Saint Épvre (Apre)

Septième évêque de Toul

Fête : 15 septembre • saint

Résumé

Né à Trancault et d'abord avocat dévoué aux pauvres, Saint Épvre devint le septième évêque de Toul. Connu pour sa grande charité et son zèle apostolique, il accomplit des miracles, notamment la libération de condamnés et l'exorcisme d'un possédé. À sa mort, une colombe s'échappa de sa bouche, symbolisant sa pureté.

Biographie

SAINT ÉPVRE, SEPTIÈME ÉVÊQUE DE TOUL

*Noli spernas, afflicto et egeno condoleas.*

Ne méprise personne, aie compassion à l'égard de l'affligé et de l'indigent.

*Saint Bonaventure.*

Saint Évre naquit à Trancault, petit village du canton de Marcilly-le-Hayer, dans l'arrondissement de Nogent-sur-Seine, au diocèse de Troyes. Issu de parents aussi pieux que distingués par leur position dans le monde, Évre fit présager dès sa plus tendre jeunesse ce qu'il serait dans la suite : un disciple fervent de Jésus-Christ, un religieux observateur de sa loi sainte. Il ne s'adonnait pas aux jeux naturels à son âge ; mais l'attrait de la vertu devançant les années, il prenait plaisir à visiter les églises et les monastères et à converser avec les personnes que recommandait une haute et solide piété. Il faisait surtout ses délices de la pratique régulière des œuvres de miséricorde. Que de fois, à son retour des écoles ou de l'église, ne le vit-on pas se dépouiller des vêtements qu'il portait pour couvrir quelque indigent en haillons ! Quand il n'avait rien à donner, il compatissait si tendrement à la misère, que le pauvre faisait souvent plus de cas de la douceur de ses consolations que d'une aumône matérielle, même la plus abondante.

Dès qu'il fut maître des biens qui lui revenaient en héritage à la mort de ses parents, il en fit deux parts et consacra la plus large à l'entretien et au soulagement des malheureux. Il était leur providence et leur père, à ce point qu'on aurait pu lui appliquer ces paroles du saint homme Job : « La compassion grandit dans mon âme avec les années ; elle est sortie avec moi du sein de ma mère ».

Évre ne cultivait pas seulement la vertu ; il s'était aussi livré à l'étude des belles-lettres, et des progrès rapides lui firent bientôt surpasser tous ses émules. Son élocution brillante lui valut un nom parmi les plus fameux avocats ; mais, fidèle à ses inclinations de dévouement et de charité, il n'employa jamais son talent qu'à la défense des pauvres, des veuves et des orphelins.

La judicature ne lui donna point le repos et le contentement qu'il désirait : aussi l'abandonna-t-il bientôt pour se livrer tout entier à la méditation des vérités éternelles. Dévoré de la soif de sa sanctification, il fréquentait les personnes les plus avancées en perfection et étudiait avec soin leurs vertus principales. Puis, comme une abeille industrieuse, qui du suc de fleurs différentes compose un miel exquis et délicieux, il s'essayait à reproduire dans sa conduite habituelle la pureté de l'un, la mortification de l'autre, les saintes dispositions de tous.

Cependant sa réputation s'était répandue au loin, et le siège épiscopal de Toul étant venu à vaquer, Évre fut élu, malgré ses résistances, pour

¹ Alias : Evre, Apre, Aper.

15 SEPTEMBRE.

remplir cette place éminente, à la grande satisfaction du peuple et du clergé. L'honneur de l'épiscopat ne changea point son cœur. Il conserva la même humilité de vie, la même simplicité de vêtements, le même amour de la mortification. C'était toujours la même affabilité pour tous, la même douceur dans les conversations. Il se faisait tout à tous, pour les gagner tous à Jésus-Christ. Le malheur qui frappait l'un de ses diocésains l'attristait plus que s'il en eût été lui-même la victime, et il partageait également le bonheur de ceux que réjouissait quelque prospérité. Jamais il ne manquait une occasion d'annoncer la parole sainte au peuple qui lui était confié, et toujours le nom de Jésus revenait sur ses lèvres, qui en exprimait toute la douceur et toutes les consolations. Il était ce prudent et fidèle économe de l'Évangile qui distribue en son temps la nourriture spirituelle à ses frères.

A travers les villes et les campagnes que son zèle d'apôtre lui faisait parcourir, il abattait les temples d'idoles encore fréquents alors, et, par la force et la persuasion de ses discours, il ouvrait les yeux des païens à la lumière de la foi, qui ne leur était pas encore apparue.

