Saint Denis d'Alexandrie (le Grand)

Évêque d'Alexandrie, Docteur de l'Église

Fête : 17 novembre 3ᵉ siècle • sainte

Résumé

Élève d'Origène et évêque d'Alexandrie au IIIe siècle, saint Denis fut un pasteur infatigable surnommé 'le Grand'. Il traversa les persécutions de Dèce et de Valérien, alternant entre exils et direction clandestine de son diocèse. Grand théologien, il combattit de nombreuses hérésies et œuvra pour l'unité de l'Église jusqu'à sa mort en 265.

Biographie

SAINT DENIS, ÉVÊQUE D'ALEXANDRIE

Saint Basile et les autres Grecs donnent ordinairement à saint Denis le titre de Grand, et saint Athanase l'appelle le docteur de l'Église catholique. Ses parents étaient riches et distingués dans le monde. Il naquit à Alexandrie, qui était alors le centre des sciences. Dans sa jeunesse, il parcourut avec succès les différentes branches de la littérature profane, et le désir qu'il avait d'apprendre le conduisit insensiblement à connaître le ridicule et l'impiété du paganisme dans lequel il était né. Les Épîtres de saint Paul, qu'il voulut lire, lui offrirent des charmes qu'il n'avait point trouvés dans les écrits des philosophes : son cœur fut touché en même temps que son esprit était éclairé. Enfin il quitta l'idolâtrie et se fit chrétien. Il nous apprend lui-même qu'il dut sa conversion à une voix qui se fit entendre à lui dans une vision, ainsi qu'à son amour pour des lectures réfléchies et à l'impartialité avec laquelle il examinait les diverses opinions.

Son changement fut si parfait qu'il ne voulut plus vivre que pour Dieu. Il foula aux pieds toute la gloire du monde; il méprisa les avantages qu'il devait se promettre de sa naissance, de son mérite et des premières dignités. Il se mit au nombre des disciples d'Origène, qui tenait l'école des catéchèses à Alexandrie. Ses progrès dans la science de la religion et de la piété le firent élever au sacerdoce. Il fut chargé de la même école en 231, l'année qu'Héraclas, qui avait aussi exercé cet emploi, fut élu évêque d'Alexandrie; et, en 248, il lui succéda sur le siège de cette ville.

Le règne de Philippe avait été favorable aux chrétiens, mais la paix dont ils jouissaient fut troublée par l'exaltation de saint Denis. Une persécution excitée par la populace d'Alexandrie fit répandre dans cette ville le sang de plusieurs fidèles. Peu de temps après, Décius massacra Philippe et prit la pourpre. La persécution devint alors générale et plus violente. On fit souffrir des tortures horribles aux chrétiens, sans distinction d'âge, de sexe ni de rang. Plusieurs se sauvèrent sur les montagnes et dans les bois, où ils périrent de faim et de misère. Quelques-uns tombèrent entre les mains des Sarrasins et furent condamnés à une servitude pire que la mort même. Mais de tous ces maux, il n'y en eut point qui toucha plus vivement le saint évêque que l'apostasie de ceux qui s'étaient laissé vaincre par les tourments. Ce scandale fut cependant en quelque sorte réparé par la constance invincible du plus grand nombre et par la conversion miraculeuse de plusieurs païens. Il y en eut en effet parmi ceux-ci, qui, ayant d'abord insulté les martyrs, furent tellement frappés de leur douceur et de leur courage, qu'ils déclarèrent tout à coup qu'ils étaient chrétiens et prêts à souffrir les plus cruels supplices pour la religion qu'ils embrassaient. Deux firent cette déclaration en présence même du juge; et leur résolution courageuse le surprit et l'effraya tout à la fois. Ayant été condamnés, ils allèrent au lieu du supplice en remerciant Dieu et en se réjouissant du glorieux témoignage qu'ils rendaient à Jésus-Christ.

Ce fut au commencement de l'année 250 que les édits sanglants de Dèce furent publiés à Alexandrie. Le saint évêque ne négligea rien pour préparer au combat les soldats de Jésus-Christ. Sabin, préfet ou gouverneur d'Égypte, envoya un garde pour se saisir de sa personne; mais il échappa en restant quatre jours caché dans sa maison, où le garde n'alla point, persuadé sans doute qu'il ne devait plus y être. Denis en sortit alors, dans le but de trouver une retraite assurée. Dieu permit que les choses tournassent autrement; il tomba dans les mains des persécuteurs, avec ceux qui l'accompagnaient, et tous furent conduits à la petite ville appelée Taposiris. Une troupe considérable de paysans, informés de ce qui venait de se passer, prennent les armes et volent au secours de leur évêque. Ils se présentent aux gardes que la crainte fait fuir, et se rendent maîtres des prisonniers. Ils enlèvent de force l'évêque qui attendait la mort à chaque instant, et l'obligent de pourvoir à sa sûreté. Denis se retira dans un désert de la province de Marmarique, et y resta caché avec les prêtres Pierre et Catus, qui l'avaient accompagné, jusqu'à la fin de la persécution, qui arriva au milieu de l'année 251. Durant cet intervalle, il ne cessa de veiller aux soins de son troupeau, de ceux surtout qui souffraient pour la foi. Il leur envoyait des prêtres pour les consoler, et il leur donnait par lettres les instructions relatives à la situation où ils se trouvaient.

