette manière de vivre tout angélique, dont le grand saint Antoine a donné l'exemple et les règles. Ce monastère fut depuis appelé la Celle de saint Avit. Quelque affection qu'il eût pour la solitude, la charité néanmoins le tira quelquefois de son désert pour venir à Orléans. Ce fut en l'un de ses voyages qu'un nombre infini de malades, d'estropiés et de misérables étant sortis au-devant de lui pour être soulagés par son attouchement, il guérit, entre autres, un enfant qui était aveugle de naissance : ce que l'auteur de sa vie

47 JUIN.

dit avoir appris de la bouche même de l'aveugle qui avait été guéri. Il eut aussi tant de pouvoir sur l'esprit des magistrats de cette ville, qu'à sa prière, ils en ouvrirent les prisons et donnèrent la liberté à tous ceux qui étaient dans les fers. En un autre voyage, il exhorta le roi Glodomir, fils du grand Clovis, qui avait l'Orléanais dans son partage, de traiter avec douceur Sigismond, roi de Bourgogne, sa femme et ses enfants, qu'il avait faits prisonniers de guerre. Comme il le vit résolu à les faire mourir, il lui déclara que, s'il en usait envers eux d'une manière si cruelle, il périrait lui-même malheureusement, et serait tué dans la première bataille qu'il donnerait : ce qui arriva effectivement, comme nous l'avons dit, dans la vie du même saint Sigismond, au premier jour de mai.

C'était la coutume de saint Avit de faire, de temps en temps, des retraites dans le plus épais de la forêt où était son monastère, ou en quelque autre lieu plus éloigné, pour s'y appliquer avec plus de tranquillité à l'oraison. Un jour qu'il s'était écarté fort loin, le religieux qui l'avait suivi lorsqu'il s'enfuit de l'abbaye de Saint-Mesmin, mourut ; et, en mourant, il pria ses confrères de ne le point enterrer avant que le saint abbé fût de retour. On l'alla avertir promptement de cette mort ; il revint sur ses pas, fort triste d'avoir perdu un si saint religieux, et le trouva déjà exposé au milieu de l'église. Ce spectacle ne le découragea point : il se mit en prières, se prosterna humblement le visage contre terre, arrosa longtemps le pavé de ses larmes, et sentit enfin que Dieu lui avait accordé la vie de ce cher disciple ; il se leva, et lui commanda, au nom de Dieu, le Père tout-puissant, de ressusciter. Le mort, ne pouvant résister à la force de ce nom, obéit aussitôt, et, donnant la main à son bienheureux Père, il descendit de son cercueil et se mit avec ses confrères à chanter les miséricordes infinies de Notre-Seigneur. Ce miracle devint fort célèbre, et saint Lubin, évêque de Chartres, assura son peuple, dans l'un de ses sermons, qu'il l'avait appris du religieux même qui avait été ressuscité.

Enfin, il plut à Dieu de terminer les travaux de saint Avit par une heureuse mort, qui le mit dans la jouissance de ce qu'il souhaitait uniquement. Elle arriva le 17 juin de l'année 530 ou environ. Il y eut grande discussion entre les habitants d'Orléans et ceux de Châteaudun, pour la possession de son corps ; ceux-ci disaient qu'il leur appartenait, puisqu'il était mort dans leur voisinage, et qu'il y avait demeuré depuis sa sortie de Micy ; les Orléanais, au contraire, prétendaient qu'il était à eux, puisque sa première maison et le lieu de sa profession était l'abbaye de Micy. Mais cette contestation fut terminée au contentement des uns et des autres, comme lui-même l'avait prédit : car les Orléanais eurent la plus grande partie de cette sainte dépouille, et ceux de Châteaudun obtinrent un membre considérable. Ainsi, il fut transporté avec beaucoup de solennité à Orléans, et déposé dans l'église de Saint-Georges, à cent pas des portes de la ville. Depuis, le roi Childebert, étant revenu d'Espagne chargé de gloire et de dépouilles, fit bâtir un temple magnifique sur ce tombeau, reconnaissant qu'il devait l'heureux succès de ses voyages aux mérites de saint Avit. Cette église fut démolie en 1710 pour étendre les constructions du séminaire. Les Châteaudunois, de leur côté, édifièrent aussi une église pour y placer, avec honneur, la relique qu'ils avaient obtenue, selon la promesse qu'ils en avaient faite au Saint avant sa mort. Au rapport de saint Grégoire de Tours, un vigneron ayant répondu à quelques personnes qui le reprenaient de ce qu'il osait travailler ce jour-là : « Qu'Avit avait été un pauvre jeune homme comme lui, et que son père et sa mère avaient été obligés, aussi bien que lui, de gagner

leur vie à la sueur de leur front », la tête lui tourna à l'heure même sur les épaules, et il fut obligé de venir en cet état dans l'église du Saint, où une foule immense était assemblée, pour lui demander pardon, et implorer son assistance : ce qui lui fit obtenir sa guérison.

Le martyrologe romain et les autres martyrologes font mention de saint Avit. Il est honoré à Orléans, à Paris et dans d'autres lieux.

On le représente ressuscitant un de ses moines qui, comme il était sur le point de mourir durant l'absence de l'abbé, avait demandé à ne pas être enterré avant que le Saint eût prié sur son corps.

Nous avons sa Vie dans Surina, composée par un auteur qui était presque de son temps. De la Saussaye, doyen d'Orléans, en parla aussi fort honorablement en livre ou des Antiquités de cette Église. On trouvera dans les Notes de Baronius les autres auteurs qui en ont parlé.

Événements marquants

  • Naissance à Orléans d'une mère native de Verdun
  • Profession religieuse à l'abbaye de Micy sous saint Maximin
  • Nomination comme cellérier du monastère
  • Première fuite en Sologne pour vivre en ermite
  • Élection comme abbé de Micy après la mort de saint Maximin
  • Seconde fuite dans le Perche (diocèse de Chartres)
  • Fondation du monastère de la Celle de saint Avit
  • Prophétie de la mort du roi Glodomir

Miracles

  • Lumière céleste à sa naissance
  • Guérison d'un porcher muet par le signe de la croix
  • Guérison d'un enfant aveugle de naissance à Orléans
  • Résurrection d'un moine disciple
  • Châtiment divin d'un vigneron ayant travaillé le jour de sa fête

Citations

La vie en communauté est utile pour former à la perfection ; mais la solitude ne convient qu'aux parfaits.

— Thomas à Kempis (cité en exergue)