Dieu voulut récompenser tant de vertus par le don des miracles. Qu'il nous suffise d'en citer deux. Dans l'une de ses courses apostoliques, saint Évre apprend que trois criminels vont subir le dernier supplice. Son cœur s'émeut de compassion; il demande leur grâce, mais il ne peut l'obtenir du juge inexorable. Il recourt alors à Dieu dans une fervente prière. Aussitôt les fers tombent des mains des condamnés; les portes de la prison s'ouvrent d'elles-mêmes et laissent passer les captifs, qui, pleins de reconnaissance, viennent déposer leurs chaînes aux pieds du Saint, encore prosterné devant les autels. Quant au juge qui s'était montré rebelle et inflexible, il fut aussitôt possédé du démon et mourut dans d'affreuses tortures. On voyait encore, au XIVe siècle, dans l'abbaye du Saint, à Toul, ces chaînes que l'on plaçait sur le cou des possédés pour leur procurer délivrance et guérison.

Le même jour, comme le Saint revenait à sa ville épiscopale, il trouva sur son chemin un jeune homme possédé de l'esprit mauvais. De sa bouche s'échappaient des tourbillons de flammes, des torrents de soufre; chacun prenait la fuite à son approche. A la vue de l'évêque, le malheureux fut saisi d'un accès de rage et se précipita à sa rencontre. Mais l'homme de Dieu, sans perdre son sang-froid, s'arme du signe de la croix, et, levant la main, lui ordonne de s'arrêter. Le jeune homme n'en devient que plus furieux; il souffle au visage de l'évêque une flamme empoisonnée et cherche à lui déchirer les membres avec ses dents; mais le Saint étend la main, fait de nouveau le signe de la croix, et le démon prend la fuite.

Saint Évre, déjà avancé en âge, fit bâtir une basilique sous les murs de la ville; mais il mourut avant qu'elle fût achevée et il y reçut la sépulture. Il y avait sept ans qu'il occupait le siège de Toul.

Comme on le portait en terre, il s'échappa de son corps une odeur délicieuse qui embauma tous les assistants. Ainsi méritait d'être honoré après sa mort celui qui, pendant sa vie, s'était appliqué à répandre partout la bonne odeur de Jésus-Christ. Un autre prodige accompagna ses obsèques: le ciel s'ouvrit tout à coup; deux nuées lumineuses s'abaissèrent jusqu'à terre, et de la bouche du saint Pontife sortit visiblement une colombe plus blanche que la neige, qui prit son essor vers les cieux: emblème évident de la simplicité et de l'innocence qui avaient caractérisé sa vie.

SAINT ÉPVRE, ÉVÊQUE DE TOUL. 121

[ANNEXE: CULTE ET RELIQUES.]

Dieu voulut honorer le tombeau de son serviteur par nombre de prodiges que le moine Adso a recueillis dans son *Histoire des Évêques de Toul*, reproduite par Dom Calmet dans les preuves de son *Histoire de Lorraine*.

Ce tombeau se trouvait dans l'église qu'avait fait élever le saint Préfet, non loin des murs de Toul, que la mort ne lui laissa pas achever, mais que fit terminer son successeur saint Alband. La confiance des peuples dans les mérites de saint Epvre amenait au lieu de sa sépulture d'innombrables pèlerins; bientôt plusieurs églises de récente construction furent placées sous son patronage, celle qu'il avait lui-même commencée, dans laquelle reposaient ses restes mortels et qu'il avait dédiée à saint Maurice, ne fut plus désignée que sous son nom propre ainsi que l'agglomération de maisons qui se forma autour, et qui a conservé, jusqu'aujourd'hui, la dénomination de faubourg Saint-Epvre.

L'Évêque Alband fit construire, tout près de la maison de Dieu, un monastère qui devint la célèbre abbaye de Saint-Epvre et le siège des écoles épiscopales de Toul. De cette magnifique habitation, il ne reste plus que plusieurs bâtiments vendus à des particuliers, la belle église conventuelle a disparu et l'emplacement qu'elle occupait est devenu un jardin.

Avant la fin du XVe siècle, la Ville-Vieille de Nancy vit s'élever dans son enceinte, non loin du palais ducal, une église qui fut dédiée à saint Epvre. Disons tout de suite, et sans entrer dans des détails dont ce n'est pas ici le lieu, que cette ancienne église, décrétée de vétusté, a été démolie dans ces dernières années pour faire place à un nouveau temple qui s'achève en ce moment et qui par ses vastes dimensions et la richesse de son aménagement attire la curiosité des visiteurs.