Saint Denis était de retour à Alexandrie lorsqu'il fut instruit du schisme formé contre le pape Corneille et qui avait Novatien pour auteur. Cet antipape lui représenta son élection comme ayant été faite selon les règles. Denis lui fit une réponse dont l'intrus n'eut pas lieu d'être satisfait. « Vous devriez », lui disait-il, « tout souffrir plutôt que d'exciter un schisme dans l'Église. Mourir pour la défense de l'unité de l'Église est aussi glorieux, et même selon moi plus glorieux, que de refuser aux dépens de sa vie de sacrifier aux idoles, parce qu'il s'agit alors du bien général de l'Épouse de Jésus-Christ... Si vous ramenez vos frères à l'unité, vous réparerez votre faute, vous la ferez oublier, et vous mériterez de justes éloges. Si vous ne pouvez gagner les autres, vous sauverez du moins votre âme ». Le saint évêque écrivit plusieurs fois au clergé de Rome et aux confesseurs qui, trompés par les apparences, s'étaient déclarés en faveur du schisme. Ses exhortations eurent le succès qu'il en espérait. Les confesseurs renoncèrent au schisme avant la fin de l'année, et comme Novatien enseignait que

VIES DES SAINTS. — TOME XIII.

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l'Église n'avait point le pouvoir de remettre certains péchés, il ordonna, pour témoigner l'horreur qu'il avait de cette hérésie, d'accorder la communion à tous ceux qui la demanderaient à la mort.

Fabien, évêque d'Antioche, paraissait incliner pour le rigorisme outré de Novatien envers ceux qui étaient tombés dans la persécution. Saint Denis lui écrivit plusieurs lettres à ce sujet. Il lui raconte dans une de ces lettres ce qui était arrivé à Sérapion. C'était un vieillard qui avait eu le malheur de succomber aux tourments et de sacrifier. On l'avait exclu de la communion, et il était en pénitence depuis sa chute. Une maladie dont il fut attaqué fit craindre pour sa vie. Il fut trois jours sans parler et même sans connaissance. Étant enfin revenu à lui-même, il s'écria : « Pourquoi suis-je retenu ici ? Je demande à être délivré ». Il dit ensuite à son petit-fils, encore enfant, d'aller chercher le prêtre; celui-ci était malade et hors d'état de sortir de sa maison. Il envoie l'Eucharistie par l'enfant, auquel il recommande de la détremper pour la faire couler dans la bouche du vieillard. Lorsque l'enfant fut arrivé, Sérapion lui dit : « Le prêtre ne peut venir; faites ce qu'il vous a ordonné, afin que je ne sois pas retenu ici plus longtemps ». À peine eut-il reçu l'Eucharistie, qu'il expira en poussant un léger soupir. Dieu, suivant saint Denis, lui conserva miraculeusement la vie afin qu'il ne fût pas privé de la sainte communion.

Le saint évêque eut la douleur de voir périr une partie de son troupeau par la peste qui commença en 250 et dont les ravages se firent sentir plusieurs années. Il procura à ceux qui furent attaqués de ce fléau tous les secours qui furent en son pouvoir. Il inspira le zèle dont il était animé aux prêtres, aux diacres, aux laïques mêmes, et plusieurs moururent martyrs de la charité en cette occasion.

Quelques passages de l'Apocalypse mal entendus donnèrent lieu au Millénarisme. Cette erreur consistait à croire que Jésus-Christ régnerait mille ans sur la terre avec ses élus avant le jour du jugement. Ceux qui pensaient avec Cérinthe que ce règne se passerait dans la jouissance des plaisirs sensuels, furent toujours regardés comme des hérétiques abominables. Les catholiques millénaires prétendaient qu'il ne serait question que de plaisirs spirituels. L'Église toléra quelque temps cette opinion. Népos, pieux et savant évêque des Arsinoïtes, lequel mourut dans la communion catholique, répandit dans cette partie de l'Égypte la doctrine du Millénarisme, entendue dans le dernier sens; il la défendit même par écrit dans deux livres intitulés des Promesses. Saint Denis les réfuta. Il fit aussi un voyage dans le canton d'Arsinoé, où il eut une conférence publique avec Corracion, chef des Millénaires. Il parla avec tant de solidité, et en même temps avec une telle douceur et une telle charité, que Corracion et ses partisans reconnurent qu'ils entendaient mal l'Écriture, que leur sentiment était contraire à la tradition, et qu'il fallait s'en tenir à la doctrine commune, qui n'était combattue que par quelques docteurs ou par quelques églises particulières.

Notre Saint travailla toujours avec zèle à maintenir la paix dans l'Église. Lorsque le pape Étienne menaça les Africains de les excommunier parce qu'ils persistaient à vouloir rebaptiser les hérétiques, il lui écrivit les lettres les plus pressantes pour l'engager à suspendre l'exécution de cette menace. Saint Jérôme était mal informé, lorsqu'il lui a attribué l'opinion des Africains, puisque, au rapport de saint Basile, il admettait même le baptême des Pépuzéniens, qui était rejeté en Asie. C'est que ces hérétiques, par une suite de variations communes à toutes les sectes, corrompaient dans

SAINT DENIS, ÉVÊQUE D'ALEXANDRIE.

certains lieux la forme essentielle du baptême, qu'ils retenaient en d'autres endroits.

Valérien ayant renouvelé la persécution contre les chrétiens, en 257, Émilien, préfet d'Égypte, fit arrêter saint Denis, avec Maxime prêtre, Fauste, Eusèbe et Chérémon, diacres, et un nommé Marcel, Romain de naissance. Lorsqu'on les eut conduits devant lui, il les pressa de sacrifier aux dieux conservateurs de l'empire : « Tous les hommes », répondit Denis, « n'adorent pas les mêmes divinités. Pour nous, nous adorons le vrai Dieu, qui a créé tout ce qui existe et qui a donné l'empire à Valérien et à Gallien. Nous lui offrons sans cesse des prières pour la paix et pour la prospérité du règne de ces princes ». Le préfet essaya vainement de leur persuader de joindre au culte de leur Dieu celui des divinités de l'empire. Enfin il les exila à Céphro en Libye. Il défendit en même temps aux chrétiens de tenir des assemblées et d'aller aux lieux appelés cimetières, c'est-à-dire aux tombeaux des martyrs. Saint Denis convertit au christianisme les païens qui habitaient le pays où il avait été envoyé. Mais le préfet donna ordre qu'on le conduisît, avec ses compagnons, à Collouthion, dans la Maréote. Par ce changement d'exil, le saint évêque se trouvait moins éloigné d'Alexandrie, et plus à portée d'y avoir des correspondances pour l'instruction de son peuple. Pendant son exil, qui dura deux ans, il écrivit deux lettres pascales.

La captivité de Valérien, que les Perses firent prisonnier en 260, changea la face des affaires. Gallien, par des édits publics, rendit la paix à l'Église, et saint Denis eut la liberté de revenir au milieu de son troupeau.

Les hérésies qui troublèrent alors l'Église donnèrent un nouvel exercice au saint pasteur. Sabellius de Ptolémaïde, en Libye, disciple de Noët de Smyrne, renouvela les blasphèmes de Praxéas en niant la distinction des personnes divines. Saint Denis, auquel appartenait le soin des Églises de la Pentapole, avertit les auteurs de cette erreur du crime dont ils se rendaient coupables, et les pressa de revenir à l'unité de l'Église ; mais ils soutinrent leur doctrine impie avec opiniâtreté. Ils furent condamnés dans un concile tenu à Alexandrie en 261. Le pape Sixte II, qui siégea depuis 257 jusqu'en 259, avait été informé auparavant de l'hérésie de Sabellius, par une lettre que saint Denis lui avait écrite et dont Eusèbe nous a conservé un fragment. Dans la lettre que le même Saint écrivit à Euphanor et à Ammonius sur le même sujet, il insista beaucoup sur l'humanité de Jésus-Christ, afin de montrer que le Père n'est point le Fils. Quelques personnes, qui entendaient mal le saint évêque d'Alexandrie, lui prêtèrent une doctrine qu'il n'enseignait pas, et le calomnièrent auprès du pape Denis, successeur de saint Sixte. Ce souverain Pontife en écrivit à notre Saint, qui se justifia en faisant voir que lorsqu'il disait que Jésus-Christ était une créature et qu'il différait du Père en substance, il ne parlait que de sa nature humaine. Ce fut la matière de son Apologie à Denis, évêque de Rome. Il y démontrait encore que le Fils, quant à la nature divine, est de la même substance que le Père. Saint Athanase l'a fait voir clairement dans son livre de l'opinion de Denis. Notre Saint établissait aussi dans le même ouvrage la divinité du Saint-Esprit, et les passages que saint Basile en rapporte ne permettent pas d'en douter.

Malheureusement les écrits de saint Denis d'Alexandrie n'ont point échappé aux ravages du temps ; il ne nous reste que quelques fragments, avec son épître canonique à Basilide. Cette épître tient un rang distingué parmi les anciens canons de l'Église. Le Saint y fait mention d'une difficulté qu'on

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proposait alors, et qui avait pour objet de savoir à quelle heure du matin on pouvait rompre le jeûne du Carême le jour de Pâques. « C'est », dit-il, « à minuit que le jeûne est censé finir (ce qui est décidé depuis longtemps quant au précepte de l'Église) ; néanmoins, comme il n'est ni naturel ni ordinaire de manger alors, on ne pourrait le faire sans s'attirer le reproche d'intempérance. Il faut donc attendre le matin pour rompre le jeûne ». Les chrétiens passaient alors en prières toute la nuit de la veille de Pâques. Le Saint parle des jeûnes de superposition qui s'observaient la dernière semaine de Carême. Quelques-uns jeûnaient les six derniers jours avant Pâques, sans prendre aucune nourriture ; les autres jeûnaient plus ou moins de jours, selon leurs forces et leur dévotion, d'où il suit que ce jeûne extraordinaire n'était point de précepte. Saint Denis insiste encore dans son épître canonique, sur l'extrême pureté de l'âme et du corps requise dans tous ceux qui approchent de la Table sainte et qui reçoivent le corps et le sang du Seigneur.