Les reliques de saint Epvre étaient pieusement conservées dans l'église abbatiale, où elles avaient été déposées. Au commencement du Xe siècle, à l'approche des Danois et des Hongrois qui venaient d'envahir la Gaule-Belgique, les moines du monastère sauvèrent le chef de leur protecteur, et la déposèrent dans l'église de Saint-Jean-Baptiste, contiguë à la cathédrale de Toul et lui servant de baptistère.

Quand le calme fut rétabli, l'évêque Drogon pensa conserver le saint dépôt, sous prétexte qu'il serait plus utile aux fidèles et plus honorable à la mémoire de saint Epvre, de le placer dans l'intérieur de sa cathédrale; mais deux religieux, dans le but de soustraire le reliquaire à la puissance du préfet qui en voulait priver leur communauté, le déposèrent de nuit dans une cachette que l'on ne pouvait découvrir que soixante ans plus tard, sous l'épiscopat de saint Gérard, qui remit les reliques sous la garde des religieux de l'abbaye, et en fit la translation solennelle, le 17 mai 978.

En 1527, l'abbé de Saint-Epvre obtint d'Hector d'Ailly, évêque de Toul, que les reliques du saint patron de son abbaye fussent transférées du coffre où elles reposaient, dans un reliquaire beaucoup plus riche. Une nouvelle tentative de soustraction frauduleuse de ces précieux restes eut lieu en 1635, mais sans succès : les ravisseurs furent exilés, et les reliques rendues à leurs légitimes possesseurs. Plus tard, on en accorda des fragments à plusieurs églises paroissiales.

En 1790, lors de la dispersion des Ordres religieux, M. Parisot, curé de la paroisse Saint-Epvre de Nancy, obtint, avec la bénédiction de l'abbaye du même nom, à Toul, la concession du chef de leur commun protecteur. Le dimanche 5 novembre, Mgr de Lafore, évêque de Nancy, l'introduisit solennellement dans le nouveau sanctuaire qui devait l'abriter. Depuis la restauration du culte, en 1562, il a toujours été l'objet d'une vénération spéciale de la part des paroissiens. Après avoir été exposé, depuis les premières vêpres de la fête jusqu'au dernier jour de l'Octave, il est porté en procession au chant des hymnes et des litanies composées en son honneur. Cette procession se faisait d'abord dans l'intérieur de l'église; mais depuis 1854, elle se fait dans les principales rues de la paroisse, avec toute la pompe dont elle est susceptible.

On avait élevé au lieu de la naissance de notre Saint une chapelle qui, ruinée par les Huguenots, fut relevée par le seigneur du lieu, Bernard Angenoust, vers 1620. Cette chapelle existe encore de nos jours. Plus tard, François le Camus ou des Caves, fit revenir de Toul des reliques de saint Epvre. Elles arrivèrent à Trancault, le quatrième dimanche de Carême, et c'est la mémoire de cette translation que l'on célèbre dans ce pays à la mi-carême. Elles ont disparu dans la tourmente révolutionnaire.

Extrait de la *Vie des Saints du diocèse de Toul*, par M. l'abbé Defor, et de l'*Histoire du diocèse de Toul et de celui de Nancy*, par M. l'abbé Guillaume. — Cf. *Histoire de Lorraine*, par Dom Calmet; *Histoire des Autels sacrés et ecclésiastiques*, par Dom Caillet; *Vie de saint Epvre*, par M. l'abbé Etquin, licencié en théologie.

15 SEPTEMBRE.

Événements marquants

  • Naissance à Trancault
  • Études de belles-lettres et carrière d'avocat pour les pauvres
  • Élection au siège épiscopal de Toul
  • Destruction de temples d'idoles et conversion de païens
  • Délivrance miraculeuse de trois condamnés à mort
  • Construction d'une basilique dédiée à saint Maurice
  • Translation solennelle des reliques le 17 mai 978

Miracles

  • Libération miraculeuse de trois criminels dont les fers tombèrent après la prière du Saint
  • Exorcisme d'un jeune homme projetant des flammes et du soufre
  • Odeur délicieuse s'échappant de son corps lors des obsèques
  • Apparition d'une colombe blanche sortant de sa bouche à sa mort

Citations

Noli spernas, afflicto et egeno condoleas.

— Saint Bonaventure (en exergue)

Date de fête

15 septembre

Décès

Après sept ans d'épiscopat (naturelle)

Catégories

Invoqué(e) pour

délivrance des possédés, protection contre les injustices

Autres formes du nom

  • Evre (fr)
  • Apre (fr)
  • Aper (la)

Prénoms dérivés

Épvre, Evre, Apre