Quelque temps avant sa mort, il défendit la divinité de Jésus-Christ, contre Paul de Samosate, évêque d'Antioche, qui joignait à l'hérésie un orgueil insupportable et beaucoup d'autres vices. Il fut invité au concile qui se tint à Antioche en 264 contre cet hérésiarque. Son grand âge et ses infirmités ne lui ayant point permis d'y assister, il réfuta les nouvelles erreurs dans plusieurs lettres qu'il écrivit à l'église de cette ville et dans lesquelles il ne salua point celui qui en était évêque. Paul, par son hypocrisie, évita pour lors la condamnation qu'il méritait, et resta encore quelque temps sur son siège. Saint Denis mourut à Alexandrie, vers la fin de l'année 265, après avoir gouverné son église avec autant de sagesse que de sainteté environ dix-sept ans. Sa mémoire, dit saint Épiphane, se conserva à Alexandrie par une église qui fut dédiée sous son nom, et encore plus par ses incomparables vertus et par ses excellents écrits.

Godescard ; Dom Cellier ; Fleury.

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## SAINT GRÉGOIRE THAUMATURGE,

### ÉVÊQUE DE NÉOCÉSARÉE.

SAINT GRÉGOIRE THAUMATURGE, ÉVÊQUE DE NÉOCÉSARÉE.

plus grands succès dans l'étude de la rhétorique et il fut aisé de prévoir qu'il serait un jour un des plus célèbres orateurs de son siècle. Il apprit la langue latine que devaient savoir ceux qui aspiraient aux premières dignités de l'empire ; ses maîtres lui conseillèrent aussi de s'appliquer au droit romain, dont la connaissance ne pouvait que lui être très-utile, quelque état qu'il dût embrasser.

Grégoire avait une sœur qui fut mariée à l'assesseur du gouverneur de Césarée en Palestine. Son mari lui manda de venir le trouver. Elle fit le voyage aux frais de l'État et eut la liberté de mener avec elle les personnes qu'elle jugerait à propos. Grégoire l'accompagna, ainsi qu'Athénodore, son autre frère, qui fut depuis évêque et qui souffrit beaucoup pour le nom de Jésus-Christ. De Césarée, les deux frères allèrent à Béryte (aujourd'hui Beyrouth), qui était dans le voisinage et où il y avait une célèbre école de droit romain. Peu de temps après, ils revinrent à Césarée. Origène s'y était retiré, vers l'an 231, pour éviter les poursuites de Démétrius, évêque d'Alexandrie. Ce grand homme y ouvrit une école, et sa réputation lui attira bientôt une foule d'auditeurs. Dans la première entrevue qu'il eut avec Grégoire et Athénodore, il découvrit qu'ils avaient l'un et l'autre une capacité extraordinaire pour les sciences et des dispositions rares pour la vertu. Il travailla donc avec un soin particulier à leur inspirer l'amour de la vérité et un désir ardent de parvenir à la connaissance et à la possession du souverain bien. Grégoire et son frère, charmés de trouver un tel maître, se mirent au nombre de ses disciples et ne pensèrent plus à retourner à Béryte.

Le feu de la persécution s'étant allumé en Orient, sous Maximin, Origène fut obligé de sortir de Césarée en 235. Grégoire se retira à Alexandrie, où il y avait deux fameuses écoles, l'une de médecine et l'autre de philosophie platonicienne. Sa conduite fut si régulière dans cette ville, que les étudiants devinrent jaloux de sa vertu qu'ils regardaient comme une censure tacite de leurs dérèglements. Ils se servirent, pour s'en venger, du ministère d'une infâme prostituée. Comme Grégoire s'entretenait sérieusement avec quelques savants de ses amis, on vit approcher une femme qui lui demanda le paiement de ce dont ils étaient convenus, donnant à entendre par là que Grégoire avait eu des relations coupables avec elle. Ceux qui étaient présents la regardèrent comme une calomniatrice, parce qu'ils connaissaient la vertu de Grégoire, et la repoussèrent avec indignation. Mais l'accusé, conservant toute la sérénité de son âme, pria un de ses amis de donner à cette malheureuse ce qu'elle demandait, afin qu'elle cessât de les interrompre et qu'ils puissent continuer leur conversation. Quelques-uns, choqués d'une telle complaisance, ne savaient que penser, et ils lui en firent des reproches ; mais les soupçons qu'on commençait à former sur son innocence furent bientôt dissipés. À peine la femme prostituée eut-elle reçu l'argent qu'on lui donna, que le malin esprit s'empara d'elle ; renversée par terre, elle pousse d'affreux hurlements, sa bouche écume, elle s'arracha les cheveux et l'on découvre dans l'agitation violente où elle est tous les signes d'une véritable possession. Grégoire, touché de commisération, invoque le ciel en sa faveur, et elle est délivrée sur-le-champ.

Le séjour de Grégoire à Alexandrie fut de trois ans ; il y demeura depuis 235 jusqu'en 238. La persécution ayant cessé, il retourna à Césarée pour y achever ses études sous Origène. Il passa cinq ans en tout à l'école de ce grand homme, après quoi il reçut le baptême et se disposa à quitter

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le savant maître qui avait révélé à sa jeunesse une voie et une vie nouvelles. En présence d'une nombreuse assemblée, il lui donna un témoignage public de sa reconnaissance. Il y loue la sage méthode qui avait dirigé ses études ; il y rend grâces à Dieu de lui avoir donné un si habile maître, et à son ange gardien de l'avoir conduit dans une telle école. Il y fait le plus beau portrait d'Origène, et il représente comme un véritable exil son éloignement de ce grand homme. Il y enseigne clairement, entre autres dogmes, le péché originel et la divinité du Verbe. Enfin, il termine en priant son ange gardien de le conduire toujours dans ses voies.

Grégoire était à peine arrivé à Néocésarée, qu'Origène lui écrivit une lettre pleine de sentiments de tendresse ; il l'exhorte à faire servir à la gloire de la religion tous les talents qu'il a reçus de Dieu, à n'emprunter des philosophes païens que ce qui peut contribuer à ce but, imitant en cela les Juifs qui employèrent les dépouilles des Égyptiens à la construction du tabernacle du vrai Dieu. Il lui recommanda de joindre la prière à l'étude de l'Écriture sainte.

Les compatriotes de Grégoire s'attendaient à voir le fruit de ses études ; les principaux d'entre eux le pressaient de briguer les premières places et de faire usage de ses grands talents qu'il avait cultivés avec tant de soin. Mais il abandonna tout ce qu'il possédait dans le monde, et se retira à la campagne dans un lieu solitaire où il ne voulut converser qu'avec Dieu. Une pareille conduite, dans une ville qui ne comptait que dix-sept chrétiens, parut une folie, mais c'était la folie de la croix qui convertit le monde.

Phédime, archevêque d'Amasée et métropolitain de la province de Pont, résolut de le faire évêque de Néocésarée ; il jugea que ses vertus et ses rares talents devaient faire oublier sa jeunesse. Grégoire, instruit de ce qui se passait, changea de demeure, et fut quelque temps à errer de solitude en solitude, pour empêcher qu'on ne le découvrit. Il se rendit cependant à la longue, mais ce fut à la condition qu'on lui accorderait quelque temps pour se disposer à recevoir l'onction épiscopale. Ce terme expiré, il fut sacré selon les cérémonies usitées dans l'Église.

Ce fut vers le même temps qu'il mit par écrit le symbole qu'il avait reçu. C'est une règle de foi concernant le mystère de la sainte Trinité. Nous lisons dans saint Grégoire de Nysse, que ce symbole lui fut donné dans une vision, par la sainte Vierge, de la manière suivante. Une nuit que le Saint était dans une méditation profonde sur les mystères augustes de la religion, il aperçut un vénérable vieillard qui se dit envoyé de Dieu pour lui enseigner les vérités de la foi. À côté du vieillard était une femme qui paraissait au-dessus de la condition humaine ; elle appela le vieillard Jean l'Évangéliste et lui recommanda d'instruire le jeune homme des mystères de la vraie religion. Le vieillard répondit qu'il était prêt à obéir à la Mère de Dieu. Aussitôt il expliqua la doctrine céleste, et Grégoire la mit en écrit ; ce qui étant achevé, la vision disparut. Le saint évêque en fit depuis la règle de ses instructions. Il laissa ce symbole à son église, qui s'y est toujours conformée, suivant saint Grégoire de Nysse ; aussi a-t-elle eu le bonheur d'être préservée de toute hérésie, notamment de celle des Ariens et des Semi-Ariens, ce symbole expliquant clairement la doctrine de l'Église sur la Trinité. Saint Grégoire de Nysse rapporte que de son temps l'original s'en gardait dans les archives de l'église de Néocésarée. Il est cité par saint Grégoire de Nazianze, par Rufin et par plusieurs autres écrivains ecclésiastiques. La ville de Néocésarée était grande, riche et

SAINT GRÉGOIRE THAUMATURGE, ÉVÊQUE DE NÉOCÉSARÉE.

peuplée. Les habitants en étaient si corrompus et si attachés aux superstitions de l'idolâtrie, que la religion chrétienne n'avait pu y pénétrer, quoiqu'elle fût florissante en plusieurs endroits de la province de Pont. Saint Grégoire, brûlant de zèle et de charité, mit tout en œuvre pour remplir dignement les fonctions du ministère qui lui avait été confié. Un pouvoir extraordinaire d'opérer des miracles assura le succès de ses travaux.

Le Saint, allant un jour de la ville dans le désert, fut surpris par un violent orage. Il entra, pour se mettre à l'abri, dans un temple d'idoles qui était le plus renommé du pays à cause des oracles qui s'y rendaient. En y entrant, il fit plusieurs fois le signe de la croix, et y passa la nuit en prières avec son compagnon, suivant sa coutume. Le lendemain matin, il continua sa route. Le prêtre du temple étant venu pour son service ordinaire, les démons déclarèrent qu'ils ne pouvaient plus y rester, et que l'homme qui y avait passé la nuit les forçait de se retirer. Il tenta inutilement de les rappeler ; il courut après le Saint, et le menaça de porter des plaintes contre lui aux magistrats et à l'empereur. Grégoire lui répondit tranquillement qu'il avait reçu de Dieu le pouvoir de chasser et de rappeler les démons à sa volonté. Le prêtre fut étonné de voir ses menaces inutiles et d'entendre dire au Saint qu'il pouvait commander aux démons. Alors sa fureur se changea en admiration, et il pria le Saint de faire l'essai du pouvoir divin qu'il prétendait avoir reçu, et d'ordonner aux démons de revenir dans le temple. L'évêque acquiesça à sa demande, et lui remit un morceau de papier sur lequel était écrit : Grégoire à Satan, rentre. Le papier ayant été mis sur l'autel, et le prêtre ayant fait les oblations ordinaires, les démons rendirent leurs oracles comme auparavant. Ce qui se passait remplit le prêtre du plus grand étonnement. Il alla retrouver le Saint, et le pria de lui faire connaître le Dieu auquel obéissaient ceux qu'il adorait. Grégoire lui expliqua les principes de la religion chrétienne. Voyant que le mystère de l'Incarnation le choquait, il lui représenta que cette grande vérité ne devait point être prouvée par le raisonnement humain, mais par les prodiges de la puissance divine. Alors le prêtre, montrant une grande pierre, demanda qu'il lui fût ordonné de changer de place et de se transporter dans un lieu qu'il désignait. Grégoire donna l'ordre, et la pierre obéit par le pouvoir de Celui qui promit à ses disciples que leur foi serait capable de transporter les montagnes. Ce miracle convertit le prêtre païen; il abandonna sa famille et ses amis pour devenir un véritable disciple d'Jésus-Christ.

Les habitants de Néocésarée, qui entendirent parler des actions miraculeuses de Grégoire, furent envie de voir un homme si extraordinaire, et ils le reçurent avec acclamation la première fois qu'il reparut dans leur ville. Mais il passa au milieu de la foule du peuple avec modestie, sans faire attention à l'empressement général, sans même lever les yeux. Ses amis, qui étaient venus avec lui du désert, paraissant inquiets du lieu où ils pourraient trouver un logement, il leur reprocha leur peu de confiance en la protection divine : il ajoutait qu'ils ne devaient point s'inquiéter de ce qui concernait leurs corps, mais penser à leurs âmes, qui étaient infiniment plus précieuses et auxquelles il fallait préparer une demeure dans le ciel. Cependant plusieurs personnes s'offrirent leurs maisons ; il accepta celle de Busonius, un des habitants les plus distingués de la ville. Il prêcha le jour même, et convertit un nombre d'idolâtres suffisant pour former une petite église. Le lendemain matin, on lui présenta une foule de

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malades qu'il guérit. Le nombre des chrétiens devint considérable en fort peu de temps, de sorte que le saint évêque fit bâtir une église pour leur usage. Tous travaillèrent à cet édifice ou contribuèrent de leur argent à sa construction. Malgré les édits portés pour la démolition des églises, et un tremblement de terre qui fit beaucoup de ravages à Néocésarée, le temple dont nous parlons ne fut point endommagé : il n'y eut pas même une pierre d'enlevée.

Le Lycus, appelé aujourd'hui Casalmac, qui prend sa source dans les montagnes d'Arménie, passait devant les murailles de Néocésarée. Il débordait quelquefois avec tant d'impétuosité qu'il enlevait les moissons, les troupeaux et les maisons avec leurs habitants. Saint Grégoire, ému de compassion, s'approche du fleuve, sur le bord duquel il enfonce son bâton. Il ordonne ensuite aux eaux, de la part de Dieu, de ne point passer cette borne, et elles obéissent. Il n'y avait point eu encore de débordement au temps où saint Grégoire de Nysse écrivait. Le bâton même prit racine et devint un grand arbre.

Les miracles et la sagesse du saint évêque répandirent au loin sa réputation. On venait le consulter de toutes parts et on s'en rapportait à sa décision, même dans les affaires civiles. Deux frères se disputaient un lac qui faisait partie de la succession de leur père. Grégoire leur proposa inutilement divers moyens de conciliation ; ils étaient tellement aigris qu'ils résolurent de soutenir leur droit par la force des armes. Le jour fut pris pour venir sur les lieux vider la querelle. Le Saint, voulant prévenir l'effusion du sang, passa la nuit de la veille de ce jour en prières sur le bord du lac, qui le lendemain se trouva desséché. Par ce moyen, la dispute fut terminée. On voyait les restes de ce lac encore longtemps après.

Nous avons raconté, au 11 août, comment Grégoire apprit par révélation et publia les mérites d'Alexandre le charbonnier, qui fut ainsi élu évêque de Comane.

Les miracles que nous venons de citer sont rapportés par saint Grégoire de Nysse. On trouve aussi dans saint Basile le récit d'une partie de ces mêmes miracles. Du temps de ces deux Saints, il n'y avait pas cent ans que le grand évêque de Néocésarée était mort. Ils avaient appris ce qu'ils en ont dit de Macrine, leur aïeule, qui s'était chargée elle-même du soin de leur éducation et qui, dans sa jeunesse, avait connu Grégoire Thaumaturge et l'avait entendu prêcher. C'était, suivant saint Basile, un homme doué de l'esprit des Prophètes et des Apôtres. Toute sa conduite portait l'empreinte de la perfection évangélique : dans tous ses exercices de piété, il montrait le plus grand respect et le plus profond recueillement ; jamais il ne priait que la tête découverte : il parlait avec modestie et simplicité ; il avait en horreur le mensonge, l'artifice et les mœurs qui ne s'accordent point avec la plus exacte vérité ; ne connaissant ni l'envie ni l'orgueil, il haïssait souverainement tout ce qui pouvait blesser la charité ou donner la plus légère atteinte à la réputation du prochain. Toujours maître de lui-même, il ne se livrait jamais à la colère, il ne lui échappait pas même une parole qui annonçait de l'amertume.

Pendant la persécution de Dèce, qui commença en 250, saint Grégoire conseilla aux fidèles de son troupeau de prendre la fuite et de ne pas s'exposer au combat, de peur qu'ils n'eussent point assez de courage pour résister aux ennemis de leur foi. Il eut la consolation de n'en voir aucun tomber dans l'apostasie. Il se retint lui-même dans le désert, accompagné du prêtre idolâtre qu'il avait converti et qu'il avait élevé au diaconat. Les

SAINT GRÉGOIRE THAUMATURGE, ÉVÊQUE DE NÉOCÉSARÉE.

païens, sachant qu'il était caché sur une montagne, envoyèrent des soldats pour l'arrêter; mais ceux-ci revinrent peu de temps après et dirent qu'ils n'avaient rien vu que deux arbres. On ordonna de faire de nouvelles perquisitions. Celui qui en fut chargé trouva l'évêque et son diacre en prières, c'étaient eux que les soldats avaient pris pour des arbres. Persuadé qu'ils avaient échappé à la mort par miracle, il vint se jeter aux pieds de l'évêque et, après avoir embrassé le christianisme, il voulut être le compagnon de sa retraite et partager les mêmes périls. Les païens, furieux d'avoir manqué le pasteur, tournèrent leur rage contre le troupeau; ils saisirent ce qu'ils purent trouver de chrétiens, hommes, femmes et enfants, et les mirent en prison. Saint Grégoire, toujours caché dans le désert, vit en esprit les combats du martyr Troade. C'était un jeune homme distingué dans la ville, qui, après avoir souffert divers tourments, eut le bonheur de mourir pour la foi. La persécution finit en 251, avec la vie de l'empereur. Grégoire revint à Néocésarée. Peu de temps après, il entreprit de visiter tout le pays. Il fit d'excellents règlements pour réparer les abus qui avaient pu s'introduire, et institua des fêtes anniversaires en l'honneur des martyrs qui avaient souffert durant la persécution.

Un des jours spécialement consacrés au culte des divinités païennes, il se fit à Néocésarée un concours prodigieux; les infidèles s'y étaient rendus pour assister aux jeux et aux spectacles qui se donnaient sur le théâtre; la foule était si grande que quelques-uns prièrent Jupiter de leur procurer de la place. L'évêque, qui en fut informé, dit qu'ils ne seraient pas longtemps à se plaindre de manquer de place. Effectivement, la peste fit sentir ses ravages et dépeupla tout le Pont. Ce fléau ne cessa à Néocésarée que par les prières du saint évêque. La plupart de ceux qui étaient encore idolâtres ouvrirent alors les yeux et crurent en Jésus-Christ.

La faiblesse du règne de l'empereur Gallien avait enhardi les Goths et les Scythes, qui ravagèrent la Thrace et la Macédoine. De là ils passèrent en Asie, où ils brûlèrent le temple de Diane à Éphèse; ils dévastèrent le Pont et plusieurs autres contrées, laissant partout des traces de leur fureur et de leurs cruautés. Durant ces temps de confusion, il se trouva des chrétiens qui, ayant été pillés par les Barbares, pillèrent les autres à leur tour et achetèrent des infidèles leur injuste butin. Un évêque consulta Grégoire sur l'espèce de pénitence qu'il fallait imposer à ces chrétiens. Le Saint écrivit alors son Épître canonique, qui tient un rang distingué parmi les Canons pénitentiaux de la primitive Église. On y lit ce qui suit: « Que personne ne se trompe soi-même sous prétexte qu'il a trouvé une chose. Il n'est point permis de faire usage de ce qu'on a trouvé... Si en temps de paix il nous est défendu de chercher notre avantage aux dépens même d'un ennemi qui, par négligence, laisse ce qui lui appartient, à combien plus forte raison sera-t-il défendu de s'approprier ce que des infortunés abandonnent par nécessité et dans la vue de se soustraire par la fuite à la fureur de leurs ennemis! D'autres s'imaginent faussement pouvoir retenir ce qui appartient à un autre, parce qu'ils l'ont trouvé sur leur propre fonds. Ainsi, parce que les Goths et les Goths exercent des hostilités contre eux, il leur sera permis de devenir des Goths et des Goths à l'égard des autres? Ceux qui, en restituant ce qu'ils ont trouvé, accomplissent le précepte du Seigneur, doivent le faire sans vues humaines, sans rien demander ou exiger, sous quelque prétexte que ce puisse être». Cette maxime de justice est fortement inculquée par saint Augustin. Saint Grégoire Thaumaturge fait mention, dans son Épître canonique, des différents Ordres de pénitents.

17 NOVEMBRE.

En 264, il se tint un concile à Antioche pour condamner Paul de Samosate, qui avait été quatre ans évêque de cette ville. Cet hérésiarque enseignait, entre autres erreurs, qu'il n'y a qu'une personne en Dieu et que Jésus-Christ est un pur homme. C'était d'ailleurs un personnage d'une vanité et d'un orgueil insupportables; il faisait chanter dans l'église des hymnes en son honneur. Saint Grégoire Thaumaturge et Athénodore, son frère, sont nommés les premiers parmi ceux qui souscrivirent le Concile. On n'y prononça point de censure personnelle contre Paul de Samosate, parce qu'il dissimula ses erreurs; mais il les renouvela depuis, et un second concile d'Antioche, qui s'assembla en 270, le condamna et le déposa. Il resta cependant maître de la maison épiscopale jusqu'à ce que fut vaincue Zénobie, reine d'Orient, qui s'était déclarée sa protectrice (272).

On ne sait pas précisément en quelle année mourut saint Grégoire Thaumaturge; l'opinion la plus probable est que ce fut vers l'an 270, le 17 novembre. Sentant approcher sa dernière heure, il s'informa s'il y avait encore beaucoup de païens dans la ville; il ne s'y en trouva que dix-sept. Il remercia le Seigneur de ce que, n'ayant trouvé que dix-sept chrétiens à son arrivée, il ne laissait en mourant que dix-sept infidèles. Il demanda la conversion de ceux-ci et la persévérance de tous les autres, puis fit promettre à ses amis qu'on n'achèterait aucun lieu particulier pour l'enterrer et qu'on mettrait son corps dans le lieu destiné à la sépulture commune. « Ayant toujours vécu », disait-il, « comme un étranger sur la terre, je ne voudrais pas perdre ce titre après ma mort. Il ne faut donc pas que j'aie une sépulture particulière. Aucun lieu ne doit porter le nom de Grégoire. La seule possession dont je suis jaloux est celle qui ne me fera soupçonner d'aucun attachement à la terre ». Saint Grégoire Thaumaturge est nommé sous le 17 novembre, dans tous les Martyrologes d'Orient et d'Occident.

On le représente tantôt debout devant un monastère et tenant un livre, tantôt chassant des démons du corps d'une idole.

## ÉCRITS DE SAINT GRÉGOIRE THAUMATURGE.

Les ouvrages qui nous restent de saint Grégoire sont : 1° son *Discours en l'honneur d'Origène* : c'est une pièce d'éloquence des plus achevées, où l'on admire également l'art et le savoir de son auteur. Il nous fait connaître la méthode de l'enseignement chrétien, qui différait de celle qu'avaient adoptée les païens par rapport aux sciences : nous y trouvons, en outre, plusieurs notions intéressantes sur les principes et les systèmes qui régnaient alors dans les académies. Quant à la pureté et à la magie du style, dit Mésher, ce panégyrique a été, de tout temps, considéré comme un chef-d'œuvre ; — 2° son *Symbole de la foi* ; — 3° son *Épître canonique* ; — 4° sa *Paraphrase sur l'Ecclésiaste* : l'auteur ajoute peu de chose au texte et se contente de donner aux pensées de Salomon un tour nouveau et de les proposer d'une manière plus développée. — Quant au *Traité de l'âme* et aux quatre *Sermons* que Vossius nous a donnés sous le nom de saint Grégoire Thaumaturge, on convient communément que ce sont des pièces supposées. Outre les ouvrages qui nous restent, les anciens en avaient vu un plus grand nombre, qui ne sont pas venus jusqu'à nous. Saint Jérôme parle de plusieurs lettres, et saint Basile d'une *Exposition de foi* que nous n'avons plus. On lit aussi quelques passages sous le nom de saint Grégoire Thaumaturge dans la *Chaîne de Gheslerius sur Jérémie*.

Ses écrits ont été recueillis par Gérard Vossius et imprimés à Cologne, en 1618, dans la *Bibliothèque des Pères* et dans celle de Lyon, en 1677. De la Rue a donné une édition très exacte de son *Discours* en l'honneur d'Origène. M. Migne l'a reproduit dans sa *Patrologie grecque*, t. VII. La collection des *Selecta Patrum* de M. Caillau renferme les œuvres complètes de saint Grégoire Thaumaturge. Le cardinal Mai a publié le texte grec de l'*Exposition*, t. VI des *Scriptorum veterum* . Tout ce qui nous reste de saint Grégoire a été publié par M. Migne dans

le tome VII de la Patrologie grecque, série latine, et dans le tome X de la série grecque-latine. On a cependant omis quelques fragments qui se lisent dans les Chaînes, et un passage cité par Jean Veccus dans les Opuscula Aurea d'Arcodius. M. Guillon, dans sa Bibliothèque des Pères, a donné la traduction du Panégyrique.

Tiré de sa Vie écrite par saint Grégoire de Nysse; d'Eusèbe, Hist. l. vi. c. 23; de saint Jérôme, in Catal.; du discours prononcé par le Saint en présence d'Origène; de saint Basile. — Cf. Hist. de l'Église, par l'abbé Darras; Tillemont et Dom Cellier.

Événements marquants

  • Conversion au christianisme suite à la lecture des Épîtres de saint Paul
  • Direction de l'école des catéchèses d'Alexandrie en 231
  • Élection au siège épiscopal d'Alexandrie en 248
  • Exil à Taposiris puis dans le désert de Marmarique durant la persécution de Dèce (250-251)
  • Lutte contre le schisme de Novatien et l'hérésie de Sabellius
  • Exil en Libye (Céphro) puis à Collouthion sous Valérien (257-260)
  • Réfutation du Millénarisme lors de la conférence d'Arsinoé

Miracles

  • Conversion suite à une vision et une voix céleste
  • Survie miraculeuse de Sérapion pour recevoir l'Eucharistie

Citations

Mourir pour la défense de l'unité de l'Église est aussi glorieux, et même selon moi plus glorieux, que de refuser aux dépens de sa vie de sacrifier aux idoles.

— Lettre à Novatien